Saveli embobine la tisserande
Saveli Voronov
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Eleveur de rats - Cultivateur de champignons
le Ven 23 Nov - 19:53

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Age :: 16 ans
Patronyme :: Stepanovitch
Surnom :: Valiouch
Ce jour-là dans la station Rijskaya, Natalia Voronova avait décidé, faute de temps, de confier une mission personnelle à son fils. Elle avait en effet dégoté un vêtement assez intéressant : une veste et une jupe de tailleur, de couleur noire, étiquetées "H&M" et qui n'avait sans doute jamais servi. Cette tenue n'était pas adaptée pour l'ancienne ouvrière agricole qu'était Natalia, mais elle pouvait lui servir dans sa nouvelle vie de conseillère-marchande-politicienne qu'elle se construisait désormais.

La tenue n'avait que deux défauts. D'une part elle était légèrement trop grande pour Natalia, qui faisait à peu près le gabarit de son fils. Il fallait donc, si c'était possible, retoucher la veste et la jupe. D'autre part, un morceau de métal rond entouré de plastique était fermement poinçonné au tissu, ce qui était très incommode. Elle n'avait pas réussi à le décrocher sans risquer d'abîmer l'étoffe.

Pour Natalia une seule personne était compétente dans la station et peut-être au-delà, Evguenia Nikititchna Kholodova. Mais elle avait remarqué que lorsqu'elle se rendait chez la tisserande, elle se retrouvait à bavarder à tort et à travers, sur des sujets qu'elle aurait voulu garder pour elle, et s'en voulait ensuite. Pour s'en prémunir, elle désigna Saveli pour faire cette course.

Elle lui donna quelques cartouches, pas plus que la somme qu'elle jugeait correcte pour ce travail. Elle lui conseilla de négocier avec la tisserande et de ne pas se faire rouler. Comme Saveli s'adonnait à la couture elle songea qu'il pourrait apprendre des trucs utiles auprès d'une professionnelle.

Saveli avait accepté et aussitôt sa mère partie, un plan germa dans son cerveau inculte. Il décida de s'occuper lui même de retirer le morceau de métal, ce qui lui permettrait d'économiser des cartouches sur le prix de la retouche. Et bien sûr il les empocherait.

Il se mit donc à l'ouvrage. Avec son vieux canif il traça une entaille dans le tissu, malmena la veste et parvint enfin à arracher l'antivol. Ensuite il utilisa l'unique aiguille et le gros fil marron en sa possession pour raccommoder. Il fut un peu déçu voire inquiet du piètre résultat, mais ce qui était fait était fait. Il n'aurait qu'à dire à sa mère que c'était l'œuvre de la tisserande.

C'est ainsi que le jeune éleveur de rat se retrouva à déambuler dans la station, un paquet de tissu noir sous le bras, une poignée de cartouches dans une poche de son manteau dépenaillé, rafistolé et taché. Il avait sa casquette d'ancien éboueur vissée sur sa chevelure grasse. La capuche de son sweat informe et décousu pendait dans son dos. Il avait quand même enlevé les immondes mitaines qui lui servaient à travailler au contact des rats. Pour ne pas salir le tailleur.

Arrivé devant la fameuse boutique, où il n'avait jamais mis les pieds, il prit quelques secondes pour se remémorer les conseils de sa mère. Puis il entra et regarda avidement tout autour de lui.

"Y'a quelqu'un ?" Lança-t-il sans gêne.
Evguenia Kholodova
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le Mer 5 Déc - 0:44
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Age :: 31 ans
Patronyme :: Nikititchna
Surnom :: Zenia

   
    Une jeune femme était en train d'observer les différents rouleaux de tissus exposés dans les étagères. Chaque tissu avait été soigneusement plié et rangé, on pouvait y voir différents motifs ou couleurs. Le local était séparé en trois allées bien distinctes par des armoires où étaient rangés les différents articles. D'un côté, on pouvait trouver des tissus basiques, puis des rembourrés pour des vêtements chauds ou des couvertures. Les deux autres rangées présentaient quant à elles, des produits d'une bien meilleure qualité. Il régnait aussi une forte odeur de colorant et de javel, ce qui était normal pour un atelier de tisserand où la patronne faisait régulièrement des teintures. La dame avait les cheveux mi-longs, châtains foncés et bouclés, ses yeux verts allaient ici et là, comme si elle cherchait quelque chose de particulier.

