Avez-vous croisé mon rat ?
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Soldat-infirmier
le Dim 19 Aoû - 4:55

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Age :: 25 ans
Patronyme :: Matveïeva
Surnom :: Klara
Nous avions fait beaucoup de chemin depuis la ligne rouge. Je ne me rappelais pas que la route ait été si longue en présence d’Airat, lors de notre voyage en duo jusqu’à Polis. Mais en présence de cinq soldats de la Ligne rouge, armés et marchant prudemment, nous prenions forcément plus de temps dans chacune de nos manœuvres pour sécuriser les six membres de notre groupe. J’avais accepté de rejoindre ce groupe pour faire les soins médicaux en lien avec leur destination. Visant Polis à plusieurs jours de marche, je désirais y aller depuis déjà deux semaines et n’osait tenter la route seule. Et avec raison vu le nombre de dangers dans les sombres tunnels humides.

Pourquoi vouloir aller à Polis? Pour trouver Airat tout simplement. Je n’avais vu le colporteur depuis un certain temps déjà et je m’inquiétais grandement de son état. Ses faiblesses et sa fatigue étaient de plus en plus significatives, comme si un mal le rongeait et je n’arrivais à identifier la maladie qui aggravait son état. La dernière fois que nous avions été ensemble était à Polis et sur le chemin de retour vers la Ligne rouge. Il avait démontré de l’intérêt envers un certain lieutenant et s’était même absenté pour se retrouver seul avec lui. Je n’étais pas aveugle, oui il y avait une question d’affaires, mais le rouge en pinçait pour le bleu, même la cécité n’aurait pu m’empêcher de constater ceci. J’osais donc espérer que cet Alexandre pourrait m’indiquer où se cachait le rat du métro depuis deux semaines.

Une fois arrivé à la cité de la lumière, le sergent de notre opération indiquait la raison de notre présence et nous recevions l’autorisation pour rester quelques heures avant de continuer notre route. Question de formalité, notre équipement était fouillé et nous avions laissé nos armes dans un poste de commandement, surveillé par des soldats. Je grognais toujours autant à l’idée de me séparer de ma Kalash, mais comprenais aisément l’objectif de cette procédure. Éviter des attaques terroristes dans le territoire de Polis. Assurer la sécurité des citoyens aux frontières de la station et maintenir un niveau de sécurité civile élevé en assurant un contrôle des armes à l’entrée.

Notre sergent nous avait autorisé une courte pause de quelques heures avant de reprendre la route et j’en avais profité pour boire et manger un bon coup. Manger un bon repas chaud et bien meilleur que ce qu’on peut avaler sur la route entre deux attaques de mutants ou bandit. Une fois mes besoins primaires comblés, je me lançais alors à la recherche du lieutenant du Bastion Vympel. De ce géant à l’air sympathique qui devait faire mouiller toutes les filles de Polis avec son petit sourire charmeur. Je ne le trouvais évidemment pas, ce qui me créait une certaine frustration, alors que mon inquiétude pour Airat grandissait jour après jour. Je croyais alors reconnaître au loin une jeune femme. Chevelure brune, courte et mince. Deux yeux qui ne s’oublient pas, glacés jusqu’à toucher votre âme par leur force de caractère. Une fois près de cette femme à l’allure presque intimidante avec la confiance qu’elle dégageait, je soufflais d’un ton des plus doux,

-Bonjour! Vous allez bien? J’ai malheureusement oublié votre nom, mais je crois vous avoir vu au VAR lorsqu’il y a eu l’épidémie.


La politesse était importante, surtout lorsqu’on désire obtenir des informations. Lui demander directement ‘’ Avez-vous vu Airat ou Alexandre ‘’ aurait été bien trop directe en début de conversation. Mais mes questions allaient venir lorsque l'opportunité se présenterait.
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Médecin-chirurgien
le Lun 20 Aoû - 9:25
Médecin-chirurgien

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Age :: 28 ans
Patronyme :: Nikitovna
Surnom :: Anya
Bras croisés sur la poitrine, dos appuyé contre une colonne en marbre antédiluvienne, Anna Volkovar attendait. Le regard fixe, perdu devant elle, elle observait la foule qui se formait au cœur du croisement le plus fréquenté de Polis. Filtrant les silhouettes, la jeune femme en recherchait une en particulier. Plus grande que la moyenne, clairement plus imposante également, la carrure d’Alexandre Prokorenkho ne pouvait passer inaperçu. Il était pourtant en retard et cela n’était clairement pas dans ses habitudes. La chirurgienne consulta d’un coup d’œil la grande horloge sur sa gauche. Stena lui avait donné rendez-vous à cet endroit précis et n’avait sans doute pas omis la foule qui s’y presserait. Soucieux du détail et de la discrétion, le Ksatriya n’avait pas même précisé de motif particulier pour cette rencontre. Mais ils n’avaient plus vraiment besoin de raisons pour se retrouver. L’ombre d’un sourire s’ourlait sur les lèvres de la jeune femme au moment même où une silhouette s’approchait d’elle. Elle cligna des yeux à deux reprises, tant pour dissiper la surprise que pour recentrer ses pensées. Ce n’était pas Stena. Petite taille, silhouette déliée et chevelure platine, Anna fouillait dans les méandres de sa mémoire et en extrayait les souvenirs adéquats.

- Klara Savinkova ! Je ne pensais pas te retrouver un jour ici, bienvenue dans la Cité des Lumières !

Si un doute s’était infiltré dans le regard de la jeune femme, il s’était aussitôt dissipé pour laisser place à un sourire chaleureux. Il était de commune mesure d’accueillir les connaissances avec distance et respect mais Anna Volkovar obéissait rarement aux standards de l’éthique. Se décollant du pilier sur lequel elle s’appuyait, elle fit deux pas en direction de la Rouge, lui saisit la main et la serra entre les siennes comme l’auraient fait deux amies de longue date. Ne prolongeant pas le contact à l’excès, elle s’écarta d’un léger mouvement et rétablit une distance plus raisonnable entre elles. Etait-ce un choc statique qu’elle avait ressenti au moment même où elle lui prenait la main ? Anna balaya le détail et poursuivit sur un ton enjoué qui démentait la teinte polaire de ses iris.

