Leonid Voronov
Date d'inscription : 11/06/2019
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le Sam 6 Juil - 21:15

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Age :: 35
Patronyme :: Mikhaïlovitch
Surnom :: Leo




Touвiв oя иот тouвiв



       





Le chemin n'avait pas été de tout repos. Leonid avait quitté la Ligne Rouge à Krasnye Vorota, et avait emprunté des voies de service pour contourner Prospekt Mira. Ces passages, il les connaissait depuis qu'il était gamin. Autant dire qu'il y était à l'aise, malgré son gabarit. Il savait choisir par où se glisser, quel tunnel utiliser, et quels endroits lui étaient inaccessibles.

Ce n'était pas par plaisir qu'il se rallongeait le trajet. S'il avait pu, il aurait tracé l'itinéraire le plus direct, mais il préférait éviter les Mutants. Depuis qu'un passage vers la Surface s'était créé, il y avait une possibilité d'en croiser. Il ne les craignait pas, mais ces derniers temps, c'était plus compliqué de se fournir champignons, thé, nourriture et soins. Il était préférable d'éviter de finir mal en point, au vu du manque de ressources, qui – s'il n'était pas encore dramatique – pouvait vite devenir problématique en cas de sérieuse blessure.

Leonid arriva à un embranchement de lignes techniques. Ces couloirs avaient autrefois été parcourus par des ingénieurs, des ouvriers, des électriciens, des mécaniciens, qui allaient et venaient pour aller réparer quelque installation, poser des câbles, constater des dégradations, contrôler l'avancée d'un chantier. Aujourd'hui, ils n'étaient guère plus visités que par les gens futés. C'étaient des moyens rapides pour aller d'un tunnel à l'autre le plus rapidement possible. Et ils étaient loin d'être tous déserts. Leo y croisait parfois des marchands, profitant d'avoir vendu tout leur chargement pour rentrer à la maison rapidement, leurs gains dans leur sac. Le troc avait cela de pratique qu'il permettait d'échanger des marchandises parfois très volumineuses en d'autres qui l'étaient beaucoup moins. Autrefois, l'argent était un élément central de la société. Maintenant, il n'y avait plus de monnaie qui fasse cours, et il fallait échanger, marchander, négocier, sans jamais qu'une pièce de métal ou un rectangle de papier marqué d'un visage anciennement connu et d'un nombre ne change de mains.

Mais si Leonid prenait ces chemins cette fois, ce n'était pas pour troquer. Il se rendait dans la V.A.R., pour y aider. Depuis que le blocus avait été instauré par la Hanse, il n'y avait plus possibilité d'obtenir de marchandises en provenance de l'Alliance Nord-Est. Cela rendait la vie plus difficile pour tout le monde, et la Hanse profitait de sa position avantageuse pour proposer ses stocks de vivres à des prix toujours plus élevés. Le malheur des uns faisait le bonheur des autres, fallait-il croire.

Rizhskaya n'était plus loin, maintenant. Il suffirait de franchir ce virage, un peu plus loin, et il ne resterait que deux ou trois kilomètres. Leonid rampa sous un enchevêtrement de câbles de poutres et  de gravats, qui laissait un mince passage au ras du sol. Il avait fait cela des dizaines de fois. Pourtant, cette fois-ci, il se blessa au bras. Ressortant du passage, il inspecta la plaie, qui irradiait d'une légère douleur piquante.
Ce n'était rien de sérieux. Une simple coupure, une belle estafilade qui courait du coude au poignet. Ça saignait un peu, sans grand risque. Mais dans des conditions de vie comme celle des Moscovites de cette époque troublée, une blessure – même légère – non soignée pouvait devenir bien plus grave.