    C'est alors que la porte s'ouvrir en grinçant un peu. La jeune femme se dirigea vers l'allée principale en entendant une voix appelé. Celle-ci était étrange, comme infantile. Et la demoiselle tomba face à un gamin d'une dizaine d'années. Ses vêtements étaient un peu crasseux et il portait une casquette pour couvrir sa tignasse. Il ne semblait pas gêné d'être là et désirait, semble-t-il, quelque chose. Aucun doute pour l'élégante femme, ce gamin était bien un client. Elle s'avança vers lui d'une démarche élégante. Son corps était couvert d'une belle robe noire lui arrivant au-dessus des genoux. Dessous, elle portait des collants et d'épaisses bottines. Sur son torse, se trouvait une veste rembourrée de fourrure. Elle avait une certaine classe malgré sa tenue mêlant élégance et protection contre le froid.

    Elle tendit la main pour saluer le garçon en lui faisant un grand sourire. Très joviale et avenante, elle n'avait aucun aprioris sur les gens. Même si là, elle songea un instant avoir à faire à un gouaillant qui arrivait à peine à l'adolescence. Mais elle n'en dit pas un mot sur ce sujet.
    – Enchantée ! Je peux te renseigner ? Tu cherches quelques choses en particulier ?
Sa voix bien qu'agréable était forte et elle avait un léger accent. Peut-être des origines ukrainienne ? Enfin le gamin ne pourrait pas le deviner, trop jeune pour avoir une idée d'où provenait une telle prononciation. Elle remarqua alors le paquet que le bambin avait sous le bras. Son regard avide s'y porta et un large sourire fendit son visage.
    – C'est pour une réclamation ? Laisses moi regarder ça !




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Saveli Voronov
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Eleveur de rats - Cultivateur de champignons
le Mer 5 Déc - 20:46

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Age :: 16 ans
Patronyme :: Stepanovitch
Surnom :: Valiouch
A peine dans la pièce, tous les sens du jeune visiteur furent mis à l'épreuve. L'odorat tout d'abord fut frappé par cette nappe entêtante et vaguement écœurante de javel et de colorants. Ces parfums inconnus au bataillon lui décapèrent les voies respiratoires et lui arrachèrent une toux de surprise. Saveli fit la grimace mais cligna des yeux aussi. La vue de ces étagères remplies de tissus propres et nets, variés et luxueux, choqua son imagination.

Ensuite ce fut la vue et la voix de la propriétaire des lieux. Une jeune femme irréprochable dont le style vestimentaire étonna beaucoup l'humble pouilleux qu'il était. Et puis la blancheur de sa peau, la finesse de ses traits et le profondeur de son regard ne pouvaient que scotcher l'adolescent solitaire et aigri. La voix, en plus, s'adressait directement à lui d'un ton fort aimable et chantant. Bref il resta tout d'abord ébahi par cette nouvelle planète et son habitante. Il saisit sa main tendue avec un léger retard.

"Heu ..."
Il ne sut trop quoi répondre car il se rendit compte que le mot réclamation ne lui était pas du tout familier. Vu que la noble personne regardait avec intérêt son paquet il se dit que c'était le mot savant pour "retouche". Il hocha donc la tête avec la conviction d'avoir compris.

"Heu ouais, c'est pour ça. Regarde c'est ma mère Natalia Voronova qui voudrait les deux en plus court."

Il parla d'un trait en se souvenant trop tard des alarmes de sa génitrice : ne pas se faire rouler. Négocier. Se méfier et peser ses mots.

Il tendit le "paquet" qui se révéla une veste (piètrement rafistolée à un endroit mais Saveli fit mine de rien) et une jupe de tailleur roulés en boule. Il déploya les pièces et les donna à la tisserande, non sans un geste d'hésitation. L'idée lui avait traversé l'esprit que la commerçante ne veuille plus lui rendre les habits. Donc il eut tendance à garder maladroitement les mains dessus. En même temps son regard curieux voulait s'attarder sur tout : le visage, les cheveux, le buste et les mains de son interlocutrice, mais aussi sa robe, et tous les autres tissus autour. Tout était merveilleux dans cette boutique. Toutefois le garçon conserva un ton sérieux et détaché.

