Avez-vous croisé mon rat ?
Klara Savinkova
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Soldat-infirmier
le Dim 19 Aoû - 4:55

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Age :: 25 ans
Patronyme :: Matveïeva
Surnom :: Klara
Nous avions fait beaucoup de chemin depuis la ligne rouge. Je ne me rappelais pas que la route ait été si longue en présence d’Airat, lors de notre voyage en duo jusqu’à Polis. Mais en présence de cinq soldats de la Ligne rouge, armés et marchant prudemment, nous prenions forcément plus de temps dans chacune de nos manœuvres pour sécuriser les six membres de notre groupe. J’avais accepté de rejoindre ce groupe pour faire les soins médicaux en lien avec leur destination. Visant Polis à plusieurs jours de marche, je désirais y aller depuis déjà deux semaines et n’osait tenter la route seule. Et avec raison vu le nombre de dangers dans les sombres tunnels humides.

Pourquoi vouloir aller à Polis? Pour trouver Airat tout simplement. Je n’avais vu le colporteur depuis un certain temps déjà et je m’inquiétais grandement de son état. Ses faiblesses et sa fatigue étaient de plus en plus significatives, comme si un mal le rongeait et je n’arrivais à identifier la maladie qui aggravait son état. La dernière fois que nous avions été ensemble était à Polis et sur le chemin de retour vers la Ligne rouge. Il avait démontré de l’intérêt envers un certain lieutenant et s’était même absenté pour se retrouver seul avec lui. Je n’étais pas aveugle, oui il y avait une question d’affaires, mais le rouge en pinçait pour le bleu, même la cécité n’aurait pu m’empêcher de constater ceci. J’osais donc espérer que cet Alexandre pourrait m’indiquer où se cachait le rat du métro depuis deux semaines.

Une fois arrivé à la cité de la lumière, le sergent de notre opération indiquait la raison de notre présence et nous recevions l’autorisation pour rester quelques heures avant de continuer notre route. Question de formalité, notre équipement était fouillé et nous avions laissé nos armes dans un poste de commandement, surveillé par des soldats. Je grognais toujours autant à l’idée de me séparer de ma Kalash, mais comprenais aisément l’objectif de cette procédure. Éviter des attaques terroristes dans le territoire de Polis. Assurer la sécurité des citoyens aux frontières de la station et maintenir un niveau de sécurité civile élevé en assurant un contrôle des armes à l’entrée.

Notre sergent nous avait autorisé une courte pause de quelques heures avant de reprendre la route et j’en avais profité pour boire et manger un bon coup. Manger un bon repas chaud et bien meilleur que ce qu’on peut avaler sur la route entre deux attaques de mutants ou bandit. Une fois mes besoins primaires comblés, je me lançais alors à la recherche du lieutenant du Bastion Vympel. De ce géant à l’air sympathique qui devait faire mouiller toutes les filles de Polis avec son petit sourire charmeur. Je ne le trouvais évidemment pas, ce qui me créait une certaine frustration, alors que mon inquiétude pour Airat grandissait jour après jour. Je croyais alors reconnaître au loin une jeune femme. Chevelure brune, courte et mince. Deux yeux qui ne s’oublient pas, glacés jusqu’à toucher votre âme par leur force de caractère. Une fois près de cette femme à l’allure presque intimidante avec la confiance qu’elle dégageait, je soufflais d’un ton des plus doux,

-Bonjour! Vous allez bien? J’ai malheureusement oublié votre nom, mais je crois vous avoir vu au VAR lorsqu’il y a eu l’épidémie.


La politesse était importante, surtout lorsqu’on désire obtenir des informations. Lui demander directement ‘’ Avez-vous vu Airat ou Alexandre ‘’ aurait été bien trop directe en début de conversation. Mais mes questions allaient venir lorsque l'opportunité se présenterait.
Anna Volkovar
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Médecin-chirurgien
le Lun 20 Aoû - 9:25
Médecin-chirurgien

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Age :: 28 ans
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Bras croisés sur la poitrine, dos appuyé contre une colonne en marbre antédiluvienne, Anna Volkovar attendait. Le regard fixe, perdu devant elle, elle observait la foule qui se formait au cœur du croisement le plus fréquenté de Polis. Filtrant les silhouettes, la jeune femme en recherchait une en particulier. Plus grande que la moyenne, clairement plus imposante également, la carrure d’Alexandre Prokorenkho ne pouvait passer inaperçu. Il était pourtant en retard et cela n’était clairement pas dans ses habitudes. La chirurgienne consulta d’un coup d’œil la grande horloge sur sa gauche. Stena lui avait donné rendez-vous à cet endroit précis et n’avait sans doute pas omis la foule qui s’y presserait. Soucieux du détail et de la discrétion, le Ksatriya n’avait pas même précisé de motif particulier pour cette rencontre. Mais ils n’avaient plus vraiment besoin de raisons pour se retrouver. L’ombre d’un sourire s’ourlait sur les lèvres de la jeune femme au moment même où une silhouette s’approchait d’elle. Elle cligna des yeux à deux reprises, tant pour dissiper la surprise que pour recentrer ses pensées. Ce n’était pas Stena. Petite taille, silhouette déliée et chevelure platine, Anna fouillait dans les méandres de sa mémoire et en extrayait les souvenirs adéquats.

- Klara Savinkova ! Je ne pensais pas te retrouver un jour ici, bienvenue dans la Cité des Lumières !

Si un doute s’était infiltré dans le regard de la jeune femme, il s’était aussitôt dissipé pour laisser place à un sourire chaleureux. Il était de commune mesure d’accueillir les connaissances avec distance et respect mais Anna Volkovar obéissait rarement aux standards de l’éthique. Se décollant du pilier sur lequel elle s’appuyait, elle fit deux pas en direction de la Rouge, lui saisit la main et la serra entre les siennes comme l’auraient fait deux amies de longue date. Ne prolongeant pas le contact à l’excès, elle s’écarta d’un léger mouvement et rétablit une distance plus raisonnable entre elles. Etait-ce un choc statique qu’elle avait ressenti au moment même où elle lui prenait la main ? Anna balaya le détail et poursuivit sur un ton enjoué qui démentait la teinte polaire de ses iris.

- Anna Nikitovna, j’officie à deux pas d’ici d’ailleurs. Alors, quel bon vent t’emmène ici ?

Par moments, la chirurgienne s’amusait à employer des expressions qui n’avaient plus lieu d’être. Combien d’êtres pouvaient encore se remémorer la sensation du vent s’infiltrant entre les cheveux et caressant le visage ? Nouveau clignement de paupière, la pensée disparut. Comme elle plongeait son regard dans celui de l’infirmière, elle sentit ressurgir les souvenirs qui les liaient. Elles s’étaient rencontrées quelques mois plus tôt, luttant toutes deux pour endiguer l’épidémie qui frappait V.A.R.. Elle avait bénéficié de son expérience pragmatique du terrain tandis qu’elle lui transmettait les connaissances grappillées au fil de ses études. Les deux jeunes femmes avaient beaucoup appris au cours de cette entente et, en dépit de la distance respectueuse qu’exigeait leurs différences, elles avaient fini par se lier d’amitié. Anna jeta un rapide coup d’œil par-dessus l’épaule de Klara sans parvenir à distinguer de silhouette familière. Visiblement, elle disposait d’un peu de temps pour discuter avec elle avant qu’Alexandre ne vienne la retrouver.



Klara Savinkova
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Soldat-infirmier
le Lun 3 Sep - 17:58

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Surnom :: Klara
Enfin un visage familier. Je souriais à la chirurgienne de Polis. Elle avait été une très bonne alliée lors de l'épidémie, tant pas ses connaissances que sa présence. Une femme formidable et professionnelle, lorsque nécessaire. Je me rappelais des quelques temps libres que nous avions eus pour discuter. Chaque fois bien agréable et plaisant. Changeant bien souvent le mal de place après une dure journée de travail. Aidant également lors de période de désespoir, alors que nous avions parfois l'impression que la maladie allait gagner sur l'homme. C'est avec un sourire enjoué que je l'entendais prononcer mon nom et que je lui serrais les mains. Il est toujours plaisant de revoir des anciennes connaissances. Toujours plaisant de prendre des nouvelles sur des personnes avec qui nous avions eu un bon contacte. Mais encore plus plaisant de constater à ce moment que les mutants n'avaient pas encore eu raison d'elle.

Je maudissais ma mauvaise mémoire lorsqu'elle me rappelait son nom et lui souriait avec amusement. Ouvrant un peu la bouche avec une lueur amusée, comme une personne qui vient de se rappeler d'un élément nécessitant peu de mémoire et qui se sent un peu gêné de l'avoir oublié. Anna Nikitova avait d'ailleurs été l'une des spécialistes durant l'épidémie. L'une des médecins avec le plus de connaissance sur le terrain, d'où sa valeur inestimable, alors qu'elle était souvent accompagnée et protégé. C'est durant l'épidémie d'ailleurs qu'on avait pu voir une grande différence dans les approches des départements médicales en fonction de leurs provenances. Chacun avait dû apprendre à soigner selon les moyens de leur faction. Polis avait été celle avec le plus de connaissance d'ailleurs.

-Merci ! C'est ma deuxième visite et je dois toujours reconnaître la beauté des lieux!


Remarquant qu'elle regardait par-dessus mon épaule, je ne pouvais m'empêcher de me retourner pour regarder à mon tour. Réflexe de survie et purement militaire, alors que je guettais un possible danger pour ma personne. Rien en vue visiblement... Retournant mon regard vers la chirurgienne, je rajoutais aussitôt avec un petit sourire en coin,

-J'accompagne un groupe de soldat pour une mission... Je ne peux malheureusement en nommer la raison, pour respecter la confidentialité...


Je prenais une petite pause. Pensive, je me demandais aussitôt comment aborder la réelle raison de ma présence en ces lieux. Comment poser la question qui hantait mon esprit depuis plusieurs semaines. Relevant mon regard vers le bleu glacial de la Volkovar, je retrouvais confiance en elle et décidait d'utiliser une approche directe. Toussant un coup, je rajoutais en regardant vers le groupe de soldat de la ligne rouge non loin, derrière en train de boire de l'eau de vie,

-En fait, je voulais revenir à Polis. Je cherche quelqu'un. Je cherche Airat Ivanovitch pour être plus exacte. La dernière fois que je l'ai vu, nous étions venus à Polis juste nous deux, pour y rencontrer un géant fort sympathique, afin de faire une commission je crois... Tu sais, les trucs de Colporteur...

Mon visage prenait alors un air inquiet, alors qu'une lueur douce traversait mon regard. Parfois le Colporteur peut quitter les stations pendant plusieurs jours, mais je ne l'avais pas vu depuis plus de deux semaines, où mon inquiétude a son égard.

-Tu ne l'aurais pas vu dans le coin par hasard? Il est grand, cheveux bruns et yeux bleus...
Alexandre Prokhorenko
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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Lun 3 Sep - 18:56

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Smolenskaya, fin de matinée

Un colosse planqué derrière les colonnades, pilleur sacrilège tapis en son propre temple, telle n’était pas l’image que se faisaient les citoyens lettrés de la Marbrée qui apercevaient le lieutenant armuré. Au contraire, voilà maintenant plus de dix minutes que celui-ci rodait autour de l’élégante allée avec plus ou moins de furtivité, fusil abaissé en position règlementaire, non loin des civils. Ne pas se faire voir des rouges qui, assoiffés, s’offraient une dégustation du savoir-faire de la grande Cité Lumière. Ils surjouent l’ivresse, songea-t-il, pour paraitre suffisamment inoffensifs. Mais surtout, ne pas se faire voir de la blonde Klara, infirmière soldat qui, luciole noyée dans la foule, musardait tout droit jusqu’à la brune Anna, chirurgienne brahmane. Mauvais timing, avait-il pensé lorsque Leo ‘Frier’ était venu le trouver au sortir d’une galerie pour lui annoncer le passage de cinq rouges, dont une certaine Klara Savinkova, listée parmi les personnes d’intérêts officieuses du Bastion Vympel. Si la majorité du bataillon connaissait Airat Ivanovitch et n’avait besoin de plus amples détails, la blonde Klara avait eu pour eux, l’attrait et l’étrangeté de la nouveauté.

Les rumeurs grivoises ne s’étaient pas élevées. Tous savaient ce qu’encourait celui qui oserait railler ou moquer le dévouement de Prokhorenko à la Volkovar. Il lui était fidèle « comme un Kshatriya à la loi de Polis, avec ferveur et loyauté. » Ceux qui le connaissaient un peu mieux, et plus fins psychologues, les observaient de loin en se goinfrant de pop-corn de maïs transgénique issu des fermes hydroponiques, dernier luxe culinaire en vogue à la Cité Lumière. Pourtant, les motifs qui poussèrent le lieutenant à surveiller les déplacements de l’infirmière-soldat n’étaient pas sans légitimité : que la sorcière s’intéresse à Rouge-Neige n’annonçait rien de bon pour cette dernière. Avec un biais d’expérience, Alexandre rapportait naturellement l’intérêt subit d’Akilina Ivanovna pour Klara Matveïeva à la relation qu’elle entretenait avec son fils. En gardant un œil sur Klara, il savait dans quelle direction regardaient les nervis de la brahmane. Et ce faisant, il protégeait également Anna, que la marâtre ne portait pas en son cœur, craignant le détrônement. Mais que ces deux-là se rencontrent ne lui plaisait guère, pour toutes les raisons du monde, et sa récente rencontre avec Airat n’étant pas la dernière.

