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le Dim 1 Juil - 10:52

Passeport
Age :: 40 ans
Patronyme :: Yvanovitch
Surnom :: Petya


"Oui. Je me fais chier à soigner des gens qui de toutes façons mourront un jour."


FACTION :: Hanse
PROFESSION :: Médecin

NOM :: Zinoviev
PRENOM :: Piotr
PATRONYME :: Yvanovitch

DATE DE NAISSANCE :: 01/01/05
ÂGE :: 40 ans
TAILLE :: 180 cm

GENRE :: Masculin
SEXUALITE :: таинственность


Descriptions

Profession & Faction

12 Mai 2045 station Taganskaya

Alexandra resta immobile devant le bar niché dans une arche, fait d’une façade de trames redécoupée et utilisée comme mur, isolant le lieu autant que possible. Ce qui fut des portes automatiques semblait avoir été arraché, ne laissant qu’une entrée béante d’où s’échappait le vacarme des conversations. Des rires. Des engueulades.
L’ex-stalker remonta le col de son blouson dans un crissement de cuir, et entra, lâchant un sifflement entre ses dents. À l’intérieure on allait et on venait, on appelait, on insultait, on buvait, on fumait et remplissait l’endroit d’une épaisse couche de fumée. Pendant une seconde, elle se crut de retour dans un bar de l’Arbatskaya. Des souvenirs aussi bons que mauvais. Mais un mot fut glissé, une expression indissociable d’une certaine faction. Et Alexandra se souvient d’être en plein milieu de la Hanse, à la recherche de l’homme chargé de sa nièce.
Elle slaloma entre les caisses servant de table basse, avançant vers le bar installé au fond, supportant les regards qui l’analysait. Méfiants ou intéressés. Ses bras trouvèrent naturellement appuies sur le zinc, alors que son poids basculait sur une seule jambe, l’autre se pliant légèrement. Elle avait passé des heures dans cette position. Coincéé entre deux militaires qui avaient appris à la regarder comme une sœur plus que comme une conquête. Et pour cause ; l’un d’eux avait réellement était du même sang qu’elle.

« -Hey ! Tu veux ? »

La femme tourna la tête vers un homme de l’autre coté du bar, presque encore un adolescent. Le sourire un peu trop grand et lumineux du garçon lui fit lever un sourcil. Et traça un sourire presque flatté sur ses lèvres. Je pourrais être ta mère, merdeux.

« - Un thé, et des infos.
-Hooouuu ! Sur qui ?
-Un médecin de la Hanse. Dans la quarantaine. Qui se balade avec une gosse…
-Piotr ? »


Alexandra réprima un frisson. Elle n’avait pas entendu ce nom depuis plus de dix ans. D’une certaine manière, il lui avait manqué. Mais la disparition de son porteur, même aujourd’hui, pouvait la plonger dans des crises de rage lui faisant perdre tout reste d’humanité.

« -Exactement. Tu sais où je pourrais le trouver ? »
L’homme derrière le bar sembla réfléchir, attrapant mécaniquement une boite métallique. Ses doigts firent sauter le couvercle et prirent une pincée de thé.
«- Plus précisément, il est médecin ambulant. Il fait en permanence le tour de l’anneau pour remettre une épaule déboîtée, recoudre une plaie, surveiller une angine. Même s’il s’attarde toujours à Prospect Mira. Pour de la famille, il parait. En ce moment…. Il doit être du côté de la Novosolbodskaya….
-Et combien de temps avant qu’il arrive ici ?
-Houlà ! Plusieurs mois ! Il est du genre à ne pas laisser un patient autrement qu’en pleine forme, alors pour peu qu’il est un cas grave… »


L’ancienne stalker hocha la tête, grattant le zinc du bout de ses ongles rongés, fixant le fond de l’arche derrière le garçon.

« -Je peux avancer vers lui sans le louper ? Je veux dire…. Il ne risque pas de faire demi-tour ou de passer dans une station comme un fantôme ?
-Aucun risque. Il ne revient jamais en arrière, sauf cas très grave. Il va parfois à la VAR, mais il s’arrange pour que ça se sache, puis de toute façon, c’est exceptionnel.
Et il est plutôt apprécié. Ça fait toujours un boucan d’enfer quand il arrive. Dans chaque station, y’a au moins une famille pour lui faire sa fête quand il arrive. Y’a toujours une gamine ou un p’tit vieux qu’il a soigné. »

Elle hocha la tête, attrapant du bout des doigts le thé fumant que lui tendait l’homme.
« -Merci… »
Physique

03 juin 2045 station Prospect Mira

« -Piotr Zinoviev ? »

L’homme dos à elle se retourna d’un coup. Une de ses mains repoussa un pan de son long manteau, partie vers l’arme accrochée à sa ceinture. L’autre se posa sur l’épaule d’une fillette blonde qu’il poussa derrière lui. Alenxandra se sentit sourire devant ce réflexe mi-animal mi-militaire. La dernière fois qu’elle l’avait vu, il était loin de l’assurance qu’il dégageait maintenant.

« -Sacha ? »

Piotr la détailla, son regard bleu cristal lançant des ombres sur les infimes rides aux coins de ses yeux. Un immense et impulsif sourire prit ses lèvres, renforçant ses pommettes hautes et anguleuses. Ses lèvres s’aplatirent contre ses dents, semblant gonfler légèrement. Le médecin avait toujours eu la bouche trop basse. De quelques millimètres à peine, pas assez pour enlever à son charme. Mais juste assez pour qu'il ait en permanence un air sceptique, sévère. Il s'avança vers Alexandra, posant une main osseuse - à l'image du reste de son corps - et tatouée sur son épaule. L’ex-stalker n'avait qu'entrevu les tatouages sur les avants-bras de Piotr. Ils étaient tassés, comme s'ils voulaient couvrir tout l’épiderme du médecin, ne pas laissant un millimètre carré de peau. Là un arbre dont les branches devenaient des lignes sombres aux formes improvisées, ici une phrase trop tassée pour qu'on puisse la lire.
Mais ceux de ses mains, elle les connaissait presque par cœur. Sur chaque doigt, une phrase était enroulée, donnant l'impression de bagues multiples. Sur le dos de sa main gauche, une araignée dépliait sa toile, sur la droite, les rails du métro remontaient sous sa manche, jusqu'à son coude.

« -Alexandra... Putain, mais qu'est ce que tu fais ici !? »

Elle se laissa enserrer par des bras aux muscles fins et nerveux, fermant les yeux avec un sourire. Piotr avait toujours cette odeur médicamenteuse, mélangée à celle des cigarettes. Pas la même que les produits de Polis, mais une odeur acide et particulière qui avait finit par imprégner le long manteau brun du médecin.