"Elle veut que ça soit à sa taille, c'est possible ? Ça fera combien ? Ça te prendra beaucoup de temps ?"

Il avait hâte que l'affaire soit dans le sac mais souhaitait aussi que la conversation se prolonge, d'où la salve de questions. Par ailleurs Saveli cherchait déjà un prétexte pour fureter dans la boutique aux mille trésors, tâter les tissus et contempler leurs coutures, plis et motifs.
Evguenia Kholodova
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le Lun 10 Déc - 21:04
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Age :: 31 ans
Patronyme :: Nikititchna
Surnom :: Zenia

    La jeune femme nota le visage ébahit du garçon, elle l'avait même entendu tousser. Elle aussi, il lui arrivait de sentir un picotement dans sa gorge ou même aux yeux quand elle venait dans la boutique. Le gamin hésita d'abord à parler, un peu perdu dans ce local, c'est du moins ce qu'elle pensa. Il devait être pauvre à voir ses frusques et sa mine sale mais elle appréciait les gosses dans son genre : ils avaient toujours quelques choses à raconter, sûrement à cause de leur innocence tout en ayant vu des choses cruelles. Elle pensa machinalement que ce petit intéresserait quelqu'un d'autre, mais pas pour son innocence. La personne à laquelle, elle songeait, aimait avoir des oreilles partout.

    Il brandit son paquet de fortune en disant qu'il venait de la part de sa mère, trouvant les deux trop long. Le nom ne disait pas grand chose à l'interlocutrice du gamin, mais elle portait déjà ses mains au dit paquet. Le gosse hésita à le lâcher et elle tenta de le convaincre avec un large sourire. Il lui montra une veste dans un triste état, un endroit semblait avoir été raccommodé n'importe comment puis une jupe. Elle remarqua qu'il regardait partout, comme si tout l'intriguait ce qui la fit sourire. Elle l'écouta poser ses questions, demandant si elle pouvait revoir la taille pour sa mère, combien ça couterait et le temps que ça prendrait. Il parlait vite, nerveux ou impatient, peut-être les deux.
    – Oh, ça ne devrait pas me prendre tant de temps que ça. Mais parle moi un peu de ta mère. Qu'est-ce qu'elle devient ? Pourquoi n'est-elle pas passée directement ? J'espère qu'elle va bien ?
Elle aussi pouvait poser beaucoup de question et parler vite. Mais sa voix restait douce et agréable ainsi qu'enjouée. Elle replia les vêtements après les avoir examiné pendant une ou deux secondes, bien peu de temps même pour une professionnelle mais fallait-il encore noter ce détail.

     Une porte claqua et une autre femme apparut à l'autre bout de la petite boutique. Une femme aux cheveux noirs mais plus raides, des lèvres pulpeuses et un long collier de perles autour du cou. Son regard s'était posé sur les deux individus présents et elle avança vers eux en émettant un petit soupir. La première femme avait laissé son sourire disparaitre pour se redresser afin de se tourner vers la nouvelle venue.
     – Oh ! Zenia, tu as...
     – J'ai entendu Olga, j'ai un client et tu t'amuses à te faire passer pour moi, coupa la nouvelle d'un ton plus froid. Fais moi voir ces vêtements plutôt.
La dénommée Olga qui discutait jusque-là avec le petit, tendit la veste et la jupe à la dite Zenia. Ses yeux gris inspectaient les tissus pendant que ses doigts glissaient dessus pour en éprouver le textile afin de connaitre sa nature, son élasticité et sûrement d'autres choses. Zenia porta ensuite son regard métallique sur le jeune garçon et un sourire plus amical se dessina sur son joli minois. Elle possédait un piercing au nez, ce qui attirait l'attention ou alors était-ce ses lèvres couvertes de ce produit de beauté les rendant un peu bleutées ?
    – Elle a été saccagée, dis donc. Ta mère t'as dis ce qu'il lui ait arrivé ? elle tourna les yeux vers Olga. Tu peux ranger les dernières broderies, s'il te plaît ?
Olga acquiesça et s’exécuta. Cette femme venait parfois passer commande chez Evguenia, lui donnant un coup de main quand elle s'ennuyait. La jeune femme aimait regarder la tisserande travailler et espérait qu'en lui apportant son aide, elle lui offrirait une belle robe. Ce que Zenia ne comptait pas faire pour le moment.

