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Point de rupture
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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Jeu 24 Mai - 21:50

Passeport
Age :: 32
Patronyme :: Nikitovitch
Surnom :: Stena
A propos de ce RP:
 

Smolenskaya-la-marbrée, la plus grande station de Polis après Arbatskaya abritait plusieurs établissements fixes, dont une brasserie prisée des kshatriyas qui souhaitaient quitter l’entre-soi, pour se mêler à la respectable population de la Cité. La société civile était à moins de vingt minutes à grandes foulées, et ceux qui espéraient fuir leurs frères, sans s’éloigner de trop, retrouvaient souvent la soldatesque là où ils venaient l’oublier. C’était ainsi qu’une poignée de soldats du bastion Vympel s’emparèrent du lieutenant Prokhorenko pour le trainer hors les corridors des dortoirs et des installations sportives, dès l’instant où celui-ci regagnait une certaine liberté. Le starchina Kashirsky avait repris la direction des opérations du bastion, secondé du sergent-chef Dezhnova qui les rejoindrait en quittant son service, pour clôturer les évènements avec un verre. Tous avaient été conviés au matin, au service funéraire. Deux morts, un seul corps. Mais cela seuls le savaient Alexandre, Ranvir, Viktor et Oksanna. Daniil et Andreï le savaient également et quand bien même, le premier en portait les retombées officielles, contrairement à la gloire du succès qui auréolait toujours la section entière.

Les battements de rondes étaient serrés et les quartiers militaires paraissaient une fourmilière fraichement écrasée. Les issues des tunnels grouillaient d’unités et les éclaireurs vibrionnaient à l’orée des galeries éphémères. La narration officielle était enfin tombée, et les photographies et croquis du corps du cynanthrope exposées à la caste guerrière. Une nouvelles espèce de mutants, inconnue et rapide, aux taux de propagation inquiétant, voilà ce qui était venu à bout de l’équipe de Stena. D’attaque psionique et de sombre il ne fut question. Le lieutenant et les quatre autres témoins et survivants du carnage devaient se contenter de serrer fort les dents, et d’accompagner la version entérinée du récit. Mais le peaufinage du tableau peint à l’état-major ruisselait en bas de terrain en un tout autre portrait, celui d’un leader qui avait merdé.

Alors, les rivalités de sections risquaient de s’en emparer et s’enflammer. Le bastion Vympel était d’une cohésion légendaire, et les hommes qui en constituaient le corps, sélectionnés pour leur discipline et leur adhésion à toute épreuve aux ordres du chef, ne faisait pas toujours l’unanimité auprès des autres unités. En cela résidait la force du bataillon, sollicité et déployé sur des opérations de protection civile et de défense, et de cette force naissaient aussi les animosités des éclaireurs dont les missions, toutes aussi dangereuses et cruciales pour la sécurité de Polis, étaient beaucoup moins visibles des citoyens.

Le Strelka abritait sa clientèle derrière d’épais vantaux de bois vernis, creusés d’arabesques compliquées. L’ouvrage d’artisans rescapés muftis qui œuvraient à la reconstruction de la grande mosquée de Moscou démolie en 2011. Prisonniers du métro, ils incrustèrent et transmirent discrètement leur savoir-faire ancestral au milieu des froides splendeurs soviétiques. Le mobilier rassemblé au fils des ans était un assortiment de grands tonneaux laqués autour desquels étaient disposés de hauts tabourets aux assises de cuir marron et bordeaux usés, de tables industrielles résistantes aux coups de sang des soldats depuis près de quinze ans, au milieu de banquettes aux assises de cuir rapiécées et miraculeusement coordonnées. Le tout entouré du luxe des murs en dur et recouverts de plaqués bois qui s’étendaient en une imparfaite mosaïque sur tout le spectre des bruns, de l’ébène au chêne clair, en passant par l’acajou, le mérisier, le bronze et le terre de sienne. Un endroit chaleureux propice à tempérer le feu et la noirceur calcinée des âmes les plus inflammables.

Le groupe était soudé en dépit des rumeurs, et parmi les hommes du bataillon, nul ne remettait en question les décisions du lieutenant. Tous faisaient avec les éléments qui leur avaient été délivrés, et chacun y allait de sa supposition quant aux détails classifiés, discutant parfois en petits groupes à la dérobée, choqués de la disparition de deux figures de proue de leur section, mais sans jamais douter du leadership qui les avait guidés. Stena devait rendre un premier round d’honneurs privés à leurs frères tombés. Il y passerait encore tant que tous le bastion n’aurait pas fait ses adieux.

Ranvir Murugan ne pouvait paraitre plus sombre. Il avait fait ses adieux à son meilleur ami le matin même, peinant à invoquer tous les moments qui, bout à bout ou en fragments, reconstituaient leur vie. L’image synesthésique du cadavre outragé et fumant, la tête sectionnée de la plus brutale manière qui fût, ses yeux adamantins exorbités, domptés dans la fougue de son caractère coriace, occupait encore la surface de son esprit. L’état de choc, cruellement, lui était préférable à la réalisation et à la reconnaissance de l’irrémédiable disparition. Carapacé dans son armure, il ne lâchait pas Stena d’une semelle, siégeant à sa droite et ne tendant la main que pour saisir son verre. En face négligemment installés sur la table, Vlad Eghove dit l’empaleur, et Leo ‘Frier’ Rzaev, en uniforme également, partiellement équipés. Les deux soldats étaient lancés en un pantomime animé, expressifs et excessifs dans leur récit. Alexandre affichait un sourire ténu, l’air passablement détendu, étonnamment perché. Iann Volsky était debout, nonchalamment calé contre la banquette à la droite de l’indien, et Yegor Isayev qui revenait du bar les mains pleines de cinq choppes, lui donna un coup de pied à l’arrière du talon pour qu’il lui vienne en aide. Une bière de lédons arriva sous le nez d’Alexandre, la deuxième de la soirée, et Yegor se rassit à sa gauche, colline à flanc de montagne, tourné vers les conteurs.

L’esprit brouillé, Alexandre surnageait au-dessus d’un magma de culpabilité enflé de torrents de lave érotique. En panaches acides, explosait derrière les percepts mnésiques de l’ébat, le déplorable constat : Yuriy et Marko n’étaient plus là. Et plus insidieusement, le psionique avait refusé l’échange, la dernière supplique qu’il fut capable de lancer avec toute la force de sa volonté avait été ignorée. Ma vie contre la sienne. Il s’était senti plus inutile et impuissant encore, dans l’immobilité forcée. Mais la vie continuait, la sienne du moins, et il s’était juré que leur mort ne serait pas en vain. Il y retournerait, et il retrouverait le mutant. L’alcool le faisait flotter au-dessus du Phlégéthon de la responsabilité, et le dernier moment volé auprès d’Anna venait à son secours, ou bien ne faisait que le rendre plus confus encore. Il écoutait ses frères et riait avec eux, se remémorait les anecdotes évoquées et les revivait aussi, tandis que se superposaient, vivaces, la sensation de la chaleur de l’amante et le manque de son corps, déjà douloureux de l’absence, incroyablement physique. Entouré de ses plus proches amis, c’était pourtant d’elle qu’il avait égoïstement besoin. Sorcellerie neurohormonale devant laquelle il n’était qu’un bleu et dont il eut le luxe jusqu’alors, d’ignorer les feux. Il avait halluciné les vannes du serbe, et jusqu’aux effluves sueur de métal du blond, et il se surprenait maintenant à voir la brahmane partout, même à l’entrée du Strelka. Quelqu’un cogna le culot d’une choppe contre la sienne, et il renversa la nuque en arrière, stature colossale s’érigeant bien au-delà de la banquette en dépit de son assise étalée et avachie, pour boire une longue rasade en silence.

« Heh, vise la Volkovar avec ce péteux de Djanov » balança Iann, à voix basse, toujours appuyé à l’extrémité de la banquette. Les regards furent miraculeusement discrets et, aguerris jusque dans l’ivresse, ils poursuivirent dans leur lancée, entre brèves anecdotes et longues goulées. Sauf Ranvir qui, dangereusement taciturne, semblait ne prêter attention à rien hormis à son verre. Le sobriquet de Raj ne valait pas seulement pour rappel raciste de ses origines, mais pour un trait de caractère en particulier.

Alexandre sortit du brouillard et le rayon de son regard d’ambre se fossilisa soudain sur la cible, machinique, tel un golem de guerre en activation. Il n’avait pas rêvé, elle était bien là, qui plus est accompagnée. L’héliodore claire, détonante des orbites rougies, frappa de plein fouet les prunelles d’axinite du sergent éclaireur qui le lui rendit bien. L’expression du lieutenant se ferma soudain, le masque d’aménité trop lourd à porter en l’état présent. Rivalité de sections en prime, Nikolaï l’avait toujours désavoué sans qu’il ne sût pourquoi, cherchant à ébrécher sa crédibilité ou scrutant le moindre vacillement dans l’attente d’un faux pas, et aussi longtemps qu’il se souvînt, il en était allé ainsi. Pas l’un des miens, pas mon problème, s’était-il souvent dit. Le colporteur Rouge avait manifesté envers lui le même type d’hostilité, avec une bien moindre retenue et juste avant de lui sauter dessus : trop abîmé, trop tisonné face au kshatriya pour pouvoir se contrôler. L’éclaireur de Polis était de différente facture, un casse-tête à démêler.

Vlad et Léo, assis sur la table, lui masquèrent la progression du duo jusqu’à ce qu’ils s’installent au comptoir à moins d’une dizaine de mètre de leur tablée. Alexandre les avait suivis au laser de ses yeux, découpant les deux kshatriyas au passage, tel une caméra de surveillance à émission gamma. Lorsqu’il croisa enfin le regard polaire de la brahmane, les traits de sa figure de grand félin contrarié se délassèrent d’un soudain, et son visage tout entier s’éclaira d’un sourire solaire. Son vaste pectoral se gonfla d’une inspiration profonde qui le propulsa sur un nuage au-dessus de Smolenskaya, crevant la surface, et montant probablement jusqu’à l’ISS. Yegor le ramena sous terre d’un coup de jointure du poing au menton : « Gaffe, tu vas perdre ta mâchoire. » Les comparses se marrèrent et Alexandre étira un sourire torve, plein de terribles promesses. Ni tout à fait conscient, ni tout à fait ignorant du message territorial qu’il émettait, le chef du Vympel réorganisa son occupation de l’espace et étendit son dominion. Il se déploya de toute sa largeur en passant d’abord un bras par-dessus la banquette, comme pour protéger l’indien, avant de caler l’autre derrière la nuque de Yegor, entourant ses hommes par ce simple changement de posture, au lieu d’en être entouré. Le bar était hors distance, mais si ses phéromones volaient aussi loin, nul doute qu’il l’aurait atteint.

Il sût qu’il allait devoir se faire violence pour ne pas passer le restant de la soirée à surveiller la gestuelle de Nikolaï autour d’Anna, et chasser la déferlante d’engrammes charnels que déclenchait la simple présence de son amante. L’ébriété montante ne lui facilitait pas la tâche, une brume d’éros troubla son regard tandis qu’il l’observait par-dessus le coude de Vlad. Leurs AKS étaient rangées dans le coffre de la banquette et sous le montant de la table, à portée de main, et ils étaient en partie délestés des pièces de leurs armures tactiques, en simple tee-shirt ou en polo de combat. Alexandre, égal à lui-même, portait un tee-shirt de la fédération moscovite de systema, import de surface récent, et dont le col arrondi ne laissait aucun mystère sur ses reliefs claviculaires. Il n’avait pas chômé durant son confinement et paraissait plus tanqué qu’à son retour de mission, à la mesure de sa frustration.

C’est à ce moment-là que ses hommes choisirent d’accueillir les arrivants, retenant leur char de justesse en présence du lieutenant, et ne donnant pas dans la provocation. Car tout était bon pour tromper la colère née de l’ignorance dans laquelle ils étaient tenus ou du secret auquel ils étaient forcés, et tout serait également bon pour catharsiser la douleur de la disparition de leurs frères. Le sergent chef Djanov était peut-être le seul de sa section pour l’instant, mais probablement pas pour longtemps. Vlad et ‘Frier’, se retournèrent en agitant la main pour saluer le kshatriya et la brahmane, l’air finement goguenard, tandis qu’Iann et Yégor, leur faisant face, se contentèrent d’un hochement de tête et d’un sourire tranquille. Raj paraissait indifférent à la scène et se renfonça dans le moelleux de la banquette après avoir vidé son verre.


Les PNJs du Vympel x):
 
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Soldat-infirmier
le Sam 26 Mai - 19:24

Passeport
Age :: 30
Patronyme :: Ivanovitch
Surnom ::
Les mouvements s'enchaînaient, les coups passaient, sur et sous ses bras, frôlant sa garde défensive. Derrière lui, un mannequin au sol. Devant et presque contre lui, l'imposante carrure de Dmitri Romanovich qui tentait de le déséquilibrer, chargeant tantôt comme un soldat bourrin à l'image d'un tank pénétrant une frontière ennemie et fracassant les murailles humainement infranchissables, et tantôt comme une bête, mouvée par la seule force d'un instinct animal et prédateur, dont le but unique de son existence, était de se nourrir et de s'abreuver à même les carcasses en décomposition qu'il trouva sur son chemin.

Le but de l'exercice était officiellement de se garder en forme et d'améliorer ses techniques. Officieusement, Dmitri n'avait pas eu besoin d'entendre les versions de tout un chacun sur l'expédition à laquelle participa son jeune ami pour deviner l'état dans lequel il se trouvait.

Deux hommes disparus sur le champs de bataille, lui avait suffit. Plus, il avait su que Daniil se rendit ce matin-même aux funérailles de ses camarades.

Le plat de ses pieds nus glissait sur le sol de la grand pièce, aidé par la pellicule fine de sueur qui en parcourait la surface. Les muscles se contractaient pour mieux se détendre et se retendre ensuite. Puis le coup vint, claquant tel le fouet d'un serpent bondissant à sa proie, perçant le bouclier structuré que composait la garde du medic. Et Daniil en perdit son équilibre si durement maintenue jusque-là, pour atterrir sur le flanc, juste aux côtés du mannequin jouant le blessé de guerre.

“Ne devrais-tu pas être parmi le bastion de Vympel ?” l’interrogea alors Dmitri sans lui faire l'affront de lui venir en aide ou, pire encore, de lui signaler ouvertement à quel point il le trouvait médiocre en cet instant.

* * *

Ainsi s'était-il retrouvé à franchir les portes de l’établissement à la hâte, ayant parcouru la distance sans s'arrêter, pressé par une urgence que lui seul connaissait et par le temps.
En effet, qui pouvait lui dire combien de temps Murugan et Prokhorenko resterait là, avant d'en avoir assez vu et entendu.