« -Je suis venue dire un p'tit coucou à mon ex beau-frère et à ma nièce... »

Murmura Alexandra en laissant sa tête tomber contre l'épaule carrée de l'homme. Piotr avait la même taille que les hommes d'avant la catastrophe. Peut-être parce qu'il avait eu un peu de temps pour vivre avant que tout ne s'effondre...

« -Dis pas ça comme si c'était une promenade ! T'as voyagé pendant combien de temps ? »

Elle releva les yeux, lui retirant d'une main l’espèce de casquette de feutre qui lui servait à dissimuler son regard. Et Désordonnant de l'autre ses cheveux bruns aux infimes reflets roux, coupés presque militairement : plus courts sur les côtés, presque rasés. Ses doigts passèrent sur la joue maigre et creuse, à la peau couverte de tache de rousseur. Que le temps et l'obscurité avaient rendu presque indiscernables.

Piotr sursauta en voyant l'image d'Alexandra d'un autre point de vue s’imposer dans son esprit. Il baissa les yeux vers la petite fille derrière lui, fronçant les sourcils dans une mine sévère. Cette fois, elle l'avait fait exprès. Inna et lui avaient un lien particulier qui ne nécessitait pas de mot. Quelque chose qui c'était développé, lentement sur neuf ans d’existence. Leur permettant de parfois échanger des images, des sensations, des souvenirs, souvent involontairement. Quelque fois, Inna tentait de lui communiquer quelque chose, forçant sur leur mutation. Et provocant aléatoirement une migraine de plusieurs heures chez l'un d'eux.

« -Inna... La sœur de ta mère. Sacha, Inna. »


Mental

28 juillet 2045 station Alexandrovit sad
.
« -Nadejda… Restes allongée… »

Murmura Alexandra, s’approchant rapidement du lit où reposait sa jumelle. Elle saisit une chaise contre un bureau, l’emportant dans son sillage. La faisant doucement claquer à quelques centimètres du lit, le dossier entre les jambes.
La tête retombée contre son oreiller, ses cheveux claires comme une auréole, sa sœur tenta de lui sourire. Elle fronçait douloureusement les sourcils, le travail de ses lèvres décolorées montrait la maigreur de son cou. Son front se couvrait d’une légère sueur, la fièvre se lisait dans ses yeux.

« -Tu…. Va bien ? »
Un ricanement amer échappa à l’ex-stalker.
« -Bah…. C’est plutôt à moi de te demander ça…
-Ça… Va…. Tu…. L’a… L’a….Trouv…T-
-Oui. Et Inna est avec lui. »


Nadejda sembla s’apaiser, arrêtant de s’imposer un faux sourire.
« -Ils… Vont bien ? »

Alexandra se raidit. Elle referma ses dents sur ses lèvres, jouant un instant avec. Suspendant le temps dans l’espoir de trouver quoi dire.

« -Piotr n'a pas changé. Toujours aussi… Froid et indifférent vu de l’extérieur. Puis dès que tu creuses un peu, il devient un nounours… Nounours déterminé et indomptable, nounours qu’il vaut mieux ne pas chercher, mais nounours quand même.
-Il… Toujo… Médecin ?
-Ouais. Toujours avec le même dévouement. Toujours aussi infoutu de prendre de la distance avec un patient, mais autant incapable d’exprimer naturellement son affection à quelqu’un. Tu sais, avec lui, c’est toujours par à-coups. Il donne l’impression de n’en avoir rien à foutre de personne. Il reste toujours plus ou moins courtois, bien dans sa zone de contrôle, bien dans la maîtrise de lui-même. Pire : dans l’hyper-contrôle du moindre de ses muscles. Puis un jour, il va craquer, te prendre dans ses bras, à moitié fondre en larmes et s’époumoner à te dire que t’es pas n’importe qui pour lui. Il a dû te faire ça, à toi. Pour sa terrible déclaration. »


Nadejda hocha faiblement la tête, les yeux fermés.

« -Il….A… Quelqu’un ? »

L’ex-stalker laissa son crâne tomber en avant, posant son front contre le dossier de la chaise avec un soupire. Derrière ses paupières closes, elle sentait arriver la phase délicate de la vérité.

« -… Il peut pas. Il a autre chose à faire. Et je crois pas qu’il en a envie. Vous avez pas rompu…. Pas réellement. Rien n’a été dit, et il est fidèle et loyal comme type. De cœur et de corps, alors aller courir la cultivatrice de champi !
Puis Piotr a des engagements envers Inna et toi, qu’il prend plus qu’au sérieux. Il respecte toujours ses engagements et ses promesses. En deux semaines avec lui, j’ai eu le temps de le voir défendre ta fille. C’est pas du genre « petit  papa gâteau ». Un type qui avait la grippe a simplement voulu s’approcher d’Inna… Sur le coup, j’ai cru que Piotr allait le tuer. Réellement. Faut pas toucher à sa famille. Et puis entre nous… »


Elle se pencha en avant, comme livrant une confidence sous secret-défense. Retrouvant le plaisir de secret sans importance qu’elles se confiaient, adolescentes.

« - J’crois que le sexe lui fait peur. Enfin… La perte de contrôle que ça peut entraîner. Si tu veux mon avis, Piotr est bien plus impulsif et passionné qu’il ne le laisse deviner. Mais on a dû l’étouffer dans l’œuf, quelque chose comme ça. Et… Il a peur…Il a peur de lui-même.  »

Nadejda remua légèrement au fond de son lit, s’enfonçant dans son oreiller, remontant d’un mouvement d’épaule la couverture.

« -Avec….In…na ?
-… C’est particulier. Ils ont leur façon de communiquer. Tu connais la façon de penser de Piotr concernant le métro : qu’il est inutile de vouloir vivre comme on l’a fait à la surface, puisqu’on n’est pas à la surface et qu’on n’y retournera jamais. Il gère sa vie avec cette idée, regardant les stalkers comme on regarde des antidouleurs. Comme quelque chose qui ne fait que cacher le problème, et qui ne fonctionne qu’un temps. Il contribue au métro, mais à sa manière. En tentant d’avancer, de s’adapter à la vie et à la société souterraine, de faire évoluer les moyens qu’on a.
Alors tu te doutes qu’il a pas pu élever Inna comme on a était élevées, petites filles. Ou comme Dmitri a été élevé. Déjà, il semble pas avoir la fibre paternelle. Il est habitué aux gens résistants, tant physiquement que psychologiquement. Ce sont d’ailleurs les seuls avec qui il peut vivre. Alors Inna… Une petite fille toute fragile, et en construction, c’est un peu trop pour lui.
Ensuite, tu le connais, il parle jamais de sa vie. Alors Inna… Est sans repère. Piotr est devenu plus autoritaire qu’on l’a connu. Il n’hésite pas à se faire obéir maintenant. Mais avec Inna… J’ai l’impression qu’il s’y refuse. Tout comme il se refuse avec elle, à la brutalité qu’il a toujours un peu avec tout le monde. »


La malade se redressa sur un coude, semblant vouloir parler avant qu’une quinte de toux ne s’empare de sa gorge. Elle ramena à ses lèvres son poing, crachant contre ses doigts des gouttelettes de sang. Immédiatement sa sœur se leva, écartant sa chaise en un mouvement de bras. D’une impulsion, elle se retrouva un genou appuyé contre le matelas, une main soutenant la tête de sa jumelle.