- Anna Nikitovna, j’officie à deux pas d’ici d’ailleurs. Alors, quel bon vent t’emmène ici ?

Par moments, la chirurgienne s’amusait à employer des expressions qui n’avaient plus lieu d’être. Combien d’êtres pouvaient encore se remémorer la sensation du vent s’infiltrant entre les cheveux et caressant le visage ? Nouveau clignement de paupière, la pensée disparut. Comme elle plongeait son regard dans celui de l’infirmière, elle sentit ressurgir les souvenirs qui les liaient. Elles s’étaient rencontrées quelques mois plus tôt, luttant toutes deux pour endiguer l’épidémie qui frappait V.A.R.. Elle avait bénéficié de son expérience pragmatique du terrain tandis qu’elle lui transmettait les connaissances grappillées au fil de ses études. Les deux jeunes femmes avaient beaucoup appris au cours de cette entente et, en dépit de la distance respectueuse qu’exigeait leurs différences, elles avaient fini par se lier d’amitié. Anna jeta un rapide coup d’œil par-dessus l’épaule de Klara sans parvenir à distinguer de silhouette familière. Visiblement, elle disposait d’un peu de temps pour discuter avec elle avant qu’Alexandre ne vienne la retrouver.



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Soldat-infirmier
le Lun 3 Sep - 17:58

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Age :: 25 ans
Patronyme :: Matveïeva
Surnom :: Klara
Enfin un visage familier. Je souriais à la chirurgienne de Polis. Elle avait été une très bonne alliée lors de l'épidémie, tant pas ses connaissances que sa présence. Une femme formidable et professionnelle, lorsque nécessaire. Je me rappelais des quelques temps libres que nous avions eus pour discuter. Chaque fois bien agréable et plaisant. Changeant bien souvent le mal de place après une dure journée de travail. Aidant également lors de période de désespoir, alors que nous avions parfois l'impression que la maladie allait gagner sur l'homme. C'est avec un sourire enjoué que je l'entendais prononcer mon nom et que je lui serrais les mains. Il est toujours plaisant de revoir des anciennes connaissances. Toujours plaisant de prendre des nouvelles sur des personnes avec qui nous avions eu un bon contacte. Mais encore plus plaisant de constater à ce moment que les mutants n'avaient pas encore eu raison d'elle.

Je maudissais ma mauvaise mémoire lorsqu'elle me rappelait son nom et lui souriait avec amusement. Ouvrant un peu la bouche avec une lueur amusée, comme une personne qui vient de se rappeler d'un élément nécessitant peu de mémoire et qui se sent un peu gêné de l'avoir oublié. Anna Nikitova avait d'ailleurs été l'une des spécialistes durant l'épidémie. L'une des médecins avec le plus de connaissance sur le terrain, d'où sa valeur inestimable, alors qu'elle était souvent accompagnée et protégé. C'est durant l'épidémie d'ailleurs qu'on avait pu voir une grande différence dans les approches des départements médicales en fonction de leurs provenances. Chacun avait dû apprendre à soigner selon les moyens de leur faction. Polis avait été celle avec le plus de connaissance d'ailleurs.

-Merci ! C'est ma deuxième visite et je dois toujours reconnaître la beauté des lieux!


Remarquant qu'elle regardait par-dessus mon épaule, je ne pouvais m'empêcher de me retourner pour regarder à mon tour. Réflexe de survie et purement militaire, alors que je guettais un possible danger pour ma personne. Rien en vue visiblement... Retournant mon regard vers la chirurgienne, je rajoutais aussitôt avec un petit sourire en coin,

-J'accompagne un groupe de soldat pour une mission... Je ne peux malheureusement en nommer la raison, pour respecter la confidentialité...


Je prenais une petite pause. Pensive, je me demandais aussitôt comment aborder la réelle raison de ma présence en ces lieux. Comment poser la question qui hantait mon esprit depuis plusieurs semaines. Relevant mon regard vers le bleu glacial de la Volkovar, je retrouvais confiance en elle et décidait d'utiliser une approche directe. Toussant un coup, je rajoutais en regardant vers le groupe de soldat de la ligne rouge non loin, derrière en train de boire de l'eau de vie,

-En fait, je voulais revenir à Polis. Je cherche quelqu'un. Je cherche Airat Ivanovitch pour être plus exacte. La dernière fois que je l'ai vu, nous étions venus à Polis juste nous deux, pour y rencontrer un géant fort sympathique, afin de faire une commission je crois... Tu sais, les trucs de Colporteur...

Mon visage prenait alors un air inquiet, alors qu'une lueur douce traversait mon regard. Parfois le Colporteur peut quitter les stations pendant plusieurs jours, mais je ne l'avais pas vu depuis plus de deux semaines, où mon inquiétude a son égard.

-Tu ne l'aurais pas vu dans le coin par hasard? Il est grand, cheveux bruns et yeux bleus...
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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Lun 3 Sep - 18:56

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Smolenskaya, fin de matinée

Un colosse planqué derrière les colonnades, pilleur sacrilège tapis en son propre temple, telle n’était pas l’image que se faisaient les citoyens lettrés de la Marbrée qui apercevaient le lieutenant armuré. Au contraire, voilà maintenant plus de dix minutes que celui-ci rodait autour de l’élégante allée avec plus ou moins de furtivité, fusil abaissé en position règlementaire, non loin des civils. Ne pas se faire voir des rouges qui, assoiffés, s’offraient une dégustation du savoir-faire de la grande Cité Lumière. Ils surjouent l’ivresse, songea-t-il, pour paraitre suffisamment inoffensifs. Mais surtout, ne pas se faire voir de la blonde Klara, infirmière soldat qui, luciole noyée dans la foule, musardait tout droit jusqu’à la brune Anna, chirurgienne brahmane. Mauvais timing, avait-il pensé lorsque Leo ‘Frier’ était venu le trouver au sortir d’une galerie pour lui annoncer le passage de cinq rouges, dont une certaine Klara Savinkova, listée parmi les personnes d’intérêts officieuses du Bastion Vympel. Si la majorité du bataillon connaissait Airat Ivanovitch et n’avait besoin de plus amples détails, la blonde Klara avait eu pour eux, l’attrait et l’étrangeté de la nouveauté.