Son torse se soulevait à chaque inspiration qu'il prenait, profondes mais régulières, alors que les orbes bleus-acier de son regard, parcourait la place de droite à gauche puis inversement. Jusqu'à s'écarquiller sensiblement, à la vue de ce qu'il convoitait tant. Mais la vision de la tablée, le sécha sur place comme si toutes ses ambitions s’envolaient sans aucune explication ; le laissant presque catatonique sur le seuil de la porte.

La goutte de sueur, si petite perle salée s'échappant d'un pore de peau à sa nuque, le dérangea fort heureusement assez pour que Daniil se remette à fonctionner un peu plus normalement. Oui, il était semblait-il épuisé et n'avait point ménagé ses efforts lorsque l'information de la présence du groupe en ces lieux, se rendit jusqu'à lui. Alors, il relâcha la tension de ses muscles dans ses bras en les abaissant et fit un pas.

Anna Volkovar se trouvait non-loin, assise au comptoir et semblait être accompagnée, l’informait son esprit encore marqué par les évènements ; en lutte pour ne pas sombrer dans la paranoïa auto-flagellatrice que pouvait lui apporter la couve de remords profondément ancré dans laquelle il se trouvait. Mais l’attention se porta bien vite sur Murugan. Ranvir ‘Raj’ Murugan. Le type qui venait de perdre son meilleur ami, si ce n’était plus, et qui avait très probablement pris son ‘Je suis désolé’ de ce matin, pour une formulation différente de condoléances. Car qui pouvait le blâmer en vérité, pour ce qui c’était passé ? Daniil savait que la barricade avait dissimulé la scène.

Sous les lumières de l’endroit, une ombre passa à sa gorge ; déglutition mal cachée, faute à sa pomme d’Adam en mouvement.

-Pourquoi ne pas avoir tiré ?


Cette question était revenue un nombre incalculable de fois. Mais surtout, il se la posait lui-même. On disait qu’il fallait un certain sang-froid pour soigner un blessé sur le terrain, pendant que ça se battait autour. Pourquoi une simple hallucination, avait-elle suffit à lui faire perdre ses moyens, alors ?

Personne n’entendit le cuir de ses gants qui crissèrent lorsqu’il serra les poings au point de s’en faire mal, mais leurs infimes vibrations semblaient parcourir les filaments nerveux de son corps, du bout des doigts jusqu’à ses épaules, tout comme chacun de ses pas lui semblait horriblement assourdissant.

Il s’était précipité sans savoir ce qu’il dirait. Croyant, peut-être naïvement, qu’il devait être au moins là. Car eux seuls savaient ; la vérité durement mise sous clef. Et l’annonce de la mort de Yuriy, sonnait tel le refus de retourner sur le terrain, à l’assaut des tunnels et à la recherche de leurs confrère disparu.

-Yuriy est toujours en vie.

Oui, jusqu’à preuve du contraire, il était toujours en vie. Et Polis tout entier venait ce matin-même, de l’abandonner à son sort. Daniil se sentait trahis à cette pensée. Trahis par ses supérieurs, alors que cette annonce venait remettre en question, plusieurs choses auxquelles il croyait, jadis. Nous n’abandonnons jamais l’un des nôtres.

Enfin, le medic s’arrêta. Droit, debout devant la table, arborant son uniforme dans une fierté en apparence intouchée, trousse de premiers soin en place au même titre que son 9mm et aussi fraîchement rasé que douché, les pommettes encore teintées de par la course infligée à un corps déjà plus que réchauffé par un exercice physique intense, il trouva le courage d’étirer un sourire qui se voulait sincère ; éternellement satisfait de voir les kshatriyas se détendre et se réunir. Mais il n’aurait nullement le temps de saluer ouvertement, qu’un mouvement de celui qu’il avait toujours à l’oeil, d’une manière ou d’une autre, l’en empêcha tout bonnement.

Alexandre se levait d’entre Yegor et Murugan, provoquant en lui une réaction immédiate et pourtant infime à l’oeil nu ; tout son corps se raidissait dans l’attente et dans l’inconnu de la suite, alors que l’admiration toujours inébranlable et peut-être même renforcée depuis leurs retour, inonda l’océan désaturé de son regard.
Stena, le mur. Un mur infranchissable, insurmontable, véritable rempart de chair et de muscle se dressant devant son bastion, prêt à tout pour protéger celui-ci et quoi qu’il puisse lui en coûter.
Les yeux du médic étaient fixés, accrochés sur le lieutenant en mouvement comme à une bouée de sauvetage en pleine tempête océanique qu’ils ne connurent jamais et ne connaîtrait point, mais sa vision restait large.

Suffisamment large, pour happer chacune informations visuelles filtrant de la tablée, suffisamment précise pour voir ces mains qui quittaient le contact des hommes. Assez aguerrie, pour insuffler en lui cette pointe d’envie qui n’était nullement bienvenue en l’instant. Alex et lui était pourtant ami depuis de nombreuses années ; quelque part autour de l’adolescence. Nul raison ne justifiait qu’il puisse regretter d’une manière ou d’une autre, de ne pas être à son contact au-lieu d’un autre.

Une vipère. Voilà ce qui tenait lieu de comportement à ses sens, en l’instant. Une vipère, serpentant insidieusement, pour mieux mordre et répandre son venin. Car autant avait-il besoin de le toucher, de s’assurer que nul rancune ne naissait sous le pont de leurs amitiés, autant souhaitait-il presque que Prokhorenko le frappe, rien qu’une fois, pour sa défaillance sur le terrain qui, toujours selon lui, avait causé la mort du serbe.
Ça n’arriverait pas. Au fond, il le savait. Car il restait le seul à se reprocher ce qu’il n’aurait pourtant pas su éviter. Ils avaient tous été figés, manipulés, et eux seul le savaient.

Regardant obstinément droit devant lui, Daniil sembla de plus en plus petit alors que la montagne continuait son approche sous les brumes lumineuses de l’éclairage. Tant et si bien, qu’il en vint à observer le bas du visage d’Alex, sur lequel l’ombre se prenait pour une peinture abstraite en continu mouvement, jetée à même une toile de tissus organique. Il serait bien forcé de lever les yeux, pour rencontrer l’ambre hypnotisant du regard de l’autre.

Avait-il pris du muscle durant leurs confinements ? Ça lui parut presque impossible, même si les clavicules brièvement aperçut, semblait affirmer cela.



Dans les spectres colorimétriques, se consume la vérité.
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Sergent-chef, chef de groupe du Bastion Vympel
le Jeu 31 Mai - 4:48

Passeport
Age :: 29 ans
Patronyme :: Philipovna
Surnom :: Oksie
Le service funéraire avait eu lieu en matinée. J'avais rejoint les soldats du Bastion Vympel malgré mon service, ce qui était plus que compréhensible vu la situation. Nous avions perdu Marko et Yuriy. Alors qu'on faisait le discours pour Marko, je posais discrètement une main sur l'épaule de Ranvir. Malgré son visage de glace, nous pouvions tous sentir sa souffrance s'échapper à travers les pores de sa peau. Il pleurait en silence, comme nous tous. Mais la mort du soldat l'avait affecté plus particulièrement. Oui j'étais peinée et j'avais versé une larme ou deux, seule dans mes quartiers. Mais devant les hommes, je m'étais montrée forte et inébranlable. C'est avec regret que je reprenais ensuite mon service, laissant les hommes aller clôturer cette journée difficile en émotion au Strelka.

D'un côté, je me trouvais chanceuse de ne pas avoir été avec les hommes ce jour-là. De ne pas avoir affronté ce sombre, car j'aurais été dans la même situation qu'eux. Surveillé, limité dans mes interactions et forcé de sourire en envoyant le message recommandé par les politiciens pour expliquer l'incident. Doux voile qu'ils mettaient sur l'échec de la mission, la recouvrant d'un drap noir vers l'intérieur pour empêcher la vérité de se propager et d'un drap rose sur l'extérieur. Afin de ne pas alarmer la population et prévenir une crise civile à Polis. J'avais promis de ne rien dire à père, et c'est ce que je faisais. Honorant ma promesse.

Je ne pouvais m'empêcher de ressentir une vive frustration de ne pas avoir été avec Stena toutefois. De ne pas pouvoir partager son fardeau sur deux dos au lieu d'un seul. Je suis sa seconde, et je n’avais pas été présente au moment où il aurait eu besoin de moi. J'avais failli à ma tâche d'une certaine façon, même si je savais qu'au fond que je n'aurais rien fait de plus concrètement contre ce sombre. Si cet entêté d'Andreï n'a pas su résister à ce sombre, je n'aurais fait guère mieux que lui. Je consultais ma montre du regard, les minutes semblaient être des heures. J'attendais avec impatience la fin de mon service, me rappelant le visage des membres du Vympel. Je n'avais pas parlé directement à Stena depuis son retour et j'avais lutté lors des honneurs en matines pour ne pas trop le regarder. Cela aurait pu initier une conversation et vu le contexte social de la réunion, j'avais préféré attendre un meilleur moment.

J'observais de nouveau ma montre. Plus qu'une heure et trente-six minutes avant la fin de mon service... Bientôt je pourrais rejoindre ma famille et mes frères. Mon regard d'acier retournait alors vaillamment vers le tunnel, bravant l'obscurité du regard dans l'attente d'une possible venue ou attaque.

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Une fois mon service terminé, j'avais sauté dans la douche et remis mes vêtements, en retirant certains morceaux de mon équipement de travail. Je ne voulais pas perdre plus de temps à changer de vêtement. Retrouver le Vympel était présentement ma priorité et je m'étais dépêchée de rejoindre mes frères sans plus attendre.  Arrivant donc au Strelka à la mi-soirée, j'observais le décor et l'ambiance des plus festives.

Rapidement, j'identifiais dans un coin les membres du Vympel. Déjà j'entendais le rire gras de certains soldats, affecté par l'alcool dans le sang. Inspirant fortement, je ne pouvais qu'apprécier cette atmosphère légère, qui venait apaiser les derniers jours à Polis qui avaient été d'une lourdeur sans égal. Croisant le regard de Yegor, je lui souriais amicalement. C'est alors que d'un coup de menton, il me désignait Stena vers la droite. Je ne pouvais me tromper de soldat vu l'imposante carrure de l'homme et le regard complice de mon collègue m'indiquait qu'il était le bon moment de surprendre Alexandre.

Sans prendre plus de temps pour observer mon environnement, je marchais dans l'angle mort du lieutenant, de sorte à rejoindre son dos discrètement. Utilisant les foules et autres personnes dans le bar comme des couvertures. Une fois tout près de lui, je lui agrippais soudainement les épaules et soufflait joyeusement,

-Stena! Il était plus que temps que tu sortes de ton trou! Les hommes étaient intolérables sans toi! De vrai gamin!


J'adressais un clin d'œil amusé aux principaux intéressés et plongeait l'acier de mes yeux dans les pupilles de l'instructeur. Une goutte d'eau coulant le long de ma nuque à cause de mes cheveux encore humides, faute de ma douche récente. Ceux-ci n'étant pas attachés pour une rare fois venaient encadrer mon visage. Mon sourire se fit alors plus doux, alors que je rajoutais,

-Plus sérieusement... Tu nous as manqué...

Je parlais pour moi et tous les Kshatriya du bastion. Aucun n'allait aller à l'encontre de mes mots, mais aucun ne les dirait de cette façon également. Les hommes se comportement autrement entre eux pour démontrer leur affection.
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Médecin-chirurgien
le Jeu 31 Mai - 23:33
Médecin-chirurgien

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Age :: 28 ans
Patronyme :: Nikitovna
Surnom :: Anya
Elle se consumait dans la vapeur de leurs soupirs. Le corps s’arc-boutant sous le sien, elle vibrait sans gronder, la gorge laissant échapper par instant des feulements de plaisir. Instants volés au détour d’une matinée chargée, elle s’abandonnait à l’étreinte de son amant. Elle ne se souvenait plus vraiment s’ils avaient échangé quelques mots avant que leurs corps ne déferlent et se percutent. Il n’y avait rien de rationnel là-dedans. Les paroles échangées avec Oksana la veille lui semblaient secondaires, futiles. Les mots n’avaient pas de place dans la lutte qu’ils menaient. L’éros l’emportait.

- Hey, Nikitovna !

Perdue dans ses pensées, la jeune femme n’avait pas répondu immédiatement à l’injonction. La main posée sur son épaule chassa les dernières réminiscences érotiques et elle pivota prestement sur les talons. Si le visage lui était incontestablement familier, il lui semblait le revoir depuis une éternité. Avec un temps de retard, elle se fendit d’un sourire éclatant avant de pousser un juron. Le jeune homme avait alors éclaté de rire et accueillit la Brahmane entre ses bras puissants pour une étreinte énergique. Anna avait alors secoué la tête puis s’était écartée, Nikolaï ouvrant déjà les bras pour la libérer. Si depuis qu’ils se connaissaient, l’éclaireur multipliait un peu trop à son goût les contacts, il avait toujours eu la clarté de deviner quand y mettre fin. Et ce fut donc avec un sourire éclatant que la jeune femme retrouva enfin l’usage de son corps et de la parole.

- Mince, ça fait une plombe !

- Depuis que t’es partie pour V.A.R. en fait, avait aussitôt répliqué le soldat, et t’as même pas trouvé le temps de me faire passer ne serait-ce qu’un mot, je suis déçu ! J’ai même hésité à me blesser volontairement pour attirer ton attention.

La Brahmane avait accueilli la plaisanterie d’un grognement boudeur. Quand bien même aurait-il tenté le coup, il n’aurait certainement pas eu l’occasion de la revoir dans ces circonstances. A moins de s’amocher sérieusement, compléta-t-elle mentalement. Sans chercher à rebondir sur le sujet, elle secoua la tête d’un air grave.

- J’ai pas vraiment eu le temps en fait…

Mais avant qu’elle n’ait eu l'occasion de développer ses excuses, le jeune homme avait passé un bras sous le sien avec un naturel déconcertant et la tirait doucement afin qu’elle le suive. Comme il reprenait la direction dans laquelle elle marchait quelques secondes plus tôt, elle lui emboita le pas non sans froncer les sourcils.

- Je sais bien mais plus d’excuse maintenant. Je t’accompagne jusqu’à ton bureau, j’ai une course à faire dans le coin. Ça te laisse le temps de me raconter un peu tout ce qui s’est passé depuis qu’on ne s’est pas vus.

La jeune femme avait soupiré, résignée. Elle avait tenté de répondre, d’abord avec circonspection puis, encouragée par la bonhomie de Nikolaï, elle s’était progressivement livrée. Et lorsqu’il la déposa au pied des marches qui menaient aux quartiers médicaux, ils se quittaient sur la promesse d’une rencontre plus tard dans la journée autour d’un verre. Avec un sourire, elle l'observa s'éloigner d'un pas leste. Lorsqu'elle se retourna pour gravir l'escalier, elle ressentit un léger pincement. Déjà-vu.

