Comme frère, on doit le devoir fraternel
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le Jeu 6 Sep - 8:28

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Vous n’avez pas trouvé Andrei ?

Deux de ses compagnons dirent non. Anatole soupirait alors que deux autres de leurs compagnons les rejoignirent, pour affirmer qu’eux aussi, ils n’avaient pas vu Andrei depuis le temps de leur recherche. Le Stalker avait mystérieusement disparu. La première absence notifiée du russe aux yeux glacés avait été aux alentours de six heures du matin. Pensant que celui-ci s’était retirer pour effectuer ses propres exercices du matin, deux heures plus tard, il n’a toujours été aucunement trouvé. L’inquiétude avait donc monté assez vite. Vu les récents événements et la priorité de garder ces soldats en vie vu leur expérience récente, mais aussi de par leur valeur, comme celle du Stalker. Considérer comme le meilleur tireur de tout Polis et un excellent élément pour les sorties en extérieur.

-Si on ne le retrouve pas, c’est probablement le commandement qui nous passera un savon, fit une jeune Ksatriya

-Tu rigoles ? Nous passer un savon ? Avec tout ce qu’ils ont probablement fait subir aux Ksathriyas revenues de cette mission ? C’est de leur faute si jamais Andrei est parti ! Répliqua Anatole avec un regard enflammé.

-Andrei est bien trop fidèle envers Polis pour quitter notre faction, tu le sais bien, Tolia !

-Alors ou est-il, hein ?! Répliqua le jeune homme avec ferveur, tenant plus fermement son arme de service entre ses mains. Il est quatorze heures, et il n’est toujours pas revenu ! Tu veux qu’on ne fasse rien ? Tout comme il n’avait rien pu faire quand il avait été enfermer comme un rat dans ses quartiers !?

-Cesse de lui vouer un culte à son nom, Tolia. Tu ressembles à une femme qui se sent perdue sans son homme.

Anatole allait presque lever son arme pour en abattre la crosse sur la gueule de guenon de la Ksathriya devant lui. Cependant, l’arrivé d’un autre compagnon d’armes coupa court à la conversation, haletant, et heureusement, sinon Anatole aurait regretté son geste. Jeune homme impulsif, mais avec un bon fond, en lui.

-Les gars... Venez vite, il est sorti en surface ! Il est en train de rentrer !

*

Andrei ouvrait le feu. La balle projetée du canon de son Dragunov vint se loger dans le rat, l’explosant en deux morceaux bien distincts, projetant du sang et des morceaux de viande irradiés. Andrei souffla un coup. Cent mètres. Le rat avait explosé. Et pourtant, les quelques compères encore présent, preuve de leur adaptation en présence de l’homme et des munitions fréquemment tirer dans les terrains d’entraînement, ne s’enfuirent pas. Encore en tenue d’extérieur et son sac adossé contre une caisse en bois non loin de lui, caisse sur laquelle se trouvait d’ailleurs une bouteille remplie jusqu’à la moitié, recouverte de saleté radioactive de l’extérieur.

Son arrivée avait été remarquée. L’attroupement du petit cercle d’amis d’Anatole s’est un peu plus agrandi alors qu’Andrei avait paru de l’extérieur, portant un sac dans son dos, ainsi que ses armes sur lui, bien équipé. Avec une aura de mystère, il s’était avancé malgré le petit groupe attroupé l’ayant recherché depuis l’aube, sans rien dire, sans leur regarder, son visage fermé dans une expression de pure froideur. Évidemment, Anatole, une jeune recrue Ksatriya reconnue parmi les stations de la Cité pour aider fréquemment des personnes, qu’elle soit d’ici ou non, dans la moindre tache, obtenant ainsi le gentil sobriquet du guerrier-esclave, que cela soit pour défaire des caisses, transporter des livres un peu trop lourds pour des Brahmanes ou bien offrir son aide aux voyageurs – en soi, un charmant personnage -, en voyant le brun revenir et en n’obtenant pas de réponse, avait décider de chercher de l’aide ailleurs.

L’aide en question ayant été Anna Volkovar, après qu’il s’est annoncé dans son bureau sans coup férir après avoir couru un bon moment, pour la surprendre en plein travail. Lui ayant annoncé qu’Andrei était de retour, alors qu’Anatole avait gardé sa disparition plus ou moins secrète en début de matinée, de peur de créer un vent de panique.

De nouveau, la crosse contre son épaule, observant au travers de la mire de l’arme - la lunette se trouvait sur la caisse de bois, inutile en plein intérieur -, Andrei attendit un instant avant d’ouvrir de nouveau le feu. Un autre rat explosa en deux morceaux. Cette fois-ci, quelques-uns des rongeurs s’enfuirent, mais pas tous. Les courageux et suicidaires survivants s’empiffraient des cadavres de leurs compères d’autrefois, faute de nourriture véritable. Personne n’avait su tirer d’Andrei une quelconque réponse. Le Stalker s’enfermait dans un silence de mort. Comme en son habitude. L’homme, d’ailleurs, finit par recharger son arme et ramassa les quelques douilles au sol – les gardant plus tard pour que les armuriers plus compétents puissent les rendre réutilisables - avant de se diriger vers la bouteille. Tenant l’arme d’une main, cran de sécurité activé, il attrapa la bouteille de l’autre pour en boire un coup.

Une sensation de brûlure dans la gorge. Observant dans le reflet de la bouteille. Sensation de brûlure dans sa nuque, apercevant deux orbes glacés qui n’étaient pas les siennes. Un oiseau de mauvais augure, bon sang. Puis il se rappela que c’était Anna. Se retournant pour l’observer aussi.

-Une bouteille de la surface.

Il en voulut observer la notice sur la bouteille, pour savoir si c’était de l’habituelle vodka ou bien un quelconque autre alcool, mais elle était tellement crasseuse qu’il en fut impossible d’en déterminer la nature. Mais Andrei haussa ses épaules.

-Tu sais, mine de rien, quand on sait chercher, on peut en trouver.

Après tout, l’alcool n’était pas la denrée première que rechercherait un Stalker. Sauf si le Stalker en question était alcoolique. En ce cas-là, c’est un Stalker mort, qui aurait pu avoir un gros panneau accroché sur sa poitrine ou serait marqué 'je veux mourir' et qui serait recouvert de viande pour le sMutants que cela n'en changerait pas la donne. Andrei tendit la bouteille en sa direction, et malgré sa posture un peu moins rigide que d’habitude, il avait toujours cet éclair de conscience dans son regard, toujours aux aguets.