Le pire était encore à venir et le rebondissement tardait. Rien n’allait plus depuis le surgissement de la Créature, ses repères en avaient été plus surement renversés que l’ontologie Hégélienne par le matérialisme dialectique de Marx et de Lénine. Il y avait au sein même de Polis, au Conseil et à l’Etat-major, des puissances de l’ombre, des pouvoirs dans le pouvoir qu’il ne pouvait plus ignorer. Il en avait trop vu pour ne pas se soumettre à l’irrésistible attraction du savoir qui, en retour, déviait son attention de la connaissance intérieure à laquelle l’encourageait si souvent Diogène. Anna était devenue son socle, Oksanna son bras droit jusqu’aux vertèbres, l’aidant à tenir la cohésion du bataillon pendant le mois de confusion qui suivit la fatidique mission. Il appuyait ses incertitudes sur la force de caractère de ces deux femmes, et en ressortait un peu plus conforme encore au parangon du protecteur et sauveur de la Cité. Le guerrier qui, une fois tombé et déchu, ressuscitait dans la gloire, en accord cette fois aux mythes fondateurs de l’orthodoxie patriarcale. Une usurpation dont il avait relativement conscience. Mais il n’oubliait pas ses morts et disparus. Nul ne les oubliait.

Les citoyens ne s’inquiétaient pas, la cote de l’institution guerrière était au beau fixe. La présence kshatriya rassurait, ainsi en allait-il en dictature éclairée. Alexandre cessa de piétiner d’irrésolution derrière sa colonne et jeta un nouveau coup d’œil aux deux femmes. La moitié de son visage de bronze surgit derrière le marbre blanc. L’espace d’un instant, le regard d’ambre fossile se réchauffa et la figure peu amène rayonna d’un sourire involontaire. La pâleur d’albâtre du visage d’Anna, la clarté hyperboréenne de ses yeux, un morceau de ciel givré détonnant du velours noir qui enténébrait la silhouette svelte. Elle s’était faite couper les cheveux, très courts, remarqua-t-il en lui trouvant un air plus incisif et plus sauvage. Il appuya le front contre le marbre froid et poussa un profond soupir. Klara se retourna, et hormis des foulards et des chapeaux colorés, elle ne vit qu’une architecturale colonne là où avait chatoyé l’œil mordoré.

Il avait repoussé autant qu’il le pût le moment de mettre la brahmane dans la confidence de la condition du combat-médic, mais de nouveaux incidents se déclenchaient en dépit des heures de training volées au repos, dans la discrétion, à entrainer le soldat à gérer sa mutation. Hors de question pour lui d’en discuter aux quartiers Kshatriyas, ni au cabinet médical. D’ailleurs, le sentiment de paranoïa résultant du traitement particulier dont ils furent l’objet, par leur rencontre du troisième type, ne l’avait plus quitté. Enfin, il ne louperait aucune occasion de la voir, ne serait-ce que cinq minutes, en dehors de leur fief respectif et sans que ne plane sur leur tête l’ombre des aînés et des esprits machiavéliques de la Cité. Et s’il l’embarquait sur le champ, la soulevant d’un bras passé à la taille, la flanquant d’un soudain sur son épaule ? Elle lui crèverait probablement les yeux, au mieux, elle le crèverait, au pire. Et l’on retrouverait une culotte de soie neuve dans sa poche. Glorieux. Il secoua brièvement la tête, s’exhortant à rester focalisé.
A nouveau, il inspecta les environs, identifiant les positions de corps des passants et des statiques, à la recherche d’observants indéfinis, à la recherche d’une anomalie, d’agents d’Akilina Ivanovna, voire d’Ivanovna elle-même.
Anna Volkovar
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le Mar 4 Sep - 14:39
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Le sourire de la chirurgienne n’avait pas perdu de sa chaleur lorsque la raison de la présence de Klara lui fut dévoilée. Elle inclina légèrement la tête tandis que la courbe de ses sourcils s’était davantage accentuée. Si les deux jeunes femmes avaient apprécié leur collaboration à V.A.R., elle ne pouvait oublier leurs origines et les intérêts de leur faction respective. Si Anna n’avait aucun problème de conscience avec le fait de partager une partie de ses connaissances médicales, il en allait autrement des tensions géopolitiques. Balayant adroitement le sujet, la jeune femme enchaînait sur un tout autre sujet. Cette fois-ci, le sourire d'Anna se figea d’un coup. Serrant les mains, sous sa cape, autour de la bandoulière de son sac, son regard échappa un instant à celui de son interlocutrice.

- Le rejeton de la vieille sorcière ? répondit-elle sans cacher sa surprise.

Elle passa une main devant ses yeux, puis, machinalement sur son front. Seulement, cette fois-ci, il n’y avait pas de cheveux à repousser en arrière. Elle secoua la tête avec un sourire et passa la main dans sa nuque comme elle avait vu Alexandre le faire un bon nombre de foi dès qu’il se trouvait prit à défaut. A partir de quel stade dans une relation finissait-on par prendre les habitudes de l’autre ? La brahmane chassa la question et tira sur les pans de sa cape. Elle détestait le vêtement, le trouvait lourd et encombrant en plus d’attirer considérablement le regard. Seul détail qu’elle appréciait dans celui-ci était sa teinte, d’un noir profond aux nuances multiples, qui lui conférait un teint plus pâle encore. Anna portait la cape, symbole de sa caste, occasionnellement. Elle s’en débarrassait la plupart du temps lorsqu’elle circulait dans Polis et la laissait dans son bureau, pendue à l’unique crochet de celui-ci. Mais, quelques heures plus tôt, elle quittait la cité des Lumières pour les stations commerçantes de la Hanse et en était revenue avec ses précieux achats. Et, en chemin, elle aurait dû rencontrer le lieutenant en charge de la section Vympel, fortuitement bien sûr. En lieu et place, elle engageait la conversation avec une connaissance communiste qui lui jetait le nom de quelques fantômes du passé.

- Je me souviens, oui, fit-elle gravement, mais cela fait une paire d’années que je ne l’ai pas vu. Il s’est enfui de Polis après…l’incident avec la vieille sorcière.

Cette fois-ci, elle avait instillé tout le bien qu’elle vouait au personnage. Conseillère Brahmane et scientifique renommée des anciens temps, elle demeurait une femme difficile à cerner et au caractère relativement exécrable. Anna l’avait toujours trouvée fausse et à juste titre. Quant à dire que les deux femmes s’appréciaient, c’était manquer de discernement. Leurs échanges avaient toujours été courtois mais d’une froideur extrême. La chirurgienne ne se souvenait pas s’être autant méfiée d’un personnage dès les premiers échanges. Akilina était crainte et respectée et, à la manière des commissaires politiques de la Ligne Rouge, il valait mieux ne pas en attirer l’attention. Anna inspira profondément, laissant s’atténuer le fiel que le nom avait évoqué.

- Je ne savais pas qu’il était colporteur maintenant…pour la Ligne Rouge, j’imagine ?

L’idée tira une pensée amère à la jeune femme, songeant au caractère qu’elle connaissait du rejeton Ivanov. S’il y avait bien une chose qu’elle ne lui reconnaissait pas, c’était le sens du partage et du devoir. A l’instar de sa mère, Airat vivait avant tout pour lui et la satisfaction de ses propres intérêts. Le savoir passé du côté communiste était singulier. Tout homme avait droit de changer non ? Depuis son départ de Polis, Anna n’avait plus entendu parler de lui. Si sa condition de Brahmane lui donnait accès à beaucoup de privilèges, elle était esclave des informations qu’on lui rapportait de l’extérieur et devait se fier à ceux qui pouvaient sortir librement de la cité de Lumières. D’Airat Ivanovitch, elle n’avait donc rien entendu filtrer, classant le sujet sans suite. Une pensée s’infiltra dans l’esprit de la jeune femme, se pouvait-il qu’Irina ait su quoi que ce soit et ait décidé de le lui cacher ? Ou même d’autres connaissances communes qui auraient pu garder l’information ? La jeune femme soupira, peu inspirée à l’idée de chercher parmi son entourage ceux qui auraient pu savoir quoi que ce soit au sujet du fils d’Akilina.

- Et j’étais encore moins au courant qu’il avait remis les pieds ici. C’est de l’inconscience !

Elle fronça les sourcils, le regard rivé dans celui de Klara. Lorsqu’elle reprit, elle murmurait presque.

- Il devait avoir sacrément bonne raison de venir avec toi jusqu’ici. Tu savais qu’il est recherché ? Que sa tête est mise à prix ?



Klara Savinkova
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le Dim 9 Sep - 3:47

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Déjà par son air surpris, je savais qu'elle ne l'avait pas vu. Anna est comme un livre ouvert, j'avais appris à la connaître ainsi, alors qu'elle ne cherchait pas à cacher ses pensées ni son opinion lorsque nécessaire. C'est ce qui lui avait d'ailleurs valu autant de bons commentaires au VAR. Son professionnalisme et sa franchise sans égale. Elle était une perle en tant que collègue de travail, alors qu'on savait exactement à quoi s'en tenir avec elle. Elle me le démontrait une fois de plus avec l'expression utilisée à l'égard de la mère du rouge. Vieille sorcière... Elle m'avait pour ma part inspiré pitié, avec son histoire de maltraitance par son propre fils lorsque je l'avais croisé à Polis. Manipulation? Jamais je n'avais pu valider sa version de l'histoire réellement, alors je devais être bien naïve de lui laisser encore le bénéfice du doute.

Elle me résumait la mésaventure d'Airat lorsqu'il avait dû quitter Polis, mais je remarquais alors que je lui apportais même de nouveaux éléments quant à la situation du rouge. Elle ne savait pas qu'il était colporteur et ne l'avait vu depuis sa fugue de la cité de la lumière. Voilà que cela me confirmait d'emblée qu'elle ne l'avait pas vu dans les parages. Je retenais un léger grognement de frustration, alors que mon inquiétude augmentait mon impatience de le retrouver. Depuis la dernière visite, depuis sa rencontre avec Alexandre et ma discussion avec sa mère, le colporteur n'était plus le même. Il était beaucoup plus nerveux et tendu, même plus que lorsqu'un gros rat l'avait mordu au cou et qu'il avait cru que cela s'infecterait... Et il avait raison d'une façon, les risques avaient été grands, mais il était venu me voir avant que cela ne s'enligne vers cette direction heureusement.

-J'en déduis donc que tu ne l'as pas vu dans les environs...


Sa tête, mise à prix? Je haussais les sourcils avec surprise et ne fuyait le regard de la Brahmane. Je lui montrais mon étonnement à ce niveau. Airat ne m'avait rien dit de tel et sa mère même... Akilima je crois... Je ne me rappelais plus trop... M'avait demandé de passer ses salutations à son fils, elle aurait alerté les soldats de Polis à ce moment-ci s'était réellement le cas lors de notre brève rencontre, non? Peut-être avait-elle pardonné à son fils après toutes ces années d'exile, dirigé par l'instinct maternel? Tellement d'enjeux psychosociaux et de possibilité dans cette dynamique familiale conflictuelle entre la mère et le fils. Je lui montrais mon incompréhension, avant de froncer les sourcils,

-C'est à n'y rien comprendre... Sa tête mise à prix? Je ne savais pas...

Regardant mes camarades boire un peu plus loin les spécialités de Polis, je prenais quelques secondes pour réfléchir, avant de rajouter en retournant mon regard sur la brune. Je décidais de lui exposer la raison de mon incompréhension, après tout, la chirurgienne est une femme de confiance. Je baissais toutefois le ton lors de mon explication, de façon à garder le tout discret,

- J'ai croisé Akilima je crois? Non... Akilina Fedorovna... Oui c'est ça son nom! La mère de Airat lors de notre cour passage. Il est parti quelques minutes avec Alexandre, un géant à l'allure fort sympathique. Elle m'a abordée durant ce temps et m'a demandé de passer ses bonjours à Airat.

Je prenais quelques secondes de silence, avant de rajouter,

-Je me rappelle encore exactement des mots utilisés « Dites à Airat qu’il n’a plus rien à craindre de moi, je ne peux le lui dire moi-même. »

Pensive, je regardais le bleu glacial des yeux de la jeune femme. Un teint perforant, mais rassurant à la fois.

-Pourquoi sa tête serait encore mise à prix avec de tels mots? Peut-être que son instinct maternel a repris le dessus et qu'elle regrette?

Naïve? Oui je le suis extrêmement... Mais j'aime croire au potentiel de chacun, j'aime penser que nous pouvons tout apprendre et comprendre de nos erreurs. Devenir de meilleurs individus et affronter à l'unisson les défis du Metro au lieu de se séparer entre groupes. Pour la survie de la race humaine et du bien commun.
Airat Ivanov
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Colporteur
le Dim 9 Sep - 10:49

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Pendant ce temps, à la Paveletskaya...