    – Ah oui. Je suis Evguenia Kholodova, la propriétaire de ce bouge. Désolée que mon amie, assistance - appel la comme tu veux - t'es mis le doute. Pour répondre à tes questions, son ton était plus chaleureux à présent qu'elle parlait au petit, sans compter ce massacre, je n'en aurai pas pour très longtemps. Et comme ta mère est une fidèle cliente, le prix ne sera pas exorbitant. Je sais que vous avez un peu de mal à joindre les deux bouts en ce moment.
Sans attendre, elle tira une chaise pour s'assoir tout en observant le jeune homme avec un certain intérêt. Elle nota aussi qu'il n'avait nullement prit le temps de se présenter. Alalala, ces jeunes ! D'un geste nonchalant, elle prit plusieurs rouleaux de tissus pour les comparer à la veste pour voir si elle pourrait rattraper ce désastre avant de procéder aux modifications sur la taille.
    – Et donc, tu t'appelles ? C'est la première fois que ta mère t'envoies. Que dirais-tu de me regarder faire ? Tu pourrais apprendre ou trouver ça intéressant ? Et me parler un peu de toi aussi ?
Entre chaque questions, Zenia laissait quelques instants, prenant le temps de marquer ses propos pour inspirer un peu de curiosité chez son interlocuteur. Et surtout, sans le noyer sous le flot de ses paroles. Elle termina sur un sourire bienveillant. On pouvait entendre Olga qui rangeait derrière, jetant parfois des regards curieux sur les deux autres.



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Saveli Voronov
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Eleveur de rats - Cultivateur de champignons
le Mar 11 Déc - 21:32

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Age :: 16 ans
Patronyme :: Stepanovitch
Surnom :: Valiouch
Saveli se força à concentrer son attention sur la vendeuse et lui laissa manier la veste et la jupe. Il garda tout de même le vêtement dans sa ligne de mire et observa les gestes de la noble dame. Il fut étonné qu'elle regardât si rapidement l'étoffe, puis aussitôt soulagé qu'elle ne remarquât pas la balafre causée par lui.

"... ouais elle va bien ..." Commença-t-il d'une voix faible, prudent devant toutes ces questions. Il n'avait pas été briefé et ne savait donc pas si sa mère voulait ou non qu'on parle d'elle. Il se mordit la lèvre et cogita sur sa réponse, sans perdre de vue ses propres questions, quand une porte claqua derrière lui.

Il se tourna, pensant voir une cliente. Mais un dialogue s'engagea entre les deux femmes prouvant qu'elles se connaissaient d'une autre manière. Saveli bloqua d'abord sur le subtile collier de perles que la nouvelle venue portait au cou. Puis il ressentit la froideur du ton de cette femme à l'égard de la première interlocutrice. C'était donc la patronne. Il s'intéressa à sa chevelure, son visage et surtout ce bijou qu'elle avait au nez.

Désarçonné, il regarda les deux femmes l'une après l'autre et aussi son tailleur qui changeait de mains. Il n'eut pas le temps de s'offusquer, la situation lui échappait. Son cœur battit un peu plus fort quand il vit la femme au collier parcourir des doigts experts le tissu noir. Il retint sa respiration. Quand le couperet du mot "saccagée" tomba des lèvres bleutées de la patronne, son ego prit une grosse claque. Il se rembrunit.

"... Nan, elle me l'a donné comme ça." Grogna-t-il, sur ses gardes. La femme reprit un ton chaleureux qui le détendit un peu mais le mot "massacre" prononcé avec tant de tranquille assurance lui remit la douche froide. Son interlocutrice acheva de le déconcerter en évoquant toujours aussi souverainement la situation économique de son foyer. Comment savait-elle ? Il avait à ce point l'air d'un pouilleux ou bien sa mère avait bavardé ? Bien sûr qu'ils ne croulaient pas sous les cartouches sonnantes et trébuchantes, entre son père aux abonnés absents et sa mère en transition professionnelle non lucrative ... Bah c'était pas son problème.