*
**
Quelques instants plus tôt la foule emplissait le cœur névralgique de Polis, fourmilière grouillante des fins de journée. A présent, les silhouettes se dispersaient d’un pas rapide, anonymes. La place ne devenait plus qu’une simple transition entre deux univers. Appuyée contre un mur à la peinture délavée, Anna reconnut enfin le Ksatriya qui avançait dans sa direction. Elle lui décocha un sourire puis se décolla du mur pour venir à sa rencontre. Esquivant habilement ce qui aurait pu devenir une accolade, elle frôla son coude du bout des doigts et d’un mouvement du menton l’invita à la suivre. Avec le temps, la jeune femme avait appris à anticiper les approches de Nikolaï et à s’en prémunir. Le jeu s’était progressivement installé si bien qu’aucun d’eux n’auraient pu déterminer qui en avait initié les premiers mouvements. Comme le militaire tentait d’enrouler son bras autour de ses épaules au moment où ils approchaient du Strelka, Anna poussa la porte d’un mouvement vif et donna un léger coup d’épaule qui lui permit d’esquiver à nouveau la tentative de Nikolaï.

Le panneau de bois battit une première fois dans son dos et elle frémit sous la vision des prunelles héliodores. Comme ces dernières ne semblaient l’avoir vu, fixées sur l’homme qui l’accompagnait, elle reporta le regard sur les silhouettes qui entouraient la lourde carrure d’Alexandre Prokorenkho. La porte battit de nouveau mais avec moins d’élan que la première fois. Dans sa progression, la jeune femme eu le temps de reconnaître quelques-unes des recrues Vympel avant d’être happée par le regard de leur officier. Elle aurait pu sans doute s’en détacher et feindre l’ignorance s’il n’y avait pas eu ce sourire, solaire, pour l’accompagner. Elle vacilla, assaillie par les souvenirs de la matinée et manqua de renverser le premier tabouret sur son chemin. La main de Nikolaï se referma aussitôt sur son avant-bras et la tira légèrement en arrière. La jeune femme se redressa d’un coup et dévisagea son ami, le remerciant intérieurement pour la diversion. La vision du sourire de Stena restait encore ancrée sur sa rétine en négatif. Ses propres lèvres s’étaient rehaussées d’un sourire et elle le déguisa en excuse de sa maladresse. La Brahmane cligna des yeux à deux reprises puis emboita le pas de Nikolaï qui la tirait légèrement vers elle, la main toujours refermée sur son poignet. Parvenue au bar, elle s’y accouda en tournant volontairement le dos au bastion Vympel. Lorsqu’un verre lui fut servie, elle referma nerveusement les doigts autour de celui-ci. Le regard rivé sur les reflets ambrés qui se jouaient au fond du récipient, elle sentit sa respiration s’accélérer.

- Qu’est-ce qui t’arrive ? Je t’ai jamais vu rechigner devant un verre, Nikitovna.

Plus fin qu’il ne le laissait paraître, Nikolaï coulait un regard en direction des soldats attablés à quelques mètres d’eux. Il renifla, plein de dédain, et haussa les épaules.

- J’imagine que t’as aussi entendu parler de l’histoire avec Vympel. Quelle foutue cagade !

La remarque avait fusée, articulée entre les dents serrées du soldat. Anna braqua sur lui un regard noir, le réduisant aussitôt au silence. Ses doigts s’étaient crispés autour de son verre. Les lèvres serrées, le cœur battant, elle n’osait esquisser le moindre geste. Au prix d’un effort, elle parvint enfin à prendre la parole.

- Je rechigne jamais, Aleksandrovitch, grinça-t-elle d’un air torve.

Mâchoire ostensiblement avancée, elle avait cogné son verre contre celui du militaire puis, sans le quitter des yeux, l’avait bu d’un trait en le défiant de l’imiter. Dans son regard brillait une étincelle furieuse. Anna reposa son verre avec un grognement. Déjà la gérante du Strelka glissait vers elle et remplissait leur verre. La chirurgienne la remercia d’un hochement de tête bourru, prête à lever son verre pour le vider. Dans son dos d’autres protagonistes avaient pris part à la scène, entourant Stena, mais elle n’en avait plus conscience. Polarisée sur l’axinite iridescent, elle prenait à parti Nikolaï pour une nouvelle tournée.



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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Ven 1 Juin - 13:44

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L’indien s’anima et remua, les nerfs gagnés d’impatience, enivrés au samogón. Alexandre comprit, les yeux déjà posés au loin sur le nouvel arrivant. Tout comme le lieutenant, l’artilleur était plein de questions brûlantes pour le médecin de combat, mais contrairement à celui-là, Raj n’était pas en état de différer sa rétribution plus longtemps ni de gérer la frustration de l’ignorance qui le dévorait depuis des jours durant. Au fond, il aurait voulu pouvoir se mettre en colère contre Stena, le porter responsable de la mort du serbe, pouvoir le blâmer, mais il ne se sentait pas légitime dans sa rancune. Il n’arrivait pas même à lui en vouloir, avec ou sans détail sur ce qui s’était passé derrière la barricade. Sa rancune restait sans objet, ruant et lacérant dans le vide. Le sombre, le sombre l’a enlevé, l’avait-il entendu hurler, hagard, sous la gifle de Viktor Kashirsky. La carcasse d’un monstre, un shvan dévorateur d’âme, avatar canidé de Shiva, le dieu de la désolation. Une empoigne implacable à son épaule détourna son attention, dangereusement fixe, de Danill Kraïevski.

Alexandre tenta de s’extirper de la tablée, appuyant une main ferme sur l’épaule de Ranvir, comme si son intention avait été de le clouer à la banquette, et opéra une sortie du coté d’Isayev qui solidifia sciemment sa position, l’obligeant à faire usage d’une technique d’étranglement à moitié motivée. Ses hommes avaient faim, tribuns romains réclamant le spectacle par le sang des gladiateurs, et tôt ou tard, il devrait leur envoyer quelque chose sous la dent, ou sous les yeux. Quelque chose de cathartique, à même de libérer la tension et rétablir la cohésion. Il joua le jeu, alerte et brutalement théâtral, plus démonstratif que l’aurait demandé l’efficacité simple. Ils commentèrent et rigolèrent, avant d’accuser la présence de Daniil à distance, bientôt entièrement masqué par la carrure de leur chef qui s’avançait dans sa direction. Des signes de têtes discrets, qui accueillant, qui perplexe, des sourires malaisés ou interdits, car lui y était, lui avait vu ce que Stena, Viktor et Ranvir leur avaient tu.

Un regard bleu horizon, luisant et fiévreux, sur fond rougeoyant, les cavités creusées, Alexandre reconnut immédiatement, au travers des embruns de l’ivresse, le circuit de la culpabilité sur lequel Daniil était resté branché. Le matin même, il lui avait fait face depuis le rang des officiers supérieurs, au cotés des urnes, cérémonie rapide, honneurs standardisés rendus aux cendres d’inconnus, et ils s’étaient quittés sans avoir pu se parler. Trop de soldats, pas assez de privauté lorsque déjà, le temps pressait. Char d’assaut alourdi, leste et au ralenti, il alla vers lui sans ne rien présager, les traits forcis et l’œil brillant, ambre liquide en voie de fossilisation, cherchant à capturer. Contact plein et frontal, il le tracta contre lui en l’étreignant d’un seul bras, franche accolade qui ne souffrirait aucune dérobade. Deux tapes sonores sur l’omoplate et il le repousse à peine, le retenant d’une main à la nuque, aussitôt rejointe de l’autre, les pouces sous les oreilles, au creux de la mâchoire. Un peu plus de force et c’était un coup de tête qu’il lui mettait, au lieu de simplement plaquer le front contre le sien, comme s’il espérait un transfert des souvenirs du médic sous son crâne, et enfin comprendre ce qui s’était passé. Un laps de temps, infime, pendant lequel il ferma les yeux et inspira profondément, taisant la question qui le brûlait.

Inutile formulation, lorsque l’autre savait parfaitement de quoi il en retournait. Qu’est-ce qu’il s’est putain de passé, là-derrière, Dania ? Au lieu de cela, il souffla d’un timbre bas, l’haleine alcoolisée : « Content qu’tu sois là, frère. » Puis il le délivra, sous un fond sonore d’excitation néandertalienne aux encouragements douteux, et se retourna vers les glorieux soudards tout en faisant coulisser un avant-bras sur les épaules du ksatriya, arborant un grand sourire sur la figure, rayonnant au prix d’un effort conscient. « Bougez vos culs, il a des verres en retard ! » L’ordre subliminal avait été lancé, la voix portante, le timbre grave et broyé par les évènements, en dépit du moral qu’il affichait, et il poussa amicalement le roux vers le Vympel.
*

L’insoutenable légèreté de la tragédie, ou l’ébriété, augmentait l’entropie de ses émotions tout en les diluant, lui permettant de suivre Daniil du regard sans plus ample cogitations. Puis de reporter son attention, légère, très, sur Nikolaï et Anna. Anya, qui ne lui appartenait pas, mais à qui il appartenait tout entier, ensorcelé et délivré de la prétention à l’indifférence. Un verre cul sec, deux verres. Ce que tu cherches à oublier… Qu’elle l’oublie dans ses bras et cède à la force magnétique qui les attirait au-delà du champ coercitif Janovien. Il chercha ses yeux de cyane, lui destinant un regard mégajoule incandescent, chargé de désirs indicibles, debout en un immobilisme monolithique, les trapèzes et les épaules à la lourde envergure ramassés sur leur propre poids redevenu insoutenable.
...Contrairement à la cargaison de muscles qui d’un soudain atterrissait sur son dos.

Alexandre accusa réception en une brève secousse, tout en verrouillant immédiatement les avant-bras au creux des genoux du sergent-chef, étriers de chair, qui venait de l’enfourcher comme un taureau de broncage. Coup de fouet, coup de sang, un juron fusa d’entre ses dents, serrées sous un grand rictus animal, mi grondement mi éclat de rire. Manège et rodéo sauvage, il vira et cabra brusquement, sans ménagement pour la cavalière qui eut un bon panorama des tablées et du bar, sous la clameur grandissante de leurs frères. Musique tribale, percussions des poings robustes sur le bois, tintements et cliquetis vibratoires des verres et des choppes, bientôt rejoint par la rythmique d’un tamtam en céramique et peau de porc, qui parvint à s’imposer sur le tapage des soldats.

Les mots le touchèrent et la tension s’envola, l’éclair bleu coltan, balle tirée à bout portant, alors qu’elle se penchait par-dessus son épaule, et il sentit la fraicheur des mèches humides contre son cou. Que répondre lorsque venaient enfin le submerger les émotions refoulées, en deçà de la culpabilité ? Se défouler et faire le pitre afin de ne pas se noyer. La compagne du forain sortit une guitare sèche de son étui, inestimable, et alterna des accords piqués et des ventiladors. Lorsque la pression des cuisses de son assaillante diminua, gagné par le rythme de guerre vestigial, Alexandre la libéra. A peine s’était-elle hissée, touchant sol, qu’il se retourna en une leste volte-face, l’équilibre tanguant et les yeux brillants, pour lui saisir une main, et de l’autre lui barrer les reins, l’emprise ferme sans coercition, position de départ d’un tango en mode char d’assaut.

Devant le contraste saisissant de la grâce vigoureuse d’Oksanna et de la brutalité instinctive d’Alexandre, les chants barbares devinrent rires et la frappe des poings, applaudissements. Lent, vite, vite, lent, pivot, les lueurs héliodores vacillaient lorsqu’elle le sondait, inflexible derrière la souplesse de son corps. Arrière, gauche, croiser, avancer, avancer, fermer, il avait mainte fois assisté aux cours qu’elle suivait, d’abord pour la soutenir et la moquer, ensuite seulement pour l’y admirer. Manquant de cavaliers à l’occasion, il s’était fait entrainer sur la piste et en avait retenu quelques leçons.
Un instant il l’observait, sourire commissural attendri par l’ivresse, battu par la tristesse et le désir lancinant de l’amante trop proche et trop distante, les traits féminins s’intriquant, se brouillant et se détachant en un portrait métamorphique déroutant, puis il remarquait les mèches plaquées librement sur le visage de guerrière bactrienne d’Oksanna, ses pommettes hautes et ses yeux trop clairs et trop perçants. L’instant suivant, virevoltant, il regardait par-dessus la tête brune et son sourire se résorbait en un souffle, bouche entrouverte sur un murmure inconscient tandis que le rais d’ambre s’alignait sur la brahmane. Il n’en avait toujours rien dit à la kshatriya, et que lui dire ? Quand bien même elle le mettrait en garde, il foncerait corps et âme.
Il avança, mordit dans le pas de sa partenaire, quadriceps musculeux entrant dans l’ouverture de ses cuisses en la soulevant sous l’impulsion de sa poussée, et opéra une rotation surprise.
« Tu es au courant », déclara-t-il d’un ton somnambulique, les yeux plissés sous le coup du constat intuitif, ou de l’espoir de pouvoir s’en tirer à si bon compte.
*

Leo ‘Frier’ avait pivoté sur la table de manière à profiter du spectacle et Vlad s’était coulé à la place du lieutenant, faisant barricade entre Ranvir et Daniil, que Yegor venait de faire asseoir sur la banquette avant de se diriger vers le bar. L’artilleur s’était réveillé de sa torpeur à l’approche du médic. Il envoya les coudes sur la table, repoussant les arrières du pyromane de manière à pouvoir frapper en rythme. En dépit du spectacle improbable de ses supérieurs embarqués en une danse endiablée, son attention vrilla vers le roux et il hésita, soudain harassé par le tapage continu et les vibrations qui lui remontaient jusqu’à l’os de la mâchoire. Mais alors Vlad lui crocheta la nuque et l’attira brusquement, l’empêchant de quitter le navire commun, avant de relancer un débat vieux comme leur bastion au sujet d’un paris. Les enchères montaient toujours : lesquels avaient misé sur le sergent-chef et lesquels sur la brahmane ? L’on se chamaillait sur l’issue, rien n’avait changé disaient les uns, quelque chose était différent disaient les autres, lorsque sans préavis, Léo héla le couple au bar.
« Hey ! V’nez boire avec nous ! On réga... » Mais il n’eut pas le temps de parfaire son argumentation, Iann, derrière lui, n’avait eu qu’à s’avancer d’un pas pour le contraindre et lui chopper énergiquement le bas du visage. « Ferme là. »
« Neh, faites-les venir, ils s’affichent devant Stena ! » répliqua Vlad, dont le sens du territoire se confondait avec celui de la meute, et du chef de la meute.
« Tu vas fermer ta gueule aussi. » C’était Yegor, le doyen de leur tablée qui revenait encombré d’une barre de shooters, et qui n’aimait pas la direction que prenaient les choses, parfaitement conscient des petites rivalités entre sections. « Regarde-le, tu crois qu’il a besoin de toi ? » Il désigna les danseurs d’un coup de menton.
« Marko avait misé une boite sur Anna Nikitovna », dit l’indien. Et tout le monde retint son souffle l’espace d’une bref instant, avant que Vlad ne comprime un peu plus les épaules de son captif pour le secouer comme un prunier.
« C’était un gros taré mais c’était un petit malin ! » grogna-t-il exagérément, avec un entrain énervé, comme s’il eut tenté de l’exciter. Et Ranvir rigola, laissant d’abord échapper un crissement nasal réprimé, puis un grand rire frisant l’hystérie qui se communiqua autour de lui. Un petit malin à qui rien n’échappait. Puis ce fut des huées et des applaudissements destinés à leurs chefs qui venaient de s’immobiliser en ‘gancho’.
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Soldat-infirmier
le Dim 3 Juin - 5:19

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Oui, Alexandre avait pris du muscle. L’information se confirmait lorsque Stena s’avança jusqu’à être intimement près de lui.
Le regard fixé de Raj, lui piquait même au travers du rempart du lieutenant et Daniil pris conscience, au fur et à mesure que la montagne se déplaçait jusqu’à lui, que les prochaines secondes seraient hautement décisives sur l’ambiance future qui prendrait place avec ceux qu’il considérait comme ses frères ; si Alexandre le questionnait ouvertement devant témoins, nul doute que l’indien conclurait qu’il était réellement coupable, d’une manière ou d’une autre. Qu’il avait merdé quelque part.