... Ça mangeait du champignon



Airat poussa avec lassitude un champignon dans son assiette. Son exile loin de la LR lui coûtait en force comme en cartouches. Et à la Hanse il ne se sentait pas mieux qu'à la LR. L'ombre des commissaires était remplacé par celle des autorités. Et même s'il se présentait dans les stations comme un colporteur de la VAR, aux postes de gardes, les regards haineux et les menaces ne manquaient jamais. Enfin bon, ils innovent dans leurs insultes, c'est déjà ça. Après « petit pédé », on passe à « bolchévik anarchiste ». J'suis sûr qu'à leurs yeux, c'est mélioratif.
Le plus dure, c'était de ne pas avoir une épaule sur laquelle s'appuyer.  Il s'en rendait maintenant compte, mais Klara avait joué un rôle de canalisateur sur lui. Elle avait même plus servit de psy et de coffres à secret que d'ami. En soit, il avait repris le modèle de fonctionnement de sa mère, qui voyait toujours la fonction derrière l'humain. Lui avait seulement tentait de recouvrir le tout derrière de l'affecte.Et pour ça, Airat se maudissait. Surtout quand il repensait à la dernière fois qu'il l'avait vu.

/La tension dans ses épaules diminua lentement. Il en faudrait plus pour qu' Airat soit parfaitement serein, si c'était seulement encore possible. Mais le regard du Lieutenant lui fit un bien fou ; peut-être plus que leur séance d'exorcisme sous l'arche, qui elle lui rajoutait un handicap de poids, perdu et logiquement retrouvé à Polis : Sa libido.
Si le rouge venait de faire le grand seau, Alex avait été à son poste pour le rattraper. Contrairement à d'autre qui avaient très facilement démissionné : Sa mère, fasse à des désirs que ses équations n’expliquaient pas ; Un vieux colporteur de la VAR, fasse à un groupe de Nosalis.
Airat sentit quelque chose l'étouffer, presque le faire suffoquer. Quelque chose qu'il n'était plus habitué à ressentir, et encore moins à exprimer. De la reconnaissance. Pas envers un amant l'ayant embrassé, lui rendant quelque chose qu'il n'avait plus goûté depuis dix ans. Mais pour un homme, un humain qui -il était obligé de le reconnaître- ne l'avait encore jamais trahis, et s'évertuait à répondre pacifiquement à son agressivité. Il avait finit par l’intégrer : Alexandre Prokhorenko était son allié. C'était déjà un avancement, mais tout cela restait à l'état de pensées, de mot mental. Et Airat était bien placé pour savoir que Verba volant, scripta manent.Il avait compris, mais ne se sentait pas encore le courage de changer de comportement avec le militaire. Ce n'était pas aujourd'hui qu'Alex aurait le droit à la douceur dans laquelle Airat enveloppait Klara, pour s'excuser et corroborer sa théorie sur la nature pas si sombre de l'humain.

Le colporteur haussa un sourcil devant le visage fauve du géant, se crispant en sentant une immense main, endurcis pas le maniement des armes, se referment sur son épaule. Il fronça les sourcils pour lui même, se flagellant devant sa réaction. Ce n'était pas d'Alex dont il c'était méfié, mais de lui. Il préférer retrouver sa crispation habituelle qu'être trop détendu et ne pas pouvoir réprimer un sourire satisfait ou un soupire comblé.
La silhouette du lieutenant finissant de s’abattre sur lui désorganisa sa respiration. Ses cerveaux droit et gauche étaient plongé dans une parfaite alliance. L'un alimentant son imagination de toutes les possibilités qu’offrirait son prochain geste, l'autre les triant, redonnant un peu de cohérence à l'esprit du colporteur. Le rouge saisit Alex au bras, évitant à tout prix son regard.
Il hocha lentement la tête à l'ordre du lieutenant, rajoutant d'une voix faible et hésitant, toujours grésillante comme la connexion entre lui et le reste de l'humanité était compliquée, éphémère et prête à prendre fin à chaque secondes.

« - Et toi attention à ce que tu bouffes. C'est une vipère. Et si elle ne veut pas qu'on remonte jusqu'à elle, elle le pourra. Il y aura des soupçons, mais rien de concret. »

Une méfiance avec ses repas ne suffirait pas. Akilina pouvait déposer le poison n'importe où ; dans l'équipement du militaire ; sur la poignée de sa porte ; Entre les pages d'un dossier. Airat et elle avait ce point commun : Une imagination morbide. Le colporteur tenta de retenir Alex contre lui, lui opposant une infime résistance que seuls eux avaient sentit. Plus une manière d’exprimer au géant qu'il allait lui manquer qu'un réel déni devant la situation. Le rouge avait oublié cette partie de l'humanité: le rapport aux autres. Lui qui se voulait toujours impénétrable n'était plus si dérangé à l'idée que le soldat connaissait ses faiblesses. Il avait la sûreté que rien de ce qu'il laissé voir au lieutenant ne se retournerait un jour contre lui.
Un pas en arrière fut esquissé, assez pour qu'il puisse regard son vis-à-vis droit dans les yeux ; et tenter de lui faire comprendre que s'ils avaient été seuls, Airat lui aurait fait des adieux dignes de ce nom.

Au lieu de cela, il pu seulement le fixer quelques secondes, avant de se retourner sans un mot, posant une main sur l'omoplate de Klara.

Il ne répondit à la question de la soldate qu'une fois son AK récupérée et un regard noir lançait à Oksanna.
Un rire grinçant prit la gorge du colporteur, alors qu'il tournait la tête vers sa compagne, un sourire amusé -mais comme chacune de ses expressions, nostalgie et amer- sur les lèvres, traçant de profondes fossettes sur son menton.

« - Histoire d'éclairer ta lanterne sur celle que tu viens de griller, et sur sa progéniture unique : J'avais dix ans qu'elle organisait déjà des assassinas dans la Cité. Elle ne pouvait pas se permettre d'attaquer les plus hautes sphères, elle n'était pas encore assez influente. Mais dans le bas de l'échelle, ils ont savouré. Pour être franc, ça m'étonnerait à peine d'apprendre qu'elle ai tué deux ou trois inconnus uniquement pour teste la fiabilité de ses poisons.
A quatorze ans, elle a commencé à m'immuniser contre les poisons les plus courants, et crois-moi, y'a plus familiale qu'une mère te fixant froidement en attendant que tu gobes deux gouttes d'un poison qu'elle a fabriqué sous tes yeux. »

Airat marqua une pause, prenant une inspiration, s'agitant nerveuse.

« -Et elle est pas allée en s'améliorant. Pour résumer, le point culminant a été le jour  où elle a organisé le meurtre de mon... mon amant, mon mec, mon homme, comme tu veux. J'ai jamais su quel titre lui donner. Elle aurait pu être indulgente et faire ça proprement. Mais elle a préféré le faire tabasser à mort pat ses propres frère d'arme.
Quand à moi, j'ai pas non plus fait dans la dentelle. Elle était sûrement défigurée non ? Elle me doit sa balafre, tout comme la souffrance qu'elle doit ressentir aux genoux à chaque pas, si je m'y suis bien pris. »

Le rouge pencha la tête sur le côté, souriant à Klara autant que les souvenirs le lui permettaient.

« - Si tu devais distribuer les rôles suivant : Le monstre, l'ombre, et la fée entre nous deux et elle, tu donnerais quoi à qui ? »/


« - Et ! Double-face, bouge-toi, on y va. »

Le colporteur releva la tête vers un homme roux et barbu dans la quarantaine. Sa joue gauche porté une profonde cicatrice remontant vers sa tempe et continuant sur le côté de son crâne, là où les cheveux étaient militairement rasés. L'oreille du même côté était percé, et actuellement y pendant un anneau, que le rouge l'avait toujours vu enlever, dès le premier pas posé dans les tunnels. Nikolaï était un chasseur de prime trouble mais efficace, à la fois à son compte et à la solde de la Hanse. Et le fait qu'il prenne le risque de porter une quelconque breloque qui pourrait lui coûter une oreille intriguait le colporteur. Déjà qu'il lui manquait la main droite.

« -J'ai pas finit de manger. »

Le nargua Airat, portant sur lui un regard joueur. Le rat vérifiait son statue de prédateur depuis un peu plus d'une semaine. Jouant avec tout ce qui passait entre ses griffes. Les problèmes étaient arrivé quand au lieux d'une sourie il s'en était prit à un vieux matou des gouttières. Au vieux matou  il manquait une patte. Et lui était un chat errant, anciennement chaton de luxe, plus habitué à avoir ses ennemies en fourbes qu'en face. Mais il était assez fort pour aider le matou à marcher. Et devant tous les deux remonter à Prospect Mira, l'un pour contacter un certain groupe de siffleurs, l'autre pour se terrer au VAR en attendant un signe de vie en provenance de Polis, ils avaient fait équipe.
Et étrangement, les choses avaient collés entre eux. Ni l'un ni l'autre n'avait une grand opinion de leur congénère, ou même de leur espèce en général. L'un comme l'autre, leurs familles avaient éclatés, et ils n'avaient pas été tendres avec ses dernières. L'un comme l'autre ils portaient difficilement le poids d'un deuil qui aurait du être fait il y a des années.

« -Pousse-toi. »

Nikolaï lui arracha sa fourchette des mains, piquants rapidement les trois champignons restant pour les presser contre les lèvres du colporteur, le barbouillant et le piquant au passage. Airat referma maladroite ses dents sur la fourchette, grimaçant en surprenant des regards médusés ou  méprisant. Le chasseur ne portait aucun intérêt aux femmes. Mais pourtant, le colporteur ne l'avait jamais vu lancer autre chose d'un regard analytique à un homme. Il avait totalement saisit l'origine de cette asexualité latente. Lui aussi n'avait pas pu ou n'avait pas eu envie d'une partie de jambes pendant longtemps après la mort de Dima. C'était pareils pour Nikolaï, qui lui avait atteint semblait-il, le record de 15 années d'abstinence.

« -Putain, t'as l’instinct paternel envahissant ! »

Le visage du roux s’obscurcit.  Il laissa tomber la fourchette dans un bruit de couvert, prit une poignet de cartouche dans sa poche et les abattit froidement  sur la table avant de se lever, dépliant lentement son 1 mètre 87. Qui rappelait à Airat une silhouette encore plus imposante, devenue coutumière de ses rêves et pantin à son tour de la malédiction.

« -Tu demandera ça à ma fille. »

Le colporteur roula des yeux avant de se lever, attrapant son sac pour le hisser sur ses épaules. Du peu que lui avait dit Nikolaï, il s'était séparé de sa progéniture 5 ans plus tôt, suite à la perte de sa main. Et il remontait à Prospect Mira, justement pour retrouver la trace d'une gosse albinos ayant suivit les pas de son père dans la chasse à l'homme.



Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs
Il n'y a pas d'amour heureux
Mais c'est notre amour à tous les deux
- Il n'y a pas d'amour heureux, Aragon
Alexandre Prokhorenko
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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Dim 9 Sep - 14:23

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Age :: 32
Patronyme :: Nikitovitch
Surnom :: Stena
Un clignotement. Une illusion ? Allons, songea-t-il en cherchant l’agent fantôme du regard, le temps des symptômes est révolu. Adossé au marbre, il plissa les yeux et tira une salve de traits d’ambre sous les arcades du péristyle, là où il jurait avoir vu un individu au comportement suspect. Là. Un autre. Il sursauta et se retint tout juste de s’élancer hors de sa cachette, dans le champ de vision de son amante. La silhouette était longiligne, fine. Foutrement rapide. Inhumainement rapide ? Les surveillants n’étaient pour lui qu’une légende métroïde, confondue et mêlée à celle des observateurs, et qui n’entrait pas dans la ligne de ses raisonnements tactiques. Qui ou quoi que fussent ces espions, le lieutenant ne démordrait pas avoir perçu deux agents non identifiés au comportement détonant. Agents privés, nervis d’élite ? Bel oxymore. Il réalisa qu’il était incapable de se constituer une image mentale des vêtements qu’ils portaient, ni d’aucun point d’ancrage pour une identification future. Une impression, seule, somesthésique, qui l’avait alarmé en portant son attention aigue vers l’anomalie. Il était pourtant très calme, selon lui. Les décharges de neurohormones de stress ne se faisaient sentir guère plus qu’en trois occasions à son métabolisme sous pression continue. À savoir, la rencontre d’un Sombre, la rencontre d’un rival insistant tournant un peu trop près d’Anna, et l’idée de se retrouver seul avec Akilina Ivanovna.

Les soldats de l’unité 3 du Vympel, les drones, étaient en train de passer les stations jumelles au rayon de leur attention minutieuse. Les types les plus bizarres du bastion, d’après les dires de la section Recherche & Exploration. Mais les R&E et le Vympel entretenaient en temps de paix sociale relative, une émulation de rivalité. Les drones étaient des kshatriyas peu loquaces à l’oreille attentive, monomaniaques de l’ordre et de la loi, qui en d’autres temps auraient marqué un score élevé sur le spectre de l’autisme. A leur tête, un sergent et un starchina capables de ménager les tensions, et surtout, capables de shunter les parties de chasse en cas d’urgence en atténuant leurs frustrations, sans provoquer de mutinerie. Avaient-ils vu ? Pour sûr, ils avaient repéré leur lieutenant. Et leur lieutenant n’était pas censé se trouver sur la portion Sm-C2 en jour 3 du segment θ. D’un signe de menton au sergent, il indiqua que tout allait bien, puis entreprit de retirer le chargeur de sa kalash avant d’en replier la crosse et de la passer dans le dos.