« -Nadejda ! J’appelle Fédor ?
-N… Non… Veux… Sommeil….
-Ok… J’te laisse, mon baratin à dû te fatiguer ! »


Tenta-elle de plaisanter, sourcils froncés d’inquiétude. Elle sentait contre ses doigts la peau moite et brûlante de sa sœur, ses cheveux que la faiblesse avait rendus fins et incolores. Alexandra la rallongea doucement, embrassant du bout des lèvres une joue creusée. L’ex-stalker recula jusqu’à la porte comme une ombre, retrouvant des réflexes de son ancien travail.

Nadejda… Est-ce que j’aurais dû te dire que piotr n’est pas celui qu’il laisse voir? Est-ce que je devais te dire que le dévouement qu’il montre envers ceux de la Hanse… N’est qu’un subterfuge ? Et qu’il se hait profondément, qu’il ne fait que chercher une rédemption que personne ne lui accordera -il le sait- puisque lui et moi sommes les seuls à connaître son crime, et que je ne me sens pas prête à lui pardonner ça ?
Et ce que je peux te dire que l’homme que tu as aimé est complètement brisé, et ce depuis longtemps?



Compléments

Compétences

05 juin 2045 station Prospect Mira

Alexandra croisa les bras sur la table, sentant le froissement du tissu contre le bois, les légères accroches des échardes. Elle appuya sa tête contre son avant-bras, ses yeux mi-clos observant les gestes de l’homme penché sur un feu fait dans un bidon. Comme des milliers d'autre dans le métro..

« -Qu’est ce que tu fais ? »

Piotr releva la tête de son travail, lâchant la pince qui trempait dans une bassine métallique, au-dessus du feu.

« -Je stérilise le matériel. Enfin autant que possible. Faudra le refaire avant de le réutiliser, mais si je dois opérer dans l'urgence...
-T'es organisé.
-J'ai pas vraiment le choix.
-Hum.... Je t'ai jamais demandé, mais... Jusqu'où tu t'y connais en médecine ? »


Les yeux de l'homme se ternir d'un coup. Il vient s'asseoir face à elle, le bruit de ses semelles traînant contre le sol couvrant tout autre bruit.

« -Mon... « Professeur »... Était un ancien enseignant de faculté de médecine. Il m'a appris tout ce qu'il a pu. Je me rends pas vraiment compte de mes compétences, je sais juste que j'ai dû oublier pas mal de choses. Je me rappelle de ce que je fais tous les jours. Recoudre de la peau, reconnaître une maladie, maintenir quelqu'un en vie. Faire un massage cardiaque, désinfecter, extraire une balle, faire un plâtre, une attelle. Mais... Ici, on a pas les mêmes moyens qu'eux à l'époque. Le truc, c'est pas temps de savoir désinfecter une plaie ou quelque chose comme ça. C'est de savoir le faire dans le métro, avec les moyens du métro.
-Et tu te démerdes ?
-J’excelle... Je passe presque plus de temps à entretenir mes instruments et à chercher quel mélange de telle ou telle racine donnera le meilleur désinfectant.
- Haha ! T'es bricoleur quoi ? »


Piotr esquissa un sourire qui se contentait de ses lèvres, n’atteignant pas ses yeux. Ni le moindre muscle de son corps.

« - D'une certaine manière....
-Et.... Ça ? »


Alexandra désigna d'un coup de menton l'AK 103 appuyée à la table, contre laquelle dormait Inna. Comme si le métal la réchauffait. Le tableau avait quelque chose de terrifiant, et d'horriblement parlant. Un résumé du métro à lui seul.

« -Ça ?... C'est presque plus pour elle que pour moi. À l'époque, je n'avais qu'un pistolet lambda. Mais quand Nadejda m'a amené Inna... Il me fallait quelque chose de plus dissuasif.
-... C'est elle qui tire ?
-.... Dès que j'ai su m'en servir, je lui ai appris comment faire. Et comment l'entretenir aussi.
-....Tu pouvais pas lui offrir une poupée? »



Possessions

23 janvier 2045 station Prospect Mira

Le médecin se passa une main sur le visage avec un soupire, les traits tirés. Ils allaient repartir dans la journée pour la prochaine station de la Hanse, après s’être occupés d’un cas particulièrement éprouvant. Et qui avait nécessité l’utilisation de quasiment toutes ses possessions médicales. Le médecin attrapa sa sacoche de cuire, là où il rangeait éternellement ses instruments. Des encoches avaient été découpées à l’intérieur des compartiments, servant à ranger les six scalpels qu’il avait fait tailler par un artisan de la Rijskaya. Piotr attrapa une de ces lames à la forme si particulières, portant dessus un regard expert. Son pouce glissa sur le coupant de l’une d’elle, lutant contre une légère résistance. Il attrapa sa pierre à affûtée, commença à provoquer cette friction du métal et de la pierre. Distillant ce son sifflant qui faisait grimacer Inna. D’un coup, il s’arrêta, approchant la lame à la lumière d’une des quelques bougies qui traînait dans son autre sac : celui de sa vie privée.
Il finit l’affûtage avec le passage sur le coupant d’un chiffon extrait des chutes de tissu qu’il avait utilisé à la confection de bandages. Le froid du scalpel quitta sa main, remplaçait par celui d’un stéthoscope trouvé et ramené de la surface par sa seule et vraie amante. L’objet fut nettoyé en quelques secondes, enroulé sur lui-même et déposé dans un compartiment de la sacoche. Piotr passa à une petite pince, autrefois outil de mécanique, maintenant retaillé pour la médecine. Il nettoya attentivement le mécanisme, là où se rejoignaient les deux mâchoires, où le sang c'était logé. Le médecin la rangea dans sa sacoche en même temps que dix rouleaux de bandages, un flacon d'un désinfectant à base d'alcool, du fils plus ou moins adapté pour recoudre une plaie. Et l'aiguille si prétend.
Il referma le sac, en attrapant un autre, plus grand et de toile, pour y lancer tout ce qu'il restait sur la table : cartouches, chiffons, canif, cigarette de la Ligne Rouge, silex à feu et un million de petites choses, d'objets trouvés que Inna ramenait toujours, véritable petite pie.