Daniil se surprit à douter, mais un pas de plus exécuté par Prokhorenko, dissipa toute pensées cohérente de son esprit. Il n’eut pas même l’envi ni le réflexe idiot de tenter de se dérober à la prise qui vint le capturer sur place ; victime d’une décharge électrique se répandant à tout son corps alors que le bras l’attirait fermement au lieutenant. Sa nuque s’horripila sous la poigne de la main contre son épiderme et le médic se noya, volontier et volontaire, entre les larges mains d’Alex.

Un souffle se perdit, infime, discret, presque inexistant. Le temps semblait arrêté, alors qu’il partageait l’air privé du rempart qui se dressait contre lui. Et le médic ferma les yeux jusqu’à ne plus voir qu’un flou indéchiffrable entre ses cils, masquant sans en être conscient, l’érotisme incendiant son regard. Et la charnelle convoitise inavouée et inavouable ; désir brûlant qui jamais ne lui offrirait de répit, inonda cette parcelle de vision, d’or fondu en ébullition.

Mis en pause, la ligne continue du temps reprit une allure d’escargot lorsque Daniil leva les bras à son tour ; frôlant les flancs du lieutenant sans montrer la souffrance qu’il s’infligeait de ne point pouvoir y refermer franchement les phalanges, survolant les couches de tissus sans ne jamais braver l’interdit -ici-même encore moins-, pour s’arrêter à niveau des biceps durcit et s’y plaquer de toute la surface de ses paumes. Pas plus haut non plus. Car l’envie était toujours présente et que la culpabilité qui le rongeait, menaçait de lui faire commettre l’irréparable.

Sacha…

L’haleine que dégagea son geôlier du moment, parut lui caresser le visage au même titre des mains refermées de part et d’autre sa mâchoire ; le ramenant sur terre. Front contre front, perdu dans une bulle temporelle qui n'appartenait qu'à eux deux, aussi courte soit la durée qui lui était accordée, Daniil eut l'envie, l'espace d'un laps de temps presque inexistant, de se laisser choir contre le rempart, pilier humain de l'humanité elle-même pour certains, et d'oublier tout leurs univers jusque dans les moindres détails. Oui, la culpabilité le rongeait, comme un chien mutant ronge son os, en attendant meilleur repas.

Frère.

Daniil cru perdre l’équilibre, vertigineux sous les paroles qui peinaient à se frayer un chemin jusqu’à son cerveau alors que tout son sang venait de freiner brusquement juste au devant un carrefour périlleux, qu'il aurait été désastreux de prendre, en cet occasion comme n'importe laquelle.

Frère.

Il savait, que la question viendrait tôt ou tard. Et qu’à ce moment là, il n’aurait nul le choix que de lui dire la vérité. Au nom de leurs amitiés, au nom des disparus. Au nom du respect qui le guidait. Et advienne que pourra ; Daniil n’était pas homme à ne pas assumer ses erreurs et ses faiblesses. Oui, le moment venu, il lui raconterait. Avec la peur au ventre de perdre un ami si cher, mais avec la détermination d'affronter toute la vérité et d’enfin lever le voile sur une version dont il était unique détenteur.

Le bras glissant à ses épaules fut plus brûlant que les contacts précédent, le temps que dura un clignement de paupières ; vision brièvement trouble et colorée d’explosion orangée sur fond de glacier, qui disparut immédiatement, alors que la bulle volait en éclat comme autant de cristaux de verre qui furent fracassés en surface par les bombes nucléaires qui tombèrent jadis sur Moscou.

* * *

Frère.

“Alex, je…” Suis désolé.
Infiniment navré et blessé, autant pour ce sentiment de trahison qui naquit en lui, que pour la mort de Marko et les conséquences que cela apportait au Lieutenant. Frère ; ne trahissait-il pas ce frère, justement, en retardant involontairement le moment des explications ?
Heureusement avortée, sa phrase noyée sous la suite des propos d’Alexandre et les éclats bruyants du bastion, ne connaitrais point d’insistance. Il n'avait que murmurer, la voix poussée à la seule force d'un soupir inversé et coupé net dans l'élan de l'inspiration d'air.

Au final, cette simple phrase venait le réchauffer plus encore que n’importe quel contact que pouvait lui offrir l’autre, ravivant ce feu intérieure et incendiant ses tripes jusqu'à la mort, fusse-t-elle programmée pour le prochain siècle ou ceux à venir.
Ainsi se laissa-t-il guider, poussé vers l'avant et la tablée par ce bras à ses omoplates, construisant sur son visage, un sourire de circonstance. Et il trouva même à répondre aux bravaches plaisanteries de ses confrères lorsqu'il pris place ; accrochant d’un coude celui de Yegor, car il était bien conscient du but de la manoeuvre de celui-ci.

Face à Ranvir, il choisit l’évitement pour l’instant ; mieux valait sans doute de ne pas échanger de regard trop insistant, inutilement, avec l’artilleur.
Il avait quitté le confort du bras d’Alexandre et au moment où il s’était assis, ou bien à peine quelques secondes plus tard que cela, le lieutenant subissait une attaque en traître des plus rondement menée, le faisant lui-même sursauter, ouvertement.

Parfois, songea-t-il en observant le ballet étrange se déroulant devant leurs yeux à tous, il admirait Oksana. Pour son courage et sa force de caractère surtout. Il l’avait rapidement aperçut lors du service, le matin même ; froide en apparence, imposante de par sa simple présence pourtant discrète sur l’instant. Sans grandes eaux coulant sur le visage. Ce visage qui, ce soir, contrastait complètement. Dezhnyova était une femme solide, sans l’ombre d’un doute. C’est pourquoi il avait parié une boîte, lui, sur elle et non pas sur Anna, malgré qu’il connaisse suffisamment Prokhorenko. Et malgré qu’il su quelque part, que la sergent-chef refuserait très probablement de délaisser son poste, au profit d’une grossesse et d’un nouveau-né, peut-être difforme et oublié de la santé.

Le médic se prit à rire, emporté rapidement par l’ambiance, d’une tonalité sincère et à tambouriner en rythme avec les autres. Oksi était gracieuse. Sacha était un taureau fonçant dans les draps rouges d’un matador ; donnant l’impression à chaque mouvement, d’une clef de combat freinée dans les dernières microsecondes.

“Plus on est…” Tenta-t-il, juste avant que Yegor ne coupe court au débat d’héler Anna et Nikolaï ; mais ça n’était point un parti-pris, puisque la majorité savaient que le médic aimait particulièrement être entouré de tous ceux qu’il connaissaient, tel la mouche se collant irrésistiblement au papier gluant d’antan, malgré la présence de ses consoeurs mourant sur le ruban.
Plus on est, mieux on est.

Puis il retint son souffle également, à l’évocation de Marko ; baissant le regard, emporté de nouveau sous une vague de culpabilité qui ne semblait point vouloir le laisser respirer. Un tourbillon aqueux, traître, que l'on ne voit guère en surface mais qui, une fois le pied dedans, vous emporte jusqu’à la tombe en refusant même de cracher votre corps, fusse-t-il en décomposition en son sein pour des siècles et des siècles.
Le rire de Marko lui parvint en un écho tout d’abord, lointain et effacé, intrus dans sa bulle auto-destructrice, jusqu’à ce que la huée ne monte et n’emporte toute leurs tablée qui, bien vite, se mirent à applaudire les danseurs achevant leurs spectacles.

Il leurs leva son verre. Son sourire douloureusement désaccordé d’avec son regard, mais bel et bien là, au moins.

À la vôtre. Et au flair de Marko ; puisse-t-il gagner ou perdre ce dernier pari, jusque dans la tombe.



Dans les spectres colorimétriques, se consume la vérité.
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Sergent-chef, chef de groupe du Bastion Vympel
le Mar 5 Juin - 1:00

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Age :: 29 ans
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Surnom :: Oksie
Mon tour de taureau mécanique sur le dos de Stena m'avait permis d'observer l'ensemble de la table. Daniil avait finalement rejoint et l'ambiance était détendue jusqu'à présent. Mais je savais très bien que les risques d'échauffement étaient bien présents, comme un volcan endormi, qui n'attendait qu'une étincelle pour tomber en ébullition. Je remarquais finalement Nikolaï et Anna au bar. Fronçant les sourcils, je me demandais alors comment Stena pouvait bien percevoir la situation. Surtout dans l'angle des récents évènements où les deux jeunes gens avaient eu des rapports intimes.

Je tenais bon sur le dos du lieutenant. Serrant mes cuisses fortement autour de ses hanches et me tenant à ses épaules sans faire de pression sur sa gorge. Le but n'était pas de tuer l'instructeur dès sa sortie des laboratoires tout de même. Ses épaules bien dures s'apaisaient un peu à mes mots, alors que cela semblait le détendre. Comme si notre rencontre après son retour de mission l'avait rendu anxieux quant à mon opinion de sa personne. Je me retenais de rajouter '' Même en enfer je te suivrais Stena, et tu le sais. Ne doute surtout pas de toi-même ''. Car cela n'était pas approprié dans la présente situation et encore moins devant les autres hommes. Je pouvais déjà entendre les rires gras, alors que les membres du Bastion essaieraient ensuite de répéter mes mots d'une voix féminine. Que les hommes peuvent être cons parfois.

À peine avais-je retrouvé le sol que le lieutenant me prenait par surprise. M'attrapant fermement et m'attirant à lui. Mes doigts venaient caresser les siens, alors que de son autre main il venait bloquer mes reins. Je laissais un très doux sourire apparaître sur mes lèvres, alors que je remarquais cette lueur dans son regard. Ce.. Je ne sais quoi de différent, alors qu'il prenait la position du mâle dans un tango. Il l'avait déjà fait dans le passé lors de mes cours de danse, mais jamais avec autant d'assurance. Cela était complètement nouveau à vrai et m'arrachait même un petit gloussement,

-Depuis quand aimes-tu danser, partenaire?


Mon ton avait été amusé, alors qu'une lueur joueuse avait pris place dans le coltan de mon regard. Au fond, je savais que tout ce qui retenait le lieutenant de devenir un meilleur danseur était l'image que cela lui donnerait. La danse est une activité de fille et non de garçon... Les garçons qui dansent sont faibles, tout comme ceux qui aiment le rose... Enfin, c'est ce que la société nous reflète au quotidien et c'est ainsi que les jeunes hommes sont élevés '' Non mon garçon, n'apprend pas à chanter... Joue plutôt avec ce ballon! ''. L'éducation que j'avais moi-même reçue de mon paternel, dans sa possible déception de ne pas avoir eu un garçon. Et bien c'est ballot papa, car ta petite fille peut être autant gracieuse que redoutable.

Je le démontrais à l'instant, alors qu'en dansant avec le soldat j'adaptais mon pas. Je le laissais mener, suivant ses directives en soupirant intérieurement de constater qu'il se rappelait encore de quelques pas. Un instant on tournait, l'autre je le laissais me transporter légèrement sur le côté, pour ensuite de nouveau me déplacer vers la droite en me déhanchant, le visage tout près du sien. Une danse qui se voulait des plus sensuelle, qui le restait malgré le manque de souplesse de Stena. Ma main venait caresser son avant-bras entre deux manœuvres, lent mouvement du bout des doigts qui se voulait tendre, comme deux amants qui se font l'amour sans se quitter du regard et qui devaient rendre plusieurs jeunes femmes jalouses dans la salle. Toutefois, ce qui se passait réellement durant cet échange était complètement différent. Laissant parler mon corps, je profitais de cette danse pour plonger mon regard dans le sien. Quelques minutes, où nos regards ne se quittaient pratiquement pas. Alors qu'une tension aurait dû se créer normalement, il n'y en avait aucune présentement. Les récents évènements et mon inquiétude pour le lieutenant prenaient toute la place dans mon esprit et je laissais mon corps répondre instinctivement aux mouvements du sien. Après un moment, j'avais plaqué mon corps au sien, enroulant ma jambe derrière la sienne agilement. Ma cheville caressait celle-ci lentement, retournant vers le sol langoureusement et je profitais de ce moment pour lui murmurer à l'oreille,

-Je sais tout... Le sombre et Anna.

Terminant en gancho dans les bras du brun, mon dos était courbé et ma tête vers l'arrière. Je m'étais laissé tomber dans ses bras avec confiance et lorsque la guitare changeait de rythme, je me relevais normalement. Les applaudissements fusaient et je souriais alors à Stena en penchant ma tête vers l'avant,

-Pas mal! Tu es plus flexible que dans mes souvenirs!


J'entendais alors la voix de l'un de nos hommes, réclamant lui aussi une danse à l'instructeur. Levant les yeux au ciel, je riais avec amusement. Qu'ils peuvent être idiots à l'occasion... Mais tellement de bonnes compagnies! J'entendais alors une autre voix... Beaucoup moins agréable à mes oreilles d'ailleurs. Tous les regards du Vympel se tournaient vers le duo, alors que Nikolaï semblait chercher un peu d'amour. Je laissais un sourire mauvais apparaître sur mes lèvres, alors que je lançais un regard en coin aux kshatriyas.

-Je m'en occupe... On se calme...


Posant mon regard d'acier sur l'homme du duo au bar, je ne perdais pas mon sourire. Mi-amusé et mi-mauvais. J'approchais de ceux-ci en roulant des hanches, une démarche lente, sensuelle et féline. Comme un tigre qui approche de sa proie et évalue dans quel angle d'attaque il bondira pour la faucher. Lorsque se trouvaient finalement devant moi une Anna blême et un jeune homme des plus arrogants, j'observais celui-ci avec un sourire moqueur. Tournant ensuite mon regard vers la Brahmane, je lui adressais un sourire tendre et doux. Mon regard se fit plus intense sur la jeune femme, alors que je lui présentais ma main droite,

-Me feriez-vous l'immense honneur de m'offrir la prochaine danse?


