Deuxième horizon [PV Jora-daragoï]
Valentina Nikolaïeva
Date d'inscription : 15/10/2017
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le Dim 16 Juin - 1:30
Armurière

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Age :: 22 ans
Patronyme :: Vladimirovna
Surnom :: Valya
Le voyage avait été long et éprouvant. Plus que d'ordinaire, en tout cas. Peut-être parce qu'elle espérait que ce serait le dernier ou peut-être parce qu'elle était impatiente d'arriver. La caravane était passée partout sans rencontrer trop de problème, juste le quota normal d'emmerdements quand on voyageait dans le Metro. Et elle devait bien reconnaître que le si précieux laissez-passer offert par Pavel Kadochnikov avait été d'une aide inestimable. jamais encore elle ne s'était sentie aussi sereine face à des contrôles. Ce qui restait de ses marchandises ainsi que ses bagages étaient aussi passés sans encombres et elle n'avait pas eu à payer chaque garde pour obtenir son indulgence.

À son arrivée à la V.A.R., elle n'avait pas fait de manières ni cherché à se cacher ou à se faire spécialement discrète. Au contraire, elle avait annoncé la couleur dès le départ et demandé à rencontrer le chef de l'alliance pour le prier humblement de l'accueillir dans son troupeau pour une durée indéterminée. Elle n'avait pas voulu demander officiellement asile comme si elle avait été chassée de la Hanse, ça n'aurait pas été honnête. mais Jora devait pouvoir lui accorder le droit de rester plus longtemps que pour une simple tournée commerciale. D'autres que lui avaient sûrement ce pouvoir également d'ailleurs, mais ça n'aurait eu aucun sens de réclamer ce sauf-conduit si elle s'était leurrée sur le lien qu'elle venait chercher.

Escortée jusqu'au bureau du grand chef donc, elle laissa ses affaires sous bonne garde et se sépara même - avec peine ! - de ses armes. Après tout, ce n'était que justice. On allait tout de même pas laisser n'importe quelle étrangère voir seule le chef de l'alliance avec des armes planquées sur elle. Invitée à attendre dans une salle neutre qui ressemblait à s'y méprendre à une salle d'interrogatoire, elle se percha sur un coin de table et se gratta machinalement la cheville, là où il y avait d'ordinaire son Walther dans un étui. Bien sûr, elle s'était attendue à une certaine méfiance, elle trouvait ça normal et même plutôt rassurant, mais ça la contrariait d'être désarmée.

Allaient-ils donner son nom à Jora pour lui demander de venir ? Ou juste qu'une étrangère de l'Hanse voulait lui demander personnellement asile pour une durée indéterminée ? Est-ce qu'on allait seulement e prévenir ? Et surtout, qu'allait-elle lui dire en le voyant ? Elle avait imaginé bien des choses même si elle ne l'aurait jamais avoué, même sous la torture, mais elle ne savait toujours pas quoi dire ni quoi faire. Elle savait qu'elle était loin d'être la première et sans doute pas la seule, qu'il n'y avait peut-être même pas de place pour elle ici, mais contre toute raison et à l'inverse de ce qu'elle avait toujours prôné dans sa vie, elle espérait. Restait à trouver comment expliquer ça à Jora. Un peu dépitée par ce manque d'inspiration, elle se détendit en pensant au lance-grandes qu'elle avait pratiquement fini d'assembler et qui s'adapterait parfaitement sur son AK.

Concentrée sur son petit fantasme personnel qui l'empêchait de s'appesantir sur ce qu'elle ignorait, elle n'entendit pas l'agitation hors du réduit où elle se trouvait, et il lui fallut quelques instants pour saisir le bruit de la porte qui s'ouvrait dans son dos. Le souffle soudain un peu plus court et le coeur battant, elle se composa un visage aussi neutre qu'elle en était capable et pivota lentement sur la table où elle était assise pour faire face à la personne qui venait d'entrer. Si c'était bien lui, elle saurait au premier regard si elle avait commis une erreur ou non, elle en était convaincue bien que cette pensée irrationnelle soit bien loin de ses habitudes.



Deuxième horizon [PV Jora-daragoï] 171126114340868715
Gueorguï Joukov
Date d'inscription : 27/03/2017
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Chef de l'Alliance V.A.R
le Ven 9 Aoû - 20:05
Chef de l'Alliance V.A.R

Passeport
Age :: 54 ans
Patronyme :: Asimovitch
Surnom :: Jora
Les deux doigts de la main droite en pince, Gueorguï se frotta machinalement l'arête du nez, les yeux fermés, pour essayer de remettre ses idées en place. Penché sur une carte étalée sur son bureau, enfermé afin d'avoir de l'espace pour réfléchir, il s'acharnait depuis deux bonnes heures à essayer de déchiffrer les divers renseignements - contradictoires - qui lui avaient été donnés concernant ses différents voisins, humains comme mutants. Incapable d'obtenir des données fiables, faute d'un appareil de renseignement extérieur suffisamment armé en personnels et en matériels, il devait en permanence jouer aux devinettes et se fier à son instinct lorsque des informations lui remontaient aux oreilles. Et souvent pour pas grand chose... Mais l'expérience lui avait appris que négliger ce travail de recoupe de l'information était une erreur qui avait d'ores et déjà coûté la vie de nombreux de ses hommes - tout comme de ses adversaires.