Il passa d'un pied sur l'autre et laissa son regard fuyant dévier quelques instants vers la première femme, retranchée vers ses broderies. Il lui adressa une œillade mauvaise puis revint vers Evguenia.  

"Heu Saveli, Stepanovitch. Pourquoi elle a fait ça ta copine ? J'ai perdu mon temps à lui expliquer, le truc que je voulais. J'ai du travail moi." Râla-t-il, essayant de faire regagner du terrain à sa fierté.

A l'invitation chaleureuse d'Evguenia il s'approcha de sa chaise pour regarder ce qu'elle allait faire. Il mit ses mains dans ses poches ce qui lui rappela la présence des cartouches et tout le tintouin sur la négociation et l'arnaque. Aucune des deux femmes n'avait été explicite sur le prix, c'était pas bon signe. Il tenta néanmoins de rassembler ses neurones pour répondre aux questions qu'on lui avait posé. Il employa la voix la plus mâle de son répertoire.  

"Non c'est pas qu'on est pauvre ou quoi, c'est qu'on fait attention. Normalement ma mère elle s'occupe pas trop d'avoir des fringues. Ou des bijoux comme ça. Ça lui irait bien mais non. C'est moi qui recoud d'habitude ses fringues. Mais là je sais pas ce qui lui a pris. Elle a du vouloir faire elle-même j'en sais rien."

Il se pencha vers l'endroit désigné comme "massacré" par l'artisane. Il fallait vraiment qu'il économise sur la retouche sinon il l'aurait dans l'os.

"C'est quand même pas si moche, elle a pas du bon matos aussi. On a juste un truc de fil et une aiguille ça explique tout."
Il prit une inspiration et reprit en haussant les épaules. "Dis-moi combien ça coûte, ou bien sinon je peux le faire moi-même, avec ton matos. Tu me montres vite fait, je recouds, tu gagnes du temps. Et tu baisses le prix ?"

Saveli n'avait aucune espèce de compétence en marchandage mais cela ne l'empêcha pas de se jeter à l'eau. Après tout, son père étant colporteur il avait peut-être hérité d'une capacité innée en la matière ? Il suspendit son souffle en espérant que la tisserande saisirait sa proposition.
Evguenia Kholodova
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le Jeu 13 Déc - 22:15
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Surnom :: Zenia


    Zenia nota que le petit n'appréciait pas trop qu'elle critique autant ce trou raccommodé dans la veste. Elle comprit ensuite qu'il le prenait mal car ça insultait indirectement les talents de sa mère. Elle le sentait un peu mal à l'aise et il finit par se présenter : Saveli Stepanovith. Bien, pensa-t-elle. Il l'interrogea sur sa copine pour savoir pourquoi elle avait agis ainsi. Evguenia poussa un soupir, elle aussi s'interrogeait souvent sur Olga. L'autre jeune femme cherchait à devenir quelqu'un d'important, elle tentait de courtiser un riche en portant de belles robes qu'elle empruntait à la tisserande, parfois elle les achetait. Cette femme avait de l'ambition et ne comptait pas s'arrêter à son statut, elle voulait s'élever. Donc, dès que la situation s'y prêtait, elle tenait de se mettre en valeur, de paraitre mieux qu'elle ne l'est. Ce qui exaspérait Zenia.

    Si la tisserande n'avait pas foutu Olga depuis le temps dehors, c'était pour une raison évidente. Cette idiote ambitieuse avait la langue bien pendue. De ce fait, elle apprenait beaucoup de choses à Zenia qui exerçait deux métiers. Et celui d'informatrice, nécessitait de connaitre des gens agaçants mais qui avaient des choses à dire. Et Olga qui tentait toujours de gravir les sphères, avait toujours des choses à dire.
    – Elle aime se sentir importante. Désolée du dérangement mon cher Stepanovitch. Du travail donc ? Et que fais-tu de beau ?
Elle montrait un véritable intérêt à ce petit. Les enfants pouvaient aller partout facilement, entendre des conversations intéressantes, personnes ne se méfiait vraiment. Elle voyait en lui un potentiel partenaire. Restait à savoir s'il parlait beaucoup et s'il était prêt à l'aider. Pour l'instant, elle le trouvait un peu suspect et il semblait sur la défensive. Le mettait-elle mal à l'aise ? Un sourire se forma sur ses lèvres bleutées : probablement.