Il inspira profondément et bascula autour de la magistrale colonne, opérant un périhélie. Sa focale balaya le visage de l’infirmière Rouge, y captant l’incrédulité et la contrariété avant qu’un groupe de civils en déplacement masque les deux femmes pour quelques secondes. Fiodor Diomedovitch traversa la grande arête commerciale pour les intercepter, aussi cordialement qu’un robot, et engagea un contrôle d’identité. Polis n’aimait pas les bandes et les mouvements groupés. Alexandre en profita pour quitter son poste d’observation et se rapprocha de la table, perdant toute discrétion dès qu’il s’éloigna de l’obscurité des alcôves. Son imposante stature armée et carapacée ouvrit la foule comme Moise les eaux de la mer rouge. Klara et Anna étaient probablement les seules protagonistes en vigie à ne pas l’avoir remarqué, et les raisons qui le retenaient de se manifester lui paraissaient maintenant bien risibles. Akilina et les anciens, l’état-major, les brahmanes en chef, s’ils existaient, tous connaissaient la nature du lien qui l’unissait à la chirurgienne. Peut-être même l’avaient-ils su avant eux. Mais ce qui le liait aux deux Rouges n’appartenait qu’à lui seul.

La clarté de l’angélite, médium du ciel ternis par l’hivers nucléaire, et la blondeur des champs de blés qu’il ne connaitrait jamais. Il arrivait face à Klara, sa tête surplombant le niveau des crânes et des chapeaux, et son ombre enveloppa la ténébreuse Anna, s’étirant sur la table, jusqu’à recouvrir le visage blond qui lui tenait face. Les projecteurs diffusaient une lumière jaune-orangée, simulant une fin de journée. Pour entretenir la contradiction, et provoquer le faux pas, l’erreur. Car cette femme est un poison, répondit-il mentalement, après avoir complété les bribes de conversation glanée. Il passa l’avant-bras dans le dos d’Anna et le velours noir rutila sous la pression de la caresse. L’autre main s’était nonchalamment élevée au niveau de sa figure, prête à se refermer sur le fin poignet prompt aux réflexes. Anna s’attendait à sa venue mais il n’aurait pas parié là-dessus. Elle était suffisamment nerveuse et alerte pour lui coller une tarte par pur instinct défensif. Or, Klara devait saisir sans délai la nature de leur relation, et ne pas semer d’insinuation. D’ailleurs, il était lui-même incapable de qualifier le courant qui crépitait à proximité d’Airat, mutante mise à part. Une tension sexuelle qui avait fait sauter leurs fusibles. Mais encore. L’entrevue lui paraissait lointaine et irréelle, en animation suspendue. Une rencontre qui appartenait au domaine de la terreur et du sublime, avec les cynanthropes et l’Alpha, au fin fond d’une cavité matricielle disparue ou dans la demeure des morts. Dmitri, Yuriy, Marko.

En cet instant, Alexandre était entièrement magnétisé par la présence de l’amante. L’amie d’enfance, la sœur, la femme, la partenaire, et nul doute ne pouvait subsister quant aux sentiments éprouvés. Il l’aimait, c’était un fait. Tandis qu’il scannait les environs, il effleura du menton la chevelure de jais. « Hey, » souffla-t-il à son attention, avant de darder l’angélite en vis-à-vis d’un regard ferme. L’ambre de ses prunelles, adamantine, contrastait avec le timbre vibrant et amical de sa voix, sourire généreux en prime. « Bonjour, Klara. » Il n’enlaçait pas la brahmane, le geste ayant été rapide, mais il restait derrière elle en amassant la chaleur, la couvrant de moitié.
Anna Volkovar
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Médecin-chirurgien
le Lun 10 Sep - 11:44
Médecin-chirurgien

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Age :: 28 ans
Patronyme :: Nikitovna
Surnom :: Anya
Les yeux de la chirurgienne s’était arrondis sous la surprise qu’apportaient les propos de Klara. Elle cilla légèrement, déplaçant le poids de son corps d’un pied sur l’autre avant de poser une main sur la table qui se trouvait entre elles. Dans leur discussion, les deux jeunes femmes s’étaient progressivement déplacées vers celle-ci. Dans quelques instants, un serveur ne tarderait pas à les approcher pour prendre commande. Si Anna avait bien eu en tête de partager un verre, ce n’était pas avec l’infirmière de la Ligne Rouge mais elle saurait s’en accommoder ; d’autant que cette dernière ne cessait de lui apporter des informations précieuses. Les mâchoires d’Anna s’étaient crispées sous le coup de la tension, creusant sensiblement ses joues trop émaciées à son goût. Les derniers mois n’avaient pas été tendres avec elle et la jeune femme avait vu sa santé décliner plus rapidement qu’escomptée. Le sommeil et l’appétit la fuyaient tandis que les sources de tension s’accumulaient. Elle ne pouvait continuer de progresser ainsi, viendrait fatalement le point de rupture.

Les noms et les liens évoqués n’avaient pas échappé pour autant à la chirurgienne. Rapidement, les informations s’imbriquaient et trouvaient sens. D’autres questions s’élevaient qu’elle rangeait soigneusement. Il lui semblait avoir mis inconsciemment les pieds dans une affaire qu’elle n’aurait jamais soupçonnée. Franche, sans aucun doute ignorantes de tous les enjeux, Klara s’ouvrait à elle et Anna ne se sentait pas le cœur de lui dissimuler ce qu’elle savait elle-même. Elle eut un sourire sans joie avant de secouer doucement la tête.

- S’il y a un seul instinct maternel dans cette histoire, c’est le fait de ramener sa progéniture dans son giron. La mise à prix ne réclame pas sa tête mais son retour à Polis pour qu’il soit jugé pour ses actes. La raison officielle en tout cas, dès que l’on parle d’Akilina, il faut envisager plusieurs strates d’intentions.

Ses sourcils s’étaient progressivement rapprochés. Elle était visiblement contrariée par ce qu’elle apprenait à Klara. La Brahmane n’en resta pas là pour autant, elle enchaînait aussitôt sur le sujet d’Alexandre.

- Tu connais donc le Lieutenant Prokorenkho ? Et tu dis qu’il était avec Airat ?

Elle avait posé les questions sur le ton de la conversation mais sans cacher sa perplexité. En y réfléchissant, il n’était pas curieux que les deux hommes se connaissent. Ils avaient évolué tous deux dans les mêmes sphères d’amitié lors de leur passé. Après tout, leur enfance s’était regroupée autour d’un noyau commun : les Volkovar, Airat, Irina et Alexandre. En revanche, Stena ne lui avait jamais touché un mot sur Airat depuis que ce dernier s’était enfui de la cité des lumières. Irina non plus. Il faudrait qu’Anna ait une conversation avec ces deux-là à ce sujet précis. Airat avait aussi été son ami par le passé, rival dans la conquête de l’amitié d’Irina mais ami tout de même.

Anna n’eut cependant pas le loisir de profiter de la réponse de l’infirmière communiste. Une ombre s’était faufilée dans son dos, accrochant le regard de Klara et l’avertissant indirectement de ce qui se profilait derrière elle. La chirurgienne ne sut pas vraiment ce qu’elle ressentit en premier entre le poids du corps qui se courbait au-dessus d’elle, la chaleur qu’il dégageait ou même la main qui se glissait contre le velours de la cape et frôlait ses reins. Bien peu de personnes se risqueraient à une telle approche. Aucun inconnu, même animé des plus stupides intentions, n’oserait ainsi toucher une Brahmane dans sa tenue officielle. Irina ne faisait vraisemblablement pas dans la discrétion, Andrei n’irait jamais la frôler de cette manière et Nikolaï avait été suffisamment refroidi pour tenter l’expérience. Et si l’on en jugeait par la taille du spécimen qui était venu se coller dans son dos, le choix se resserrait drastiquement. Ainsi, la jeune femme n’émit pas le moindre geste, sinon un frisson qui vint rapprocher imperceptiblement le bras dans son dos. Son corps répondait d’instinct, se conformant aux déductions de l’esprit. Puis vint la voix, basse et sourde, qui confirmait le tout et saluait nonchalamment Klara.

Nouvelle crispation de mâchoires, la Brahmane s’efforçait de ne rien montrer de son trouble mais elle sentait déjà le sang remonter le long de son cou. Elle jeta quelques regards autour d’elle sans esquisser le moindre mouvement de tête. Ce n’était pas seulement une impression. Alexandre était trop proche, trop familier. Si la jeune femme ne cherchait plus vraiment à cultiver le secret autour de leur relation, elle n’appréciait pas pour autant les attitudes possessives en public. Il lui semblait avoir été claire depuis l’incident Nikolaï. Où voulait donc t’il en venir en agissant ainsi ? Quelque chose se tramait entre lui et Klara qu’elle ne pouvait ignorer. L’ombre dans le regard de l’infirmière, indépendante de celle que projetait le Lieutenant, ne pouvait pas non plus la tromper. Anna venait décidément de mettre les pieds dans une affaire qui ne devait pas la concerner.

- On parlait de toi justement, fit-elle d’une voix blanche, encore déstabilisée par l’entrée en scène du Ksatriya.



Klara Savinkova
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Soldat-infirmier
le Dim 23 Sep - 3:52

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Age :: 25 ans
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Akilina était un sujet bien particulier. Je me rappelais encore clairement de ma conversation avec Airat sur le sujet. Empoisonner son enfant pour l'immuniser aux poisons était effectivement une méthode douteuse de démontrer son affection. Mais les anticorps ne se développent'-ils pas ainsi? Assassiner son amant aussi était une façon... Douteuse de protéger son enfant, mais reste que, cela était de mon humble point de vue, encore une façon de démontrer son affection. Une façon bien unique en son genre et peu adéquate sur le plan parentale, mais peut-être qu'elle ne savait pas comment aimer différemment. Reproduisant elle-même le coup de ceinture reçut dans sa propre jeunesse. Réplique de la propre éducation qu'elle avait reçue et qu'elle s'efforçait de transmettre à son fils pour sa survie dans ce monde détruit. Il ne faut pas oublier que l'homosexualité doit rester dans l'ombre, bien caché dans le garde-robe. En tuant son amant, elle avait protégé son fils des préjugés et réactions d'une certaine façon.

Le monstre, l'ombre et la fée... Lorsque Airat m'avait demandé de distribuer les rôles entre nous trois, je n'avais pas répondu sur le coup. Lui demandant de m'accorder un délai pour y réfléchir adéquatement et à tête reposer. Ma réponse était bien simple. Je n'en avais pas, car les rôles dépendent de la perspective d'autrui et changent selon l'avancement dans l'histoire. Un peu comme dans la vie, sur le plan social, nous évoluons dans nos rôles. Ami dans l'enfance, amant à l'âge adulte, parent et grand parent ensuite. Tous des rôles qui dépendent des histoires de chacun. Une personne pourra être mère à un moment de sa vie et ne plus l'être si sa progéniture est mangée par un Nosalis. Ceci fait parti de la dure réalité de la vie et malheureusement rien n'est acquis.

« Nous avons tous été un monstre, l'ombre et la fée à un moment de notre vie, Airat. Et ces rôles dépendant des perspectives d'autrui seront différents dans leur attribution. C'est une question piège que tu me poses là... »

Pour un enfant, nous pouvons être le pires des monstres si on ose briser leur ours en peluche... Alors que pour un soldat, cela sera bien banal. Tout dépend de la vision d'autrui et en société, cette question sera sans réponse. Puisque personne n'a la science infuse et donc, la bonne réponse. Le concept du bien et du mal étant trop abstrait. Perçus différemment également selon les factions, les rôles ne pourraient être distribués tant qu'il n'y aurait pas des définitions fixes à tous les êtres humains.

La question de la Brahmane me sortait de mes pensées. Secouant brièvement ma tête, je relevais mon regard vers la brune. Lui souriant doucement en reprenant le fils de la conversation, m'ayant laissé distraire par une bride passagère d'une conversation avec Airat dans le passé,

-Oui, je l'ai rencontré brièvement à vrai dire. Ils se sont parlé en privé et c'est à ce moment qu'Akilina est venu me parler.

En parlant du loup, voilà qu'il faisait son apparition. Je ne pouvais m'empêcher de froncer un peu les sourcils devant cette scène. Devant cette démonstration de mâle alpha, démontrant son territoire. Tournant mon regard d'Alexandre à Anna, je les dévisageais tour à tour, avant que le calcul ne se termine dans mon esprit. Ils étaient ensemble? Depuis quand? De ma mémoire... Airat avait bien eu un petit quelque chose pour le Lieutenant, mais je n'avais su réellement ce qui s'était dit lorsqu'ils avaient été en privé, mais je m'en doutais fortement... De par les réactions du rouge et ses comportements étranges face à l'homme. Retrouvant un petit sourire paisible, je croisais les bras sur ma poitrine,

-Bonjour Alexandre... J'espère que tu vas bien.