Antécédents médicaux

04 juin 2045 Prospect Mira

« - T’as toujours cette cicatrice….
-Tu pensais qu’elle allait un jour disparaître ?
-J’la déteste… »


Piotr soupira, forçant sur son cou pour redresser la tête. Et apercevoir la cicatrice courant sur son avant-bras droit, partant du renflement du pouce, finissant au coude du coté opposé. Il sourit tendrement à Alexandra, se laissant retomber contre son lit de camp.

« - C’est juste une marque.
-Hum… Celle d’une tentative de suicide. Que t'as chié d'ailleurs.
-Peut-être parce que j’avais pas réellement envie de mourir…
-Ils disent tous ça… Les dépressifs qui venaient au cabinet de mon père, avant.»


Elle sentit se raidir l’homme allongé à coté d’elle. Un léger tressaillement qui fit trembler un corps couvert de cicatrices. L’ancienne stalker soupira, d’un coup écrasé de lassitude. Elle se redressa, recroquevillée pour ne pas taper contre la tente, s’asseyant calmement sur les jambes nues du médecin. Comme si ce fût la chose la plus normale, comme s’il n’y avait aucun désire entre eux.

« -Sacha… Je t’ai dit que j-
-Je sais crétin. J’ai pas de libido ce soir, j’veux juste réviser. Pour mon rapport à Nadejda, tu comprends. »


Ses mains passèrent dans les cheveux de Piotr, descendant dans son cou jusqu’au commencement de ses épaules. Là, elles s’arrêtèrent pour la première fois. Alexandra appuya un index calleux contre un léger creux dans la peau, au dos du muscle trapèzien.

« - Une impacte de balle. De quand ?
- La guerre entre les rouges et la Hanse. J’ai été touché en tentant de tirer un pote jusqu’à notre cordon.
-T’as failli y passer ?
-C’est pas passé loin. »


Elle hocha la tête, les yeux fermés comme pour dire qu’elle avait compris et enregistré l’information. Son exploration continua, s’immobilisant sur les cotes de l’homme. Ici, sur une surface grande comme deux mains d’homme, la peau était rugueuse. Étirée, tirée ou serrée, hétérogène. Alexandra haussa un sourcil, lançant un regard au médecin dont déjà les yeux s’obscurcissaient.

« Brûlure ?
-Oui. »


Il avait répondu à contre cœur, les lèvres pincées, sa respiration s’accélérant.

« -Hum… De quand ?
-….
-Piotr ?
-Y’a deux ans.
-Et comment ?
-Accident. J’ai merdé avec de l’eau bouillante. Pour… Stériliser des bandages.
-J’vais faire semblant de croire ton mensonge… »


Souffla-t-elle, passant à autre chose. Sa paume glissa sur une hanche anguleuse, passant indifféremment à quelques centimètres de l’entre-jambe. Elle gratta du bout de l’ongle cinq légères striures blanches barrant sa hanche, disparaissant dans son dos.

« -Et ça ?
-Cicatrices d’un mutant. C’était en plein milieu d’un couloir entre deux stations abandonnées, j’ai pas pu le voir. Ça doit être une bonne chose.
-Tu l’avais pas la dernière fois que je t’ai vu…
-Elle date d’un peu avant que Nadejda vienne me voir pour la dernière fois, donc… vers 2036…
-Elle se rouvre souvent non ? Là… Y’a des traces de cicatrisations toutes récentes….
-Ouais. Je lui ai jamais laissé le temps de complètement se refermer... Avec Inna, je peux pas me permettre de m’immobiliser pendant plusieurs jours… Puis paradoxalement, je cicatrise mal. Ça a toujours était comme ça, pour une blessure qui serrait cicatrisée en deux jours pour n’importe qui, j’en ai pour une semaine, avec des démangeaisons, histoire de m’achever.
-Le comble pour un médecin… »


Elle laissa retomber sa main sur le matelas de camp.

« -J’vais pas m’amuser à demander l’origine de toutes ses petites cicatrices de t’as sur les doigts, les bras, le dos… Partout quoi. »

Intérêts & Loisirs

N'importe quand, dans n'importe quelle station de la Hanse

Piotr ralentit lentement le mouvement de balancier que son corps suivait depuis presque une heure. Dans ses bras, le corps rachitique d'Inna s'était peu à peu détendu jusqu'à s'affaisser de tout son poids. Le flot de pensées désordonnées qui passaient sans arrêt entre eux venaient de faiblir. Seules des flammèches de rêves passaient, spectrales et rassurantes dans son esprit. Maintenant qu'il n'avait plus à se protéger contre des intrusions, qu'il n'avait plus à craindre que ses souvenirs débordes sur Inna, il pouvait se laisser aller à un peu de tendresse paternelle. Il le faisait toujours dans la retenue, avec cette totale peur de lui-même. Mais Inna était plus qu'une fille pour lui. Elle était une part de lui, autant qu'il était une par d'elle. Le médecin replace une mèche blonde dégringolant sur le front de la petite fille. Commençant à fredonner du bout des lèvres un air unique une contine, que dans quelques années seule Inna connaîtrait.

« - Danses dans les tunnels du métro
Que demain on ait des héros
Danse dans les tunnels du métro
Pour que demain l’espoir éclos

Danses puisque ton cœur bat pour ça
Et qu'ici maintenant, c'est chez toi
Danses puisque tu n'as plus que ça
Et que personne ne t'arrêtera... »





Il avait une impression de brasier dans le ventre. Le moindre millimètre carré de sa peau brûlait sous un regard qui n'avait rien d'humain. Mais qui était sur lui bien plus efficaces que n'importe quel coup d’œil aguicheur. Piotr déglutit, se plaquant au mur, s'y accrochant comme s'il avait pu tomber sans son aide. Ses doigts cherchaient désespérément la pierre, ses ongles ripaient contre elle. Il voulait voir le feu se répandre à tout le métro, consumer le moindre tunnel. Et qu'il commande à ce feu, que ce soit lui qui le guide de station en station pour détruire, anéantir. Que pour une fois, à défauts de se contrôler lui, il puisse décider du sort d'un autre. Le médecin se reprit juste à temps, rouvrant ses yeux qu'il n'avait pas senti se fermer, attrapant une bouffée d'air comme si elle avait été la dernière.