Les rumeurs grivoises ne s’étaient pas élevées. Tous savaient ce qu’encourait celui qui oserait railler ou moquer le dévouement de Prokhorenko à la Volkovar. Il lui était fidèle « comme un Kshatriya à la loi de Polis, avec ferveur et loyauté. » Ceux qui le connaissaient un peu mieux, et plus fins psychologues, les observaient de loin en se goinfrant de pop-corn de maïs transgénique issu des fermes hydroponiques, dernier luxe culinaire en vogue à la Cité Lumière. Pourtant, les motifs qui poussèrent le lieutenant à surveiller les déplacements de l’infirmière-soldat n’étaient pas sans légitimité : que la sorcière s’intéresse à Rouge-Neige n’annonçait rien de bon pour cette dernière. Avec un biais d’expérience, Alexandre rapportait naturellement l’intérêt subit d’Akilina Ivanovna pour Klara Matveïeva à la relation qu’elle entretenait avec son fils. En gardant un œil sur Klara, il savait dans quelle direction regardaient les nervis de la brahmane. Et ce faisant, il protégeait également Anna, que la marâtre ne portait pas en son cœur, craignant le détrônement. Mais que ces deux-là se rencontrent ne lui plaisait guère, pour toutes les raisons du monde, et sa récente rencontre avec Airat n’étant pas la dernière.

Le pire était encore à venir et le rebondissement tardait. Rien n’allait plus depuis le surgissement de la Créature, ses repères en avaient été plus surement renversés que l’ontologie Hégélienne par le matérialisme dialectique de Marx et de Lénine. Il y avait au sein même de Polis, au Conseil et à l’Etat-major, des puissances de l’ombre, des pouvoirs dans le pouvoir qu’il ne pouvait plus ignorer. Il en avait trop vu pour ne pas se soumettre à l’irrésistible attraction du savoir qui, en retour, déviait son attention de la connaissance intérieure à laquelle l’encourageait si souvent Diogène. Anna était devenue son socle, Oksanna son bras droit jusqu’aux vertèbres, l’aidant à tenir la cohésion du bataillon pendant le mois de confusion qui suivit la fatidique mission. Il appuyait ses incertitudes sur la force de caractère de ces deux femmes, et en ressortait un peu plus conforme encore au parangon du protecteur et sauveur de la Cité. Le guerrier qui, une fois tombé et déchu, ressuscitait dans la gloire, en accord cette fois aux mythes fondateurs de l’orthodoxie patriarcale. Une usurpation dont il avait relativement conscience. Mais il n’oubliait pas ses morts et disparus. Nul ne les oubliait.

Les citoyens ne s’inquiétaient pas, la cote de l’institution guerrière était au beau fixe. La présence kshatriya rassurait, ainsi en allait-il en dictature éclairée. Alexandre cessa de piétiner d’irrésolution derrière sa colonne et jeta un nouveau coup d’œil aux deux femmes. La moitié de son visage de bronze surgit derrière le marbre blanc. L’espace d’un instant, le regard d’ambre fossile se réchauffa et la figure peu amène rayonna d’un sourire involontaire. La pâleur d’albâtre du visage d’Anna, la clarté hyperboréenne de ses yeux, un morceau de ciel givré détonnant du velours noir qui enténébrait la silhouette svelte. Elle s’était faite couper les cheveux, très courts, remarqua-t-il en lui trouvant un air plus incisif et plus sauvage. Il appuya le front contre le marbre froid et poussa un profond soupir. Klara se retourna, et hormis des foulards et des chapeaux colorés, elle ne vit qu’une architecturale colonne là où avait chatoyé l’œil mordoré.

Il avait repoussé autant qu’il le pût le moment de mettre la brahmane dans la confidence de la condition du combat-médic, mais de nouveaux incidents se déclenchaient en dépit des heures de training volées au repos, dans la discrétion, à entrainer le soldat à gérer sa mutation. Hors de question pour lui d’en discuter aux quartiers Kshatriyas, ni au cabinet médical. D’ailleurs, le sentiment de paranoïa résultant du traitement particulier dont ils furent l’objet, par leur rencontre du troisième type, ne l’avait plus quitté. Enfin, il ne louperait aucune occasion de la voir, ne serait-ce que cinq minutes, en dehors de leur fief respectif et sans que ne plane sur leur tête l’ombre des aînés et des esprits machiavéliques de la Cité. Et s’il l’embarquait sur le champ, la soulevant d’un bras passé à la taille, la flanquant d’un soudain sur son épaule ? Elle lui crèverait probablement les yeux, au mieux, elle le crèverait, au pire. Et l’on retrouverait une culotte de soie neuve dans sa poche. Glorieux. Il secoua brièvement la tête, s’exhortant à rester focalisé.
A nouveau, il inspecta les environs, identifiant les positions de corps des passants et des statiques, à la recherche d’observants indéfinis, à la recherche d’une anomalie, d’agents d’Akilina Ivanovna, voire d’Ivanovna elle-même.
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le Mar 4 Sep - 14:39
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Le sourire de la chirurgienne n’avait pas perdu de sa chaleur lorsque la raison de la présence de Klara lui fut dévoilée. Elle inclina légèrement la tête tandis que la courbe de ses sourcils s’était davantage accentuée. Si les deux jeunes femmes avaient apprécié leur collaboration à V.A.R., elle ne pouvait oublier leurs origines et les intérêts de leur faction respective. Si Anna n’avait aucun problème de conscience avec le fait de partager une partie de ses connaissances médicales, il en allait autrement des tensions géopolitiques. Balayant adroitement le sujet, la jeune femme enchaînait sur un tout autre sujet. Cette fois-ci, le sourire d'Anna se figea d’un coup. Serrant les mains, sous sa cape, autour de la bandoulière de son sac, son regard échappa un instant à celui de son interlocutrice.

- Le rejeton de la vieille sorcière ? répondit-elle sans cacher sa surprise.