En à peine une heure, Rizhskaya était atteinte. Sa voûte soutenait encore les anciens équipement d'éclairage, dont presque aucun ne fonctionnait plus, à l'exception d'une poignée, miraculeusement maintenus en état de marche. Les parois autrefois jaunes et les plafonds jadis blancs n'étaient plus qu'un nuancier irrégulier de crasse et de suie, de moisissure et de peinture écaillée. Comme dans toutes les stations, le quai central était la zone de vie, et les voies servaient à se déplacer de part et d'autre. Quelques antiques voitures de métro avaient été placées le long du quai et servaient soit de dortoirs, soit de magasins.

Il semblait que la population était presque entièrement composée de vieillards et de jeunesnfants. Les jeunes gens, garçons et filles, les hommes, les femmes, tous devaient contribuer à l'effort collectif pour faire survivre la station et la V.A.R., que ce soit en travaillant à la production de biens qui serviraient dès la fin du blocus à relancer l'économie, ou en trimant au chantier pour réparer la faille.

C'était pour cela que Leonid était venu, lui aussi. Mais pour le moment, il ne pouvait pas se mettre au travail immédiatement. Il lui fallait se faire soigner d'abord.

Généralement, les guérisseurs s'installaient au centre des stations, pour être facilement trouvés par les gens en besoin de leurs soins. Rizhskaya ne faisait pas exception. Leonid trouva au milieu du quai des petits stands de bois que leurs propriétaires installaient chaque jour pour travailler et enlevaient une fois leur journée de travail finie. Ils consistaient généralement en une table grossière, sur laquelle ils faisaient s'installer leur patient, et de quoi s'asseoir le temps de prodiguer les soins quand cela durait assez longtemps. Sous la table, on trouvait généralement une caisse contenant tout le matériel.

Les guérisseurs que Leonid trouva ici semblaient venir d'un autre âge. Tous croulant sous le poids des années, le visage buriné de rides si profondes et si nombreuses qu'on aurait dit des momies, avec leur peau parcheminée. Il compta cinq médecins, dont trois avaient les mains secouées de tremblements incontrôlables, un qui dormait sur sa table, et le dernier qui était en train de démonter son installation. Rien qui ne donne vraiment envie.

Il parcourut encore quelques dizaines de mètres, et il trouva ce qu'il cherchait.
Un homme coiffé d'une casquette était installé là, un peu à l'écart des autres. Il devait avoir le même âge que Leonid, peut-être un peu plus. Il semblait absorbé par l'inspection de sa caisse de matériel. Ses gestes étaient lents et assurés, ses mains semblaient sûres. Il y avait apparemment peu de chances qu'il n'aggrave une blessure avec un geste involontaire.

Leonid s'avança vers lui, et s'éclairçit la gorge pour attirer son attention.

« Salut, доктор... »



Piotr Zinoviev
Date d'inscription : 30/06/2018
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le Sam 20 Juil - 17:10

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Age :: 40 ans
Patronyme :: Yvanovitch
Surnom :: Petya
Piotr manipula doucement la cheville enflée à la peau anémiée, enroulant précautionneusement autour une bande de tissu pouvant se vanter de tutoyer le blanc, en même temps qu'il surveillait du coin de l’œil les grimaces de l'adolescente assise sur une vielle caisse  militaire. Deux jours après son arrivée à la V.A.R, et depuis une semaine, elle venait le voir en début d’après-midi – ou du moins peu de temps après que l’aiguille des précieux horloges de la station ai atteint son zénith – pour une cheville foulée.  Dés sa deuxième visite, il avait su qu'elle n'avait pas suivit  cette seule recommandation qu'il lui avait donner: s'économiser. Elle revenu avec une cheville un peu plus enflée et brûlante le lendemain, se contentant d'un haussement d'épaule indifférent devant des réprimandes faîtes d'une voix calme et légèrement paternaliste. Et Piotr avait soupiré, trop conscient qu'il n'y avait rien à faire pour la V.A.R. Les gens ici travaillaient à la reconstruction de leur faction quoi qu'ils leur arrivent, et ce n'était pas la première fois qu'il voyait un patient sensé se reposer revenir en pire état le lendemain. Il avait tenté d'en parler. On avait rit.