Papa ?
J-j'arrive Inna....
Qu'est-ce qu'il se passe?
Rien, j'arrive...

Piotr lâcha des yeux le feu se consumant paresseusement dans un bidon métallique. Il sentait ses épaules trembler, la sueur perlant à ses tempes. Et dans un coin de sa tête, toujours là ,même si infime, la possibilité de s'abandonner au feu.




Histoire


2013 Moscou sous les missiles

« - Marina…. Mon dieu… Marina… »

Yvan fixa le rideau hermétique que venaient de refermer quatre militaires. Il était incapable de parler. Incapable de penser au petit garçon qu’il tenait contre lui, incapable de se rendre compte que le monde venait de sombrer autour de lui.
Tout ce qui comptait, c’était ce que lui venait de perdre.
Toute sa vie. Son job, son chez lui, sa famille.
Et Marina. Surtout Marina. Elle n’avait pas eu le temps de quitter les urgences. Ou peut-être avait-elle voulu aider un patient à fuir.
Mais avant tout, elle venait de les abandonner. Marina avait osé mourir, laisser un mari et un enfant en pâture à la vie.

« - Qu’est ce qu’il se passe ? Papa ? Papa ! »

Il serra son fils contre lui, ne sachant quoi lui dire. Est-ce qu’on pouvait expliquer à un enfant dont le monde c’était toujours résumé à une école, une maison et un tapis de jeu, que le monde venait de mourir ?

« - Monsieur ? »

Yvan poussa un hurlement, se retournant pour faire face au visage casqué d’un militaire.

« - Monsieur, suivez la file s’il vous plaît. Tout va bien se passer, suivez la file… »

Il hocha la tête, posant son regard déjà mort sur la vague humaine avançant sous le commandement militaire.

« - Tout va bien se passer Piotr. Il faut suivre la file…. »



2019, station inconnue

Ses mains tremblaient, les hurlements de la femme et future mère le faisaient sursauter à chaque seconde.

« - Elle a mal !
-Bien sûr qu’elle a mal ! Éponge-la bon sang ! »

Piotr se jeta sur une serviette posé au chevet d'Elena. Il trouvait en lui une force incroyable à cet instant, alors que la seconde femme de son père accouché dans des conditions primaires. Bientôt un seconde petit frère ! Ou mieux : une petite sœur ! Quelqu’un pour être avec Isaac quand lui subissait les cours de Yuri.

« -Donnes-lui ta main ! »

L’adolescent attrapa les doigts de la femme, sentant immédiatement un étau se refermer sur sa main. Il réprima une grimace, essuyant le front moite de sueur d'Elena, murmurant des paroles de réconforts, des mots de fils à une mère. Elle dardait sur lui ses yeux fiévreux, plissés de douleur. Mais où brillaient au fond des prunelles l'amour qu'elle portait déjà à un enfant à peine né.

« - Tenez le coup Elena ! Nous y sommes presque ! »

Lança Yuri, crispé dans son accompagnement du bébé. À partir de là, il pouvait s'être passé une heure comme cinq minutes, Piotr n'aurait pas pu le dire. Il sentait la poigne féroce de la femme de son père. Il entendait les encouragements de son professeur qui semblait assister à un combat épique et millénaire : celui de la vie contre le désespoir et la mort. Mais lui ne pensait qu'à l'après. Quand cet être qui était à moitié du même sang que lui serait né, et que la vie reprendrait. Quand Yuri lui lancerait un regard glacial, et qu'ils retourneront dans l’alcôve qu'Yvan avait fait aménagé en bureau. Et que reprendraient les humiliations, la violence qu'on ne voit pas, mais qui ne guérit jamais.
C'était étrange que l'apprentissage de la médecine, ce qui reconstruisait, le détruise autant...

« -PIOTR ! Les pinces ! »


L'adolescent releva la tête, un instant perdu, avant de lâcher à contre cœur la main d'Elena. Il se précipita vers une petite table prêt du lit, attrapa deux petites plates qu'il tendit sur-le-champ à Yuri. À ce moment, son regard capta la petite chose gesticulante, déposée sur le lit. Une petite, toute petite fille, d'à peine une minute. L'homme prit les pinces, les glissa immédiatement sur le cordon ombilical pour couper la circulation sanguine.

« - Ciseaux ! »

Piotr lui tendit l'instrument sans un regard, incapable de lâcher des yeux sa sœur. Elle était terriblement agitée, pleurant, gesticulant, déjà vivante, bien vivante.
Enfin le lien physique entre la mère et la fille fut rompu. Yuri prit la petite chose encore innommée dans ses bras, se tournant vers Piotr. Et pour la première fois depuis qu'il était dans le métro, il offrit un vrai sourire de bonheur au garçon.

« - Mon fils... Je.... Veux voir mon fils... »


L'adolescent se crispa. Ses yeux passèrent de la petite fille à Elena.

« - Elena... C'est une f...
- Reposez-vous d'abord Elena. Vous avez besoin de vous remettre. »




2025 Station inconnue

Il les haïssait. Son père et son professeur, Yvan et Yuri. Pour l’avoir envoyé dans cette guerre, pour ces tatouages brûlants ses bras - ses tatouages d'un guerrier qu'il n'était pas -, pour tout ce qu’ils l’avaient poussé à faire. Pour la douleur infligée à Isaac, à Sergueï.
Quand la guerre entre la Hanse et la Ligne Rouge avait éclaté, il y a quatre ans, leur propre station c’était retrouvé au cœur de la tempête. Et pour obtenir le soutient de la Hanse et s’assurer que la faction marchande ne les poignarderait pas dans le dos, Yvan avait sacrifié son premier fils et l’avait envoyé au combat. Piotr était devenu médecin de guerre, tout ce qui manquait à l’anneau à ce moment. Il avait vu passer sous ses yeux des corps plus mutilés les uns que les autres, avait du prendre sur son âme et conscience le choix de sauver tel ou tel soldat, d’en achever un autre. Une personne rencontrée le matin pouvait être parmi ceux qu’on lui ramené trop tard le soir. Et c’était ce qu’il s’était passé, ou presque. Le médecin avait eu la mauvaise idée de s’épauler à quelqu’un, et de laisser quelqu’un s’épaule à lui. Cette entraide avait duré un mois. Puis l’attelle était un jour partie au front, et n’était plus revenu. Piotr était alors devenu assez incompétent pour que ses supérieures décident de lui donner une semaine de report plutôt que de le voir rater intervention sur intervention. Et il était immédiatement reparti dans sa station d’origine, plus pour voir ces deux cadets à qui il vouait un amour irraisonné que pour retrouver un environnement rassurant. Revoir Yuri n’avait rien eu de rassurant. Ce qu’il l’avait poussé à faire quelques jours plus tard ne l’avait en rien soulagé. Et maintenant, trois ans plus tard, il n’arrivait plus à vivre ici, avec des souvenirs aussi… Immondes.