-Tu en veux ?
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le Lun 10 Sep - 13:06
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« J’ai un rêve tu sais. Il va sûrement te paraître dérisoire. »

Mains enfoncées dans les poches de son pantalon cargo, elle marchait à vive allure. Les pans de sa cape claquaient contre ses mollets et dansaient autour d’elle. Les lumières blafardes du couloir accrochaient de temps à autre des reflets sur le velours d’un noir corbeau. Andrei a disparu, disait le télégramme reçu ce matin lorsqu’elle prenait son poste. Bon débarra, avait-elle rétorqué sans le penser réellement.

« Chaque fois que je sors, je ne cesse de jeter un œil au ciel et j’espère qu’un jour l’immense nuage de cendre se fendra pour me laisser apercevoir un vrai rayon de soleil, éclatant. »

Puis d’autres nouvelles lui étaient parvenues sous la forme d’un Ksatriya essoufflé. C’était un homme de la section de son frère. Ce dernier avait été aperçu, il revenait de la surface. Personne ne l’avait approché, le regard de ce dernier avait dû être suffisamment éloquent. Pas assez en revanche pour que sa sœur ne vienne pas y fourrer son nez avant qu’un supérieur décide de lui tomber dessus. Ainsi, Anna Volkovar allait à la rencontre de son frère qui était parti se souler le groin dans un coin.

« Je me lève dans l’espoir de voir le soleil comme il se levait autrefois. Avant tout ça. »

Un coup de feu était parti, la jeune femme avait accéléré l’allure. Les talons de ses bottines claquaient sur le pavé, annonçant clairement son approche. Andrei était armé, probablement rond comme un cul de pelle et passablement remonté ; ce n’était plus l’heure de soigner son arrivée. Ce dernier était d’ailleurs en train d’entamer une bouteille lorsqu’elle parvint à sa hauteur. Elle se posta face à lui, pieds légèrement écartés, sans piper mot. Sa silhouette était entièrement enveloppée dans la cape à l’exception de la tête.

Quand on sait chercher les emmerdes, on peut les trouver facilement aussi ; parole de Volkovar, songea-t-elle en réponse au cynisme de son frère. Elle fronça les sourcils en jetant un coup d’œil à la bouteille qu’il lui tendait. Elle voulut refuser. Ce n’était pas l’heure, ni le moment. Mais elle savait pertinemment qu’elle ne partirait pas du bon pied en agissant ainsi. Se drapant dans cette excuse, elle s’avança vers son frère. Le bras sorti de la cape, d’une blancheur laiteuse en contraste avec le velours noir, et elle saisit la bouteille avant de la humer d’un air circonspect. Elle en but une gorgée infime puis la remit à son frère, désignant du regard le fusil posé à ses côtés.

- C’est dommage de gâcher de si bonnes munitions sur ces bestioles, dit-elle en référence à l’amas informe qui avait dû constituer un rat.

Elle laissa filer un silence, consciente que son frère ne répondrait rien. Puis elle s’approcha de lui et s’assit à ses côtés, se ménageant un espace libre sur la caisse. Les pans de sa cape s’ouvrirent légèrement pour dévoiler un débardeur ainsi qu’un pantalon en toile élimé qu’elle portait seulement sous sa blouse lorsqu’elle officiait. Anna avait laissé le reste de sa tenue de travail dans son bureau et s’était drapée dans sa cape avant de partir en hâte à la rencontre de son frère.

- Tout comme c’est dommage de ne pas partager une bonne bouteille, concéda-t-elle avec un sourire avant de lui reprendre celle-ci des mains, non pour la boire mais simplement pour tenter d’en décrypter l’étiquette.



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le Mer 12 Sep - 9:08

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En d’autres circonstances, la voir ainsi arriver, tout habillée de noire avec cette capuche rabattue, il l’aurait prise pour la Faucheuse venant rechercher son tribut. Et peut-être qu’Andrei aurait été tenter de laisser la Faucheuse prendre son tribut, alors qu’Anna tendit le bras pour attraper la bouteille pour en boire un coup. Prendre un verre avec la Mort en personne... Au moins, il en aurait eu un dernier pour la route. Le Stalker ne répondit aucunement concernant la remarque sur ses munitions. C’était ses balles, après tout, et il pouvait faire ce qu’il voulait avec elles, et si elle n’aimait pas cela, qu’elle aille se plaindre au commandement.

Andrei en but de nouveau alors qu’Anna s’asseyait vers sa droite. Malgré la quantité d’alcool dans son sang, il savait très bien la tenir. Merci l’entrainement physique des Ksatriyas doublés de ceux des Stalker qui l’avaient emmené dans la surface. Qui sait, probablement que les radiations lui ont donnés une mutation permettant de lui faire tenir mieux l’alcool sous couvert d’avoir un caractère de chien enragé cela dit, ou un humeur digne d’une Nosalis qui aurait une rage de dent. Sa bouteille fut arrachée des mains de la vile sorcière qu’était sa sœur.  

-Hey, on ne vole pas les affaires de son frère. Y’a que moi qui en a le droit.  

Andrei l’observait regarder l’étiquette de la bouteille. Lui-même se demandait ce qu’était cet alcool en question. L’étiquette était crasseuse et presque déchirée par endroits par le temps. Mais le liquide était de couleur ambré. Excluant donc la vodka. Possiblement une bière de marque inconnue ou du scotch. Du whisky. Qu’importe. Le nom n’avait plus d’importance. Seul le nectar en son sein comptait.

-On va appeler ça la Volkobière. Quiconque en boira aura une gueule comme la nôtre. Et on n'a pas une gueule de porte-bonheur. Enfin, je dis ça surtout pour toi. J’pense que les Nosalis préféreraient fuir que de voir ta gueule.

Le Stalker reprit la bouteille des mains d’Anna pour en boire un grand coup, avant de le redonner à la femme. S’essuyant la bouche. Déposant son arme sur ses cuisses, cran de sureté toujours activer.