J'entendais alors à l'arrière des hoquets de surprises. Alors que plusieurs s'attendaient à une réaction vive et explosive, j'y allais en finesse. Il n'y a rien de plus difficile pour la testostérone d'un homme que de perdre sa cavalière.
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le Mar 5 Juin - 19:52
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Patronyme :: Nikitovna
Surnom :: Anya
Tête rejetée en arrière, les yeux fermés, elle oubliait où elle se trouvait ; l’espace d’une gorgée du moins. Puis le fond du verre claqua sur le comptoir, invitation tacite pour la prochaine tournée. Et la musique l’assaillait de nouveau, l’agitation revenant envahir ses sens. Alors d’un sourire farouche, elle invitait Nikolaï à la resservir. Ce dernier levait une main en direction de la tavernière qui lorgnait du côté de la troupe militaire, aussi bien méfiante qu’amusée par la scène. D’une rotation infime sur le tabouret de bar, Anna avait jeté un coup d’œil à la scène qui se déroulait dans son dos. Oksana était apparue, rayonnante, sauvage, et s’était jetée sur son supérieur sans aucun égard pour la discipline qui régnait d’ordinaire. Ils n’étaient plus de service et ils avaient autant besoin de fêter leurs retrouvailles que d’oublier les raisons de leur séparation. Brève rotation du bassin, muscles déployés dans leur élan et le couple se trouvait en mesure d’entamer un tango, danse primitive et exotique si l’on considérait l’époque et le lieu. La jeune femme les observait d’un œil absent, absorbée dans ses propres réflexions. L’espace d’un instant, il lui semblait pouvoir se soustraire de cet univers connu et borné dans lequel elle évoluait. L’espace d’un instant, elle profitait du spectacle de ces deux corps qui se mouvaient au rythme de la musique. Oksana compensait son manque d’élégance par une agilité déconcertante tandis qu’Alexandre exploitait les capacités de son corps herculéen pour mener la danse. Il corrigeait son absence de grâce par une agressivité quasi-érotique.

Bouche entrouverte, le regard légèrement trouble, la chirurgienne avait frissonné. Leur regard s’était-il croisé une fraction de seconde plus tôt ? Elle grommela quelque chose que Nikolaï, interlocuteur le plus proche, ne put comprendre et elle pivota sur son assise de manière à planter les deux coudes sur le bar. Sans esquisser le moindre mouvement, elle braqua sa focale sur son compagnon d’infortune. Celui-ci semblait vaguement divertit par la scène qui se déroulait derrière eux, au cœur du Strelka. La Brahmane soupira, réalisant avec retard la tension qui s’était accumulée dans la ligne de ses épaules. Les lèvres pincées, elle observait ses propres mains. Si l’on omettait sa formidable mémoire, c’était auprès d’elles que reposait l’essentiel de son talent. Au-delà de l’entrainement et en dépit de tout acharnement, elle ne pourrait jamais égaler le couple qui dansait derrière elle. Mâchoires crispées à en faire crisser l’émail, elle prenait la pleine mesure de sa jalousie. Elle enviait la complicité qu’ils trouvaient dans leur union, dans la synchronisation parfaite de leur corps et de leurs pensées. Par les armes, par la mort, ils avaient atteint un état de grâce dont elle ne pouvait pleinement prendre conscience. Alors qu’elle se chargeait de cette amertume, ouvrant et fermant successivement ses mains en accord avec la musique jouée derrière elle, elle plissait les yeux et émettait un léger grondement. La main sur son épaule la fit sursauter et elle pivota d’un coup vers Nikolaï. Ce dernier la fixait d’un air perplexe. A en juger par l’ampleur de ses pupilles, il l’observait depuis un moment. La jeune femme secoua la tête pour se détacher de l’examen oxidique.

- On s’entendra pas discuter ici, fit-elle d’une voix basse et grondante qui contredisait ses propos, on peut changer d’endroit s’il te plait ?

Elle avait posé les mains à plat sur le bar et se laissait déjà glisser du haut tabouret. La main de Nikolaï avait glissé de son épaule à son poignet et s’était refermée dessus. Avec une vivacité surprenante, il s’était déjà remis debout et la tirait légèrement vers elle, les yeux à la recherche des siens. Dans le mouvement, il avait murmuré son prénom. A la lueur blafarde de l’éclairage, ses prunelles étincelaient de colère.

- Pourquoi ? C’est à cause de leur présence ?

Il avait désigné d’un mouvement du menton les militaires qui s’égayaient derrière eux. Les yeux de la jeune femme s’étaient focalisés sur le spasme qui avait parcouru les muscles de sa mâchoire. Lorsqu’il revint vers elle, sa lèvre supérieure s’était légèrement retroussée. Epaules déployées vers l’avant, il semblait prêt à bondir. Alors, avec retard, il réalisait le teint livide de sa compagne. Sous les questions, Anna s’était figée. Un léger tremblement l’avait parcourue autant de colère que d’appréhension. Jusqu’ici, elle priait pour ne pas attirer davantage l’attention du bastion Vympel tout en étant bien assez occupée à ignorer la présence de leur chef de section. Plus pâle qu’à l’accoutumée, Anna fixait son ami d’un air interdit. La colère de Nikolaï se cristallisa d’un coup et ses traits se figèrent pour formuler une question inquiète. Tirant légèrement son poignet de manière à l’attirer vers lui, il se pencha en avant et murmura entre ses dents serrées :

- Anya, bon sang, on bouge si tu veux mais dis-moi ce qui ne va pas s’il te plait.

Comme elle ne répondit pas de suite, glissant un regard sur le côté à la recherche d’Alexandre et de ses compagnons, elle sentit la main serrer plus fermement son poignet. Bouche entrouverte, elle voulut protester mais Nikolaï grondait déjà, menaçant. La jeune femme avait refermé la bouche et froncé les sourcils sous le coup de l’agacement. D’une rotation du poignet, la main libre posée sur celui de l’éclaireur, elle cherchait à se dégager. Détournant la tête d’un mouvement vif tout en relâchant sa prise, il braqua son regard sur le groupe de soldats. Ce n’était pas sur elle qu’il comptait décharger sa déception.

- On reste ici, Anya…avait-il grincé entre ses dents ; avec un air féroce, il poursuivit d’un ton assez fort pour que les principaux concernés puissent l’entendre, Après leur foirage, ils n’ont pas intérêt à venir gâcher notre soirée. Et à leur place je me ferai plus discret et je ne viendrai pas parader comme ils le font !

Cette fois-ci un frisson glacé avait parcouru son échine. Si jusqu’ici Anna n’était plus bien sûre de l’afflux sanguin dans son visage, elle sut que toute couleur l’avait déserté. Elle n’eut pas vraiment besoin par ailleurs de diriger son regard vers les soldats pris à parti pour savoir qu’aucun des propos de Nikolaï ne leur avaient échappé. Ce dernier les ignorait, les yeux braqués sur la chirurgienne. Courbé au-dessus d’elle, la main toujours proche de son poignet sans la toucher pour autant, il retenait son souffle tant sous le coup de la colère que de l’appréhension. Instinctivement, la jeune femme s’était crispée en retour, la tête presque enfoncée dans les épaules en prévision de l’orage à venir. Pourtant ce fut la démarche souple, exagérément féline, d’Oksana qui vint suspendre la tension. La Brahmane s’était tournée vers elle avec raideur en levant un sourcil perplexe.

Ce fut cependant avec un soupir de soulagement qu’elle accueillit sa proposition. Observant la main en suspens qui l’invitait à se détacher de Nikolaï, elle esquissait un sourire amusé. En l’espace d’une fraction de seconde, la composition du visage de la jeune femme s’était métamorphosée. La tension qui l’habitait plus tôt avait laissé place à cette expression à la fois hautaine et sarcastique qu’elle réservait aux situations les plus périlleuses. Il fallait cependant être en mesure de la connaître pour deviner l’étendue du trouble que son expression dissimulait réellement. Pour la faune extérieure, il s’agissait seulement du dédain que l’on attribuait à l’audacieuse Brahmane. Et ce fut donc avec un naturel désarmant qu’elle haussa une épaule avant de déposer sa main dans celle de la Ksatriya comme si elle n’avait jamais été effleurée par la tension croissante qui saturait l’air du Strelka.


- Pourquoi pas, avait-elle murmuré tandis qu’elle se laissait entraîner un peu plus loin par Oksana.

Du coin de l’œil, elle avait avisé le groupe de musiciens qui s’extirpa aussitôt de sa torpeur. Volontairement, elle avait évité de croiser le regard d’Alexandre dont elle devinait le rayon mégajoule de ses pupilles qui suivait le moindre de ses mouvements. Comme elle ajustait sa position à celle d’Oksana, prête à danser, elle ajouta avec un demi-sourire :

- Je te préviens, tu viens de troquer une bien piètre partenaire. Je ne sais absolument pas faire ce que vous avez fait quelques secondes plus tôt.

Pourtant, elle venait déjà calquer les mouvements de la jeune femme. Si la chirurgienne n’avait jamais dansé le moindre tango de sa vie, elle pouvait user sans scrupule de son formidable réseau mnésique afin d’y remédier. Pour le reste, il lui faudrait compter sur son habileté pour imiter les corps qu’elle avait vu danser un peu plus tôt et, bien entendu, sur l’indulgence d’Oksana. Ce fut donc sous la forme d’un sourire bancal qu’elle formula sa silencieuse prière et se mit à suivre les directives de la militaire.



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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Mer 6 Juin - 14:31

Passeport
Age :: 32
Patronyme :: Nikitovitch
Surnom :: Stena
Performance et représentation. Alexandre performait avec maestria et se conformait aux représentations qui étaient attendues de lui, très tôt intégrées dans la fabrique du parangon qu’il était devenu aux yeux de tous. De presque tous. Rechigner à entrer sur la piste, attendre que les supplications amusées et les encouragements s’élèvent suffisamment avant de céder à contrecœur, l’air foireux et compromis, faisaient partie d’un ensemble de règles sociales indicibles, d’un code de conduite implicite entièrement assimilé. La souplesse et la vélocité létales avec lesquelles son corps phénoménal se mouvait en combat, véritable art martial, auraient aisément pu être sollicitées à l’occasion de la danse. Mais c’était quelque chose de contre nature, d’impensable. Un gaspillage déshonorable que le rucher de leur caste accordait toutefois à Oksanna, parce qu’elle était une femme. Des préjugés qui en court-circuitaient d’autres, rompant la faculté de juger de la meute et qui, dans l’angle mort occasionné, créaient un infime espace de liberté.

L’échauffement n’avait pas même commencé, deux minutes à peine de mouvements coordonnés, hautement facilités par le niveau de sa cavalière qui savait s’adapter, et dont le corps, aguerri aux foisonnement des figures et des enchainements, obéissait instinctivement aux commandes données. Là, d’une pression exercée sur le dos de la main couplée d’une inclinaison de poignet, tandis qu’il la poussait du bassin et vrillait dans l’avancée, ici par l’appui de sa paume contre le flanc droit, intimant une rotation qu’elle traduisit instamment en un tournoiement agile. La même flamme dans les yeux d’Alexandre, le même sourire chancelant devant la question rhétorique de son amie, tout au plus un soupir nasal en guise de rire, pour réaction. Il commençait à peine à ressentir le besoin de respirer par la bouche, l’énervement montait crescendo avec l’excitation, chaque tour imprimant sur ses rétines un nouveau geste de Jdanov envers Anna, aussi surement que le corps lascif d’Oksanna imprimait sa fermeté et diffusait sa chaleur contre le sien. Les traits de son visage forcirent et son sourire se résorba peu à peu dans l’effort, si bien que l’éclat de son regard fossilisa, ambre dure plongée dans les prunelles coltan en contre bas, lorsqu’elle lui confirmait les informations de haut niveau d’accréditation.

Le colonel Dezhnov, avait-il songé sur le champ. Quant à Anna, il s’agissait d’un tout autre genre d’accréditation qu’il attribuait à l’intuition de sa partenaire. Ployé au-dessus d’elle, il s’était pétrifié d’un soudain et la tenait d’une étreinte solide, suspendue dans le vide. Pris de court, la tête qu’il tirait trahissait fidèlement sa pensée dans un mélange de compréhension médusée et de résignation. La musique et les applaudissement s’étouffaient dans le bruit blanc des décharges neurohormonales et de l’ivresse. Il la redressa contre lui et la délivra en la déroulant hors de son étreinte, ultime figure de danse. Il avait gardé sa main gauche dans la sienne et la leva bien haut, avant de s’incliner dans un salut théâtral énergique, cote à cote. Applaudissements, sifflements, huées. Le compliment qu’elle lui destinait pour noyer le poisson, sincère ou non, glissa sur son dos lorsqu’il se redéployait de toute sa stature, mettant au défis Léo et Vlad de venir les rejoindre pour une passe de danse, l’argumentation fusant en langage gestuel de primates.
« Je l’aime », déclara-t-il platement au même instant, presqu’inaudible, avant de reporter son attention en direction du bar. Et sous ses yeux, Nikolai Alexandrovitch portait la main sur Anna, blême et sur la défensive. Les gestes qu’il affectait à son égard n’avaient rien à voir avec la proximité que lui-même partageait avec Oksanna.

« Oï. » Alexandre se mit en arrêt, les sourcils froncés d’une ligne néanderthalienne, couvrant l’éclair d’ultraviolence qui flasha brièvement à sa conscience. Un coup, un mort. Il se ramassa sur lui-même, carrant les épaules comme s’il s’apprêtait à foncer dans le tas et sur le champ, la langue écrasée contre la rangée de dents inférieure, les poings relâchés prêts à fouetter, et… Oksanna, son garde-fou, le ramena sous terre. Oksie, le sergent-chef, maitresse d’elle-même, qui analysait la scène avec attention et courroux naissant. Lui, le lieutenant, sur le point de céder à la fureur et d’user de force physique brute. Il ventila mécaniquement, inspiration, expiration, gonflant et vidant son vaste coffre en une véritable orogénèse, le regard irradiant au travers du maelstrom de passions violentes qui se battaient pour le contrôle de sa motricité. Les kshatriyas l’observaient, Yégor avait les yeux rivés sur Nikolai et probablement était-ce lui qui, par son flegme, empêchait les autres d’intervenir. La provocation lui apparaissait plus grosse et plus colorée que la cathédrale de Saint Basile et il comprit que son supérieur venait d’y résister de justesse.
Au prix d’un cabrage d’urgence et d’un petite égratignure sur sa fierté, Prokhorenko lu dans jeu de Jdanov tout en essuyant un combo de sensation viscérale, de gong ferrugineux à l’arrière du crâne, et de nœud dans l’œsophage. Morsure insidieuse dont le venin cuisant se propageait avec virulence en sa poitrine et en deçà, nulle part et partout à la fois. Au-delà de la jalousie, au-delà de la territorialité et de l’envie d’annihilation subite d’un rival. Eros et Thanatos, ces faux frères allant toujours de pair.