    Alors qu'il reprenait la parole, Zenia défaisait l'ourlet fait à l'arrache pour rattraper ce crime envers la couture. Il se défendait en disant qu'ils n'étaient pas si pauvres. Que c'était lui qui d'ordinaire s'occupait des vêtements, ce qui intrigua la tisserande. Il avait des compétences dans le domaine ? Il enchaîna pour dire que ce n'était pas si moche et qu'elle ne disposait pas du matériel adéquat. Evguenia pinça ses lèvres en un sourire sadique, il tentait de négocier en limitant la casse. Maintenant elle comprenait pourquoi il était sur la défensive : il espérait bien économiser le plus possible. Il voulait donc savoir le prix et qu'il pourrait très bien le faire lui-même. Qu'elle pouvait lui montrer "vite-fait". Ainsi elle pourrait baisser le prix.

    Evguenia le prit donc aux mots. Elle lui montra une aiguille et du fil. D'une main experte, elle passa l'aiguille dans la veste et commença à montrer comment faire. Allant vite, dans le but de ne pas trop lui laisser le temps de voir. Elle s'arrêta alors et pointa de son index une chaise à Saveli.
    – Prends donc une chaise. Tu m'as vu faire ? Alors continue si tu es si doué que ça. Elle marqua une pause. D'ordinaire, je fabrique les tissus, je ne fais que rarement des vêtements ni des retouches. Ce n'est pas que je ne sais pas le faire, bien au contraire. Mais avec mon métier, il faut choisir, sinon on n'a pas le temps de tout faire. Tisser et teindre, ça prend du temps. Autant que de concevoir une robe ou la retailler, tu comprends ? Si tu parviens à réparer ce trou, correctement. Je ferai un prix pour ce travail que je n'ai pas à faire.

    Elle se pencha vers lui avec un large sourire pour parler moins fort. Son regard plongé dans celui de l’adolescent, comme si elle cherchait à lire en lui. Ce qu'elle ne pouvait pas faire, bien évidemment. Par contre, elle tendait l'oreille pour l'écouter, percevoir son stresse ou ses mensonges dans sa voix.
    – Comprends bien par là, que : à travail spécifique, prix spécifique. Si tu me montre que tu peux le faire correctement. Je songerai à te faire un prix honnête. Et au son du tintement dans ta poche, je dirai que ta mère a estimé le tarif au bon prix. Alors, qu'en dis-tu ?
Evguenia lui tendait la main comme pour sceller l'accord. Elle s'amusait de taquiner se petit et voulait un peu le tester.



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Saveli Voronov
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Eleveur de rats - Cultivateur de champignons
le Sam 15 Déc - 21:31

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Anxieux, Saveli écouta la paisible proposition de l'artisane. En expliquant qu'elle était principalement tisserande, était-elle en train de lui dire qu'elle faisait une exception avec sa demande de retouche ? Pour augmenter le prix ? Il se sentait perdu dans cette discussion commerciale. Ce n'était clairement pas son terrain. Devait-il se méfier de sa cordialité ? Elle le rassura en acceptant, en apparence, sa proposition. Mais était-ce un leurre ? Il n'osait se réjouir et gardait un visage circonspect. Il serra la main d'Evguenia avec un soupçon d'hésitation.

Prudent, il s'approcha de la chaise qu'elle lui désigna, et la saisit. Il se mit près de la dame et déglutit difficilement quand elle se pencha vers lui pour lui reformuler ses dires. Il pâlit sous sa couche de crasse quand elle devina la quantité de cartouches qu'il avait dans la poche.

"Heu ... d'accord ..."

Répondit-il en plongeant donc les yeux vers la table, le fil, l'aiguille et le tailleur. Il essuya ses mains moites sur les pans mités de sa propre veste et saisit le fin ustensile entre ses doigts. Evguenia Nikititchna avait été trop rapide, ses gestes experts avaient eu à peine le temps de s'imprimer sur la rétine de Saveli. Il put seulement mesurer son total amateurisme en comparaison de l'agilité de la femme. Il prit une lente inspiration et tira un peu le fil pour voir le dernier endroit où l'artisane avait piqué.