-Tu sais, l’extérieur, ce n’est pas si mauvais, quand on oublie les Nosalis. L’air y est frais et... Je n’entends plus personne. Y’a que moi. Et le ciel est assez beau, si on oublie les Démons qui s’y promènent comme s’ils étaient les rois. Des rats volants, moi je dis  

Andrei vira ses yeux sur sa sœur de nouveau. Déposant une main sur l’épaule de celle-ci.

-C’est le paradis, quand on y pense... Y’a pas de Sombres ou d’autres connards qui m’interrogent, ou qui m’examine comme le ferait un rat de laboratoire. Au moins, je sais ce que les Nosalis veulent.

Libérant son épaule de sa main, Andrei chercha à tâtons dans son sac avant d’en sortir une poupée russe un peu sale et poussiéreuse. Édition limitée de Noël 2009. L'observant sous tout les angles avec attention. Autrefois, l'on aurait probablement comparés en une certaine créature aidant deux jeunes hommes de petite taille portant un anneau autour du cou pour le jeter dans des flammes.

-Moi... Moi aussi, je sais ce que je veux. La paix. Et je ne suis pas en paix, Anna. Pas en paix du tout. Rien ne m'y aide. Ni le thé, ni les médicaments que l'on me donnait parfois pour mieux dormir, ni rester éveiller.

Il se tint silencieux un instant, nettoyant du pouce une crasse sur la petite tete tout simplement adorable de la Matrioshka, avant de continuer.

-L'extérieur possède sa tranquillité qui lui est propre... Une tranquillité que j'aime bien, étrangement. Parce qu'il n'y a personne d'autre que moi en haut, de la ou je suis, la ou je fréquente. J'y suis seul. Je ne subis personne. Et je ne fais pas subir aux gens ma présence. Je ne fais ni de mal, ni ne subit le mal, d'une quelconque autre personne que moi. Parce que je suis un sacré connard, quand on y pense. Tu ne trouves pas ?
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le Mar 18 Sep - 14:59
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A la première réaction de son frère, Anna s’était contentée de lui rire au nez en esquivant sa première tentative pour lui subtiliser la bouteille des mains.

- Ya que toi qui peut voler tes propres affaires ? Railla-t-elle avant de se faire reprendre la bouteille.

Lorsque leur père avait disparu, Andrei s’était mis à fouiller régulièrement dans les affaires de la jeune femme. Il la surveillait, inquisiteur, et ne manquait jamais de la questionner sur ses propres occupations. Malheureusement Anna était entrée à un âge où la discipline ne s’appliquait plus et était très vite rentrée en opposition avec son aîné. Ils s’étaient volés dans les plumes plus d’une fois et c’était tantôt Irina, tantôt Alexandre qui s’interposait pour les séparer et calmer les tensions. Fort heureusement, si Anna était d’un tempérament impulsif, elle n’était guère rancunière. En opposition, son frère se voulait habituellement froid et tempéré mais d’un caractère particulièrement exécrable dès lors qu’on lui déplaisait. Alexandre, de son côté, avait dû apprendre à jongler avec les Volkovar ; fondre la glace sans attiser la flamme. Irina, quant à elle, prenait généralement la défense de la cadette Volkovar sans aucun égard pour la fierté de l'aîné.

Andrei avait fini par lui rendre la bouteille et elle en but une gorgée à son tour, non sans grimacer lorsqu’elle reposait la bouteille sur son giron. La Brahmane avait été tenté de répliquer à la boutade de son frère, rentrant dans leur habituel jeu mais s’était ravisé au dernier moment. Son frère s’ouvrit alors d’une manière inattendue. Le dos droit, les mains posées sur ses cuisses et la bouteille coincée entre celle-ci, elle inspira très lentement de peur de briser l’instant. Depuis son retour de V.A.R elle évoluait sur des charbons ardents lorsqu’il s’agissait de son frère. Le voir s’ouvrir ainsi, l’emplissait de frayeur et d’espoir. Anna ne pipait mot, abasourdie. Alors lorsqu’on son frère l’interrogea, elle déglutit péniblement et baissa les yeux vers la bouteille. La capuche de sa cape était retombée depuis longtemps déjà et s’enroulait en plis paresseux autour de ses épaules. Il lui semblait pourtant avoir senti un courant d’air glacé le long de sa nuque.

- Je crois plutôt que c’est notre environnement qui nous empêche d’être autre chose que des connards. On a beau vouloir agir pour le bien des autres, il faut aussi se battre pour notre survie et on doit se protéger, de soi, du monde extérieur et des autres aussi…

Elle avait prononcé sa tirade d’une traite et d’une voix faible, presque un murmure. Le regard baissé en direction de ses mains, elle sentait la présence de son frère contre elle. Ils n’avaient été aussi proches depuis si longtemps. Et elle ne s'était jamais sentie autant désemparée. La jeune femme craignait de briser l’instant au moindre faux pas.



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le Ven 21 Sep - 8:38

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-Exactement, y’a que moi qui peut me cambrioler. Moi et les supérieurs, mais c’est une autre paire de manche.

Le regard du Stalker était toujours en train d’observer sa Matrioshka comme si elle était un véritable diamant trouver dans une mine de charbon. Sans jamais en avoir parlé, il avait commencé cette collection en compagnie de Sevastianna. Ou tout du moins, il s’était senti moins timide de ressentir cette étrange fascination pour ces petites poupées en sa compagnie, et ne se devait plus de les cacher dans un trou sous son lit, caché par une tuile. Andrei écouta attentivement la réponse de sa sœur. Il mit un bon instant pour répondre, toujours sur ce ton qui lui était si étrange, et pourtant, si normal que c’en était presque comme s’il respirait. Nul ne pouvait se targuer de voir cette partie de sa personnalité aussi souvent que l’on ne voit pas de Nosalis dans les tunnels.

-Comment se protéger des autres, de soi, de la mort, de ce monde plongé dans la cendre radioactive et la poussière de ceux qui ont foulés ces terres et ces tunnels avant nous, Anna ? Comment se prémunir de tout ce qui fait de ce monde un monde ?

En cet instant, il aurait juré entendre des paroles du passé, venant d’un autre monde qui lui en était maintenant privé. Des paroles qui auraient été sortis de la bouche de Sevastianna. Aussi sage qu’empathique, aussi gentille que dure, aussi forte que faible, aussi franche que douce.

-Tu me connais bien, Anna. Quand quelque chose ne me plaît pas, je deviens le plus gros connard du coin. Quand il m’arrive un souci, je n’en parle jamais. Et quand on insiste trop... Tu sais bien ce qui arrive.