Amusé? Un peu quand même... C'était la deuxième fois que je le rencontrais, et il était dans les bras d'une autre personne? Bon je n'avais pas eu de preuve concrète avec Airat, mais le rouge n'avait pas pu me tromper dans ses réactions face au lieutenant. Je demandais aussitôt en penchant la tête sur le côté avec intérêt,

-Vous êtes ensemble? C'est mignon!


J'étais sincère dans mes mots toutefois, sans aucun sarcasme. J'étais bien heureuse que la chirurgienne ait pu trouver le bonheur.
Alexandre Prokhorenko
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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Lun 24 Sep - 16:33

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Age :: 32
Patronyme :: Nikitovitch
Surnom :: Stena
Dans l’art des signaux contradictoires, Alexandre était à la fois maître et ignorant. Mais il n’ignora ni le frisson qui se communiquait à lui, passant d’un vaisseau à l’autre comme s’ils n’étaient qu’un, ni l’âpreté qui lui écorcha les oreilles. La dernière fois qu’il entendit cette nuance dans la voix d’Anna, Jdanov était à côté de lui et tous deux faisaient face à la brahmane excédée.
« Beaucoup parlent, peu savent, » lâcha-t-il en réponse sans le moindre sarcasme, tandis qu’il s’écartait en prenant la tangente autour de la table. Ainsi, il pouvait surveiller l’ensemble du péristyle et les embouchures de circulation. Un nouveau sourire, aussi bref qu’hésitant à l’attention de l’infirmière, et il scannait déjà les environs du rayon intransigeant de son regard. A la droite d’Anna et sur la gauche de Klara, le kshatriya venait occuper un sacré pan d’espace. Son casque était solidement sanglé au harnais tactique, et le plastron carbone de son armure lui donnait des airs de golems rétro-futuriste. Matraque télescopique, dague, chargeur et panoplie complète ceinturait le bloc de sa taille, perdu sous l’armature des renforcements dorsaux contre lesquels reposait le fusil d’assaut. Une machine de guerre exemplaire de l’état militaire flanquant une émanation du clergé scientifique. Avaient-ils seulement idée de ce qu’ils incarnaient pour un regard étranger ? La Rouge n’aurait pu trouver meilleure allégorie de la Cité Lumière qu’en ses deux interlocuteurs.

La nuit de l’altercation avait été aussitôt suivie de l’épisode de crise du combat-médic, et des révélations corrélatives. D’un point de vue froidement mécanique, rationnel et technique, Alexandre avait enfin pu suturer le gouffre béant du doute et de la culpabilité : il n’avait pas mis ses hommes en danger par son choix de manœuvre stratégique. Nul n’était en faute mais le déclencheur de la séquence d’évènements qui mena à la mort de Marko avait été identifié pour être aussitôt mis au secret. La responsabilité officielle du lieutenant n’en était pas allégée. Mais si les morts et disparus ne pouvaient revenir, le soulagement du savoir le transforma. Il avait recouvré son assurance, son intégrité et ses certitudes, et les soldats étaient extrêmement sensibles aux comportements de leurs chefs. Aussi, Alexandre n’avait en tout et pour tout passé que quelques heures confuses en public à surfer sur la fonction d’onde, avant l’effondrement probabiliste. Daniil n’était pas plus responsable dans l’affaire, qu’il se trouvât dans le déni de sa condition synesthésique ou non. La mutation commençait à peine à se manifester, et le stress de la mission exceptionnelle avait agi en catalyseur sur ses nouvelles facultés incontrôlées.

Ce n’était pas tout. L’incident ridicule de la veillée funèbre - ou plutôt, de l’hommage alcoolisé rendu à leurs frères tombés - avait pris une importance disproportionnée dans son inconscient. Jdanov avait une dent contre lui depuis toujours, et les rumeurs de sa relation avec Anna n’avait fait qu’exacerber la haine qu’il lui vouait. L’altercation avait été brève, les coups avaient porté, le premier en public, le second en privé, et l’échange avait été succin. Mais le sergent était venu hanter ses nuits à de nombreuses reprises et les bras de fer oniriques insensés finissaient par le tirer du sommeil. Au réveil, les rémanences hypnagogiques vivaces le laissaient incrédule et énervé. Les galeries labyrinthiennes devant lesquelles il montait la garde en monstre terrible, Stena Minotaurien, empêchant la progression d’un Nikolai Théséen dans sa quête au sombre secret. La gêne qu’il éprouvait en croisant le regard d’axinite, lorsqu’au matin, il délivrait aux soldats les instructions du nouveau segment. L’impression que Jdanov savait, qu’il partageait ses rêves. Rescapé d’une violente attaque psionique et réceptacle occasionnel du vieux Diogène, Alexandre commençait à reconnaitre les relents d’intrusions psychiques, et tôt ou tard, il se déciderait à aller le coincer.

Pour l’instant, il devait calibrer son comportement en public, bien qu’il ne parût suspect qu’aux yeux des deux femmes. Venait-il d’endosser un rôle social qu’il n’aurait pas exprimé spontanément, et moins encore, avec recul ? Ou venait-il seulement de faire passer un message dans le but d’éviter de se retrouver en une fâcheuse position. Il gagnait simplement du temps. Ne serait-ce que quelques secondes pour se sortir d’une inconfortable situation. La farouche Artémisienne n’avait pas besoin d’une démonstration de sa protection, mais de sa discrétion. Et il avait été discret : le message était succinct et ciblé lorsque tout en lui, au mépris de toute convenance, le poussait au contact de son amante. Les interdits et la répression créaient de l’obsession, Alexandre était bien placé pour le savoir. Prendre la défense d’un kshatriya pédé ou renforcer l'homosocialité virile et loyale parmi ses gars était une chose, s’inclure dans le procès était une toute autre histoire. L’oppression n’était pas un concept vide de référent mais une réalité matérielle. La cohésion de son bataillon n’était possible que parce qu’il était lui-même un parangon irréprochable de la classe dominante. Mais il n’était pas assez gradé pour être un influenceur.

« Je vais bien mieux depuis que je ne vois plus Ivanovna aussi souvent, » répondit-il à brule pourpoint, pour ajouter avec ménagement : « Mais je n’ai pas eu de nouvelle de notre ami commun. » Il avait machinalement jeté un coup d’œil par-dessus l’épaule lorsqu’il eut terminé, avant d’étirer un sourire rapide qu’il voulut rassurant à l’attention d’Anna. Un ami commun signifiait tout et n’importe quoi. Une accointance, une connaissance, ou un ami. L’expression était vague par excellence. Il s'était inquiété à son sujet depuis que ses nouvelles informations de contact, lancées à l’assaut du Circuit, n'avaient généré aucun retour. Le colporteur aurait dû lui indiquer un lieu de rendez-vous vers Kievskaya ou Park Kultury.

Les drones s’étaient dispersés et allaient bientôt passer du côté de Plyushchikha, la station jumelle de La Marbrée. Stoïque, le lieutenant cédait soudain aux prises d’une myriade de routines d’observations et d’analyses sécuritaires, l’esprit délivré d'un rapprochement malvenu entre Airat et Anna. Il ne s’était jamais confronté à froid à la question. Le seul fait d’y songer avait de quoi le bouleverser et il naviguait déjà bien assez en eaux troubles, de Charybde en Scylla. Mieux valait qu’il ne le revoie pas. Airat était certainement parvenu à la même conclusion et c’était pourquoi il ne le recontactait pas. Ainsi, en l’espace d’une micro-seconde et d’un reniflement hautain, Alexandre résolvait deux mois de tourments.

Toujours en vigie, il remua des épaules, fit craquer une vertèbre puis se racla la gorge, l’intention d’annoncer son départ par galanterie ou par l'excuse du devoir. La question de Klara tomba comme un couperet. Son regard d’ambre, soudain liquide, éclaboussa l’infirmière sans ne rien laisser présager puis se fossilisa dans le bleu polaire. La réponse ne lui appartenait pas, bien qu’il eût déjà intérieurement répondu par l’affirmative, et sans avoir eu à se le formuler. Non, il n'avait aucune envie de mentir. Aussi, il préféra se taire et se contenter d’observer Anna, l’air indéchiffrable, marmoréen. Peut-être ne se sentait-elle au fond pas assez libre pour se permettre de se lier jusqu’à ce point. De fait, elle avait beaucoup plus à perdre que lui en officialisant une union. De brahmane à la réputation montante, elle deviendrait la femme du lieutenant et ses rivaux utiliseraient la dénomination de sa nouvelle domesticité comme un signe d’infériorité. Il inspira profondément, gonfla le poitrail en se rehaussant de toute sa stature, et retint son souffle, prêt à encaisser le coup.
Anna Volkovar
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le Lun 8 Oct - 17:16
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S’il ne s’était pas trouvé derrière elle, Anna aurait certainement décoché au Lieutenant Vympel un regard surpris. Elle ne s’était certainement pas attendue à une réponse de ce genre de la part d’Alexandre. Ce dernier fréquentait sans doute plus qu’elle ne le pensait Semyon, songea-t-elle non sans amusement. Elle avait eu vent de quelques altercations entre les deux hommes. Le tout relevait certainement d’un problème de sémantique. Comme Alexandre s’éloignait d’elle et venait se placer entre les deux jeunes femmes, Anna put se détendre légèrement. Elle réalisa avec retard que jusqu’ici elle retenait pratiquement sa respiration. Clignant lentement des paupières, elle rassembla ses pensées et chassa la tension qui s’étirait jusque dans ses épaules. De son côté, dominant la table et les deux jeunes femmes, le ksatriya avait repris une attitude martiale.

La chirurgienne suivit un instant l’objet des observations du soldat puis reporta son regard sur Klara non sans froncer des sourcils. L’ombre qu’il projetait sur elles la perturbait. Droit et inflexible tant dans sa tenue que dans sa position, Alexandre s’imposait en conquérant. La réponse qu’il fit à l’infirmière renforça son trouble. Il ne faisait aucun doute quant à l’ami commun dont il parlait. Glissant au passage un sourire qui se voulait rassurant à la jeune femme, cette dernière ne sut qu’y répondre. Elle plissa les lèvres sans vraiment chercher à dissimuler sa perplexité. Elle sentait le doute éroder progressivement son aplomb. Si jusqu’ici la Brahmane avait eu conscience de son ignorance, elle ne s’était jamais sentie aussi démunie face aux conditions inhérentes de sa caste. Elle n’avait jamais réalisé que le filtrage de son entourage pouvait également renforcer sa dépendance au sein de Polis.

Anna n’eut cependant pas l’occasion d’approfondir davantage le sujet. Si jusqu’ici elle avait eu l’impression d’évoluer en compagnie d’Alexandre sous l’ombre menaçante d’une lame, elle en sentit le tranchant filer le long de son échine. Les questions de Klara achevèrent les derniers remparts de la jeune femme. Ses yeux s’étaient arrondis sous le coup de la surprise. Un frisson avait parcouru les plis de sa cape tandis que ses mains se crispaient sur la bandoulière du sac qu’elle portait contre elle. Lèvres entrouvertes, le souffle coupé, elle jeta tour à tour un regard en direction de la Rouge et du ksatriya. Il était improbable qu’Alexandre ait parlé d’elle à Klara. Cette dernière devait donc avoir appuyé ses suppositions sur les dernières minutes de leur échange. Fronçant les sourcils, la chirurgienne rassemblait les derniers vestiges de son assurance avant de jeter un nouveau coup d’œil au ksatriya. Ce dernier s’était redressé, menton légèrement relevé tandis qu’il fixait un point droit devant lui en ignorant superbement les deux jeunes femmes. Rêvait-elle ou était-il bien en train de carrer les épaules et de gonfler la poitrine ? Atterrée, Anna reporta son attention sur l’infirmière en plissant les yeux.

Elle fut tentée un instant de piquer l’orgueil d’Alexandre mais retint de justesse la réplique qui lui venait et se contenta d’un sourire entendu tandis qu’elle haussait légèrement les épaules. Klara était suffisamment fine pour interpréter correctement le geste. Si elle avait bel et bien visé juste, l’information nécessitait cependant sa discrétion. En outre, elle évitait ainsi de donner la réponse que le soldat semblait attendre. Comme ce dernier finissait par se tourner vers elle, sans doute intrigué par son silence, elle lui offrit un sourire espiègle avant de reporter son regard sur leur invitée.

- On se connait surtout depuis longtemps, Stena et moi. La dernière fois qu’on s’était vue d’ailleurs, tu m’avais conseillée de me trouver un garde du corps personnel pour mes prochaines sorties alors je me suis dit qu’il ferait bien l’affaire. Qu’est-ce que tu en penses ? lança-t-elle à l’adresse de Klara en désignant le soldat du menton.



Klara Savinkova
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le Sam 27 Oct - 6:50

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Je constatais rapidement que Ivanovna n'était pas aimé d'Alexandre également. Les opinions dans Polis semblaient bien partagées au sujet de cette Brahmane. Car si tout le monde la détestait réellement, elle serait déjà morte... Non? On ne va pas se mentir, l'assassinat est une solution tout à fait viable et fréquemment utilisée dans le Métro. Où la loi du plus fort prime une fois hors des stations et de retour dans les tunnels humides et sombres, peuplés de mutant tous aussi sanguinaire les uns que les autres. Airat ne m'avait-il pas lui-même avoué une fois qu'il tuerait sa génitrice si il en avait l'occasion? Ce qui me faisait penser qu'il ne m'avait jamais réellement parlé de son père...