« Ça va mieux depuis hier ? »

Demanda-t-il en se relevant, prenant la béquille – qu'il avait faite faire pour cette patiente rendu un peu particulière par son âge – posée contre la caisse militaire pour la tendre à la rouquine filiforme. Dans le même mouvement, il lui présenta son bras dont la peau halée apparaissait sous  ses manches relevées, l'aidant à se lever et l'accompagnant sur quelques pas. Avec un dernier sourire, Piotr la laissa claudiquer seule jusqu'à une amie du même âge,  levant la main pour la saluer quand elle se retourna une dernière fois, souriant à travers les tâches de crasses couvrant son visage.

La V.A.R était encore plus abîmé qu'il ne s'y était attendu. Le mal n'était pas tant dans les dégâts causés par la brèche ou l’épidémie, mais dans le moral mis à mal, l'insécurité où tremblaient les trois stations depuis des semaines. Aucun esprit anthropoïde normalement fait ne pouvait supporter en permanence l'idée qu'à chaque instant, une horde de mutant pouvait arriver et raser une station entière. La peur couplée au désespoir étaient les meilleurs des paralysants, et l'âme humaine faîte pour se distordre au nom de la survie, quitte à en être méconnaissable. Ainsi chacun tentait de se soustraire à la réalité comme il pouvait, à un degrés plus ou moins élevé pour éviter d'y laisser trop d'intégrité psychique. Mais  la réalité revenait toujours frapper en pleine figure à un moment, et la V.A.R venait d'en faire la destructrice expérience.

Il n'était pas réellement venue ici pour aider les trois stations, seulement pour accompagner une amie avec qui il était devenu urgent de parler aux vue de la distance qu'elle avait tendance à prendre depuis quelque temps. Mais son âme de misanthrope humaniste avait sortie les gyrophares quand il avait tenté de détourner le regard, et depuis qu'il était installé, la moitié au moins de ses patients étaient repartis sans rien avoir à payer. A la Hanse, il était dans les mieux lotis en plus d'être apprécié d'une bonne partie de l'anneau, et quelques sacrifices lui était  possibles : s'il venait à sombrer, il y aurait des gens pour le rattraper, il en était sûr.
Au moins un stalker aux cheveux long et à la langue bien – trop peut-être aussi – pendue.

D'une poche de son manteau, il sortie une petite boîte métallique plate et y prie une cigarette, l'embrasant d'un coup de briquet mécanique, avant de s'immobiliser un instant. La lueur rouge de l'extrémité enflammée du joint se refléta un instant dans son regard cristallin fixé dessus, puis Piotr inspira une bouffée de fumée et renversa la tête en fermant les yeux, se prenant. Il vient s'agenouiller face à la caisse militaire, l'ouvrant pour y ranger le matériel sortie, s'arrêtant parfois quelques secondes pour recracher la fumée de sa cigarette toujours prise entre ses deux lèvres.

Le médecin se retourna en entendant un raclement de gorge derrière lui, relevant la tête jusqu'au visage d'une montagne humaine rousse. Instinctivement son regard se porta à la scarification barrant son œil, l'examinant une seconde avant qu'il ne comprenne qu'elle n'était qu'une cicatrice refermée depuis longtemps. Piotr se leva en examinant l'eau des pieds à la tête, cherchant déjà les symptômes et les stigmates d'une maladie ou d'une blessure avant que son regarde ne s'arrête sur l'avant-bras de l'eau. Dans un mouvement sec, il hocha la tête et adressa un regard à l'homme, lui signalant rapidement qu'il avait compris avant de tourner les talons.

« Suivez-moi. Vous vous êtes blessé dans les tunnels ? Vers quelle station ? »

Demanda-t-il, retrouvant sa voix naturellement froidement et légèrement brusque. Il repoussa le pan de tissu bouchant l'entrée d'une tente militaire quelques par derrière l'endroit où il s'était installer, et le coinça derrière un des mats retenant la toile kaki.