Il se tut un instant. Coup de poignard dans sa poitrine, douleur digne d’un feu grégeois.

-Peu importe ce que je fais... Je finis toujours par faire du mal. À moi ou aux autres. Que ce soient des gens ou des proches de Polis que des bandits ou des citoyens d’autres stations. Peu importe ce que je fais, il y aura toujours des dégâts en fonds.

Andrei baissa un instant son regard sur son Dragunov, son pouce parcourant le flanc de l’arme en douceur, canon pointé en l’autre direction que sur Anna.

-Je m’étais toujours dit que j’étais paré aux pires éventualités en tant que Stalker. Une mort en raison d’un cancer, dévoré vivant par un Démon, abattus par des bandits d’une station après m’être fait dépouiller... Mais je ne m’étais jamais dit qu’elle mourrait.

Parler d’elle lui était douloureux. La rage de vivre vint en lui. Non une envie de vivre, mais la rage du fait qu’il ne soit pas encore mort pour la rejoindre. Une partie de lui souhaitait la rejoindre. Mais l’autre savait que ce n’était que sa solitude qui parlait. Qu’il devait vivre.

-J’ai toujours été un connard par la suite. Te traiter ainsi... Tu ne le méritais pas. Aucunement.

Il n’eut pas de regret de traiter Alexandre ainsi, cependant. Qui était cet homme, meilleur ami ou non, que de lui dire de passer à la prochaine étape comme l’on le ferait en passant d’une station à une autre ?

Andrei reposa son arme au sol, et fouilla dans son sac, sans rien dire, écoutant sa sœur, avant de sortir un petit sac de toiles. Son regard croisa sa sœur et en sortit alors une sorte d’étuis fait de bois poussiéreux, assez large, et la déposa sur sa cuisse, dévoilant ensuite son contenu. Un assortiment de scalpels de l’Ancien Monde, qui conservait toujours leur tranchant, ainsi que diverses lames, une dizaine.

-J’ai cherché longtemps avant de pouvoir en trouver. D’abord, j’en ai trouvé dans un hôpital avant de remarquer dans un bloc-notes appartenant à un ancien employé qu’un chirurgien en avait fait l’acquisition pour en avoir chez lui peu avant les bombes. Probablement quelqu’un ayant travaillé pour la mafia pour pouvoir faire des opérations clandestines en fond ou tout simplement un médecin travaillant dans le privé. Il y avait d’autres fournitures médicales, mais je n’ai pas pu les atteindre. Un Démon m’avait considéré digne de devenir son casse-croûte et avait décider de foncer au travers du toit.

Andrei sortit ensuite autre chose du sac en toile et lui tendit alors un assortiment de petites bouteilles d’alcool. Facile de les dissimuler sur soi, qu’il glissa vers Anna, aux liquides encore intacte et aux bouchons encore non ouvertes, pour des petits coups vite et ne pas forcément avoir envie de se bourrer la gueule. Mais ensuite, Andrei tendit vers elle quelque chose d’autre.

-Je pensais que tu allais aimer...

Un masque de monstre délavé et tout gris, qui avait été autrefois celui d’un zombie. Assez inutile, donc. Andrei posa une main sur son épaule, la regardant dans les yeux, l'air tout aussi sérieux que s'il lui annonçait quelque chose de grave, solennelle.  

-Comme ça, tu ne feras pas subir au monde entier ta tronche de peste.
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Anna avait abandonné la bouteille aux soins de son frère. Elle se contentait d’observer ses mains serrées l’une contre l’autre, n’osant esquisser le moindre geste de peur de sortir Andrei de sa léthargie. De l’alcool ou de la mélancolie, elle ne savait dire ce qui le rendait si prolixe mais elle n’aimait pas vraiment la tournure que prenait la conversation. Sourcils froncés et lèvres plissées en une moue contrariée, la jeune femme ne trouvait aucune réponse à fournir aux questions de son frère. Ce dernier n’en attendait pas moins, s’abimant probablement dans les souvenirs à mesure qu’il parlait. Retenant de justesse un rire de gorge lorsque celui-ci évoquait son caractère, elle lui glissa un regard en coin et aperçu le profil d’un homme à bout de souffle ce qui ne fit qu’aviver sa colère. La chirurgienne ne comprenait toujours pas pourquoi son frère s’était ainsi fermé, refusant de partager avec elle son histoire avec Sevastania. Evidemment, elle avait bien eu quelques doutes lorsqu’elle les avait vus se rapprocher progressivement mais elle ne s’était jamais doutée de l’ampleur de leur relation ni de leur projet.

Ils s’étaient montrés incroyablement discrets. La jeune femme était même parvenue à écouler sa grossesse sans que personne ne sache qui en était le géniteur. A juste titre, probablement, car aucune âme sensée n’aurait tenté l’expérience avec un stalker. Irradié jusqu’au génome, Andrei n’était certainement pas le meilleur parti dont pouvait rêver une jeune femme. Ses gamètes ne valaient littéralement rien. Il le savait, elle aussi et pourtant ils avaient décidé de prendre le risque et de garder le silence. Mâchoires crispées et sourcils toujours froncés, Anna ravalait son amertume. Elle aurait été en mesure de les aider, de les accompagner et même de prévenir ce qui s’était passé. Si Andrei lui en avait touché un mot, elle aurait même refusé de rejoindre V.A.R. et serait restée auprès d’eux. Au lieu de cela, elle avait quitté Polis et laissé son frère affronter seul l’inéluctable. Lorsqu’Alexandre lui avait appris tout cela, elle s’était sentie d’abord abasourdie, refusant d’y croire. Puis comme on souffle sur des braises que l’on croyait apaisées, ses certitudes furent balayées dans un élan de colère. Elle s’était sentie furieuse, contre son frère pour avoir gardé le silence, contre elle pour n’avoir rien vu et rien pu faire. Plus sensible qu’il ne le laissait paraître, le lieutenant avait alors su deviner ses états d’âme et l’avait enlacée en espérant contenir la flamme naissante. Il avait ainsi signé une réconciliation auxquels tous deux n’aspiraient plus, leur propre relation s’étant dégradée progressivement au fil des années. Et pourtant…

Penchée sur ses propres souvenirs, Anna n’avait écouté que d’une oreille distraite les divagations de son frère. Alors lorsqu’il lui présenta ses trouvailles de la surface, elle cligna à deux reprises des paupières et se redressa dans un sursaut. Avec retard, elle saisit les outils qu’il lui tendait et les admira quelques secondes avant de reporter son regard sur Andrei. Il devait très certainement réaliser leur valeur, inestimable par les temps qui courraient. La Brahmane saisit le manche d’une des lames entre deux doigts et l’amena à hauteur de ses yeux pour l’observer. Le temps et l’usure n’en avaient pas altéré le tranchant. Anna inspira lentement puis reposa le bistouri sur son écrin avant de refermer religieusement celui-ci. Elle le posa ensuite sur ses genoux et reporta son attention sur son frère qui l’observait toujours. Ce dernier lui tendait un autre objet qu’elle mit un certain temps à identifier. Avec un sourire, elle le prit entre ses deux mains et en étira la surface.