Elle passa une main devant ses yeux, puis, machinalement sur son front. Seulement, cette fois-ci, il n’y avait pas de cheveux à repousser en arrière. Elle secoua la tête avec un sourire et passa la main dans sa nuque comme elle avait vu Alexandre le faire un bon nombre de foi dès qu’il se trouvait prit à défaut. A partir de quel stade dans une relation finissait-on par prendre les habitudes de l’autre ? La brahmane chassa la question et tira sur les pans de sa cape. Elle détestait le vêtement, le trouvait lourd et encombrant en plus d’attirer considérablement le regard. Seul détail qu’elle appréciait dans celui-ci était sa teinte, d’un noir profond aux nuances multiples, qui lui conférait un teint plus pâle encore. Anna portait la cape, symbole de sa caste, occasionnellement. Elle s’en débarrassait la plupart du temps lorsqu’elle circulait dans Polis et la laissait dans son bureau, pendue à l’unique crochet de celui-ci. Mais, quelques heures plus tôt, elle quittait la cité des Lumières pour les stations commerçantes de la Hanse et en était revenue avec ses précieux achats. Et, en chemin, elle aurait dû rencontrer le lieutenant en charge de la section Vympel, fortuitement bien sûr. En lieu et place, elle engageait la conversation avec une connaissance communiste qui lui jetait le nom de quelques fantômes du passé.

- Je me souviens, oui, fit-elle gravement, mais cela fait une paire d’années que je ne l’ai pas vu. Il s’est enfui de Polis après…l’incident avec la vieille sorcière.

Cette fois-ci, elle avait instillé tout le bien qu’elle vouait au personnage. Conseillère Brahmane et scientifique renommée des anciens temps, elle demeurait une femme difficile à cerner et au caractère relativement exécrable. Anna l’avait toujours trouvée fausse et à juste titre. Quant à dire que les deux femmes s’appréciaient, c’était manquer de discernement. Leurs échanges avaient toujours été courtois mais d’une froideur extrême. La chirurgienne ne se souvenait pas s’être autant méfiée d’un personnage dès les premiers échanges. Akilina était crainte et respectée et, à la manière des commissaires politiques de la Ligne Rouge, il valait mieux ne pas en attirer l’attention. Anna inspira profondément, laissant s’atténuer le fiel que le nom avait évoqué.

- Je ne savais pas qu’il était colporteur maintenant…pour la Ligne Rouge, j’imagine ?

L’idée tira une pensée amère à la jeune femme, songeant au caractère qu’elle connaissait du rejeton Ivanov. S’il y avait bien une chose qu’elle ne lui reconnaissait pas, c’était le sens du partage et du devoir. A l’instar de sa mère, Airat vivait avant tout pour lui et la satisfaction de ses propres intérêts. Le savoir passé du côté communiste était singulier. Tout homme avait droit de changer non ? Depuis son départ de Polis, Anna n’avait plus entendu parler de lui. Si sa condition de Brahmane lui donnait accès à beaucoup de privilèges, elle était esclave des informations qu’on lui rapportait de l’extérieur et devait se fier à ceux qui pouvaient sortir librement de la cité de Lumières. D’Airat Ivanovitch, elle n’avait donc rien entendu filtrer, classant le sujet sans suite. Une pensée s’infiltra dans l’esprit de la jeune femme, se pouvait-il qu’Irina ait su quoi que ce soit et ait décidé de le lui cacher ? Ou même d’autres connaissances communes qui auraient pu garder l’information ? La jeune femme soupira, peu inspirée à l’idée de chercher parmi son entourage ceux qui auraient pu savoir quoi que ce soit au sujet du fils d’Akilina.

- Et j’étais encore moins au courant qu’il avait remis les pieds ici. C’est de l’inconscience !

Elle fronça les sourcils, le regard rivé dans celui de Klara. Lorsqu’elle reprit, elle murmurait presque.

- Il devait avoir sacrément bonne raison de venir avec toi jusqu’ici. Tu savais qu’il est recherché ? Que sa tête est mise à prix ?



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Soldat-infirmier
le Dim 9 Sep - 3:47

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Déjà par son air surpris, je savais qu'elle ne l'avait pas vu. Anna est comme un livre ouvert, j'avais appris à la connaître ainsi, alors qu'elle ne cherchait pas à cacher ses pensées ni son opinion lorsque nécessaire. C'est ce qui lui avait d'ailleurs valu autant de bons commentaires au VAR. Son professionnalisme et sa franchise sans égale. Elle était une perle en tant que collègue de travail, alors qu'on savait exactement à quoi s'en tenir avec elle. Elle me le démontrait une fois de plus avec l'expression utilisée à l'égard de la mère du rouge. Vieille sorcière... Elle m'avait pour ma part inspiré pitié, avec son histoire de maltraitance par son propre fils lorsque je l'avais croisé à Polis. Manipulation? Jamais je n'avais pu valider sa version de l'histoire réellement, alors je devais être bien naïve de lui laisser encore le bénéfice du doute.

Elle me résumait la mésaventure d'Airat lorsqu'il avait dû quitter Polis, mais je remarquais alors que je lui apportais même de nouveaux éléments quant à la situation du rouge. Elle ne savait pas qu'il était colporteur et ne l'avait vu depuis sa fugue de la cité de la lumière. Voilà que cela me confirmait d'emblée qu'elle ne l'avait pas vu dans les parages. Je retenais un léger grognement de frustration, alors que mon inquiétude augmentait mon impatience de le retrouver. Depuis la dernière visite, depuis sa rencontre avec Alexandre et ma discussion avec sa mère, le colporteur n'était plus le même. Il était beaucoup plus nerveux et tendu, même plus que lorsqu'un gros rat l'avait mordu au cou et qu'il avait cru que cela s'infecterait... Et il avait raison d'une façon, les risques avaient été grands, mais il était venu me voir avant que cela ne s'enligne vers cette direction heureusement.

-J'en déduis donc que tu ne l'as pas vu dans les environs...


Sa tête, mise à prix? Je haussais les sourcils avec surprise et ne fuyait le regard de la Brahmane. Je lui montrais mon étonnement à ce niveau. Airat ne m'avait rien dit de tel et sa mère même... Akilima je crois... Je ne me rappelais plus trop... M'avait demandé de passer ses salutations à son fils, elle aurait alerté les soldats de Polis à ce moment-ci s'était réellement le cas lors de notre brève rencontre, non? Peut-être avait-elle pardonné à son fils après toutes ces années d'exile, dirigé par l'instinct maternel? Tellement d'enjeux psychosociaux et de possibilité dans cette dynamique familiale conflictuelle entre la mère et le fils. Je lui montrais mon incompréhension, avant de froncer les sourcils,

-C'est à n'y rien comprendre... Sa tête mise à prix? Je ne savais pas...