« - Pousses-toi Papa.
-Où comptes-tu aller ?
-N’importe où fera l’affaire. Ça ne pourra jamais être plus sale qu’ici.
- Arrêtes de raconter ces conneries. Et lâche tes frères. »


Piotr resserra sa prise sur le minuscule corps de Sergueï qu’il tenait contre son torse et lançant un regard à Isaac. Le petit garçon roux retenait de légers tremblements, autant du à la peur qu’à la fièvre qu’il subissait depuis toujours.

« - Non. Tu crois que je vais les abandonner là ? Hein ?! Pour que tu continues de mépriser Isaac ? Pour que ta tarée de femme puisse encore délirer sur Sergueï ?! Pour qu’elle continue à renier SA FILLE ?! Vous êtes un parfait duo de dégénérés… Et vos enfants ne s’en relèveront pas. »

Yvan laissa un sourire mauvais s’étaler sur ses lèvres. Du bras, il embrassa toute la station, toute son œuvre à laquelle il avait offert sa vie et son âme. S’il ne l’avait pas abandonné à la surface avec Marina il y avait douze ans.

« - Penses-tu que quiconque ici va gentiment te laisser partir ? Avec mes fils en prime ? »

Le médecin jeta un regard circulaire à la station, aux yeux qui ne les lâchaient pas. Il percevait la tension presque palpable du moment, la volonté de chacun de le voir abandonner. Et même toutes ensembles, ses volontés n’avaient aucune valeur, ne valaient rien comparés à celle écrasante de Yuri. Seul Yuri aurait pu le faire reculer.
Il lâcha la main d’Isaac et reposa la petite Seryoga pour armer l’AK qui l’avait suivie de la guerre jusqu’à aujourd’hui. Un déclic métallique sonna avant qu’il ne pointe l’arme en direction du gourou de la station, une lueur de défit dans ses yeux tel un flambeau de colère.

« - Et si je bute leur maître incontesté et adoré ? Cette station va devenir une parfaite fourmilière sans reine. Et je n’hésiterais pas à te percer la peau, la guerre m’a au moins servi à ça… Alors recule Yvan. T’as peur de crever, pas moi. Pas maintenant. »

L’homme sembla hésiter, laissant sans cesse tomber son regard sur la petite silhouette se serrant contre Isaac.

« - Je te laisses partir. Si Sergueï reste ici.
-Et Isaac ? »


Le même sourire remplie de folie d’Yvan revient une seconde fois. Piotr n’avait jamais compris cette haine que portait son père à Isaac. Ou plutôt, il ne s’en doutait que trop. Isaac était l’échec. Alors que Sergueï courrait déjà partout, alors qu’elle montrait déjà un comportement de prédateur, le benjamin de la fratrie était frêle, rachitique… Et faible. Pas la descendance de guerrier à laquelle Yvan aspirait.

« -Tu peux emmener ce bâtard. Il crèvera au bout de deux jours, et de toute façon, ici il est un poids. Pour la station et pour son frère. »


Piotr tourna la tête vers les deux enfants, surveillant son géniteur du coin de l’œil, prêt à tirer. Laisser Seryoga seule ici, c’était la condamner. Et l’avenir d’Isaac ne se promettait pas meilleur. Mais à deux, ils serraient plus fort. Plus fort que lui qui ne pouvait plus supporter cet endroit.

« - Marcher accepté. Mais Isaac restes avec elle. »


Souffla-t-il, son torse se soulevant plus vite qu'il ne le voulait. La peur gagnait du terrain, il devait quitter la station avant qu'elle ne vainque.
Piotr ferma les yeux, le visage froissé par la douleur, la colère d'abandonner Sergueï et Isaac. Il se tourna vers les deux enfants, s'agenouillant pour les enfermer dans ses bras. Sa sœur regardait la station sans vraiment comprendre ce qu'il se passait, encore à un âge où on pouvait échapper au monde. Mais Isaac lui, semblait saisir tout les enjeux, le danger que cet endroit représentait, encore plus pour lui. Le médecin prit le visage de son cadet entre ses mains, sentant ses doigts trembler.

« - Écoutes Isaac, tu dois surveiller Sergueï. Tu sais ce qu'ils vont lui faire, tu sais qu'ils vont complètement la détruire, alors quand elle dérapera, quand elle s'éloignera trop des hommes.... Sois là. »



2030 Parck Koultoury

« - Sacha ! Putain descend cet escalier ! Grouille ! On arrivera pas à le ramener   à Polis en vie à ce rythme! »

Nadejda expédia un coup de pied à sa jumelle, la faisant dégringoler de cinq marches avant qu'elle ne se rattrape à la rampe d'escalator. Alexandra se retourna une seconde, tendant son majeur à sa sœur avant de sauter les dernières marches. Elle atterrit avec un claquement sourd de semelles, repliée une seconde sur elle-même, contractée, avant de se redresser. D'un mouvement d'épaule, elle renvoya son AK dans son dos, écartant grand les bras.

« - Reculez, on a un blessé ! Allez, reculez ! Putain la vielle, tu captes ou pas ?!! Dégage merde ! »

Nadejda soupira, resserrant sa prise sur le corps inerte d'un équipier de toujours. Elle le traîna jusqu'au pied de l'escalator, le déposant lentement au sol, laissant dans tous ses gestes une douceur inattendue d'une militaire. La stalker prit un canif dans une poche de sa combinaison, découpant celle de son coéquipier. La peau, la chaire étaient ravagées là où les griffes d'un mutant étaient passées. La femme pressa ses mains contre la plaie, tentant d'arrêter la course du sang, son cheminement entre ses doigts.

« - Attends, j'vais t'aider.. »


Des mains tatouées, couvertes d'encre jusqu'aux ongles se glissèrent au côté des siennes. Ensembles, elles faisaient peu à peu taire le sang, s’écrasant contre la peau du blessé.