- Merci, souffla-t-elle avant de reprendre après un sourire, je ne sais lequel de ses deux présents est le plus inestimable.

Elle s’était redressée, le masque toujours entre les mains et les scalpels posés sur ses cuisses. Empruntant un air pincé, elle observait son frère à travers le rideau de ses cils épais.

- Il me faut cependant rétablir la vérité. Figure-toi que ma tronche de peste emporte quand même du succès auprès de certains de tes confrères.

Elle laissa filer un nouveau sourire tandis que ses pensées allaient vers un certain lieutenant avant de reprendre sur le ton de l’ironie :

- Ou peut-être qu’ils en ont après autre chose, va savoir…Je testerai ce masque, comme ça on verra bien ce qu’ils les intéressent tant chez moi.



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le Mar 9 Oct - 7:09

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Que fallait-il faire pour survivre en ce monde ? C’était une question qui concernait autant le psychique que le physique. Sans volonté, un homme était une coquille vide, et sans volonté, on causait notre propre perte. Et celle des autres. Andrei le savait. Il ne le savait que trop bien. Andrei ne l’avait su qu’au moment où il avait failli appuyer sur la détente de son arme de poing pour se tirer une balle dans le crâne, alors qu’il avait trouvé comme par un heureux hasard une ouverture dans un tunnel pour y entrer, arme en mains, pour y mener un dernier combat. Le dernier qui aurait été salvateur pour lui, si cela n’avait été de l’intervention d’Alexandre Prokhorenko. Andrei lui en avait toujours voulu. Il lui en voudrait toujours.

Le sourire de sa sœur était presque enchanteur, pour quelqu’un qui avait l’habitude de faire autant la gueule. Non mais attend, pensait-il soudainement, moi aussi je fais la gueule. Mais j’aurais toujours une meilleure gueule qu’elle n’en aura dans un millénaire en entier, si elle pouvait vivre jusque-là.

-Si ta tronche a autant de succès auprès des autres Ksatriyas, c’est parce que tu fais une excellente imitation de Nosalis, vingt-quatre heure sur vingt-quatre, Anna. Ça leur sert de rappel sur quoi ils devront tirer dans les tunnels.

Le Russe restait silencieux un instant, avant de secouer doucement sa tête.

-Non enfin de compte, ne porte pas le masque. C’était inutile de te le ramener. Je crois que le masque va fondre sous cette tronche de peste.

Un son surréaliste vint d’Andrei. Un rire. Petit, bref, mais d’une voix profonde. Un rire teinter de plusieurs émotions. De l’amusement de par sa propre plaisanterie. Un sentiment de joie, de se sentir... presque humain. De la nervosité, car il se sentait toujours aussi capable que depuis des jours. Du chagrin. Le rire prit fin en douceur. Andrei se racla la gorge. Une seconde d’hésitation puis, son bras vint attirer sa sœur contre lui, autour de sa taille. Un geste si peu commun mais si révélateur. Un baiser sur le front d’Anna.

-Tu... Tu es, et restera toujours ma sœur, quoi qu’il arrive. Combien même j’ai un comportement exécrable.


Andrei enlaça ensuite pleinement sa sœur, après avoir déposé son arme au sol. Dans une étreinte si douce et pourtant si ferme. En cet instant, il avait l’impression de revivre le passé, plusieurs années auparavant. Malgré l’état dans lequel le monde était tomber, il y a de cela quelques années, Andrei vivait la période la plus heureuse de sa vie, et elle l’avait été davantage en ayant rencontré Sevastianna. Le Russe finit par se libérer de l’étreinte, avant de pousser un soupir intérieurement. Son regard se glissa vers son Dragunov, qu’il récupéra. Presque instinctivement, Andrei lui demanda.

-Tu veux apprendre à tirer avec ça ?

Son regard bleuté se fixa dans les orbes glacés d’Anna.
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Anna s’était contentée de répondre d’un haussement d’épaules aux piques de son frère. Le temps n’était plus vraiment à la réplique. Quand elle entendit cependant son frère terminer une nouvelle vanne d’un léger rire, elle ne put retenir un sourire. Inclinant doucement la tête, elle jeta un regard en biais à son aîné. Puis sans qu’elle n’ait vu le coup venir, il l’enlaça et l’attira contre elle. Ferme dans son étreinte, il déposa un léger baiser sur son front. Expulsant d’un coup l’air dans ses poumons, la jeune femme inspira ensuite profondément tout en s’immergeant dans la chaleur de son frère. De tels instants étaient trop rares pour qu’elle ne cherche pas à en profiter. Elle ferma les yeux un instant, un sourire flottait sur ses lèvres puis, anticipant le retrait de son frère, elle se décolla tout en soupirant.

Comme elle croyait avoir été menée au comble de la surprise depuis le début de leurs retrouvailles, son frère la prit une nouvelle fois au dépourvu en lui désignant l’arme qu’il venait de reprendre en main. Rare et recherchée, elle incarnait tout le talent de l’aîné Volkovar. Seul parmi les meilleurs tireurs de Polis pouvait posséder un tel armement. La chirurgienne avait eu l’occasion à quelques reprises de tenir un tel fusil en main mais jamais de s’en servir. Elle considéra son frère en silence, les sourcils légèrement froncés. Ce dernier lui renvoyait un regard inflexible, l’air grave. Le ton n’était plus à la plaisanterie. La jeune femme se pinça la lèvre inférieure, indécise et surprise. Elle n’avait aucune espèce de talent pour le tir. Si elle savait entretenir parfaitement son pistolet automatique, elle n’avait jamais révélé de don particulier pour s’en servir et rentrait tout juste dans le rang des tireurs occasionnels moyens. Il s’agissait ici d’un armement de précision dont le prix des munitions pouvait parfois s’envoler en fonction des approvisionnements.