La provocation verbale suivit, lancée avec panache et une foi immense en la discipline du même bastion qu’il venait d’insulter. Bravacherie gratuite, stratégie de renseignement ou vengeance, la dominante du mélange différait en chacun des réceptacles touchés à vif ou non. Ranvir s’était brusquement dressé, repoussant sans ménagement Vlad qui échouait alors à le contraindre, et le timbre cuivré, écorché, retentit au travers de la salle sans retenue : « Qu’est-ce t’as dit ? Répète un peu ? Répète ?! » Deux paires de bras vigoureux l’empêchèrent de s’extirper de la table, une voix basse lui intimait de se calmer et de laisser pisser, une autre, le timbre plus jeune et plus abîmé aussi, essayait de l’amadouer tandis qu’il jurait par Shiva et évoquait des bhūtas bouffeurs d’esprits et des shvans serviteurs, à plus bas volume. En moins d’une seconde, un bourdonnement de bravades et de mots rassurants entourait les propos hargneux et dangereusement cohérents de Ranvir. Y’a pas de curry dans son verre, il est pas content, c’est rien m’ssieurs dames ; Il a oublié de faire sa prière ; T’es con ou quoi, il est hindouiste, pas djihadiste ! Jihadiste c’est pas une religion ; T’es sûr ? Ouais. Enfin je crois. L’injonction du sergent Dezhnova, qui s’avançait avec détermination et séduction vers le couple, ne les atteignit pas dans le vacarme, bien que tous hormis le principal intéressé aient capté son regard. Sans le serbe, l’artilleur était aussi stable qu’un monticule de triiodure d’azote.
« Tu sais rien connard ! T’as rien vu ! T’as pas la moindre putain d’idée d’quoi… » eut-il encore le temps d’hurler, avant de se mettre à grogner la suite en borborygmes, sous la main d’Iann qui se prit un coup de crâne dans le nez.
« Raj ! » Un rugissement de rappel à l’ordre immédiat, puissant et solitaire, Alexandre qui se tenait toujours au même endroit, couvrant la polyphonie. Hey vise un peu Stena ; Tu saignes ; Islamiste, c’est islamiste ; Niet, m’a pas pété le nez ; Il va le butter ; Fe fuis fas Iflamifte pufain ! Non, il est pas débile ; Lâfe moi, merfe ! Faut pas qu’il laisse causer comme ça ! Ta gueule, regarde et prend de la graine ; Sérieux, soixante-seize vierges ?! Les brouhahas des clients, peu nombreux, s’élevèrent de concert, le percussionniste frappait en redoublant de force et sa compagne attaquait les cordes plus franchement encore, en réponse à la danseuse en quête de sa partenaire. Il n’y avait là rien que tous n’aient déjà vu, des guerriers en décompensation, aux prises de la relaxe et des passions. Le salut résiderait dans la danse, et la danse allait reprendre.

Mais les propos tenus risquaient d’en prendre certains au dépourvus et pendant ce temps, le lieutenant avait observé le sergent avec fixité, par-dessus le sergent-chef qui entrainait maintenant la brahmane, la suspicion relayant la colère et la jalousie : « Ça suffit », marmonna-t-il entre ses dents. Non content de brusquer Anna, cet enfoiré voulait en extraire des bénéfices. Aussi désagréable que lui fût le constat, Jdanov n’était pas un imbécile et cherchait à cuisiner ses hommes en misant sur le maillon faible du moment, qui n’était pas bien difficile à identifier. Raj avait, littéralement, une tête d’enterrement. Comme la majorité du Bastion Vympel, le sergent de l’unité R&E n’avait probablement pas gobé la narration officielle qui leur avait été servie, et contrairement aux soldats obéissants, il cherchait à en savoir plus. Or, Murugan venait de l’encourager à persévérer. Alors, Alexandre s’avança en direction du bar avec une décontraction forcée, roulant des mécaniques pour ne pas tout bonnement lui foncer dessus, et destina un large sourire qu’il voulu rassurant aux deux femmes sur le retour. Une caresse fugace du bout des doigts à la hanche d’Anna au passage, le rai fossile de son regard braqué sur Nikolai qui faisait mine de ne pas le voir. Mais il n’eut plus le choix lorsque le colosse se planta devant lui. Léo glissa de la table et Yégor lui emboita le pas, tant pour le surveiller que pour voir les choses de plus près. La parodie de danse du premier en fit sourire plus d’unes alors qu’il détournait le ridicule sur son déhanché, faisant presque passer la brahmane pour une danseuse professionnelle. L’ainé, les bras croisés, paraissait devoir se rappeler qu’il fallait bouger un pied de temps en temps, sans aucun rythme, pour ne pas donner l’impression de prendre racine. Un hochement de tête à l’attention d’Oksie, et il reporta son attention sur le lieutenant et le sergent.
*

Fichue faculté qu’était la sienne. S’il comptait arpenter les rêves du trio de survivants, il ne pouvait faire l’impasse sur une interaction préalable, de préférence avec une intensité élevée. Un accès au chemin de leur psyché, une direction qu’il se conditionnerait à emprunter, plus tard, lorsqu’il tenterait d’accéder au chaos de leur inconscient en sommeil paradoxal. Evidemment, la curiosité et la jalousie le poussait plus fortement, et pas tout à fait stratégiquement, vers le lieutenant.

« Tu me bouches la vue, Stena », annonça-t-il calmement, sans animosité dans la voix en dépit de la roideur de sa position. Un trait d’axinite rapide, harponné en contre-haut, et qui ne trouva pas d’accroche sur l’ambre dure. Alexandre pivota lestement pour se caler dos au bar, les coudes envoyés sur le comptoir, et prit son espace en poussant tranquillement le brun. Les deux hommes regardaient dans la même direction.

« Insulter les morts et violenter une femme, la grande classe, Jdanov. » Alexandre leva le menton en réponse aux pitreries de Léo, un long sourire plaqué sur la figure. Nikolaï avait brusquement tourné la tête vers lui, offensé, comme s’il venait enfin de reconnaitre sa présence et se résoudre à l’échange, pour se défendre de l’accusation.
« Quoi ? Je n’ai jamais - »
« C’est comme ça que ça parait, d’ici », le coupa Alexandre, « ça sera la narration officielle, quand j’vais devoir expliquer à ton commandant pourquoi il te manque des dents. » Il avait renversé la tête en arrière et l’observait en biais, indéchiffrable. La teneur des motivations de ce type étaient impossibles à démêler, personnelles à tous niveaux : le sergent, le soldat et l’homme confondus, visant son unité, son grade, Anna, lui-même, et que savait-il d’autre encore. Il renifla.

« La narration officielle », répéta Nikolaï, « comme celle de ta mission, hum. » Il plissait les yeux, satisfait d’avoir amené le lieutenant là où il le voulait, ses objectifs alignés.
« Prudence, gars. » Puis ils rouvrirent la bouche en même temps, amorçant une réplique pour la ravaler aussitôt, et Alexandre reprit la parole. « Fous leur la paix, Jdanov, la cérémonie c’était ce matin. » Il s’était rehaussé contre le comptoir et le dardait sans ciller, le regard intense. « Tu te permets de l’ouvrir sur mon leadership quand t’as pas la lumière. Et quand bien même, reste à ta putain de place. »
Le sergent s’esclaffa et secoua la tête avant de raccrocher le regard héliodore du lieutenant.
« Bien sûr, c’est pratique, à l’abris du galon et entouré d’un mur de mystère. » Il renifla à son tour et désigna Anna, qui en cet instant riait aux éclats. Léo avait échoué à faire danser Yegor pour imiter les deux femmes, mais il venait de réinventer la danse totémique autour de son aîné, en vigie, qui restait planté comme un pilier. « Alors fous lui la paix aussi, elle n’avait pas l’air d’apprécier ta présence ici. » Une mimique commissurale animale tendit ses traits, il anticipait une réaction brusque.

Mais Stena se passa une main sur la figure et prit une profonde inspiration avant de retenir sa respiration, la musculature enflée et soudain tout entier contracté, une grimace carnassière à demi-masquée sous sa main. Peut-être la proie d’un fou rire intérieur ou d’un accès de violence réprimé. Puis il lâcha nonchalamment, croisant les bras et se vidant de tout son air :
« Neh, en effet, elle me préfère dans son lit. »

Et c’est ainsi que le premier coup partit. Alexandre ne chercha pas même à l’éviter, encaissant le choc à la mâchoire sans un sursaut, les tendons de son cou, noueux comme des câbles de métal. Il ouvrit grand la bouche et fit mine de décompresser en remuant la mandibule, avant de se repousser du comptoir, imperturbable, et faire face à Nikolaï.
« Okay, on y va », annonça-t-il d’un ton trainant, le regard illisible. Puis il lui tourna le dos sans autre forme de procès, l’intention évidente de sortir du Strelka, son contradicteur sur les talons.
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Soldat-infirmier
le Sam 9 Juin - 20:24

Passeport
Age :: 30
Patronyme :: Ivanovitch
Surnom ::
Plusieurs de ses circuits firent des étincelles et il crut tout d'abord avoir mal entendu. Sa main refermée autour de son verre, le geste suspendu à mi chemin de ses lèvres dont le sourire s'effaçait lentement, et un joyeux vacarme lointain tambourinant à ses tympans, Daniil observa ses frères dont les réactions lui indiquait clairement qu'il avait très bien entendu.
Ce fut la première fois qu'il s’imagina instinctivement frapper quelqu'un, lui qui vouait sa vie à soigner et sauver les autres.

Qui plus est, Nikolaï et lui se connaissaient, il y avait entre eux une confiance, de celle qui permettait aux kshatriya de marcher ensemble sur le terrain et d’en revenir entier, si non pas indemne.  

Nikolaï venait pourtant de faire une erreur monumentale qu'il n'avait sans doute pas calculé avant. Voilà ce que cela donnait, de parler avant de réfléchir. Daniil su, sans l'ombre d'un doute, qu'il se devrait de remettre les poings sur les i avec le type, avant de pouvoir repartir avec celui-ci en mission. Histoire d'effacer, à coup de gueule et de poing, toute la rancune qu'il ressentirait à son égard.

Mais ça n'était plus le moment de régler cela, ici. Le lieutenant était directement visé par l’insulte et Raj en subissait les lourdeurs.
Leur foirage.

Brouhaha de colère et d’indignation, agitation corrosive et douloureuse ; le médic était toujours assis lorsque l’alpha tentait un rappel à l’ordre vers Murugan qui avait pourtant toute les raisons de vouloir démonter le sergent du R&E. Puis il bougea, se redressant de tout son long pour contourner la table, une main fouillant à sa trousse toujours accrochée à sa ceinture, l'air d'y chercher quelques mouchoirs en se dirigeant vers Iann ; tel le medic attentionné qu'il pouvait souvent être. L’homme tenait toujours Ranvir, contre vent et marées. C'était le moment idéal de faire stopper l’hémorragie.

Peut-être ses camarades penseraient, non pas tout à fait à tord, que le medic avait besoin de se rendre utile. Toujours est-il qu'on le laissa approcher ; difficile de le fuir tout en gardant son emprise sur un autre. Alors doucement, daniil épongea le sang sur le visage de son confrère , avant de briser sa lenteur pour un ultime geste.

Les plus proches entendirent parfaitement le bruit terrible que fit le cartilage retrouvant sa place initiale par la force du mouvement, trahissant dès lors l'intention réelle de la manœuvre maintenant accomplie.

“C'était cassé, en fait.” Se contenta-t-il de déclarer, platement, comme s'il corrigeait la précédente déclaration de Iann.

Et il retourna vers sa précédente place.
Chacun de ses gestes étaient fait avec lenteur calculée ; Kraïevski aux prises d’une multitude de pensées désordonnées. Jdanov devait avoir une raison, tentait-il de se convaincre. Une fichue bonne raison, autre que l’animosité qui régnait entre les deux hommes depuis des lustres.

Et le déclic se fit enfin, ne lui permettant pas même de regagner sa précédente place ni son verre aux bords noircis par la moisissure naissant dans les fentes craquelées, aussi infime et invisible à l’oeil soit-elle, dans lequel un fond d'alcool résidait encore.
Il ne faisait pas partie du bastion. Ni celui de Vympel, ni celui de R&E ni aucun autre d'ailleurs.
En tant que soldat medic, Kraïevski n'avait d’affiliation que celle de Polis.

C'était parfois un poids qui lui pesait, lorsqu'il avait envie de faire partie d'un groupe fixe, soudé tel une famille.
Combien de fois avait-il demandé à être rattaché au bastion Vympel, avant de se faire une raison et d'accepter de comprendre l'évidence.
Cette fois, c'était un réel avantage. Il n'avait pas à rester assis là.

Les mouchoirs usés qu'il tenait toujours en main, rejoignirent la table alors qu'il se tournait vers le sergent et le lieutenant, le regard s'accrochant aux têtes à l’horizon, au-delà la foule et des obstacles.

“Daniil.” Entendit-il parfaitement ; ce qui l'aurait probablement fait sursauter en d'autres circonstances.
-Fais pas bande à part mec!, ses confrères avaient lu en lui comme dans un livre ouvert.

Mais il ne pouvait pas rester là sans réagir.

“Fichu Médic de schrodinger!” Jura Vlad, en le voyant quitter la tablée pour fendre l'air et la foule ; ce qui aurait pu l’amuser, si la situation avait été toute autre. Car dans la plaisanterie la plus inoffensive, combien de fois avait-il, sourire amusé au visage, déclaré que “Ça ne le regardait pas, il ne faisait pas parti du bastion.” Pour ne pas prendre parti dans une querelle de franche camaraderie ; toujours sur un ton léger pourtant.

Dans la foulée, il croisa Yegor et Léo sans s’arrêter.
Sa main venait s’abattre avec force et fermeté sur l’épaule du sergent qui venait de faire volteface pour suivre Alexandre. Leurs regard ne s’accrocha qu’une seconde qui pourtant lui sembla s’éterniser avant que Nikolaï ne donne un coup d’épaule, rejetant la main de Daniil et à nouveau, le bruitage ambiant se rappela à son ouïe.

Il avait lui-même sursauter en plongeant dans la regard du sergent ; un tressaut infime que tout son corps ressenti. Jdanov n’avait ni l’intention de s’excuser de quoi que ce soit, ni celle de l’écouter essayer d’être la voix de la raison.
Ça ne l’empêcha pas de les suivre tous deux jusque dehors, ignorant encore sur l’instant s’il serait là en guise de témoin pour l’unité de Luka ou comme secours tel qu’il l’était dans chacune des expéditions, si la situation venait à trop dégénérer.