« Inna ?
- Oui ? »

Sur un lit de camp installé un peu plus loin, une tête sortie d'une masse de boucle blonde, un vieux livre abîmé posé sur ses genoux.

« Tu peux aller veiller sur le matériel ?
- Ok ! »

La fillette se releva d'un coup en reposant son livre, et couru dehors, riant quand son père l'attrapa avant qu'elle ne quitte la tente pour plaquer rapidement ses lèvres contre sa tempe.



Leonid Voronov
Date d'inscription : 11/06/2019
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le Lun 22 Juil - 14:05

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Age :: 35
Patronyme :: Mikhaïlovitch
Surnom :: Leo






       





Le doc inspecta Leonid d'un œil inquisiteur. C'était une habitude chez ces gens, de scruter les autres à la recherche d'un mal – parfois inexistant, mais qui pouvait venir grossir la facture. Celui-là semblait honnête, du moins assez pour ne pas s'apesentir sur de vieilles cicatrices. Les yeux bleu du médecin s'arrêtèrent finalement sur l'avant-bras entaillé, d'où coulaient lentement des goutelettes de sang, qui avaient dessiné un mince filet le long de la main et des doigts de Leonid, jusqu'à venir maculer le sol, une à une, avec un rythme lent d'une précision de métronome.


« Suivez-moi. Vous vous êtes blessé dans les tunnels ? Vers quelle station ?
Dans une voie de service, entre Krasnye Vorota et ici, à hauteur de Prospekt. Le passage est étroit et plein de saletés. »

Le médecin lui fit signe de le suivre vers une sorte de tente, qui devait avoir été d'un vert militaire autrefois, maintenant d'une nuance incertaine, quelque part entre l'olive et le brun, le tout caché sous une épaisse couche de poussière incrustée.
À l'intérieur, une jeune fille blonde, à qui le doc demanda de sortir pour surveiller le matériel. La fille obéit de bonne grâce, et son père la gratifia d'une marque d'affection au passage.

Sur un signe du docteur, Leonid assit sa grande carcasse sur le lit que la fillette venait de laisser vide. Il tendit le bras blessé pour se laisser inspecter. Le toubib s'affaira avec tout un tas de récipients, de linges vaguement propres et d'outils, et amena une lampe pour éclairer son travail. Il resta silencieux le temps de regarder plus en détails la blessure, et finit par exprimer sa satisfaction. Ce n'était rien de sérieux, comme Leonid l'avait déjà deviné. En quelques minutes à peine, la plaie fut nettoyée et pansée d'une bande de tissu étrangement immaculée, et le tout emmailloté dans une autre bande, faite de toile solide et légèrement grise. On devinait que celle-ci avait déjà servi de la même manière, de par les quelques traces brunâtres de sang séché qu'elle portait ici ou là. Il était difficile de trouver du matériel médical en bon état, mais les bandages et pansements propres n'étaient plus qu'une légende. Et de tous les médecins que Leonid avait pu voir travailler, celui-là était très certainement parmi les plus nickels.

Leonid éprouva la solidité du bandage pendant que le docteur finissait de ranger son poste de travail, tout en prononçant des banalités. C'était toujours étrange, cette habitude que les gens avaient gardé, et qui consistait à débiter des choses sans intérêt dans le simple but d'éviter un silence qu'ils considéraient comme gênant. Leonid, lui, préférait encore le silence. Mais ne pas répondre aux questions était considéré comme impoli, alors il se forçait. Cela se traduisait en des réponses courtes et simples, sans vraiment développer. Ça marchait plutôt bien.


« Je viens de l'Interstationale, pour aider à rouvrir les routes d'échange de la V.A.R. avec le reste. L'arrêt du commerce avec l'extérieur de la V.A.R. perturbe beaucoup tout le reste, et il faut que ça revienne à la normale. »


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