Après un bref instant d’hésitation, Anna finit par hocher lentement la tête, le regard toujours rivé dans celui de son frère. L’occasion était trop belle pour céder au doute.

- J’espère que t’as du temps devant toi et un bon nombre de munitions alors, déclara-t-elle d’un sourire carnassier.

Elle s’était relevée, faisant glisser dans le mouvement la cape le long de ses épaules avant de la récupérer sur les avant-bras. La déposant sur la caisse après l’avoir roulée, elle retroussa ensuite ses manches et repoussa ses cheveux en arrière. Les ayant coupé la veille, elle fut surprise de ne rencontrer presque aucune résistance. Esquissant un léger sourire, elle se tourna ensuite vers son frère avec un air résolument déterminé. Il ne savait décidément pas dans quoi il venait de s’embarquer.



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le Jeu 1 Nov - 10:50

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Comme le sable dans son sablier, peu importe la direction prise, Andrei revenait toujours en sa place, près de la seule famille qui lui reste maintenant. Sa seule et véritable famille, de sang et d’âme, sa sœur, Anna Volkovar. Polis était aussi une sorte de famille pour Volkovar, chez les Ksatriyas tout comme chez les Brahmanes, mais aussi les gens d’autres castes. Comme une fourmilière, chacun avait son rôle, et chacun devait assurer le bon fonctionnement de la ruche, auquel cas, cela pourrait se révéler chaotique, et même si certains individus, aux yeux d’Andrei, pouvaient se révéler tout simplement imbuvable, il n’hésiterait pas pour les protéger. Sa loyauté leur appartenait. Mais s’il y avait bien quelqu’un auquel il pouvait agir en son nom en dépit de son appartenance, c’était Anna Volkovar.

Elle était la flamme qui ne pouvait être éteinte, ou tout du moins, les moyens pour l’éteindre était hors d’atteinte et encore non découverte par les plus éminents scientifiques de Polis, sujet de plaisanterie entre eux, et lui était l’acier d’une lame qui, malgré qu’elle soit éprouvée, restait d’un tranchant hors pair et sans précédent. Volkovar ne fit que hausser les épaules en l’entendant, mais il avait une lueur dans ses yeux, reconnaissable par sa sœur comme une prise de défi.

-Le temps, pour un Stalker, se compte par cartouche. Et des cartouches, j’en ai un sacré paquet.

Prenant son Dragunov, il vint débarrasser son sac non loin, mais en sortit plusieurs chargeurs contenants chacune dix cartouches de 7,62 x 54, environ cinq. Andrei, bien qu’il le niât parfois ou se taisait, était considérer, parmi les Stalkers et Polis, comme le meilleur tireur. Aucune balle, pour lui, ne devait être gaspillé, surtout pour le calibre de son arme, trésor récupéré en surface puis ramener vers Polis avant que la cité ne lui en offre en cadeau pour ses services. Andrei fit signe envers sa sœur de le suivre, se plaça non loin de la caisse après en avoir récupéré la lunette de visée, puis, lorsqu’elle fut tout près, vint lui montrer comment tenir l’arme comme il le faisait, jambes bien écartées et crampés au sol, un pied en arrière.

-Tiens, ici, tu ajustes la portée de la lunette comme ça...


Quand elle ajusta la vision qui lui allait, Andrei lui montra donc la zone de cible principale. Autour d’eux, une large salle usée pour diverses choses, mais la plus notable était une zone d’entraînement de tir, et devant eux, un tunnel de service abandonné qui ne débouchait sur pas grand-chose. Divers rats s’y promenaient encore. Courageuse petite bestiole qui n’osaient pas s’approcher davantage en hordes comme le ferait cette espèce dans certaines stations pour dévorer des gens. Ici, elles connaissaient Polis, et leur utilisation du lance-flamme. Andrei continuait d’aider Anna avant de reculer, bras croisés, l’observant.

-Maintenant, si tu n’as pas une cervelle trop radioactive, montre-moi si tu peux me buter quelques rats. Si tu réussis, je concéderai le fait que tu pourrais atteindre mon niveau... un jour.


Il se tut un instant.

-Sauf si ta les foies, bien sur.
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le Mar 4 Déc - 10:47
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- Le temps, pour un stalker, se compte par cartouches. Et des cartouches j’en ai un sacré paquet.



L’ombre d’un sourire fusa sur les lèvres de la jeune femme. Elle préférait encore entendre les vantardises de son frère. Anna s’était levée à la suite de son frère, faisant glisser la cape sur ses épaules avant de la faire retomber sur la caisse sur laquelle elle s’était assise. Machinalement, elle retroussa les manches de sa chemise et sourit à l’idée qui vint de lui traverser l’esprit. Pour un peu, elle aurait cherché un endroit où se laver les mains avant de procéder à une nouvelle opération. L’air grave, elle s’approcha d’Andrei qui lui tendait son fusil. Elle le prit cérémonieusement, soupesant l’arme et faisant glisser ses doigts le long de son fuselage jusqu’à ce que ses mains viennent prendre naturellement la place qui leur était dévouée. Pendant tout le processus, elle avait veillé à ne jamais braquer le canon dans une direction dangereuse. Les consignes de son frère glissaient le long de sa pensée, rejoignant les souvenirs sur lesquels elle se basait.



- Comme si toi tu pourrais un jour atteindre mes compétences médicales, lâcha-t-elle en réponse à la pique de son frère.



Tous deux avaient conscience de leurs talents et de la place qui leur était réservée au sein de Polis. Son frère n’avait cependant pas son pareil pour toucher son orgueil. Elle gonfla ses joues, l’air renfrogné et carra les épaules. Si la jeune femme était une piètre tireuse, elle était cependant en mesure de reproduire par pur mimétisme les gestes tant de fois observées auprès de son frère ou de son amant. Anna ignora superbement l’aîné qui se tenait à ses côtés et pivota sur les talons avant d’épauler le fusil. Elle n’avait jamais imaginé qu’il puisse être aussi lourd. Reproduisant la posture qu’elle avait vue à plusieurs reprises chez les Ksatriyas, elle se pencha de manière à coller son œil contre l’organe de visée et la joue contre le fuselage métallique de l’arme. L’arme était trop longue et trop lourde, elle peinait à maintenir la position et trouver sa visée. La chirurgienne poussa un soupir et se redressa, abaissant le canon de l’arme. Elle se tournait ensuite vers son frère qui l’observait avec un sourire. Aiguillonnée, elle fronça les sourcils.