Face à la pièce de tissu malmenée, deux émotions contradictoires l'assaillirent et lui causèrent quelques suées. D'un côté ce défi de couture lui plaisait réellement. C'était l'occasion de prouver sa valeur, s'il en avait une. D'un autre côté, il se sentait humilié de devoir réparer sa propre réparation foireuse. Pour résoudre ce dilemme il se dit qu'il fallait absolument que la couturière ne sache jamais qu'il était l'auteur initial de ce forfait.

Intimidé par le regard pesant de l'artisane qui semblait lire ses pensées, il reprit le fil de la conversation concernant son propre travail. Cela l'aida à se concentrer.

"Pour te répondre à ta question, je suis dans la champignonnière ou bien je m'occupe des rats."

Il passa sa langue sur ses lèvres gercées et focalisa son attention pour copier le tracé du fil commencé par Evguenia. L'opération lui permit de se détendre un peu et il laissa filer ses paroles.

"... oui il faut bien quelqu'un pour le faire, ... pour que les gens importants ... comme Olga ... mangent leur bouffe tous les jours ... faut bien que des gens s'y collent, à faire le sale boulot... quand on y pense ..."

Il en était à un point critique où son canif avait méchamment dérapé, il se souvenait de ce passage qu'il avait grossièrement écrasé entre un amas de points entrecroisés. Evguenia avait enlevé tout ça mais le tissu ressemblait à un champ de ruines. Il essuya d'un revers de manche son front humide. Il tendit mieux le tissu pour l'empêcher de se plisser, reprit l'aiguille et fit des points plus serrés pour amorcer le virage. Il fronça les sourcils et se pencha davantage.

"... je fais aussi le ménage et la cuisine pour ma mère ... qui est toujours fourrée chez les autres comme le chef de station et qui me laisse tranquille ... et je surveille les tunnels en cas de mutants, je surveille, pendant mon tour de garde ... comme tous les hommes quoi ..."

Il avait cru utile de préciser "hommes", même si en pratique des femmes faisaient aussi des tours de garde vers les tunnels ou les escalators. Il comparait si ce qu'il faisait ressemblait à ce qu'avait fait Evguenia. Ses points à lui étaient irréguliers, de plus en plus espacés, il s'échina à corriger le tir avant d'arriver vers la fin de son fil. Il eut un coup de stress parce que l'artisane n'avait pas montré comment faire pour terminer le fil. Il prit une ou deux inspirations en cherchant sa solution. Il se décida pour enlever l'aiguille et essayer de faire un nœud avec ses doigts. Mais le nœud ainsi fait était trop loin sur le fil, cela détendit toute la couture.

"Ah putain j'ai pas l'habitude aussi de bosser avec ce matos ..." Gronda-t-il en anticipant la critique muette de l'artisane. Il resta bloqué, sans respirer, le fil entre les doigts, le front plissé et le dos courbé. Il scruta le tissu dans l'attente d'une inspiration bienvenue.
Evguenia Kholodova
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le Mar 12 Mar - 21:13
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    La tisserande voyait bien que son jeune client était stressé voire même pas du tout à l'aise. Elle l'avait observé pendant qu'il hésitait à s'assoir. Mais à présent que le petit s’attelait à son travail, concentré sur quelque chose, il parvenait plus facilement. Du coin de l’œil, Zenia observait les gestes du garçon, il avait une certaine pratique comme quoi il ne mentait peut-être pas quand il disait recoudre les vêtements. De là à dire qu'il était doué... La tisserande soupira en le voyant faire ou alors était-ce à cause de ce qu'il racontait ?

    Saveli travaillait donc dans la champignonnière ou s'occupait des rats, mais ce n'était pas ça qui avait poussé la jeune femme à soupirer. C'était quand il avait montré un certain dédain pour les autres, ceux qu'il qualifiait d'importants. Evguenia tourna les yeux vers Olga et fit un sourire amusé en pensant qu'un gamin prenait cette femme - un vautour - pour une personne utile ou importante alors qu'il n'en était rien. Olga était le genre de femme à vivre à travers les autres, juste bonne à manipuler les gens pour s'attirer les bonnes grâces. Aussi loin que s'en souvienne Zenia, elle n'avait jamais vu Olga faire quelque chose de désintéressé... Saveli avait pourtant raison, il fallait des gens comme lui pour aider des parasites comme cette femme, malheureusement.