« - J'vais prendre une compresse, t'es prête à appuyer ?
-Ouais ! »

Les mains disparurent, le flot du sang revient pendant une seconde, avant que Nadejda ne reprenne le contrôle de la situation. Elle continuait de presser la plaie, entendant près d'elle le bruit d'un sac qu'on fouille. Elle avait de sacrés nerfs, qui s'étaient lentement forgés sur le terrain et dans sa vie privée. Mais faire confiance à quelqu'un dont elle n'avait pas encore vu le visage, quelqu'un qui venait d’apparaître comme un mirage, c'était trop pour un esprit cartésien et réfléchit comme le sien.

« - T'es médecin ?
-Oui. Depuis assez longtemps pour que tu me fasses confiance.
-... Qu'est ce que tu fais là ?
-Je travaille. Je suis médecin ambulant pour la Hanse.
-Tu savais qu'on allait descendre par ici ? »


Les mains réapparurent, la chassant d'un coup de paume pour presser la compresse contre la blessure.

« - T'as d'autres questions idiotes ? Comment je pouvais savoir que vous alliez descendre ici ?
-....
-Passes-moi un bandage. »


Elle soupira, laissant tomber son regard sur la sacoche de l'inconnu, attrapant une bandelette de tissu enroulée sur elle-même. La stalker lui tendit sans un regard et recommença à appuyer contre la plaie, l'observant panser la taille de son coéquipier.

« -Pour maintenir la compresse en place. J'ai rien d'autre pour l'instant.
-Je t'ai pas demandé de te justifier....
-Je le fais avant que tu demandes alors. »


Nadejda réprima un ricanement, relevant pour la première fois les yeux sur celui qui jouait au sauveur. Un homme quelconque dans le métro, au détail prêt des tatouages couvrant ses mains et ses avant-bras.

« - Pourquoi tu me fixes ?
-.... Pas courant, les mains complètement tatouées. 'Fin bref... »

Marmonna la stalker, encore inconsciente que le soir même, elle coucherait avec cet homme, qu'elle reviendrait ici le plus souvent possible, qu'ils régleraient leur vie l'une sur l'autre, tentant de se voir quand ils pouvaient : à un retour de mission, à un passage à Polis. Qu'ils seraient amants.



2035 Prospect Mira

Il ne s'était pas permis d'y croire avant de les voir. Quand il avait entendu parler des Siffleurs et du duo qui les accompagné, d'une femme inhumaine, d'un roux boiteux, la possibilité que ce soient eux l'avait traversait. Puis le reste du tableau c'était éclaircis. Une femme au nom d'homme, au corps couvert de tatouages. C'était elle, le doute s'était envolé. Et maintenant qu'ils étaient dos à lui, après dix ans, le souvenir même du doute lui avait échappé.
Il prit une inspiration, s'approchant doucement, plus si sûr d'avoir le droit de leur parler.

« - Sergueï.... Isaac ? »

En une seconde, elle se retournait, dardant sur lui un regard du même bleu que le sien. Ses traits étaient devenus félins, durs. À ce visage d'adolescente, presque d'adulte, se superposait le souvenir qu'il avait d'elle quelques secondes après sa naissance.

« - Piotr ? Piotr.... Tu.... C'est toi ? »

Le médecin se tourna vers le jeune homme adossé à un mur, appuyant son poids sur une canne, l'observant d'un regard délavé et écarquillé. Lui aussi avait grandi. Il dégageait quelque chose d'étrange, de particulier.

« - Ho merde.... Isaac.... Sergueï... »


Piotr craqua, retrouvant ce geste qu'il avait eu, dix ans plus tôt, de les attraper, les serrer contre lui. Timidement, semblant hésiter, Isaac posa une main dans son dos, murmurant un « content que tu sois en vie ». Mais dans son autre bras, la présence de celle qu'il avait vu naître restait de glace. Menaçante. Et lorsqu'il porta le regard sur elle, il vit quelque chose qui n'avait rien d'humain, qui montrait tout ce que le métro pouvait faire d'un humain. Tout ce que l'homme pouvait emprunter à l'animal pour sa propre survit.




02 février 2036 Kievskaya

Piotr prit une grande inspiration, laissant sa tête chavirer en arrière avant de se reprendre. Il posa ses mains à plats sur la table à laquelle ils étaient assis, fixant Nadejda en face de lui. Et plus particulièrement la fille qu'elle tenait dans ses bras, comme un reflet de sa propre sœur, perdue et retrouvée.

« - Nadejda... Est-ce que j'ai une tête à pouvoir m'occuper d'un bébé ? D'une petite fille ?! »

Le regard de son amante s'assombrit, sa lèvre s’ourla de colère. Sa prise sur son enfant serré contre sa poitrine se raffermit, elle se redressa violemment, penchée au-dessus de lui. D'un coup, Nadejda eu tout d'une lionne protégeant son petit. Même si pour cela elle devait s'en séparer.

« - Ouvres tes oreilles Piotr, ouvres bien tes oreilles ! Mon frère c'est fait assassiner ! Tu comprends ça merde !? Et ca vient de très haut !Parce que pour que tout le monde ferme les yeux avec les preuves monstres qui prouvent que c'était pas un accident, faut vraiment que cette histoire soit dégueulasse ! Alors comment tu veux que je laisse mon bébé dans cette merde ?!! On sait pas pourquoi c'est tombé sur Dima ! Peut-être qu'il y a un lien avec notre père brahmane, peut-être avec le conseille ! On en sait rien, alors je cours pas le risque de laisser mon bébé à porter de leurs griffes !
-C'est bon Nastia, rassis-toi s'il te plaît. »

La stalker se calma lentement, ravalant sa colère, sa peur que l'urgence de la situation décuplait. Elle se rassit, gardant sur Piotr un regard presque haineux. Provoquant chez le médecin un ricanement.

« - Je rêve Nastia. Tu oses te ramener maintenant, et faire les bonnes mères alors que t'en avais rien à foutre de ce bébé y'a deux mois ?! Alors que t'as continué de monter à la surface autant que possible, avec elle dans le ventre ?! Et par-dessus tout, tu me demandes de m'occuper d'un enfant qui n'est même pas le mien ?!!
-MAIS TU CROIS QUOI ?!! Que j'ai pas balancé ses responsabilités à la face de son père ! Il en a rien à foutre, je suis juste un coup d'un soir pour lui ! »


Le médecin se laissa choir contre le dossier de sa chaise, les yeux froids.