- Je ne peux pas vraiment tirer dans cette position avec cette arme, non ? Je n’arrive pas à être stable. Il faut tirer assis ou allongé avec ça ?




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le Mer 5 Déc - 9:49

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Andrei Volkovar était tout, sauf un professeur empathique et profondément gentil. Bien qu’il eût l’éducation de ses ouailles dans son estime et qu’il y accordait une grande importance, il se montrait inflexible avec eux et relativement dur. Le brun n’avait aucunement le temps de jouer aux nourrices et le Métro ne se montrait aucunement clément envers ceux ne sachant pas y survivre ou s’y repérer convenablement. Même les marchands avaient une relative compétence dans le maniement d’une arme, de poing ou non, ou avaient la conscience d’engager un mercenaire ou deux pour s’occuper des Mutants. Mais Anna était différente. Bien différente. Une évidence pour toute personne ayant eu une relation saine et normale avec sa famille.

-Dis plutôt que ta autant de muscle qu’un rat pour ne pas arriver à tirer debout, répliqua Andrei.

Cependant, Andrei observa sa sœur avant de finalement répondre, sourcils froncés.

-Tu peux le faire autant en étant assise qu’allonger. Ça dépend de ton environnement, tant que ton dos est confortable et que tu as de quoi t’accrocher. Le recul est assez important, et pour quelqu’un de ta stature, il faudrait que tu colles ton dos contre un mur ou que tu prennes une chaise. Cela dit, tu peux utiliser un bipied pour stabiliser mieux tes tirs et afin de ne pas laisser tes mains trembler trop longtemps. En position allongée, c’est mieux, mais il faut l’espace et la bonne position pour cela.

Andrei s’approcha de son sac et en sortit alors un bipied relativement intact, auquel il tendit en la direction de sa sœur, et le rangerait si jamais elle n’en voulait pas pour tirer alors.

-C’est utile quand je me poste en bâtiment. Le vent est traître en surface et dans le métro, quand tu n’as pas le temps de t’aplatir, tu peux aisément t’accoter contre une des parois pour te stabiliser, faute de prise correcte pour le bipied. Mais généralement, je n’utilise pas ma Dragunov dans un tel milieu. Mon fusil à pompe fait largement l’affaire.

Andrei se plaça dans son dos, et vint l’aider pour mieux prendre en main son arme, usant de ses mains pour l’aider dans la stabilisation du fusil de précision, le dos de la jeune femme contre sa poitrine. Comme un mur, il ne tremblait pas, et avait un équilibre naturel dans sa posture.

-Essaie de viser les rats... Surtout ceux essayant de s’enfuir.
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le Mar 18 Déc - 11:33
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A la raillerie de son frère, Anna s’était contentée de répondre d’un haussement d’épaules. Elle n’avait évidemment pas la carrure d’un militaire. L’essentiel de sa musculature reposait sur une vie âpre ponctuée d’exercices réguliers. Refusant de répondre aux clichés qui collaient à la peau des Brahmanes, elle prenait soin de sa forme physique et veillait à entretenir tant son agilité que son endurance. La puissance physique, en revanche, n’avait jamais été une de ses priorités et elle le redécouvrait en soupesant l’arme que son frère lui avait mise entre les mains. Tandis qu’elle écoutait les consignes d’Andrei, la jeune femme eu une pensée pour Oksana, adjointe du Bastion Vympel. Elle était parvenue en l’espace de quelques années à s’imposer là où personne n’aurait attendu une femme. Elle avait réussi à gagner non seulement le respect de ses pairs mais aussi celui de ses supérieurs. Intimidante au premier abord, la ksatriya avait fait preuve d’une sensibilité et d’une empathie à laquelle elle ne s’était pas attendue. Depuis leur précédente discussion, Anna avait revu son jugement sur le personnage ; la classant à un rang plus complexe et infiniment plus intéressant.

Si elle avait enregistré la plupart des consignes de son frère sans broncher, la chirurgienne n’avait pu s’empêcher de froncer les sourcils tandis qu’il se plaçait derrière elle pour l’aider à tirer. Elle ne parvenait pas bien à comprendre l’intérêt d’utiliser un tel armement dans cette position. Comme il l’avait relevé un peu plus tôt, une arme de plus courte portée restait encore plus efficace dans ce genre de situation. Conciliante, elle épaula son arme et se laissa faire lorsqu’il vint se plaquer contre elle pour corriger sa position. Le souffle légèrement court, elle cherchait à repousser la confusion qui s’emparait d’elle. Ils n’avaient plus été aussi proches depuis des mois, leur complicité s’étant complètement évaporée au cours des dernières semaines. L’entendre murmurer à son oreille tandis que sa carrure couvrait la sienne, ses mains dirigeant les siennes sur le fuselage de l’arme la troublait plus qu’elle ne le voulait. Fermant les yeux une seconde, elle compartimenta les sentiments dans un coin de son esprit de manière à les repousser efficacement. Puis elle colla sa rétine à la lunette, prête à prendre sa visée.

La lumière blafarde du tunnel parvenait tout juste à saisir les mouvements des rats qui s’égayaient plus loin. La jeune femme évalua rapidement la distance ainsi que les éléments alentours. Elle devrait sans doute prendre en compte les effets de ricochés vu le calibre utilisé et la distance à laquelle se trouvait les cibles. Jetant son dévolu sur un groupe de petits rongeurs, elle se mit en position, guidée par son frère et se concentra sur sa respiration. La mire vacillait légèrement au rythme de celle-ci. Il lui fallait prendre en compte tant ses propres mouvements que ceux de la cible qu’elle s’était fixée. Puis, au terme de plusieurs secondes qui lui parurent interminables, elle fit enfin feu. Sous le coup du recul, la jeune femme avait instinctivement rejeté la tête en arrière et perdu son objectif de vue. Un violent acouphène agressait encore son audition. La réverbération dans le tunnel lui paraissait insoutenable. Elle cligna des yeux à plusieurs reprises avant de revenir vers la lunette. Le groupe de rat s’était dispersé et elle crut avoir loupé son tir. Puis ses yeux devinèrent le contour d’une masse, informe, là où s’étaient trouvés les rats une seconde plus tôt.