Ma légère déception quant à la réponse du soldat a ma question disparu bien rapidement. Oui, j'étais déçue et à la fois doublement inquiète d'apprendre que le lieutenant n'avait vu le rouge depuis notre dernière rencontre. Car Dieu sait qu'Airat aurait été chigner dans les bras celui-ci au besoin... La lueur dans son regard, ses réactions en voyant le géant... Le soldat de Polis faisait incontestablement de l'effet au colporteur et j'avais bien vu ô combien il lui faisait confiance de par son regard. Il aurait été normal que le jeune homme cherche protection auprès de son héros au besoin... Et peut-être que je m'en faisais trop... Que je me créais des scénarios tous aussi loufoques et faux...Mais il y a bien une chose qui ne m'avait pas échappé.

J'observais le mâle qui avait figé à mes derniers mots. Figé comme une statue de pierre, nous surplombant de sa stature imposante. Son regard n'indiquait rien, sinon qu'il cherchait l'approbation d'Anna, ou plutôt, laissait la balle dans son camp. Allait-elle l'attraper, ou la lancer plus loin? Le large torse du soldat gonflé à cause de l'oxygène retenu dans les poumons indiquait bien à quel point il attendait la réponse. Comme si physiquement il s'était préparé à recevoir le coup, qui pourtant aurait bien un impact psychologique. Le tout l'atteindrait en plein coeur, peu importe comment musclé était ses pectoraux.

La parole de la Brahmane me faisait aussitôt hausser les sourcils. Un grand sourire se dessinait sur mon visage, alors que je me tournais vers le soldat. Croisant mes bras sur ma poitrine, une lueur malicieuse traversait mon regard, alors que je prenais un air des plus sérieux. Toisant le brun de la tête au pied,

-Hum... Grand... Large d'épaules... Torse imposant... Masculin et virile à souhait...

Le sourire entendu et fin haussement d'épaules ne mentait pas toutefois. Ils avaient une liaison des plus intimes... Peut-être pas un couple, mais des amants certainement. Et vu le comportement possessif et protecteur d'Alexandre plutôt, l'un des deux était plus qu'attiré que physiquement,

-Esprit chevaleresque et fidèle... Oui... Je crois bien que tu as trouvé l'homme de la situation... Un homme de confiance qui assurera ta protection.

J'envoyais un sourire amusé au soldat en question.  Le pauvre, j'espérais au moins que la réponse de la médecin lui permettrait de relâcher son souffle et de respirer de nouveau normalement. Après avoir jeté un coup d'œil à mes camarades de la ligne rouge, je constatais qu'ils continuaient de boire leurs verres paisiblement dans leur coin. Je brisais le silence de nouveau en retournant mon regard vers le duo,

-Alors, comment vont les choses à Polis? De notre côté, on dirait qu'il y a de plus en plus de mutants dans nos tunnels... L'air est électrifiant, comme si quelque chose de gros se tramait à la surface...

My bad! :/:
 
Alexandre Prokhorenko
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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Jeu 6 Déc - 13:59

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La dernière fois que l’on s’était vues, releva-t-il sans tiquer, entre crispation et stoïcisme. La suite était encore meilleure : une supernova de territorialité explosa à l’arrière de son crâne, déversant son lot de catécholamines jusqu’à lui chauffer les oreilles et lui colorer le visage. Hors de question que qui que ce soit, sinon lui-même, garde le corps d’Anna. D’ailleurs, comment pouvait-elle déverser un bobard pareil avec autant d’aplomb ? Il avait perçu la gestuelle de son amante en vision périphérique et ne savait s’il devait être rassuré ou au contraire, s’en inquiéter. Mais il n’eut pas le temps de se sentir offensé ni de prendre mesure de sa possessivité, pas plus qu’il ne réalisât venir tout juste d’échapper au couperet de la question initiale. Car les deux femmes se liguaient contre lui et le chambraient de connivence.

La pression retomba instantanément, contrairement au voile écarlate qui s’étendait maintenant sous l’encolure de son armure. Le female gaze. Un chatouillement phéromonal qu’il connaissait bien. Une longue ou brève caresse, plus ou moins discrète, et surtout, plus ou moins agréable selon l’émettrice. Il ne chercha pas à s’y dérober ni à feindre l’indifférence, allant d’un regard franc, à la rencontre des prunelles d’angélite soudain bien moins innocentes. L’immense sourire qu’il tenta de réprimer lui tordit la commissure en un rictus crâne, et il secoua la tête pour la forme, avant de reporter sérieusement son attention aux alentours. L’impression d’être observé, rémanente, qui ne devait plus rien au female gaze et dont il ne parvenait à déterminer la source, le tenait en alerte. Il survola machinalement la situation des soldats de la LR, le rais étincelant de son regard, prédateur, passant au-dessus de la tête de la confidente du colporteur, et fit mine d’ignorer superbement l’éloge piégé qu’elle lui servit.

Une petite impulsion mentale l’envoya en dissociation totale. Avait-il trompé Anna ? Combien de temps ralenti s’était écoulé, lorsqu’il ravinait contre l’alcôve, tétanisé par sa propre réactivité ? Il n’avait recouvré sa liberté de mouvement que pour étreindre Airat, de manière à le contrôler avant qu’il ne perde lui-même contrôle. Et sa force avait prévalue sur la témérité du jeune Rouge. Tout ceci s’était produit dans un univers parallèle, il n’y avait pas d’autre explication possible. Alexandre avait besoin d’y croire dur comme airain. Il n’avait pas le luxe de concilier cet intérêt avec l’impératif de préserver Anna, et ne pas risquer de lui porter l’opprobre, au-delà de sa propre réputation et de celle de son bataillon. L’ambre de ses prunelles vacilla. Il aimait Anna, il avait désiré Airat. L’humanité était sur le point de disparaitre, les métroïdes mourraient tous les jours de santé déplorable, d’intoxications, d’accidents de maintenance, mais les hommes se battaient entre eux, portaient des étendards, et reproduisaient les comportements sociétaux barbares qui les avaient déjà menés à leur perte.

Le lieutenant restait défiant. Encore un peu, et il accorderait crédit à la légende des surveillants. Depuis la terrible mission, et la percée d’Anna au travers des mystères de Polis, leurs faits et gestes étaient épiés et recensés. Akilina Ivanovna l’avait examiné de la tête au pied, bombardé de rayons. La résonnance magnétique, fascinant concept de sciences physiques qu’il croyait jusqu’alors perdu à jamais dans les ruines radioactives du passé. Non, il n’avait pas rêvé. Mais la frontière entre rêve et réalité avait sauté, ouvrant un continuum hallucinatoire d’attaques et de combats psioniques. Plier au pouvoir invisible et pourtant tangible, se trouver dans l’incapacité de repousser des sèmes mentaux, d’images, de sons ou de mots. Le réel lui apparaissait tel un quadrillage tactique d’énergies et de chemins inconnus qui se manifestaient soudain par caprice ou cruauté, sans loi. Semyon. Le Sombre. Jdanov. Jusqu’au lien empathique entre les deux jeunes femmes, qui venait de s’épaissir autour de lui, l’enveloppant tout en l’excluant. Jusqu’à l’électricité, qu’il avait déjà senti crépiter en compagnie de Klara, comme si celle-ci pouvait matérialiser ses tensions et dénoncer son agitation intérieure. Pas d’hypocrisie possible, devant ce visage d’ange.

Il s’éclaircit la gorge, sauvé de l’alinéation cosmique par la perspicacité de la remarque de la clairvoyante blonde. « A la surface, » répéta-t-il d’un ton braque, focalisant progressivement sur les deux jeunes femmes. Un coup d’œil acute à son amante, avant de tâter le terrain avec la Rouge : « Vous faites face à une augmentation des attaques chez vous aussi ? » La question avait été directe, sans hésitation aucune, et la sévérité de son regard ne laissait pas de doute quant au basculement de la conversation. Le kshatriya et le colporteur étaient aux prises de la foule, lorsque la sorcière prophétisait tranquillement un cataclysme prochain à l’infirmière. La manifestation de l’alpha et de ses chimères n’avait été qu’un prélude. La race de ces créatures évoluées, peut-être engendrées par la terre malade elle-même, n’avait rien d’éteinte. L’explosion historique n’avait annihilé que celles qui se massaient dans le labyrinthe souterrain du Métro. Les mutants et les créatures sentientes, bien plus sensibles que les humains dégénérés qu’ils étaient tous, dénaturés depuis des millénaires déjà, réagissaient aux sombres, aux fréquences de leurs commandements, aux ondes qui emplissaient l’espace en s’étendant sur le réseau des psychés vivantes.

Sans qu’il ne soit encore capable de se le formuler, Alexandre venait enfin de tirer d’une traite, les conclusions de l’altercation guerrière et mystique qui avait chamboulé ses certitudes deux mois plus tôt. Il se décentra pour se placer aux côtés d’Anna, tous deux se trouvant maintenant face à Klara.
Anna Volkovar
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le Sam 15 Déc - 15:46
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D’un coup d’œil indiscret, Anna lorgnait du côté de son amant tandis que sa camarade communiste entrait dans son jeu et le détaillait à son tour. Les deux jeunes femmes échangèrent plusieurs sourires avant que la chirurgienne ne conclue les railleries d’un rire léger. De son côté, le Ksatriya ne pipait mot. Regard braqué devant lui, mâchoire avancée et contractée à l’extrême, il semblait taillé dans l’airain. Immuable, si l’on ignorait la légère coloration de ce teint, si particulier ; qui avait déjà emporté par le passé le cœur de nombreuses femmes dans la Cité des Lumières. La rougeur naissait quelque part auprès de sa nuque et s’estompait progressivement, presque imperceptible sous l’uniforme. La Brahmane glissait un nouveau regard en sa direction tandis qu’il rebondissait, imperturbable, sur les dernières paroles de Klara.

Cette fois-ci, ce fut au tour de la jeune femme de froncer les sourcils. Sous la lourde cape de velours, nul ne put percevoir l’agitation de ses mains ni le léger frisson qui vint l’étourdir. Resserrant les poings et changeant d’équilibre sur ses jambes, elle regardait tour à tour Klara et Alexandre. Au sein de Polis ne filtrait que très peu d’informations concernant l’agitation extérieure. Et pour beaucoup de ses confrères, les informations étaient suffisamment triviales pour qu’ils n’y prêtent attention. D’ordinaire, la Brahmane n’y portait elle-même qu'un intérêt ponctuel, majoritairement nourrie par l’inquiétude à propos de ses proches en faction. Seulement depuis l’attaque psionique qui avait touché une partie du Bastion Vympel ainsi que son frère, elle tendait davantage l’oreille aux rumeurs venant de l’extérieur.

L’apparition de sombres et la recrudescence des attaques ne pouvaient être le fruit du hasard. Incorporée sur le tard et avec réticence à l’équipe scientifique qui s’occupait de l’affaire psionique, Anna ne recevait que des informations éparses. Généralement décousues et dépourvues de leur sens premier, elles visaient à la laisser dans un flou volontaire. Mais l’erreur avait été d’accepter son intégration en premier lieu, la perspicacité et les capacités d’analyse de la chirurgienne lui avaient permis d’apporter ses propres déductions. Pour le reste, elle avait su grappiller tant du côté de son frère que de son amant pour récupérer les compléments nécessaires à ses conclusions. Les nouvelles qu’apportaient Klara finalisaient une partie de ses hypothèses et ne confirmaient rien de bon à propos de celles-ci.

Comme Stena se déplaçait pour se rapprocher d’elle, la jeune femme leva la tête en sa direction. Leur regard se croisèrent une fraction de seconde et elle regretta de ne pouvoir échanger avec lui comme l’avait fait le sombre. Pas un instant elle ne lui reprochait de lui taire des informations, elle avait conscience du manque de temps et d’occasion propices à la discussion. Chaque instant volé était irrémédiablement consommé pour une passion plus tangible, plus urgente. Une fraction de seconde, elle fut tentée d’attraper sa main, de la serrer entre les siennes. Cloitrée sous sa cape, elle se contenta d’une promesse silencieuse avant de reporter son attention sur Klara. Rien ne semblait échapper au regard cristallin de cette dernière. Anna se racla légèrement la gorge et, d’un hochement de tête, accrocha l’attention d’un serveur du strelka le plus proche. Ce dernier se dirigeait vers eux, prêt à prendre leur commande.

- Tu prendras bien quelque chose à boire, Klara ? Il me semble t’avoir promis un verre la prochaine fois qu’on se croiserait toutes les deux, lança-t-elle après avoir lancé un bref coup d’œil en direction du serveur qui s’approchait.

Evidemment, ce genre de détail n’échappait pas à la mémoire de la jeune femme. L’occasion était relativement unique et suffisamment belle pour qu’elle la saisisse. Klara pouvait leur apporter des informations utiles concernant la vie métroïde en dehors de la Cité des Lumières.