Regardant mes camarades boire un peu plus loin les spécialités de Polis, je prenais quelques secondes pour réfléchir, avant de rajouter en retournant mon regard sur la brune. Je décidais de lui exposer la raison de mon incompréhension, après tout, la chirurgienne est une femme de confiance. Je baissais toutefois le ton lors de mon explication, de façon à garder le tout discret,

- J'ai croisé Akilima je crois? Non... Akilina Fedorovna... Oui c'est ça son nom! La mère de Airat lors de notre cour passage. Il est parti quelques minutes avec Alexandre, un géant à l'allure fort sympathique. Elle m'a abordée durant ce temps et m'a demandé de passer ses bonjours à Airat.

Je prenais quelques secondes de silence, avant de rajouter,

-Je me rappelle encore exactement des mots utilisés « Dites à Airat qu’il n’a plus rien à craindre de moi, je ne peux le lui dire moi-même. »

Pensive, je regardais le bleu glacial des yeux de la jeune femme. Un teint perforant, mais rassurant à la fois.

-Pourquoi sa tête serait encore mise à prix avec de tels mots? Peut-être que son instinct maternel a repris le dessus et qu'elle regrette?

Naïve? Oui je le suis extrêmement... Mais j'aime croire au potentiel de chacun, j'aime penser que nous pouvons tout apprendre et comprendre de nos erreurs. Devenir de meilleurs individus et affronter à l'unisson les défis du Metro au lieu de se séparer entre groupes. Pour la survie de la race humaine et du bien commun.
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le Dim 9 Sep - 10:49

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Pendant ce temps, à la Paveletskaya...

... Ça mangeait du champignon



Airat poussa avec lassitude un champignon dans son assiette. Son exile loin de la LR lui coûtait en force comme en cartouches. Et à la Hanse il ne se sentait pas mieux qu'à la LR. L'ombre des commissaires était remplacé par celle des autorités. Et même s'il se présentait dans les stations comme un colporteur de la VAR, aux postes de gardes, les regards haineux et les menaces ne manquaient jamais. Enfin bon, ils innovent dans leurs insultes, c'est déjà ça. Après « petit pédé », on passe à « bolchévik anarchiste ». J'suis sûr qu'à leurs yeux, c'est mélioratif.
Le plus dure, c'était de ne pas avoir une épaule sur laquelle s'appuyer.  Il s'en rendait maintenant compte, mais Klara avait joué un rôle de canalisateur sur lui. Elle avait même plus servit de psy et de coffres à secret que d'ami. En soit, il avait repris le modèle de fonctionnement de sa mère, qui voyait toujours la fonction derrière l'humain. Lui avait seulement tentait de recouvrir le tout derrière de l'affecte.Et pour ça, Airat se maudissait. Surtout quand il repensait à la dernière fois qu'il l'avait vu.

/La tension dans ses épaules diminua lentement. Il en faudrait plus pour qu' Airat soit parfaitement serein, si c'était seulement encore possible. Mais le regard du Lieutenant lui fit un bien fou ; peut-être plus que leur séance d'exorcisme sous l'arche, qui elle lui rajoutait un handicap de poids, perdu et logiquement retrouvé à Polis : Sa libido.
Si le rouge venait de faire le grand seau, Alex avait été à son poste pour le rattraper. Contrairement à d'autre qui avaient très facilement démissionné : Sa mère, fasse à des désirs que ses équations n’expliquaient pas ; Un vieux colporteur de la VAR, fasse à un groupe de Nosalis.
Airat sentit quelque chose l'étouffer, presque le faire suffoquer. Quelque chose qu'il n'était plus habitué à ressentir, et encore moins à exprimer. De la reconnaissance. Pas envers un amant l'ayant embrassé, lui rendant quelque chose qu'il n'avait plus goûté depuis dix ans. Mais pour un homme, un humain qui -il était obligé de le reconnaître- ne l'avait encore jamais trahis, et s'évertuait à répondre pacifiquement à son agressivité. Il avait finit par l’intégrer : Alexandre Prokhorenko était son allié. C'était déjà un avancement, mais tout cela restait à l'état de pensées, de mot mental. Et Airat était bien placé pour savoir que Verba volant, scripta manent.Il avait compris, mais ne se sentait pas encore le courage de changer de comportement avec le militaire. Ce n'était pas aujourd'hui qu'Alex aurait le droit à la douceur dans laquelle Airat enveloppait Klara, pour s'excuser et corroborer sa théorie sur la nature pas si sombre de l'humain.

Le colporteur haussa un sourcil devant le visage fauve du géant, se crispant en sentant une immense main, endurcis pas le maniement des armes, se referment sur son épaule. Il fronça les sourcils pour lui même, se flagellant devant sa réaction. Ce n'était pas d'Alex dont il c'était méfié, mais de lui. Il préférer retrouver sa crispation habituelle qu'être trop détendu et ne pas pouvoir réprimer un sourire satisfait ou un soupire comblé.
La silhouette du lieutenant finissant de s’abattre sur lui désorganisa sa respiration. Ses cerveaux droit et gauche étaient plongé dans une parfaite alliance. L'un alimentant son imagination de toutes les possibilités qu’offrirait son prochain geste, l'autre les triant, redonnant un peu de cohérence à l'esprit du colporteur. Le rouge saisit Alex au bras, évitant à tout prix son regard.
Il hocha lentement la tête à l'ordre du lieutenant, rajoutant d'une voix faible et hésitant, toujours grésillante comme la connexion entre lui et le reste de l'humanité était compliquée, éphémère et prête à prendre fin à chaque secondes.