    Un autre détail n'avait pas échappé à la tisserande : sa mère était souvent fourrée chez le chez de station. Racontait-elle ses journées à son fils ? Un point qui s'avérerait important à soulever tôt ou tard. Elle remarqua aussi qu'il voulait se mettre en avant, prouver son courage et son utilité. Un brin misogyne peut-être mais à son âge, comment lui en vouloir ?

    En guise de réponse, elle lui fit un sourire silencieux. Jusque là, elle l'avait écouté et pas que parler. Son rythme cardiaque s'emballait parfois à cause du stress comme s'il cachait quelque chose, Zenia y sentait peut-être qu'il mentait ou avait omit volontairement des détails. Mais il n'en était rien sur son dernier discours, son besoin de se sentir utile. Elle entendit son pouls accélérer encore quand il arriva à la fin de sa réparation et termina finalement en prétextant qu'il n'avait pas l'habitude de bosser avec ce matériel.

    Sans dire un mot, la jeune femme lui arracha le vêtement des mains pour l'examiner. Bien qu'elle avait vu son travail, elle faisait mine de s'y intéresser. Les points s'espaçaient de plus en plus puis se resserraient, une irrégularité qui n'arrangeait rien avec le nœud de fin qui ne tenait pas grand chose. C'était bien évidemment à refaire. Reposant le tissu, elle hocha vigoureusement la tête en direction du bambin.
    – Ce n'est pas mal. Avec de l'entraînement, tu pourrais même être très doué. Mais j'imagine que comme tous les hommes, tu aspires à faire mieux que de la couture dans la vie ?

    Elle avait bien insisté sur : comme tous les hommes, pour y révéler une certaine ironie ou insistance. En revanche, son regard était toujours posé sur le petit et elle attendait une réponse. Après plusieurs secondes, elle attrapa des ciseaux et défit sans ménagement le travail de Saveli. Elle prit ensuite le fil et l'aiguille. Avec des gestes lents, elle montra au jeune homme comment faire. Elle fit un nœud avec deux bouts de fil et les passa dans l'aiguille.
    – Pour commencer, en doublant le fil tu rendras ta couture plus résistante. Ensuite quand tu passes ton aiguille, fais bien attention de piquer dans la partie non déchirée pour que ça tienne. Tu avais certains points trop proche de la déchirure, un mouvement ample les aurait probablement arraché.

    Passant son aiguille dans le tissu, Zenia faisait des points très serrés et montrait à Saveli où elle piquait pour accompagner ses dires.
    – Pour la fin, fais un nœud et ne le serre pas. Fais le rouler pour l'approcher au maximum et tire ensuite. Rien ne sert d'aller vite, tu vois ?

    Ayant fini de raccommoder, elle regarda ce qu'elle avait fait et attendit l'avis du garçon. Avec une machine, elle aurait fait bien mieux mais on ne voyait plus trop le massacre. Pour cacher la misère, Zenia songea qu'ajouter un autre morceau de tissu similaire par-dessus pourrait être bien mais elle verrait pour ça plus tard.
    – Pour ce rafistolage, je ne te ferai pas payer. À une condition.

    Un sourire à peine perceptible à ses lèvres, Evguenia attendait la réponse de Saveli. Elle se demandait s'il avait soif d'apprendre ou de se rendre utile. Obtenir cette information s'avérait crucial pour savoir comment manipuler ce petit pour qu'il travaille pour elle. Bien sur, elle aurait pu lui demander clairement mais elle aimait que ses collaborateurs aient un minimum de jugeote pour comprendre les choses par eux-mêmes. Après tout, si elle devait tout expliquer comment ses oreilles pourraient comprendre toutes seules ce qui était intéressant d'entendre ? La première chose à déterminer avec ce petit, était de savoir s'il pouvait séparer le bon grain de l'ivraie.



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