Klara Savinkova
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le Mar 18 Déc - 23:59

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Le jeune couple dégageait une énergie bien commune. Le désir de l’autre. Comme si leurs corps n’attendaient qu’un prétexte pour se heurter et frotter l’un contre l’autre. La tension présente entre eux, plus que primitive, me faisait sourire d’admiration. Je sais reconnaître ce type de courant électrique, ce type de tension entre les hommes selon l’atmosphère et le non verbale que je peux observer. Le soldat et la Brahmane étaient tout près l’un de l’autre et chaque mouvement de séparation semblait presque douloureux. En privé, j’étais certaine qu’un touché d’Alexandre au bon endroit pouvait faire frissonner la brune et qu’un baiser de celle-ci, pouvait amener le soldat au garde-à-vous. Mais en public, ils s’approchaient pour maintenir la tension, mais s’éloignaient pour ne pas trop s’électrocuter. C’était mignon à voir!

Ma question semblait avoir fait mouche. J’avais alors haussé les sourcils et perdu un peu mon sourire. Aucun des deux ne répondait à celle-ci et ils avaient alors une mine presque sérieuse. Avais-je posé le pied sur une mine soudainement? Ma curiosité était alors poussée du pied, afin de la garder bien réveillée. Éveillant m’à capacité d’analyse, alors qu’une lueur intriguée dansait dans mon regard. Ils venaient d’attirer fermement mon attention et le changement de sujet soudain, ne faisaient que confirmer mes doutes. Changement de sujet, ou façon d’initier une conversation un peu plus sérieuse dans le confort. Je laissais les bénéfices du doute à la chirurgienne, en qui j’avais une grande confiance. Elle avait un bon doigté lors de situation sociale et savait comment initier des sujets un peu plus ambigus. Je me rappelais encore comment elle parvenait à corriger des collègues lors de discussion au VAR. À remettre en question leurs hypothèses, pour détruire leurs arguments et démontrer l’inexactitude de leurs propos. La Brahmane avait cette force, démontrée avec brio ce qui ne faisait pas de sens sur le plan cognitif.

-Je prendrais votre spécialité à Polis! Je ne connais pas vos coutumes, ni vos goûts en matière d’alcool! Je vais prendre la même chose que toi Anna.

Vrai que chaque ligne à ses spécialités et son charme. Le Thé au VAR était le meilleur de tout le métro et même si je peux avoir accès à celui-ci par les colporteurs… Il n’était pas aussi bon que sur place. Il y avait une sensation de fraicheur à consommer un produit dans son milieu de création. Comme si cela rendait le tout meilleur ou d’une qualité supérieure. À Polis, je ne pouvais nier la beauté de l’endroit, ni l’ambiance festive. La cité de la lumière rayonnait par son accueil chaleureux, mais ne l’ayant visité qu’à deux reprises, je ne connaissais pas les types de ressource accessible. Et puis ayant attrapé Alexandre entre ses griffes, j’étais confiante des goûts plus qu’acceptables d’Anna! Une fois le serveur parti avec notre commande, j’inclinais un peu la tête sur le côté. Appuyant mes avants-bras sur la table, je penchais un peu mon corps vers le duo pour rajouter d’un ton moins fort,

-Mais… Cela ne vous fera pas éviter ma question! Même si j’avoue que cette esquive était faite avec brio!

Je leur lançais un clin d’œil, puis me reculais de nouveau avec un petit rire tellement naïf, alors que dans mon regard se lisait une intelligence bien présente.
Alexandre Prokhorenko
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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Mer 19 Déc - 19:28

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Des nerfs d’acier trempé, explosant l’échelle de Vickers tout en pouvant plier. Il n’en fallait pas moins pour résister aux pressions et aux consignes contradictoires qui écrasaient les épaules du Lieutenant Prokhorenko. La connaissance scientifique de la menace était une chose, l’expérience de sa puissance en était une autre. Il savait quel danger le métro tout entier encourait et ne pouvait pas agir en conséquence. La chaine de commandement et ses maillons obscurs. A qui allait sa loyauté ? Au Général, au Conseil, ou à l’humanité ? Les décisions ne lui appartenaient pas, il n’était qu’un rouage. Un consultant, aussi, et le plus haut gradé survivant de l’attaque. Sa vie ne lui appartenait pas, il l’avait dédié à Polis, au travers de sa caste. Il était un kshatriya, ses vœux étaient tatoués sur sa nuque et codés en son âme. Il n’avait pas le droit de favoriser une vie au-dessus des autres, une vie au-dessus d’un bataillon et d’une caste entière. Et pourtant ses motivations les plus profondément survivalistes, mitochondriales, s’étaient égoïstement révélées à sa conscience. Un instinct vestigial qui maintenant enveloppait toute ses perceptions d’un rets inextricable et qu’il ne pouvait ignorer. Des chemins pathiques, empathiques et emphatiques, qui menaient non pas à Rome, mais à sa vestale. Depuis quand la vie était-elle à ce point fragile ? Pas même depuis que le cou de Marko Dordevic s’était brisé comme une brindille et que le solide Yuriy s’était fait balader comme un pantin. Non, cette anxiété métabolique, qui coulait sur les lésions traumatiques du psychisme et courbaturait son sens du dévouement était le revers des sentiments. L’amour donnait des ailes mais le plafond était bas. La discipline et la raison ne tiendraient pas.

Chez vous aussi, avait-il demandé et par là même délivré, à dose homéopathique, un renseignement sur l’imprenable station. Klara, égale d'Ulysse, n'en fut point satisfaite et Alexandre vit le recul poli de son intérêt, retraite éphémère, préparant le prochain assaut. Il comprit, en tâche de fond, qu’il avait été avare en information, provoquant l’inflation de l’échange. Mais alors sa partenaire prenait le relais et corrigeait le cours de la conversation. Un armistice, des boissons, pour que le trio reparte de conserve et dans la même direction. Peut-être n’avaient-ils pas besoin de télépathie. Peut-être que l’ocytocine qui baignait leurs cervelles d’amants et renflouait les corps dès qu’ils se trouvaient à proximité, valait pour analogon primitif, aéroporté, de communication psionique.

Le serveur avait eu, en revanche, besoin de se faire épeler la commande. « Deux. Deux kvas. Une eau plate », corrigea fermement l’officier en service, sans tiquer le moins du monde devant la facilité et le naturel avec lequel la brahmane commandait un alcool. Le chamboulement de leur univers avait ramené ses priorités à l’essentiel. Loin était le temps où Stena aurait interféré à l’insu de la sauvage Anya, usant de diplomatie mesurée, pour couper la commande à l’eau et régler l’addition. La spécialité du comptoir était une préparation qui n’avait plus rien du kvas, sinon une légère teinte rappelant que le breuvage pouvait autrefois être aromatisé aux airelles. Il s’agissait aujourd’hui d’une boisson à base de betterave et de kéfir agréable au palais, un respectable édulcorant des maux, et du bagne labyrinthien. Indispensable et merveilleuse fermentation anoxique des bactéries étouffées, telle l’humanité métroïde fermentant sous terre, en pleine transmutation vers l’ivresse et l’évaporation.

Alors que l'infirmière soldat relançait franchement les hostilités, le carcan armaturé de sa combinaison tactique se matérialisa soudain dans son aspect le plus coercitif. Une coulée d’angoisse abrasive, le long de l’échine, éroda sa superbe. C’était ce fichu syndrome post-traumatique, imprévisible, qui surgissait d’un assemblage d’engrammes problématique. Il réalisait à nouveau, la proie d’un déjà-vu, l’inutilité de cette carapace carbonée face à la créature infernale. L’inutilité du kevlar poreux comme une mousse, aussi résistant qu’un chapeau de champignon sous la lame d’un couteau fraichement affuté. Stoïque toujours, roide et monolithique lorsque que son champ de vision s’étrécirait, que son métabolisme montait en fournaise et que ses oreilles sifflaient, assourdies par le marteau cardiaque.

Félicitations, les voyants sont au vert, avait distraitement lâché Akilina Ivanovna, quoi que cela veuille dire. Une référence à l’ancien système de signalisation colorimétrique. Il était au clair de tout résidu : pas de traces moléculaires, pas d’entités étrangères. Le conduit de l’attaque passait forcément par les fréquences et les ondes, à moins que ses notions de sciences physiques soient obsolètes, comme son professeur Semyon.

« Une cage de Faraday ! » s’exclama-t-il dans un feulement, haletant, les pupilles étrécies à l'infini. L’instant Eureka venait de frapper sans considération pour la compagnie. Il se passa négligemment le dos de la main sur le front et le visage, échouant à essuyer la sueur qui y brillait. La facture de ses gants de protection n’était pas faite pour absorber. Il retrouva ses esprits sur le champ et précisa hâtivement, aux prises d’un embrun de dopamine : « Il va falloir construire des cages de faraday. Toutes les stations, peu importe les alliances. Comptez là-dessus. » Il n'avait pas levé l'index, pas plus qu'il n'avait tapé sur la table. Marmoréen dans l'exaltation, il en oubliait d'être humain. Et l'instant passa. Nerveux, il entreprit la vérification de son équipement dans une série de gestes routiniers et machiniques qu’il aurait très probablement pu effectuer en dormant et regarda Anna, passant outre la surprise occasionnée et toutes les nuances de jugements possibles qu’il devinait dans ses yeux.

L’ambre trouble focalisa dans le bleu polaire et y fossilisa sous l’effet d’une claque mentale. Il ne pouvait plus se permettre de faiblir à nouveau devant elle. Elle l’avait vu le lendemain de la mission, au point hadal de son existence et l’impression avait dû être terrible. Non, pensait-il naïvement, encore sujet à quelques illusions, plus jamais il ne lui infligerait pareille torture.
« Je vais y retourner », annonça-t-il calmement, inconscient de la duplicité de sa déclaration. Retourner en patrouille ou à la poursuite des galeries mouvantes, qu’un serpent cosmique, grand vers oraculaire, semblait creuser comme bon lui semblait.
Anna Volkovar
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Médecin-chirurgien
le Jeu 20 Déc - 17:52
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La Brahmane avait machinalement commandé à boire pour trois. A la correction d’Alexandre, elle haussa les épaules avec un sourire. A la base, elle était venue ici pour le rejoindre et espérer le capter quelques minutes pendant sa ronde. Un jour, sans doute, ils pourraient simplement se retrouver et boire un verre ensemble sans ressentir le poids du secret ou craindre les regards curieux. Pour l’heure, ils devaient se contenter d’instants volés et d’une amitié de façade. Anna poussa un léger soupir, suivant du regard le serveur qui s’éloignait avec leur commande. Mais au moment même où elle songeait à relancer la conversation, elle sentit plus qu’elle ne vit le ksatriya se figer à ses côtés. Des narines dilatées ou du regard fixe, elle ne sut ce qui l’alerta en premier. Même le cuivre de sa peau semblait avoir soudainement perdu de son lustre. Loin d’apprécier les signes qu’elle observait, elle esquissa un pas vers lui. Sa main était sur le point de se refermer sur le poignet d’Alexandre lorsqu’il s’exclama. Livide à son tour, elle replia aussitôt son bras sous sa cape et resserra les deux mains sur la bandoulière de sa sacoche. Les mots résonnaient encore dans son esprit alors qu’il précisait ses propos. Elle n’eut pas besoin d’en entendre davantage pour se crisper davantage. Ce n’était pas aussi simple, évidemment, mais c’était pertinent ! Et réalisable.

Détournant un instant son attention du soldat, elle se tourna vers Klara qui lui renvoyait un regard interrogatif. Tant pour détourner l’attention que pour détendre l’atmosphère devenue soudain électrique, la chirurgienne fut tentée de rebondir sur une remarque salace concernant l’utilité d’une cage mais s’en abstint. Elle se contenta d’un sourire graveleux et se tourna vers le serveur qui approchait avec leur boisson. Ce dernier marqua une légère hésitation sous le poids de son regard avant de s’exécuter précipitamment. Avant qu’elle n’eut le temps de le remercier, Alexandre s’extrayait de sa léthargie et réglait l’addition. D’ordinaire la jeune femme aurait sans doute cherché à protester étant à l’origine de l’initiative mais d’autres idées occupaient son esprit. Elles furent aussitôt balayées par la dernière déclaration du soldat. Se tournant d’un bloc vers lui, elle le dévisageait en fronçant les sourcils.

- Tu devrais au moins finir ton verre d’eau avant, répondit-elle d’une voix douce.

Plus efficace qu’une main refermée sur le poignet pour le retenir, elle accompagnait la réponse d’un sourire enjôleur. Et si, au fond de ses yeux, ondoyait quelques inquiétudes, elle savait qu’il ne pourrait résister à l’invite. Même si Stena n’en avait pas été totalement conscient, Anna avait bien perçu le double-sens de sa déclaration. Elle connaissait pertinemment les devoirs et les enjeux auxquels devaient se plier le soldat. Il devrait y retourner ; en routine dans Polis mais aussi hors de la cité des lumières. Mais avant que les sentiments d’impuissance et de frustration viennent ternir son sourire, elle se tournait vers l’infirmière et enchaînait sur le sujet qui la tenait encore en haleine : juste assez pour échanger de la valeur informative ; et de quoi retenir encore un peu Alexandre. Ce dernier se sentirait obligé de superviser et de veiller à ce qu’elle ne commette aucun impair. Anna lui glissa un regard en coin avant d’entamer les hostilités, verre en main.