« - Et toi attention à ce que tu bouffes. C'est une vipère. Et si elle ne veut pas qu'on remonte jusqu'à elle, elle le pourra. Il y aura des soupçons, mais rien de concret. »

Une méfiance avec ses repas ne suffirait pas. Akilina pouvait déposer le poison n'importe où ; dans l'équipement du militaire ; sur la poignée de sa porte ; Entre les pages d'un dossier. Airat et elle avait ce point commun : Une imagination morbide. Le colporteur tenta de retenir Alex contre lui, lui opposant une infime résistance que seuls eux avaient sentit. Plus une manière d’exprimer au géant qu'il allait lui manquer qu'un réel déni devant la situation. Le rouge avait oublié cette partie de l'humanité: le rapport aux autres. Lui qui se voulait toujours impénétrable n'était plus si dérangé à l'idée que le soldat connaissait ses faiblesses. Il avait la sûreté que rien de ce qu'il laissé voir au lieutenant ne se retournerait un jour contre lui.
Un pas en arrière fut esquissé, assez pour qu'il puisse regard son vis-à-vis droit dans les yeux ; et tenter de lui faire comprendre que s'ils avaient été seuls, Airat lui aurait fait des adieux dignes de ce nom.

Au lieu de cela, il pu seulement le fixer quelques secondes, avant de se retourner sans un mot, posant une main sur l'omoplate de Klara.

Il ne répondit à la question de la soldate qu'une fois son AK récupérée et un regard noir lançait à Oksanna.
Un rire grinçant prit la gorge du colporteur, alors qu'il tournait la tête vers sa compagne, un sourire amusé -mais comme chacune de ses expressions, nostalgie et amer- sur les lèvres, traçant de profondes fossettes sur son menton.

« - Histoire d'éclairer ta lanterne sur celle que tu viens de griller, et sur sa progéniture unique : J'avais dix ans qu'elle organisait déjà des assassinas dans la Cité. Elle ne pouvait pas se permettre d'attaquer les plus hautes sphères, elle n'était pas encore assez influente. Mais dans le bas de l'échelle, ils ont savouré. Pour être franc, ça m'étonnerait à peine d'apprendre qu'elle ai tué deux ou trois inconnus uniquement pour teste la fiabilité de ses poisons.
A quatorze ans, elle a commencé à m'immuniser contre les poisons les plus courants, et crois-moi, y'a plus familiale qu'une mère te fixant froidement en attendant que tu gobes deux gouttes d'un poison qu'elle a fabriqué sous tes yeux. »

Airat marqua une pause, prenant une inspiration, s'agitant nerveuse.

« -Et elle est pas allée en s'améliorant. Pour résumer, le point culminant a été le jour  où elle a organisé le meurtre de mon... mon amant, mon mec, mon homme, comme tu veux. J'ai jamais su quel titre lui donner. Elle aurait pu être indulgente et faire ça proprement. Mais elle a préféré le faire tabasser à mort pat ses propres frère d'arme.
Quand à moi, j'ai pas non plus fait dans la dentelle. Elle était sûrement défigurée non ? Elle me doit sa balafre, tout comme la souffrance qu'elle doit ressentir aux genoux à chaque pas, si je m'y suis bien pris. »

Le rouge pencha la tête sur le côté, souriant à Klara autant que les souvenirs le lui permettaient.

« - Si tu devais distribuer les rôles suivant : Le monstre, l'ombre, et la fée entre nous deux et elle, tu donnerais quoi à qui ? »/


« - Et ! Double-face, bouge-toi, on y va. »

Le colporteur releva la tête vers un homme roux et barbu dans la quarantaine. Sa joue gauche porté une profonde cicatrice remontant vers sa tempe et continuant sur le côté de son crâne, là où les cheveux étaient militairement rasés. L'oreille du même côté était percé, et actuellement y pendant un anneau, que le rouge l'avait toujours vu enlever, dès le premier pas posé dans les tunnels. Nikolaï était un chasseur de prime trouble mais efficace, à la fois à son compte et à la solde de la Hanse. Et le fait qu'il prenne le risque de porter une quelconque breloque qui pourrait lui coûter une oreille intriguait le colporteur. Déjà qu'il lui manquait la main droite.

« -J'ai pas finit de manger. »

Le nargua Airat, portant sur lui un regard joueur. Le rat vérifiait son statue de prédateur depuis un peu plus d'une semaine. Jouant avec tout ce qui passait entre ses griffes. Les problèmes étaient arrivé quand au lieux d'une sourie il s'en était prit à un vieux matou des gouttières. Au vieux matou  il manquait une patte. Et lui était un chat errant, anciennement chaton de luxe, plus habitué à avoir ses ennemies en fourbes qu'en face. Mais il était assez fort pour aider le matou à marcher. Et devant tous les deux remonter à Prospect Mira, l'un pour contacter un certain groupe de siffleurs, l'autre pour se terrer au VAR en attendant un signe de vie en provenance de Polis, ils avaient fait équipe.
Et étrangement, les choses avaient collés entre eux. Ni l'un ni l'autre n'avait une grand opinion de leur congénère, ou même de leur espèce en général. L'un comme l'autre, leurs familles avaient éclatés, et ils n'avaient pas été tendres avec ses dernières. L'un comme l'autre ils portaient difficilement le poids d'un deuil qui aurait du être fait il y a des années.

« -Pousse-toi. »

Nikolaï lui arracha sa fourchette des mains, piquants rapidement les trois champignons restant pour les presser contre les lèvres du colporteur, le barbouillant et le piquant au passage. Airat referma maladroite ses dents sur la fourchette, grimaçant en surprenant des regards médusés ou  méprisant. Le chasseur ne portait aucun intérêt aux femmes. Mais pourtant, le colporteur ne l'avait jamais vu lancer autre chose d'un regard analytique à un homme. Il avait totalement saisit l'origine de cette asexualité latente. Lui aussi n'avait pas pu ou n'avait pas eu envie d'une partie de jambes pendant longtemps après la mort de Dima. C'était pareils pour Nikolaï, qui lui avait atteint semblait-il, le record de 15 années d'abstinence.

« -Putain, t'as l’instinct paternel envahissant ! »

Le visage du roux s’obscurcit.  Il laissa tomber la fourchette dans un bruit de couvert, prit une poignet de cartouche dans sa poche et les abattit froidement  sur la table avant de se lever, dépliant lentement son 1 mètre 87. Qui rappelait à Airat une silhouette encore plus imposante, devenue coutumière de ses rêves et pantin à son tour de la malédiction.