Dans les spectres colorimétriques, se consume la vérité.
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Sergent-chef, chef de groupe du Bastion Vympel
le Lun 11 Juin - 0:03

Passeport
Age :: 29 ans
Patronyme :: Philipovna
Surnom :: Oksie
J'avais bien entendu le souffle du lieutenant. L'aveu de son amour et j'espérais avoir mal compris. L'envie de me retourner à mi-chemin et de lui lancer avec un sourire moqueur '' bien sûr que tu l'aimes gros bêta, c'est la première femme que tu ramènes dans ton lit! '' était très forte, mais je continuais mon chemin. Alexandre devait faire ses propres apprentissages sur cet aspect. Il devait apprendre ce qu'est l'amour et le ressentir, avant de foncer droit dans le mur. Il apprendrait que cette douleur est plus forte que tout, plus forte que la mort de ses frères, car tomber en amour c'est offrir son cœur à l'être choisit. Et en même temps, ressentait-il réellement de l'amour pour la Brahmane, ou n'était-ce pas plutôt de l'attachement en lien avec leur amitié et du désir purement sexuel? Cela, seul Stena pouvait le savoir. Je ne pouvais lire dans son esprit, mais je savais que lorsqu'il heurterait le mur, il faudrait que je sois présente pour le relever. Car l'impact serait brutal, et après son retour de mission, il n'avait toujours pas récupéré complètement sa confiance d'antan.

Nikolaï pour sa part m'inspirait du dégoût. Avant de dévier mon regard d'acier et d'offrir ma main à Anna, j'avouais avoir fortement hésité. Mon poing sur la gueule de ce connard égocentrique aurait été pas mal également... Et très satisfaisant... Mais j'avais opté pour l'approche douce, où j'essayais de détendre l'atmosphère et réduire la tension qui s'était installée dans le Strelka. Lorsque la chirurgienne avait accepté mon offre, j'avais répondu à son sourire avec amusement également. Déviant un rapide coup d'oeil vers Nikolaï, je laissais briller une lueur arrogante et méprisante pour sa personne. Très rapidement, j'avais entraîné la brune plus loin dans un espace vide entre les tables. Milieu créé pour la danse semblerait. Alexandre nous avait croisés, rejoignant le bar et déjà je savais que les choses allaient rapidement déraper.

Léo suivi de Yegor nous rejoignait rapidement et je leur souriais également. Posant une main à la taille d'Anna, tout en tenant sa main de l'autre. Je m'assurais que sa prise soit sur mon épaule non blessée, alors qu'elle pourrait remarquer que j'avais bien réussi le bandage qu'elle m'avait montré la veille. Moins beau que le sien... Mais il tenait bien. Prenant la position du cavalier de la danse, je me redressais de toute ma hauteur et la capturait dans mes bras. Tenant la Brahmane contre mon corps, je prenais un ton doux et rassurant, alors que je lui désignais Leo du menton,

-Tu ne pourras définitivement pas faire pire que cet idiot! N'est-ce pas Frier!


Le principale concerné augmentait alors la vitesse de ses rotations de hanche, maladroite et tentative de sensualité ratée. Je grimaçais, alors que je retenais un éclat de rire. Retournant mon attention sur la jolie brune entre mes mains, je rajoutais,

-On va y aller un pas à la fois et je vais te guider. Imite mes pas et écoute mes indications.

Ma main, poser chastement sur sa taille venait la guider. Je la poussais, la tirais et la dirigeait vers le côté lorsque nécessaire. Bougeant mes pieds lentement et un pas à la fois. Je lui murmurais tout en bougeant les directions à prendre '' Lent, vite, vite, lent, pivot ''. Prochaine séquence maintenant, alors que j'hochais la tête dans sa direction en signe d'encouragement à persévérer '' Arrière, gauche, croiser, avancer, avancer, fermer ''. Malgré le rythme plus rapide de la guitare, je n'accélérais pas la cadence. Je laissais le temps à Anna de bien comprendre les mouvements et adressait un clin d'oeil à Stena lorsqu'elle semblait concentrée sur ses pieds. Lui signifiant que je gérais la situation de mon côté. Je comprenais amplement ce que son regard voulait dire, '' garde-la à l'écart ''. J'allais faire de mon mieux, mais je n'allais pas retenir la Brahmane contre son gré non plus.

J'étais bien plus douce qu'Alexandra dans ma façon de diriger la danse. Je ne brusquais point la jeune femme, mais conservait le côté sensuel du Tango. Venant frôler sa peau de mes doigts lors de nos rotations, approchant mon visage tout près du sien alors qu'on tournait pour reprendre vers la droite. Notre danse était moins habile que celle avec Stena plus tôt, mais incomparable à celles des deux soldats qui nous accompagnaient. Leur style de danse semblait plutôt ressembler à une charade et l'air boudeur de Leo au rejet de Yegor me faisait éclater de rire. Rire que je contenais depuis le départ avec grande peine.

C'est alors que le premier coup partait. Premier échange inévitable entre les deux hommes au bar. Tout le monde regardait dans cette direction sans exception et je profitais de ce moment pour faire tourner Anna sur elle-même. Beaucoup plus maladroite que mes partenaires de danse normalement, je compensais en attrapant rapidement sa main pour la tirer de nouveau contre mon corps. Mes lèvres tout près des siennes, ma poitrine contre la sienne, je posais une main dans son dos au centre, j'avançais alors le haut de mon corps vers elle, l'incitant à se laisser doucement tomber vers l'arrière. Je profitais de ce moment de proximité pour lui murmurer,

-Ne t'en mêle pas... Laisse les jouer à qui pisse le plus loin... Profite plutôt de la soirée pour t'amuser, d'accord?


Daniil avait rejoint les deux hommes et sa tentative de raisonner le sergent avait été un échec. Je me retenais de serrer les dents et de les rejoindre. Mais encore une fois, je restais dans l'impuissance alors que je m'écartais de la possible baston, écoutant les ordres d'Alexandre comme un bon second, tout en tenant compagnie à Anna. Une jolie jeune femme, blonde au yeux émeraudes rejoignait alors notre petit cercle, offrant sa main à Leo, le sourire au lèvre et le prenant possiblement en pitié après le refus de son ami. Après tout, l'humours n'est-elle pas une bonne forme de drague?
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Médecin-chirurgien
le Lun 11 Juin - 11:08
Médecin-chirurgien

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Age :: 28 ans
Patronyme :: Nikitovna
Surnom :: Anya
La main sur l’épaule d’Oksana, le bassin à quelques centimètres du sien, Anna prenait son premier cours de danse. Lèvres pincées, regard vissé dans celui de sa cavalière, elle devait faire appel à toutes les ressources de son corps pour suivre le mouvement et évoluer avec autant de grâce qu’elle. Si Oksana n’était pas habituée à mener, elle s’en sortait admirablement bien, ponctuant chaque transition d’instructions à son encontre. Anna n’avait plus qu’à faire appel aux images mémorielles de la danse avec Alexandre et à reproduire les enchaînements au bon moment. La principale difficulté résidait donc l’obéissance de son corps aux injonctions tout en gardant son sang-froid. Les sources de distraction s’accumulaient dans son champ de vision. D’un côté Yegor et Léo, deux soldats de Vympel, qui se trémoussaient en un simulacre de danse ; de l’autre, Stena qui avait rejoint Nikolaï. Adossés au bar et visiblement absorbés par la vision des deux jeunes femmes qui dansaient, la teneur de leur échange lui échappait.

Lorsque le lieutenant était passé près d’elle et l’avait frôlé du bout des doigts, elle s’était cambrée dans un frisson. Son bassin était venu se coller instinctivement à celui de sa partenaire de danse. Le regard trouble, elle avait cligné des yeux à deux reprises et s’était faite violence pour garder contenance. Se mordant l’intérieur des lèvres, elle avait maudit les faiblesses de sa propre chair. Le geste, sans doute imperceptible pour l’assemblée, s’était certainement voulu tendre, sinon attentionné mais elle n’y avait vu qu’une ultime tentative de possession, un moyen de réaffirmer les positions. Et c’était pour cette raison même que ses oreilles vibraient sous l’impact de la colère et de la honte. Si son esprit avait cruellement conscience de tout cela, son corps, lui, réagissait instinctivement à l’appel de Stena. Mais la véritable source de son exaspération reposait dans le fait qu’en dépit de toute sa volonté, elle savait qu’elle ne pourrait s’y dérober. Chaque fois qu’il reprendrait assaut de son corps, ce dernier y répondrait, inlassablement.

Cherchant à ignorer ostensiblement le regard des deux soldats adossés au bar, la Brahmane se focalisait sur les directives de sa partenaire de danse. Elle tentait de calquer ses mouvements sur les siens et d’évoluer avec autant de souplesse qu’elle mais le manque de pratique avait raison de ses efforts. A plusieurs reprises, elle manqua de trébucher ou de s’éloigner trop vivement de la jeune femme. Se rattrapant de justesse, Anna finissait par la frôler plus que de raison et, inévitablement, par se crisper et perdre le rythme. Patiente, Oksana reprenait alors d’une main de maître le cours de la danse. Entre temps, les tribulations de Yegor et Leo avaient pris fin dans un éclat de rire général. Malgré la tension, la jeune femme s’était fendue d’un sourire, manquant de justesse de perdre une nouvelle fois le fil de la danse. Cette fois-ci Oksana avait anticipé l’erreur et l’avait ramenée à elle, un peu trop vivement d’ailleurs car elles se trouvèrent outrageusement collées. Dans le mouvement, la main de la chirurgienne avait glissé un peu plus loin sur l’omoplate de la militaire. Souffle suspendu, lèvres entrouvertes, elle avait senti un frisson remonter le long de son échine. Toutes deux vraisemblablement surprises, elles restèrent ainsi le temps d’une mesure puis se décollèrent avec autant de grâce dont elles étaient capables, priant pour que personne ne les ait remarquées.

L’attention de l’assemblée avait été dirigée ailleurs, comprit la jeune femme avec retard. Au détour d’une volte, elle avait saisi le coup porté par Nikolaï. Inspirant longuement, tant pour conserver ses repères que pour taire ses émotions, Anna avait penché la tête de côté de manière à capter le regard d’Alexandre. Ce dernier ne pouvait la voir, les yeux vissés sur un point lointain. Il n’avait pas cillé sous l’impact. Un instant elle avait craint la riposte, retenant son souffle autant que ses gestes. Oksana avait dû sentir sa crispation et avait profité de l’instant pour glisser une jambe entre les siennes et décaler la main dans son dos avant de la faire basculer. Fermant aussitôt les yeux, la Brahmane se laissa glisser en arrière et répondit en une ondulation presque érotique. Le corps gainé, uniquement retenue par la main de la militaire dans son dos, elle refusait de rouvrir les yeux et priait pour que le temps suspende son cours, au moins un instant. Ce furent les paroles d’Oksana qui la ramenèrent brutalement à la conscience tandis qu’elle se redressait vivement. Elle cligna des yeux à plusieurs reprises, tant pour rassembler ses idées que pour chasser le voile qui s’était posé sur son esprit. Dans sa vision périphérique, elle aperçut Stena quitter le Strelka talonné par Nikolaï et Daniil.

Le medik était arrivé moins d’une minute après eux dans le Strelka, aussitôt invité par le bastion à les rejoindre. S’il n’appartenait pas à Vympel, il connaissait chacun des soldats qui composaient la section. Il pouvait même certainement en considérer la majorité comme des amis. Et, au regard des événements de la matinée et de sa participation à la rencontre avec le Sombre, sa présence n’était finalement guère surprenante. Une fraction de seconde, la jeune femme avait pourtant craint de voir son frère les rejoindre. Le désastre n’aurait pu être alors plus complet. Avec amertume, Anna avait remercié l’humeur massacrante de son aîné de les avoir épargnées. Si l’on considérait la conjoncture actuelle, sa présence n’aurait pu être plus catastrophique. Comment Andreï aurait-il réagi aux remarques de Nikolaï ? Anna n’osait même pas envisager quelle aurait été sa réaction face à la lutte de territoire entre Stena et Nikolaï. Sa liaison avec le lieutenant de Vympel aurait été bien impossible à dissimuler à ses yeux.

Mais pour l’heure la chirurgienne avait bien d’autres préoccupations. Oksana tentait de mener diversion et enchaînait déjà sur une nouvelle combinaison. Mâchoires crispées et corps tendu à l’extrême, la jeune femme ne répondait plus correctement à ses injonctions. Elle avait fini par secouer vivement la tête avant de se détacher de sa partenaire. Les yeux vissés dans les siens, elle ne faisait même plus mine de continuer à danser.

- Je ne peux pas, avait-elle fini par articuler entre ses dents, la voix rauque sous l’effet de la colère.

Elle sut qu’elle n’avait besoin d’autres explications. Au cœur de la tempête qui se déroulait dans le regard de la Brahmane se menait une lutte d’idéaux et de sentiments. Même si elle n’était qu’une raison pour laisser libre cours à leurs différends, elle ne pouvait supporter l’idée de voir deux hommes se disputer ses attentions. Elle ne pouvait danser en feignant l’ignorance lorsqu’on faisait d’elle le prix d’une enchère. C’était trop primitif pour qu’elle puisse fermer les yeux. Tout cela, Oksana pouvait le saisir, et, elle l’espérait, pouvait le comprendre. Ainsi, sans autre forme de procès, la jeune femme se détacha d’elle. Jetant un regard circulaire autour d’elle, elle avisa les soldats toujours attablés. Plusieurs lui rendirent son regard, mâchoires crispées et poings fermés. Anna n’avait aucune espèce d’autorité sur eux pourtant elle les dévisagea d’un air glacial. Elle avait levé une main à leur attention, à la fois menaçante et suppliante. Puis, avant que l’un d’eux n’ait le temps de remettre en cause l’autorité qu’elle venait d’usurper, elle avait volte-face et quitté le Strelka d’un pas pressé.

- Nikitovitch-alexandrovitch !

Les patronymes avaient fusé, injonctions polaires, avant qu’elle n’ait vraiment pu les apercevoir. Déboulant du Strelka après avoir violemment repoussé les portes battantes, elle s’était immobilisée. Corps tendu vers l’avant, les poings fermés et crispés à en faire blanchir les phalanges, elle fulminait.



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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Mar 12 Juin - 15:18

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Age :: 32
Patronyme :: Nikitovitch
Surnom :: Stena
Léo se savait observé et était ravi. Pour un peu, il en aurait plissé des yeux de merlan fris. Mais l’impétuosité de sa jeunesse, miraculeusement préservée dans les horreurs et les prouesses du Métro, l’en prévenait. La candeur et la bêtise, derniers remparts de l’humanité, s'illustraient sur sa figure tandis qu'il reproduisait en ombre, comme il l’avait fait en entrainement au combat, les pas d’Oksanna. Iann éclata de rire depuis la banquette, les yeux rougis et luisant, un voile violacé lui barrait maintenant le visage. Penaud, l’indien rentrait les épaules et reluquait d’un œil mauvais l’échange au comptoir, assigné par Yégor à la garde de leur armes. Vlad avait renoncé à faire en sorte que le blond applique les consignes du médic de Schrödinger, qui était des leurs quand ça l’arrangeait, et qui n’en était plus, lorsque ça se corsait. Ça n’était pas tout à fait vrai, mais la plaisanterie se répétait, et un jour, il était allé trouver Alexandre pour lui demander ce qu’était Schrödinger, car Alexandre savait beaucoup de choses et avait été l’élève de Diogène.