Puis soudain, comme une délivrance, on vint taper fermement à la porte.

- CHTO ? s'écria le vétéran de sa voix puissante, plus par réflexe nerveux que par réel agacement.
- Gueorguï Asimovitch, nous avons une personne qui souhaite vous parler, elle est assez insistante...

L'ancien spetsnaz maugréa dans son épaisse barbe sombre et mal taillée : "Qu'est-ce que c'est que ces gens qui insistent pour venir me parler..."

- Gueorguï Asimovitch, elle vient de la Hanse, et elle vend des armes, poursuivit la voix de l'autre côté de la porte.

Des armes ? Il manqua un battement au rythme pourtant réglé comme une horloge du coeur du vieux soldat. En provenance de la Hanse ? Cela faisait longtemps qu'un marchand d'armes n'était pas venu le demander en personne, les conventions et traités étaient déjà signés avec des vendeurs de confiance depuis longtemps... Mais au fond de lui, il savait de qui il s'agissait, même s'il se refusait à l'admettre. Ce serait comme admettre une faiblesse, la capacité à s'abandonner à un étranger, à remettre sa stabilité mentale entre les mains d'une autre personne. Son visage se renfrogna aussitôt alors, comme une carapace qui se referme brusquement, et après quelques secondes d'hésitations, il s'avança d'un pas décidé vers la porte, et la main imperceptiblement tremblante malgré lui, il ouvrit au messager.

- Et vous croyez que ça m'intéresse en ce moment une marchande d'armes ? aboya-t-il comme s'il cherchait à éloigner une menace, qu'est-ce qu'elle veut exactement ?

Le visage du messager se décomposa aussitôt. Les colères du chef de l'alliance étaient rarement vaines, mais légendaires.

- Elle... a juste demandé à vous voir, Gueorguï Asimovitch, mais... je peux la renvoyer si vous voulez... peina à articuler le pauvre homme à la porte.

Le vétéran se refusa à demander le nom de la nouvelle venue. Il voulait se donner une ultime marge de manoeuvre.

- Non, je vais la recevoir, répondit Gueorguï sèchement, elle se trouve dans la salle d'accueil ?

Le messager acquiesça sans un mot, et sans attendre une seconde supplémentaire, l'imposante carcasse de Gueorguï l'écarta en s'engouffrant dans l'encadrement de la porte, jusque dans la "pièce" où se trouvait la nouvelle venue. D'un pas décidé, il traversa les quelques mètres qui le séparaient de cette angoisse qui le serrait secrètement dans le bas du ventre, et le visage fermé, il poussa la porte. La silhouette de la jeune femme qui lui tournait le dos, apparemment rêveuse, ne laissa alors aucun doute sur son identité, et aussitôt, des odeurs, des sensations de picotement sur la peau, des flashs traversèrent son esprit. Impuissant, il ne put maintenir l'agacement qui emprisonnait les traits de son visage, et s'il paraissait toujours renfrogné - comme le vieux soldat bourru qu'il était - son regard s'adoucit aussitôt.

Se refusant à sourire, mais la commissure de ses lèvres trahissant l'émotion qui s'emparait de l'oxygène dans sa poitrine, il parvint à lancer un sec et tendre à la fois :

- Toi ici ? Je t'ai déjà dit que nous avons déjà nos fournisseurs attitrés à la VAR...

Tout au fond de lui, il mourrait d'envie de l'étouffer contre lui, entre ses bras, de lui briser les côtes de tendresse et de rejouer ces films nocturnes qu'il se passait dans sa tête les yeux fermés, lors de longues nuits d'insomnie. Et bien qu'il s'évertuait à paraître distant et fermé, le tutoiement et l'intonation dont il faisait preuve ne laissaient plus aucun doute sur la valeur de ses sentiments à l'égard de cette jeune étrangère.

- Tu aurais pu m'écrire avant quand même...
Valentina Nikolaïeva
Date d'inscription : 15/10/2017
Messages : 168
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le Sam 10 Aoû - 14:29
Armurière

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Age :: 22 ans
Patronyme :: Vladimirovna
Surnom :: Valya
Soudain il fut là sous ses yeux, et le monde entier s'effaça autour d'eux, son bruissement, sa rumeur permanente disparut d'un coup, lui laissant un bourdonnement assourdissant dans les oreilles. Le sang battait si fort à ses tempes qu'elle se demanda un instant si elle serait capable de se lever sans perdre pied. Mais seule la douleur avait pu la forcer à s'évanouir un jour, ce n'était pas cet instant qui allait venir à bout de sa solidité. Quoique. En ce moment crucial, elle avait la sensation que tout l'intérieur de son corps s'était brutalement liquéfié, plus rien ne fonctionnait, sa raison moins que toute autre chose.