« -Tu demandera ça à ma fille. »

Le colporteur roula des yeux avant de se lever, attrapant son sac pour le hisser sur ses épaules. Du peu que lui avait dit Nikolaï, il s'était séparé de sa progéniture 5 ans plus tôt, suite à la perte de sa main. Et il remontait à Prospect Mira, justement pour retrouver la trace d'une gosse albinos ayant suivit les pas de son père dans la chasse à l'homme.




Merci à tonton Yvan pour cette signature de toute beautaïeuh!
La gay-lerie des horreurs...:
 
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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Dim 9 Sep - 14:23

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Un clignotement. Une illusion ? Allons, songea-t-il en cherchant l’agent fantôme du regard, le temps des symptômes est révolu. Adossé au marbre, il plissa les yeux et tira une salve de traits d’ambre sous les arcades du péristyle, là où il jurait avoir vu un individu au comportement suspect. Là. Un autre. Il sursauta et se retint tout juste de s’élancer hors de sa cachette, dans le champ de vision de son amante. La silhouette était longiligne, fine. Foutrement rapide. Inhumainement rapide ? Les surveillants n’étaient pour lui qu’une légende métroïde, confondue et mêlée à celle des observateurs, et qui n’entrait pas dans la ligne de ses raisonnements tactiques. Qui ou quoi que fussent ces espions, le lieutenant ne démordrait pas avoir perçu deux agents non identifiés au comportement détonant. Agents privés, nervis d’élite ? Bel oxymore. Il réalisa qu’il était incapable de se constituer une image mentale des vêtements qu’ils portaient, ni d’aucun point d’ancrage pour une identification future. Une impression, seule, somesthésique, qui l’avait alarmé en portant son attention aigue vers l’anomalie. Il était pourtant très calme, selon lui. Les décharges de neurohormones de stress ne se faisaient sentir guère plus qu’en trois occasions à son métabolisme sous pression continue. À savoir, la rencontre d’un Sombre, la rencontre d’un rival insistant tournant un peu trop près d’Anna, et l’idée de se retrouver seul avec Akilina Ivanovna.

Les soldats de l’unité 3 du Vympel, les drones, étaient en train de passer les stations jumelles au rayon de leur attention minutieuse. Les types les plus bizarres du bastion, d’après les dires de la section Recherche & Exploration. Mais les R&E et le Vympel entretenaient en temps de paix sociale relative, une émulation de rivalité. Les drones étaient des kshatriyas peu loquaces à l’oreille attentive, monomaniaques de l’ordre et de la loi, qui en d’autres temps auraient marqué un score élevé sur le spectre de l’autisme. A leur tête, un sergent et un starchina capables de ménager les tensions, et surtout, capables de shunter les parties de chasse en cas d’urgence en atténuant leurs frustrations, sans provoquer de mutinerie. Avaient-ils vu ? Pour sûr, ils avaient repéré leur lieutenant. Et leur lieutenant n’était pas censé se trouver sur la portion Sm-C2 en jour 3 du segment θ. D’un signe de menton au sergent, il indiqua que tout allait bien, puis entreprit de retirer le chargeur de sa kalash avant d’en replier la crosse et de la passer dans le dos.

Il inspira profondément et bascula autour de la magistrale colonne, opérant un périhélie. Sa focale balaya le visage de l’infirmière Rouge, y captant l’incrédulité et la contrariété avant qu’un groupe de civils en déplacement masque les deux femmes pour quelques secondes. Fiodor Diomedovitch traversa la grande arête commerciale pour les intercepter, aussi cordialement qu’un robot, et engagea un contrôle d’identité. Polis n’aimait pas les bandes et les mouvements groupés. Alexandre en profita pour quitter son poste d’observation et se rapprocha de la table, perdant toute discrétion dès qu’il s’éloigna de l’obscurité des alcôves. Son imposante stature armée et carapacée ouvrit la foule comme Moise les eaux de la mer rouge. Klara et Anna étaient probablement les seules protagonistes en vigie à ne pas l’avoir remarqué, et les raisons qui le retenaient de se manifester lui paraissaient maintenant bien risibles. Akilina et les anciens, l’état-major, les brahmanes en chef, s’ils existaient, tous connaissaient la nature du lien qui l’unissait à la chirurgienne. Peut-être même l’avaient-ils su avant eux. Mais ce qui le liait aux deux Rouges n’appartenait qu’à lui seul.

La clarté de l’angélite, médium du ciel ternis par l’hivers nucléaire, et la blondeur des champs de blés qu’il ne connaitrait jamais. Il arrivait face à Klara, sa tête surplombant le niveau des crânes et des chapeaux, et son ombre enveloppa la ténébreuse Anna, s’étirant sur la table, jusqu’à recouvrir le visage blond qui lui tenait face. Les projecteurs diffusaient une lumière jaune-orangée, simulant une fin de journée. Pour entretenir la contradiction, et provoquer le faux pas, l’erreur. Car cette femme est un poison, répondit-il mentalement, après avoir complété les bribes de conversation glanée. Il passa l’avant-bras dans le dos d’Anna et le velours noir rutila sous la pression de la caresse. L’autre main s’était nonchalamment élevée au niveau de sa figure, prête à se refermer sur le fin poignet prompt aux réflexes. Anna s’attendait à sa venue mais il n’aurait pas parié là-dessus. Elle était suffisamment nerveuse et alerte pour lui coller une tarte par pur instinct défensif. Or, Klara devait saisir sans délai la nature de leur relation, et ne pas semer d’insinuation. D’ailleurs, il était lui-même incapable de qualifier le courant qui crépitait à proximité d’Airat, mutante mise à part. Une tension sexuelle qui avait fait sauter leurs fusibles. Mais encore. L’entrevue lui paraissait lointaine et irréelle, en animation suspendue. Une rencontre qui appartenait au domaine de la terreur et du sublime, avec les cynanthropes et l’Alpha, au fin fond d’une cavité matricielle disparue ou dans la demeure des morts. Dmitri, Yuriy, Marko.