- A ta santé !

La jeune femme but quelques gorgées avant d’entamer son approche.

- Hum la fréquence des attaques autour de Polis a l’air d’avoir augmenté. Des rapports font état de mutants plus agressifs, mieux organisés selon d’autres. On a aussi eu des cas d’hallucination qui auraient été mis sur le compte d’une intoxication au gaz.

Anna distillait les nouvelles sur le ton de la conversation en dépit de leur gravité. D’expérience, c’était encore le meilleur moyen qu’elle avait trouvé pour relayer des informations sans attirer d’indiscrètes oreilles. La jeune femme but une nouvelle gorgée tout en lançant un coup d’œil oblique au géant sur sa droite qui ne bronchait toujours pas. Elle ne sut s’il avait l’air contrarié ou simplement concentré sur ce qui se passait autour d’eux mais il lui semblait avoir perçu la morsure de son regard fossilisé alors qu’elle s’exprimait un peu plus tôt.



Klara Savinkova
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le Dim 30 Déc - 2:52

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Alors que je venais de relancer la balle, j’attendais ma réponse avec une patience sans limites. Je cherchais toujours Airat désespérément, cet homme qui a une place importante dans ma vie, comme un membre de ma famille. Mais d’autres histoires venaient de dévier l’objectif de cette conversation. Dès que notre commande fut ordonnée au serveur, il repartait en quête de notre demande. Mon esprit succombant alors à l’effet placebo. Conditionné à avoir la bouche sèche lorsqu’on parlait de boire finalement, pour répondre à un besoin même s’il n’est pas vraiment présent. Fruit de l’habitude, de boire lorsque j’étais déshydraté seulement et non avant en prévention.

Le lieutenant captivait alors toute mon attention. J’observais ses pupilles soudainement dilatées, son corps immobile avec un léger tremblement des mains. Au cou, la veine principale maintenant plus saillante, alors que son cœur devait avoir accéléré dans ses battements. Une fine couche de sueur reluisante sur son front, agréable au regard venait terminer le portrait. Les symptômes propres à un traumatisme suite à un évènement grave. Un mal qui n’est pas rare chez les soldats, mais qui est aussi difficile à surmonter pour chacun d’entre eux. Dans une autre vie, il devait y avoir des moyens pharmacologiques et thérapeutiques pour apaiser les traits. Aujourd’hui? Il y avait bien quelques herbes qui calmaient rapidement dans les pires crises… Sinon, il fallait apprendre à vivre avec au quotidien.

Attendant que la crise passe, non sans avoir une légère lueur inquiète dans le regard, j’observais le lieutenant, avant de jeter un regard en coin vers la chirurgienne. Ma voix était douce, calme, alors que je lui demandais et observais à la fois,

-Ce n’est pas sa première crise n’est-ce pas?

Les premières fois, les soldats suent, hurle et pleure parfois. La perte de leur virginité sur le plan de la détresse psychologique est toujours plus dure dans les premiers temps. Toutefois, l’être humain est fait pour s’adapter. Il s’adapte aux changements et à son environnement. Car s’il ne le fait pas, il meurt. Donc la plupart du temps, à force d’expérimenter les symptômes, ils se calment avec la respiration et leur cerveau arrive à retrouver un semblant de rationnel de plus en plus rapidement. Son eurêka et éclair de génie me fit alors sursauter. Retournant mon attention sur celui-ci, je répétais doucement,

-Une cage de… Faraday?

Je clignais des yeux lentement. Me répétant les mêmes mots mentalement, cherchant leurs significations après ma question. Retournant le sens de cette phrase, cela devait être utile pour se protéger d’une race de mutant particulière? Celle responsable de son mal peut-être? Je cessais de froncer les sourcils, lorsqu’Anna brisait le silence. Hochant la tête à mon tour en poussant le verre d’eau vers l’instructeur. Un sourire revenait alors sur mes lèvres, doux alors que je venais de l’observer dans un état de vulnérabilité propre à frapper de l’orgueil de bien des mâles,

-Oui, il faut boire. Il fait chaud non? Tu ne voudrais pas être déshydraté en veillant sur tes citoyens!

Je le cachais derrière une raison futile. Cachant son malaise sous un besoin de s’hydrater pour épargner sa fierté de s’être montré dans cet état devant une inconnue. Ou encore pire, devant son amante. Enroulant sa détresse sous une grosse couette bien chaude, avant de déposer un baiser sur son front. Relevant mon verre vers Anna, je trinquais alors avec elle, soupirant de bien-être une fois que j’avais avalé ma première gorgée. C’était plutôt bon ce truc!

-Pas mal! Je dois avouer que Polis est bien chaleureux!

Hallucinations, mutants, des éléments toujours présents dans les tunnels. Cela n’était pas nouveau, mais des mutants plus agressifs et… organisés? Je retenais un rire nerveux, des mutants ne peuvent pas être organisés? Ce ne sont que des bêtes sauvages, des êtres dénués de raison et assoiffée de sang! L’air grave et sérieux me confirmait que ce n’était pas une blague et je prenais aussitôt une autre gorgée de mon verre. Secouant ma tête, je fixais alors le duo calmement,

-Pour l’agressivité, je confirme que les mutants ont pris du terrain sur la ligne rouge. C’est un truc de fou, du jamais vu! Mais l’organisation?

Je faisais alors mine de réfléchir, puis secouais ma tête en regardant mon verre,

-Nous n’avons pas remarqué plus d’ordre dans leurs rangs. Ils sont toujours aussi sanglants et bestiaux de notre côté. Les démons mangent toujours les Nosalis à la surface. Et les Nosalis foncent toujours tête baissée en bavant vers les hommes.

Haussant les sourcils, je fixais alors Anna. La cage de Faraday était peut-être pour cette raison? Penchant ma tête sur le côté, je demandais aussitôt,

-Comment ont-ils fait preuve d’organisation?
Alexandre Prokhorenko
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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Lun 31 Déc - 12:14

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Surnom :: Stena
Deux balles, deux morts potentiels, était le doux prix de l’ivresse. Neuf millimètres d’inflammation et de septicémie, neuf millimètres pouvaient tuer aujourd’hui. Alexandre avait rendu l’obole à Charon sans se poser de question et le serveur avait accepté la mort compacte avec résignation. Le garçon repartit avec les yeux baissés, une rougeur malaisante éclose autour du nez : avec latence, le kshatriya capta la lueur carnassière qui réchauffait le regard, habituellement polaire, de son amante. Qui es-tu, qu’as-tu fait d’Anna, aurait-il voulu demander à la brahmane. Puis il se souvint de l’efficacité d’un seul de ses regards privés sur sa propre réactivité. Un regard classifié. Les souvenirs vifs et morcelés des moments qui n’appartenaient qu’à eux seuls envahirent un instant sa mémoire immédiate, achevant de chasser les relents d’angoisse et de PTSD.

Un verre d’eau. La conscience d’avoir la bouche sèche et la langue pâteuse après avoir sué sang et anxiété sous la carapace carbonée. Quasi-robotique et toujours aussi monolithique, il acquiesça docilement à la voix et au sourire de la chirurgienne. L’adrénaline retombée, le retrait de la dopamine laissait son esprit engourdi, pavlovien par survie. Il n’affichait rien qui ne ressemblait à Stena, inébranlable dans le doute, l’attention alerte en arrière-routine, en dépit des résidus neurohormonaux poisseux. Se focaliser sur la sécurité, les déplacements et les comportements suspects. La bonhomie des camarades de la LR après quelques choppes de lédon et quelques verres de Kvas lie de vin, la clarté ouranienne des iris de Klara qui l’observait, sibylline. Il vit ses lèvres bouger, entendit les phonèmes qui s’en échappaient sans que s’établisse la connexion. Mais la micro gestuelle du visage d’ange et la bienveillance qui s’en dégageait ne lui échappèrent pas. Un coup d’œil rapide au verre avant de l’attraper et le lever à l’imitation d’Anna.

L’on ne plaisantait pas avec l’eau potable même en vivant à l’abris du confort relatif d’Arbatskaïa et de la cité Lumière. Polis était une station chaleureuse, comme le remarquait la Rouge, à condition de ne pas menacer l’ordre établi. Obéir, produire et consommer. Les savants et les guerriers n’étaient pas épargnés. La science était au service de la défense, la défense protégeait les savoirs, et les bénéfices des savoirs ruisselleraient en amont sur les citoyens au sang bleu, avant d’irriguer l’humanité entière. Tel était le mantra unificateur des hautes castes politiques en rivalité.

Des rapports faisaient état... , expliquait consciencieusement Anna. Des communiqués de propagande montés à la va vite par des diplomates de crise formés en chambre d’échos impérialistes, rectifia-t-il mentalement, cédant au cynisme de Diogène, celui-là même qu’il se plaisait tant à railler. Mais c’était du passé. Tout n’était que passé.  Concentre-toi, s’exhortait-il à nouveau, étranger en son propre corps. Le vestige de possession, aliénant, de prise de contrôle téléguidée par une puissance implacable. Était-ce seulement une cicatrice psychologique ? Les voyants sont au vert. L’impression était cénesthésique, vague et diffuse, mais incontestablement réelle. Elle suivait inévitablement l’attaque de panique.

Son silence même marquait l’approbation. Il n’eut pas besoin de reprendre la brahmane, qui connaissait la musique. Elle aussi avait accès à des informations classées, les mêmes que lui et peut-être plus encore, mais pourrait-elle les lui cacher ? En cette matinée de confinement forcé, il avait été brutalement honnête et ne lui avait rien épargné. Sa focale d’ambre, piège de myrrhe, captura le regard hyperboréen. Un instant de doute et de défiance, devant le sang froid dont elle faisait preuve. La femme qu’il aimait, qu’il pensait connaitre depuis toujours, et qui portait maintenant les cheveux courts. Lui cachait-elle des choses pour son propre bien ? La paranoïa gagnait le porteur de l’indiscrétion. Il transférait sur Anna le poids du secret qui le rongeait, mélangeant les importances et les intensités. Stop. Il se surprit en flagrant délit et mit aussitôt un terme à ses tergiversions.

L’infirmière de guerre rebondissait sur les informations, un flair hors pair sous ses airs innocents, stimulant le discernement du lieutenant. Le sombre et ses homoncules cynanthropes n’étaient pas seulement organisés. Hiérarchisés. Les résultats d’autopsies des cadavres, trophées de leur faillite, ne lui avaient pas été communiqués. Le marionnettiste blanc, créature des abysses aux membres élongés pouvait aussi bien être d’une toute autre espèce. Peut-être que les pions mutants n’étaient qu’une large meute sur laquelle le monstre avait jeté son dévolu. Parce qu’ils étaient nombreux, parce qu’ils se reproduisaient vite et représentaient une chair à canon facile à multiplier, facile à manipuler. Une expérience, un début. Non, par pitié. Les humains étaient la cible terminale. Le sombre ne faisait que s’entrainer.

Alexandre vida son verre d’une traite et le reposa en faisant cogner la base. Il croisa brusquement les bras, chaine montagneuse en plein ébranlement tectonique, pour masquer ses tremblements. Jamais il n’avait osé pousser l’analyse aussi loin, aussi terriblement loin. Tout aussi brusquement, il tourna la tête vers Anna, mortellement sérieux, cherchant à décharger dans ses yeux la cargaison de son appréhension. Sa voix résonna de loin, tout au fond de son crâne, alors qu’il répondait à Klara. Il avait reporté son attention sur elle avec retard, après qu’aient retentis ses premiers mots.
« A notre contact. En nous observant, et en nous combattant. »
Le timbre était bas, éraillé sous un flot de bile. L’explication était cohérente et venait renforcer les dires de sa complice. Une révélation qui ne dévoilait rien de trop et qui valait son pesant de véracité. Le sombre connaissait les hommes et les avait étudiés. Le sombre les avait délibérément provoqués et piégés. Le sombre avait remporté la manche et l’avait humilié.

Le lieutenant secoua lentement la tête, ses pensées à la dérive, avant d’annoncer tout haut, soudain fermement ancré : « Airat refera surface. »
Il n’en doutait pas un seul instant, le colporteur était une mauvaise graine. Pas plus qu’il ne doutait, toutes barrières mentales effondrées, qu’il cherche à le revoir. Maitre de lui-même et directif, sa parole était performative, indisputable lorsqu’il précisait avant de jeter un coup d’œil à la brahmane :
« Et à ce moment-là, je te le ferai savoir. »
Que l’implication des jeunes femmes sur l’échiquier politique soit sous-estimée recelait de nombreux avantages pour les hommes qui les entouraient. Anna transmettrait le message à Klara, de chirurgienne à infirmière, de brune à blonde, d’un parangon de dévouement humanitaire à un autre, et nulle ne serait immédiatement soupçonnée. Anna Volkovar était devenue une personne d’intérêt probablement surveillée de prêt, mais les préjugés antédiluviens survivaient, tenaces, tout comme l’ignorance crasse des patriarches. Aujourd’hui, le message concernait le fils d’une Haute-Conseillère, et demain peut-être, des renseignements capitaux au sujet d’une contre-offensive mutante, pour la survie de tous les humains du Métro.
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