Par on ne sait quel miracle instinctif, elle parvint à pousser sur ses mains et glisser au bas de la table où elle était perchée pour se remettre debout sur ses jambes chancelantes. Vladimir lui avait décrit autrefois la manière dont les jeunes faons se lèvent pour la première fois sur des pattes trop longues et trop fines pour eux. Elle se sentait exactement comme cela. Comme si des échasses de papier avaient remplacé ses jambes pourtant solides et assurées. Elle se sentait soudain infiniment maladroite, déséquilibrée, comme si elle allait sombrer.

En deux enjambées étrangement bien chaloupées malgré sa faiblesse générale, elle franchit la distance qui la séparait encore de son objectif. Sa voix avait vibré jusqu'à la faire trembler intérieurement, jusqu'à l'éveiller suffisamment pour la forcer à bouger. Elle avait l'impression que les yeux allaient lui sortir de la tête, que sa gorge resterait à jamais ce désert aride et que ses mains n'en finiraient pas de trembler. Pétrifiée par la violence de l'émotion qu'elle n'était pas prête à ressentir, elle reprit soudain son souffle alors qu'un éclair de détresse traversait le gris de ses prunelles. Il voulait d'elle. Exactement comme elle en avait eu la certitude sans jamais s'autoriser à le croire, elle avait compris au premier coup d'oeil qu'il voulait bien d'elle ici. Comment et pour combien de temps, elle s'en fichait bien désormais.

Une main fine et pâle traversa son champ de vision puis vint effleurer la tempe du vieux soldat avant de glisser vers sa pommette et d'achever sa course à l'angle de sa mâchoire. Un pouce fébrile suivit le contour de sa bouche alors que son autre main venait équilibrer son corps abandonné par toute raison en prenant appui directement contre le torse de Gueorguï Asimovitch. L'émotion était d'une telle intensité qu'elle l'avait rendue muette. Sa main quitta alors son visage et passa derrière sa nuque pour le forcer à se pencher vers elle et c'est à même ses lèvres qu'elle articula un bonjour inaudible.

Toute entière pressée contre son grand corps puissant à présent, il lui semblait retrouver peu à peu des sensations plus claires et plus humaines. Rien ne l'avait préparée à ce raz-de-marée, surtout pas Vladimir. Un demi-sourire étirait à présent le coin de sa bouche en réponse tardive à ce qu'il avait dit. Car elle n'était pas venue lui vendre des armes.

Quant à écrire... Sa raison lui disait qu'elle écrivait trop mal et avait trop peu confiance dans certaines caravanes pour se risquer à coucher sur du papier ce qu'elle aurait voulu lui dire ou annoncer sa venue. Mais la vérité c'est qu'elle avait eu peur et qu'elle était encore terrifiée. S'il n'avait pas répondu ou lui avait demandé de rester loin, elle en aurait été anéantie. Et elle sentait bien qu'à cet instant encore, il pouvait toujours dévaster sa vie en une fraction de seconde.

Il avait pouvoir de vie et de mort, de lucidité ou de folie pure, de calme ou d'abjecte terreur. Et c'était elle-même qui lui avait donné ce pouvoir sans hésiter une seule seconde. Au contraire de Vladimir qui avait ce pouvoir par le sang, parce qu'il était son père, Jora le recevait en cadeau volontaire et réfléchi. Si tant était qu'on puisse considérer qu'elle était capable de réfléchir de quelque manière que ce soit.

Les bras noués autour de son cou, elle se hissa contre lui sans effort pour un autre baiser plus long, plus voluptueux, qui lui coupa le souffle, puis elle se laissa glisser contre lui pour retrouver le sol et se serra contre son torse. Les yeux fermés, un vague sourire rêveur s'attardant sur ses lèvres, elle prit conscience qu'elle n'avait pas cessé de penser à leur unique nuit ensemble depuis qu'il avait quitté son réduit, des semaines auparavant. Les mots se bousculaient dans sa bouche mais aucun ne sortait, rien n'avait de sens, rien ne semblait approprié hormis des mots qu'elle ne pouvait en aucun cas prononcer. Elle leva les yeux vers les siens alors et lui offrit un sourire éclatant, de ceux qu'elle n'avait jamais offerts à personne.

- Je ne suis pas venue te vendre des armes, parvint-elle à articuler dans un souffle contraint et haché qui lui fit un peu honte. C'était encore pire que ce qu'elle avait cru. Bien pire.



Deuxième horizon [PV Jora-daragoï] 171126114340868715
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