En cet instant, Alexandre était entièrement magnétisé par la présence de l’amante. L’amie d’enfance, la sœur, la femme, la partenaire, et nul doute ne pouvait subsister quant aux sentiments éprouvés. Il l’aimait, c’était un fait. Tandis qu’il scannait les environs, il effleura du menton la chevelure de jais. « Hey, » souffla-t-il à son attention, avant de darder l’angélite en vis-à-vis d’un regard ferme. L’ambre de ses prunelles, adamantine, contrastait avec le timbre vibrant et amical de sa voix, sourire généreux en prime. « Bonjour, Klara. » Il n’enlaçait pas la brahmane, le geste ayant été rapide, mais il restait derrière elle en amassant la chaleur, la couvrant de moitié.
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le Lun 10 Sep - 11:44
Médecin-chirurgien

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Les yeux de la chirurgienne s’était arrondis sous la surprise qu’apportaient les propos de Klara. Elle cilla légèrement, déplaçant le poids de son corps d’un pied sur l’autre avant de poser une main sur la table qui se trouvait entre elles. Dans leur discussion, les deux jeunes femmes s’étaient progressivement déplacées vers celle-ci. Dans quelques instants, un serveur ne tarderait pas à les approcher pour prendre commande. Si Anna avait bien eu en tête de partager un verre, ce n’était pas avec l’infirmière de la Ligne Rouge mais elle saurait s’en accommoder ; d’autant que cette dernière ne cessait de lui apporter des informations précieuses. Les mâchoires d’Anna s’étaient crispées sous le coup de la tension, creusant sensiblement ses joues trop émaciées à son goût. Les derniers mois n’avaient pas été tendres avec elle et la jeune femme avait vu sa santé décliner plus rapidement qu’escomptée. Le sommeil et l’appétit la fuyaient tandis que les sources de tension s’accumulaient. Elle ne pouvait continuer de progresser ainsi, viendrait fatalement le point de rupture.

Les noms et les liens évoqués n’avaient pas échappé pour autant à la chirurgienne. Rapidement, les informations s’imbriquaient et trouvaient sens. D’autres questions s’élevaient qu’elle rangeait soigneusement. Il lui semblait avoir mis inconsciemment les pieds dans une affaire qu’elle n’aurait jamais soupçonnée. Franche, sans aucun doute ignorantes de tous les enjeux, Klara s’ouvrait à elle et Anna ne se sentait pas le cœur de lui dissimuler ce qu’elle savait elle-même. Elle eut un sourire sans joie avant de secouer doucement la tête.

- S’il y a un seul instinct maternel dans cette histoire, c’est le fait de ramener sa progéniture dans son giron. La mise à prix ne réclame pas sa tête mais son retour à Polis pour qu’il soit jugé pour ses actes. La raison officielle en tout cas, dès que l’on parle d’Akilina, il faut envisager plusieurs strates d’intentions.

Ses sourcils s’étaient progressivement rapprochés. Elle était visiblement contrariée par ce qu’elle apprenait à Klara. La Brahmane n’en resta pas là pour autant, elle enchaînait aussitôt sur le sujet d’Alexandre.

- Tu connais donc le Lieutenant Prokorenkho ? Et tu dis qu’il était avec Airat ?

Elle avait posé les questions sur le ton de la conversation mais sans cacher sa perplexité. En y réfléchissant, il n’était pas curieux que les deux hommes se connaissent. Ils avaient évolué tous deux dans les mêmes sphères d’amitié lors de leur passé. Après tout, leur enfance s’était regroupée autour d’un noyau commun : les Volkovar, Airat, Irina et Alexandre. En revanche, Stena ne lui avait jamais touché un mot sur Airat depuis que ce dernier s’était enfui de la cité des lumières. Irina non plus. Il faudrait qu’Anna ait une conversation avec ces deux-là à ce sujet précis. Airat avait aussi été son ami par le passé, rival dans la conquête de l’amitié d’Irina mais ami tout de même.

Anna n’eut cependant pas le loisir de profiter de la réponse de l’infirmière communiste. Une ombre s’était faufilée dans son dos, accrochant le regard de Klara et l’avertissant indirectement de ce qui se profilait derrière elle. La chirurgienne ne sut pas vraiment ce qu’elle ressentit en premier entre le poids du corps qui se courbait au-dessus d’elle, la chaleur qu’il dégageait ou même la main qui se glissait contre le velours de la cape et frôlait ses reins. Bien peu de personnes se risqueraient à une telle approche. Aucun inconnu, même animé des plus stupides intentions, n’oserait ainsi toucher une Brahmane dans sa tenue officielle. Irina ne faisait vraisemblablement pas dans la discrétion, Andrei n’irait jamais la frôler de cette manière et Nikolaï avait été suffisamment refroidi pour tenter l’expérience. Et si l’on en jugeait par la taille du spécimen qui était venu se coller dans son dos, le choix se resserrait drastiquement. Ainsi, la jeune femme n’émit pas le moindre geste, sinon un frisson qui vint rapprocher imperceptiblement le bras dans son dos. Son corps répondait d’instinct, se conformant aux déductions de l’esprit. Puis vint la voix, basse et sourde, qui confirmait le tout et saluait nonchalamment Klara.

Nouvelle crispation de mâchoires, la Brahmane s’efforçait de ne rien montrer de son trouble mais elle sentait déjà le sang remonter le long de son cou. Elle jeta quelques regards autour d’elle sans esquisser le moindre mouvement de tête. Ce n’était pas seulement une impression. Alexandre était trop proche, trop familier. Si la jeune femme ne cherchait plus vraiment à cultiver le secret autour de leur relation, elle n’appréciait pas pour autant les attitudes possessives en public. Il lui semblait avoir été claire depuis l’incident Nikolaï. Où voulait donc t’il en venir en agissant ainsi ? Quelque chose se tramait entre lui et Klara qu’elle ne pouvait ignorer. L’ombre dans le regard de l’infirmière, indépendante de celle que projetait le Lieutenant, ne pouvait pas non plus la tromper. Anna venait décidément de mettre les pieds dans une affaire qui ne devait pas la concerner.

- On parlait de toi justement, fit-elle d’une voix blanche, encore déstabilisée par l’entrée en scène du Ksatriya.



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