« - On est plus rien que des amis Nastia.
-Bien sûr que non. On s'aime toujours.
-Non. T'as besoin de mon aide, et moi, je suis infoutu de te dire non. C'est pas de l'amour, c'est de la faiblesse. L'amour, on en avait qu'un petit brasero désormais éteint.
-Piotr.... Nous laisses pas tomber.... J't'en supplie... »


Il reposa son regard sur l'enfant de Nadejda, sur une étrangère dont il n'avait pas même les gènes en commun. Et pourtant il savait qu'il n'avait pas le choix, qu'il devait accepter devant la menace qu'était son amante. Pas temps pour lui, mais pour le bébé. Il la savait capable de devenir comme celle qui avait brisé sa sœur. Avec un soupire, il tendit les bras vers elle, désignant la petite d'un signe de menton.

« -Elle s'appelle comment ?
-Inna. »




2037, alentour de la station Borovitskaya

« - Hey ! Piotr ! Ça fait un baille ! »

Le médecin se retourna, sachant déjà à qui il allait avoir à faire. À un rassemblement de la Main Rouge, il n'y avait qu'une personne pour l’appeler. Pour lui parler même. Il était toujours resté très distant avec la secte, les mauvais souvenirs de sa station d'enfance encore bien encrés, et le risque d'entraîner Inna dans tout cela, trop présent. Le seul qui exprimait ainsi un minimum d'intimité avait aussi été son parrain quand il avait rejoint la secte, il y avait quatre ans.  Mais ce n'était pas pour autant qu'il connaissait la seule motivation qui l'avait poussé à rejoindre la Main Rouge: Inna.

« -Salut Andreï. »


15 juin 2045 Prospect Mira

« - Inna, va falloir aller te coucher.
-D'accord... Bonne nuit ! »

La petite fille sauta de la caisse lui servant de siège, adressant aux deux adultes présents un petit sourire avant de courir jusqu'à une des tentes-hôtels de la Hanse. Alexandra la suivit du regard, voyant une petite silhouette quitter le bar où ils étaient, danser entre les statures d'adultes.

« - Tu te fous pas un peu d'elle là ?
-Hum ?
-Tu crois qu'un père se comporte comme ça avec sa fille ?
-Je ne suis pas son père. »

Le point de l'ex-stalker s’abattit contre la caisse où elle était assise, provoquant un bruit sourd. Piotr soupira légèrement devant la violence qui semblait être la marque des Volkonski. Il n'avait pas connu le frère des deux jumelles, mais il imaginait le même genre de caractère : impulsif, téméraire... Peut-être trop.

« - Mais t'as accepté de t'occuper d'elle !
-J'ai mes raisons d’agir comme ça. Et avec l’épidémie de grippe, je préfère limiter les contactes avec elle...
- Me fais pas croire que ce comportement est exceptionnel ! Elle semble pas triste ou quoi que ce soit du genre ! C'est la norme pour elle ! »


Piotr lança un regard féroce à la femme, et se pencha en avant, coudes appuyés contre ses cuisses.

« - Oui, c'est la norme. Et elle s'en porte bien. On s'en porte bien. On a pas besoin d'être en permanence dans les bras de l'autre pour savoir qu'on est une famille. »




A propos de vous

Age : 15 ans u_u
Avez-vous lu le règlement ? Pour la troisième fois !

Système de jeu choisi : Roulette russe, je regrette déjà!

Surnom : Celle qui ne pouvait  s'empêcher d'emmerder Jora.

Passion, loisirs : Emmerder Jora, traumatiser Alex, faire des blagues douteuses avec Valya, dire à Kai qu'Usty reviendra u_u

Comment avez vous découvert le forum ?  Montre une tente pérave dans un coin J'ai emménage.
Des suggestions ? Quelque chose à dire ? Un dernier mot ? Ça va chier! è_é

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Date d'inscription : 30/03/2017
Messages : 138
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le Sam 21 Juil - 17:20
Médecin

Passeport
Age :: 29 ans
Patronyme :: Viktorovna
Surnom :: Katya
Hello !  Me voici pour le débrief, désolée du délai !

Alors, tout d'abord, je tenais à te dire que dans le staff on a été favorablement impressionnés par ta fiche! Le personnage est vraiment construit dans les moindres détail, et son background est super riche ! Donc bravo déjà.

Il a quelques petites choses à clarifier, rien de bien méchant:
- le surnom, Voria, qui ne semple pas correspondre au prénom.
- le pouvoir de la fille de Piotr: il n'y a qu'elle qui est télépathe, c'est bien ça? De plus, il faudrait un peu recadrer ses capacités. Il nous a semblé qu'elle pouvait parler à Piotr par télépathie et entendre ses réponses à volonté. Pour une enfant, c'est trop puissant, il faudrait ajouter des limites à ce don, ou un handicap significatif.

Voilà ! <3
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Date d'inscription : 30/06/2018
Messages : 36
Double-compte : Airat Ivanov - Ustynia Kabakova
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le Dim 22 Juil - 19:09

Passeport
Age :: 40 ans
Patronyme :: Yvanovitch
Surnom :: Petya
\o Coucou!

J'ai modifié le surnom de Piotr, désolée, petit oublie du à tous ses changements de prénom!

Pour la mutation d'Inna et Piotr, j'ai corrigé et mis ça:
Citation :
Piotr sursauta en voyant l'image d'Alexandra d'un autre point de vue s’imposer dans son esprit. Il baissa les yeux vers la petite fille derrière lui, fronçant les sourcils dans une mine sévère. Cette fois, elle l'avait fait exprès. Inna et lui avaient un lien particulier qui ne nécessitait pas de mot. Quelque chose qui c'était développé, lentement sur neuf d’existence. Leur permettant de parfois échanger des images, des sensations, des souvenirs, souvent involontairement. Quelque fois, Inna tentait de lui communiquer quelque chose, forçant sur leur mutation. Et provocant aléatoirement une migraine de plusieurs heures chez l'un d'eux.

(T'as vu, je suis gentille hein, t'as pas à tout relire ^^)

Au revoir!



"Inna adore la roulette russe..."
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Date d'inscription : 30/03/2017
Messages : 138
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le Lun 23 Juil - 21:19
Médecin

Passeport
Age :: 29 ans
Patronyme :: Viktorovna
Surnom :: Katya

Fiche validée ♥️

Félicitations, tu viens de réaliser tes premiers pas dans le métro de Moscou, ton personnage est donc validé !

Avant de rp, il faut que tu penses à remplir ton profil : les champ contact pour ta fiche de présentation et ton carnet de bord, l'onglet "passeport" donnant des informations concernant ton personnage.

Il faut ensuite que tu créés ton carnet de bord dans lequel il faudra tenir à jour ton inventaire en fonction de tes acquisitions.

Et pour rp, il ne te manque plus qu'un compagnon. Pour cela, il suffit de se rendre au point rencontre et n'hésite pas à jeter un coup d'oeil au tableau d'affichage des missions.

Bon jeu !

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