Oubliant jusqu’à la présence de son aîné derrière elle, la jeune femme poussa un cri de joie tout en se redressant d’un coup. Le sommet de sa tête vint percuter le menton de son frère sans douceur. Elle fit aussitôt volte-face, le fusil pendu à bout de bras et le canon pointant le sol entre ses pieds d’un air penaud.

- Oh pardon ! Je suis désolée, bredouilla-t-elle avant de reprendre d’un air bien moins affligé, tu...tu as vu, j’ai réussi à en avoir un !

Un sourire rayonnant étirait ses lèvres. Prise d’un élan de tendresse inattendu, la jeune femme voulut se jeter au cou de son frère pour l’enlacer mais fut retenue par l’arme qu’elle tenait. Elle tourna la tête de côté sans parvenir à retenir la rougeur qui colorait déjà son visage puis recula d’un pas avant de regarder de nouveau le dragunov.

- J’aimerais bien essayer de tirer avec les bipieds et essayer de tirer un peu plus loin, peut être en prenant appui sur les caisses. C’est possible ?



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le Sam 29 Déc - 1:20

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La respiration lente mais profonde. La neige tombait devant lui, placé sur ses genoux, sur le toit d’un immeuble anciennement abandonné alors que deux compagnons Stalker entraient dans l’intérieur d’un autre immeuble en face, recherchant ce qu’il leur avait été d’ordonner de chercher. Un objet parmi tant d’autre, un souvenir d’une sortie parmi les dizaines qu’il avait stocké dans son subconscient au fil des ans, toute différentes chacune des autres, mais toujours pour obtenir un objet de la surface ou un quelconque souvenir qui permettait d’en raviver les esprits les plus anciens du Métro. Que cela soit des moteurs, des emplacements importants contenant des médicaments ou bien d’autres babioles permettant aux gens de survivre, de créer, de prospérer ou autre. Tout ce qui venait de la surface était vendue d’un prix d’or.

Pour une cartouche, une seule bonne cartouche bien placée dans la gueule d’un mutant, que cela soit un Démon ou bien une Nosalis, ou toute autre saloperie ayant pu survivre aux lances de feu nucléaires, un Stalker pouvait devenir riche... ou mort s’il manquait. Alors, sa patience avait été forgée au fil des ans, au point d’en devenir un excellent tireur de précision. Dans ce souvenir, il se souvenait parfaitement du hurlement du vent et des canons des kalashnikovs dans l’intérieur de l’immeuble qui résonnait, nettoyant les quelques pièces contenant des Nosalis ayant fait leur nid, ou une quelconque autre monstruosité sans nom. Andrei Volkovar avait attendu pendant une minute avant de finalement ouvrir le feu en voyant une opportunité d’appuyer sur la détente, quand un des Stalker venait d’apparaître dans l’ouverture d’une fenêtre et qu’une créature allait lui sauter dans le dos. Une balle ayant traversé l’une des orbites sombres et presque porcines de ces saletés avant qu’elle ne tombe au sol.

De longues années d’expérience, et, couplé avec son talent, son train de vie, il était devenu le meilleur tireur de tout Polis, même s’il avait tendance de dire que non. Après tout, il avait vu plus spectaculaire chez ses coéquipiers Stalker. Andrei Volkovar était bien des choses. Mais quelqu’un prenant ouvertement fierté dans ses capacités, ou même d’en ressentir, pas vraiment. Mais en présence de sa sœur, malgré tous les événements... Il se sentait plus humain qu’en compagnie de ses compagnons Stalker, qui étaient ressortis de l’immeuble ce jour-là, transportant dans une main chacune un énorme sac de sport qui avait contenu un moteur puissant qui servirait aux transports de troupes sur les draisines en cas d’attaque de mutant, qui, malgré le temps, avait remarquablement bien résister.

Un flash lumineux le ramena dans la réalité alors qu’Anna venait de tirer. Les oreilles d’Andrei s’étaient habitué au bruit puissant de l’arme, comme un coup de tonnerre dans cet environnement restreint, et elle était pourtant tout aussi bruyante en extérieure, sinon plus. Il s’amusa à voir Anna en devenir presque déboussolée.

Amusement qui vint aussitôt devenir une douleur atroce, alors qu’elle avait sauté de joie... par accident, dirons-nous, sur Andrei Volkovar.

-Saloperie !

Frottant sa douloureuse mâchoire avant de voir Anna tenter de se jeter sur lui pour l’enlacer. Oh, quelle mauvaise idée cela aurait été, avec cette arme en main.

-Oui, tu en as eu un. Mais le plus important dans cette histoire, c’est moi, grommelait-il tout en frottant sa malheureuse mâchoire

Parfois, il se disait que dans un champ de bataille, elle serait la personne la plus terrifiante, pour tout le monde, si elle devait manier une arme, vu le danger sur pattes qu’elle représenterait. La douleur se faisant moins grande, Andrei écouta calmement, mais finit par acquiescer, sortant de son sac de nouveau le bipied et reprenant l’arme, pour l’installer, tout en démontrant comment le faire à sa sœur.

-Tu le peux. Assure-toi cependant de la stabilité de l’appui que tu prendras, et régule bien ta respiration. Bien que le bipied facilite la vie, il faut aussi que tes mains ne tremblent pas. Tu connais la méthode 4-5-8 ?

Excellente méthode que tout le monde devrait connaître, selon lui. Respirer profondément et lentement pendant quatre secondes, en bloquer l’air pendant sept secondes avant d’expirer le tout en douceur et lentement en huit secondes. Si elle ne la connaissait pas, alors il la lui expliquait, bien qu’il fût possible d’y ajouter sa propre variante si elle le souhaitait, et ensuite, glissa une caisse dans sa direction.

-Maintenant, installe-toi et fais bien attention. Les rats sont peut-être habitués de voir les leur se faire abattre, mais n’empêchent que ces bestioles puissent aller très vite s’ils le veulent sur leurs courtes pattes.
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