Les trois soldats s’étaient resserrés sur la baquette et portaient une attention religieuse au sergent Dezhnova et à la Volkovar, les yeux ronds comme des billes, jusqu’à en oublier que leurs verres étaient vides. Vous voyez c’que je vois où je rêve ? Niet, tu fantasmes pas, ou alors c’est un fantasme collectif ; Une hallucination collective... ; Woa, j’ai mal, c’est chaud ; Raj ? Reviens, frère ; Ah, pousse-toi Léo, tu fais écran ! Il t’entend pas, il chasse ; Elle est pas mal ; Tu l’as déjà vu avec un mec Oksie ? Pas à mon souvenir ; Heu… ; Fichtre ; Nooooon ; On va tous perdre le paris ; Mais branlez-vous en silence ! Et ce fut une succession de bruits suggestifs de la part de l’Empaleur avant que le blond le fasse taire d’un vif taquet à l'arrière du crâne.

Puis tout le bastion vrilla comme un seul homme, en la direction du lieutenant. Iann s’était relevé sur le champ, prenant appuis sur la table sans égard pour le chiffon maculé qui tomba de son encolure, Ranvir se mit à ronger son frein, ou plutôt, les jointures de ses poings, lorsque depuis la piste improvisée Frier s’était immobilisé d’un soudain, aspirant son air et sa lèvre inférieure dans un grand gémissement rauque et dramatique avant de chercher soutien auprès de son ainé qui, non loin, se frottait la mâchoire avec tant d’insistance qu’il crut entendre le crissement continu de sa barbe. Yegor sortit de son état de vigie et vint poser une main à son épaule, le clouant sur place en attendant que l’onde de choc se résorbe, car nul n’avait été épargné. Le temps de laisser au lieutenant la possibilité de ne pas perdre son sang-froid. Depuis la table, les tirs des regards s’étaient croisés jusqu’à la piste avec de nombreux ricochets vers le comptoir.

La patronne du Strelka s’était retenue de fustiger les deux guerriers tant par égard pour le lieutenant Prokhorenko que pour les clients de son établissement, mais celui-ci n’avait pas manqué le regard signifiant de la brave dame qui, pour bien faire passer le message, désigna la porte d’un geste ferme et sans équivoque. Le regret instantané se lisait sur le visage du sergent Jdanov. L’impulsion avait été trop forte, le sentiment, viscéral. Un léger imprévu, une déviation de ses intentions premières. L’air sérieusement alarmé, il s’était machinalement écarté du comptoir et recalculait ses priorités dans le dos de Stena, s’autoflagellant pour sa perte de contrôle devant Anna. Kraïevski l’interrompit en pleine gymnastique de conscience pour autovalider son emportement et il se dégagea sans ménagement, décochant un trait d’accusation dans l’éclat d’acier. Il était venu le trouver, plus tôt, et le médic n’avait rien voulu lui lâcher, au mépris de la confiance que les deux hommes se vouaient. Quelque chose était différent, chez Daniil, la mission l’avait indéniablement changé.

Les portes doubles fouettèrent l’air à trois reprises, et continuèrent de battre le vide un moment avant de se figer. La musique n’avait pas cessé, les deux femmes dansaient pour quelques instants encore, et les spectateurs en stase retrouvèrent soudain parole et mobilité.

Frier resta sur la piste, l’attention détournée par l’apparition de la jeune créature, manifestement plus courageuse que lui. Très vite, elle riait, et tous deux se décrochaient la nuque pour imiter le sergent-chef et la brahmane, avec tout l’entrain et la maladresse de l’apprentissage. Faux pas malencontreux, carambolages insistants et chocs alanguis, le kshatriya lui faisait la totale, et sa cavalière n’était pas en reste. La surprise n’était pas feinte, lorsqu’il se retrouva à tourner sous le bras levé de la blonde. A la tablée, les rires explosèrent, nerveux et libérateurs. Puis la brahmane rompit l’entente, suivie par le regard du bastion entier. Yegor interrogea sa supérieure du regard et secoua la tête, il ne suivrait pas, mais rejoindrait la tablée. Léo, subitement assagi, cessa de faire l’andouille et, aux prises d’un besoin de consolation inexplicable, finit par enlacer sa cavalière. Tout en se balançant lentement sur la musique, Maya lui tapota affectueusement le dos, un sourire discret ourlait ses lèvres pleines, accompagné d’un haussement de sourcil à l’attention d’Oksanna.

Il y eut d’abord un silence. Ici l’on gonflait les joues, là on roulait des yeux et, affalé contre le dossier, les mains enfoncées dans les poches du pantalon, l’on se laissait longuement couler contre la banquette. Puis les conversations démarrèrent à l’image des regards, croisées et superposées dans le chaos organisé.
On peut pas le laisser dire ; Pour l’honneur ; Pour l’honneur, ouais, et la putain de vérité ! Raj… ; Non, cherchez pas ; Recobancez pas, ayez confiance en Steda ; Dix balles sur Stena ! ; Pareil ; Attendez… ; Frier a pécho ! Non mais attendez… ; Il va pleuvoir dans le métro ! Il va le démonter ; Il l’a bien cherché ; Un foirage… Mais putain !  Dix balles aussi ; Vous êtes vraiment cons… ; ça ba arriber aux oreilles de Strelbikov cette hisdoire ; Vous venez vraiment de parier sur… ; Ouais, on l’a déjà vu par ici, c’est… Maya ? Non, Stena va gérer ; Mais quoi ?! C’est quoi ton problème ? … Qui mise sur Nikolaï Alexandrovitch ? Et ce fut comme un retrait de marée vers le dossier lorsque tous récupérèrent leurs cartouches dans un nouveau silence gêné. L’élite des guerriers d’Arbatskaïa, ces hommes à l’intelligence groupée et à la coordination redoutable sur le terrain des opérations, rucher neurologique dépassant l’individu pour irriguer la section entière, perdaient toute leur acuité en situation de décompression arrosée.

*
Alexandre n’avait pourtant pas poussé les battants en y mettant plus d’énergie et de colère que de nécessaire, éprouvant une sorte de respect devant les arabesques ouvragées, pour les artisans qui avaient légués leur savoir-faire à leur ersatz de civilisation métroïde. Il espérait un jour voir à la surface les ruines de Persépolis et du temple Tachara, le passé glorieux du pays déchu de sa mère. Il s’éloigna suffisamment de l’entrée du Strelka et bifurqua dans le couloir de la sortie de service.

Jdanov était loin d’être un lâche et avait suivi Prokhorenko sans un mot, arroseur arrosé, foireux de s’être aussi facilement laissé déclencher. Et ce dernier le cueillit sans tarder en une brusque volteface, armant au tout dernier moment le crochet qu’il lui destinait, leste et fulgurant. Une masse de guerre que la garde du sergent à peine montée, ne sut parer. L’équilibre en état d’ébriété avait quelque chose de formidable et Nikolaï en usa, utilisant instinctivement la dynamique induite par le déséquilibre, pour basculer sur l’avant avec force vélocité, tout en répliquant d’une frappe ascendante, localisant au jugé entre ses mèches épaisses et bouclées, le menton de son adversaire. Le circuit offensif qui excitait ses réflexes impliquait un prompt revers suivi d’un crochet de la droite, mais il n’eut ni l’occasion de se déployer, pas plus que de développer sa riposte. Le lieutenant avait suivi son propre poing, balistique irrésistible, et d’un bref pivot du pied et de la hanche, le rentrait déjà dans l’attaque, fouettant le sergent d’un revers sec contre la trachée, le but étant de le sécher. Lire consciemment la position de corps de l’adversaire, remarquer les feintes et déceler l’attaque attendue n’était plus qu’une compression d’algorithmes intégrée à ses motoneurones depuis bien longtemps. L’inconscience de l’intuition dans le geste, la vitesse luminique de l’attaque, outrepassant la défense, et jusqu’à la défense dans l’attaque, en cela résidait l’expérience et la répétition acharnée de la pratique. Au plus doués étaient les combattants, au moins durait le combat. Aussi, mieux valait ne pas présumer des prouesses de ceux qui aimaient à rapprocher les travaux de l’amour à ceux de la guerre.

Les omoplates de Jdanov rencontrèrent le mur tandis qu’il portait les deux mains à sa gorge, happant péniblement son air. Rien de plus frustrant qu’un adversaire de taille qui ne voulait pas se battre, peut importait la vaillance de l’attaquant. Tout était allé très vite, moins de deux secondes s’étaient écoulées lorsque l’impact projeta le sergent. Alexandre croisa subrepticement le regard de Daniil qui se tenait en retrait, penaud d’être vu en pareille illégitimité, et un peu gêné aussi par rapport à l’amitié entre les deux soldats. Devant la toux bruyante et les aspirations raclées à pleine goulée du sergent, il craignit un instant de lui avoir brisé le conduit. L’ivresse ne l’aidait pas à calibrer sa puissance. Mais Nikolaï se redressait dans un bruissement d’étoffe contre les aspérités murales et l’observait avec amertume, un rictus laconique achevant d’assombrir le tableau, le jugeant par ce seul acte, comme poseur irrécupérable. Or, l’instructeur allait l’instruire.

« On peut continuer tout le soir… », broncha Alexandre, haletant sous l’énervement contenu et le cocktail de catécholamines qui l’inondait inutilement, le préparant à un combat qui ne devrait pas venir. Il s’exprimait avec les mains en avant, les bras à demi repliés, désignant indistinctement Nikolaï, la ruelle et le mur du Strelka, comme s’il tentait de tenir toute la situation à distance, et surtout, le sergent. «… Mais, en vérité, j’n’aime pas ça…», avoua-t-il en un mensonge éhonté, car au moment même, rien dans les entrailles de la terre ne bouillonnait plus que sa fougue hormis la forge d’Héphaïstos sous Lemnos. Ou le désarroi d’Anna. « … Et tu n’auras pas le dessus, alors on arrête là, et tu m’dis de quoi il s’agit vraiment. »

Le soldat perdit un éclat de rire, qu’il paya instamment d’une quinte de toux. Il s’était maintenant entièrement redressé contre le mur. D’un coup d’œil rapide, il prit le médic à témoin et secoua la tête devant l’arrogance et la présomption du lieutenant. Quelque part au fond, il savait que Prokhorenko n’avait fait qu’établir un constat.
« La vérité, ce qu’il s’est passé là, ce que vous avez vu, » cracha-il, défiant.
Alexandre haussa les épaules et se planta devant lui, supprimant toute distance respectable, les pouces dans les poches.
« Et d’après toi, qu’est-ce qu’il s’est passé ? » Un étirement commissural en guise de sourire, ou de grimace, l’ambre de ses prunelles ternie par l’obscurité, ou l’air complètement blasé qu’il affichait.
« Un officier sup’ qui a pris une mauvaise décision ? », décocha Nikolaï, insensible à l’intimidation et carburant à l’idée fixe. L’officier sup’ en question expira bruyamment et se passa une main sur la figure. L’autre poursuivit. « Cette carcasse de mutant, Stena, sérieusement… C’est là tout ce qui t’as arrêté, huh ? »
« P’t’être bien », concéda-t-il en écartant les bras, exaspéré. Il avait fait trainer le dernier phonème avec insistance tel un fils de patience prêt à se rompre, et Nikolaï trancha :
« Allons ! Donne-moi quelque chose ! » Il se détacha du mur et tout deux entrèrent en un concours de regards, bombant vainement le poitrail et se frôlant exagérément. Au tableau ne manquait plus que les vrombissements menaçants. Au final, il n’avaient fait que performer et à cet instant, Jdanov comprit que ses provocations ne fonctionneraient plus, et qu’elles n’avaient peut-être jamais fonctionnées. Il avait sous-estimé le lieutenant. Après tout, c’était lui qui avait frappé le premier. Et Prokhorenko sut qu’il n’avait pas surestimé le véritable intérêt de Jdanov. Anna était un bonus, ou un malus en ce cas.

Mais alors Kraïevski intervint, aux prises d’une résurgence de culpabilité dont l’objet restait flou aux yeux du lieutenant, et la guerre du renseignement prit une toute autre tournure. Les deux kshatriyas tournèrent la tête vers lui sans changer de place, chacun perdant une interrogation explicite. Alexandre fit un pas vers lui de manière à l’interrompre.
« Dania, qu’est-ce que tu racontes, arrête… », gronda-t-il, concerné, dardant un regard insistant dans les prunelles acier. Il secoua rapidement la tête sans le quitter des yeux histoire que ce soit bien clair. Ne dis rien. Pas ici. Pas devant lui.
« Il n’y a qu’un seul corps, qui a été rapatrié. Je le sais. Une source proche, à votre sortie », renchérit Jdanov qui arrivait maintenant à hauteur de Prokhorenko, épaule contre biceps. Ce dernier gardait le silence, passant de Daniil, toujours en retrait, à Nikolaï, qu’il examinait d’un regard oblique, en contre-bas. Ni confirmation, ni infirmation. Après tout le secret l’engageait à ne rien révéler, mais non pas à mentir. « Bon sang ! » pesta Jdanov en s’animant de nouveau, sous l’amère victoire. Il regarda son frère d’armes et Stena tour à tour, risquant jusqu’à saisir le poignet du second afin de bien ancrer toutes les implications de sa question. « Qu’est devenu Gruzdev… »

Alexandre se dégagea brusquement, les traits de son visage soudain forcis de noire colère alors que son regard sombrait dans l’abattement. Trop tôt pour ramener Yuriy sur le plateau. Il entendit Daniil grogner au moment où lui-même s’apprêtait à partir en vrille et fermer le caquet du sergent pour le restant de la soirée lorsque… Tous deux sursautèrent, ramenés à la décence par l’implacable appel aux résonnances matriarcales. Une injonction devant laquelle, inscrite dans leur génome, se déclenchait une réponse quasi évolutionnaire, la certitude d’avoir commis une bourde monumentale. Mais cela ne les retiendrait qu’un très bref instant seulement, car l’entente éphémère installée entre les rivaux tenait d’un fragile dosage d’agressivité, de territorialité et de compromis que l’arrivée fracassante d’Anna vint faire voler en éclats, tel un essaim phéromonal galvanisant leurs ardeurs.

Depuis quand était-elle là ? Depuis quand les observait-elle ? Deux minutes ne s’étaient pas écoulées, les échanges avaient fulgurés à coups de poings et à bâtons rompus. Elle semblait déconcertée. Ulcérée. « Anya…» Alexandre fit un pas en sa direction, hasardant un regard empli de regrets, les prunelles iridescentes, mais Nikolaï eut la même idée et les deux hommes se bousculèrent en sortant du couloir, et le contact redevint dangereusement électrique entre eux. Il pesta entre ses dents, comme si le soupir dérisoire pût évacuer l’élan de violence refoulé qui le plombait, et laissa Nikolaï aller à elle. Le constat lui était resté en travers : après tout, elle était venue en sa compagnie.

« On discutait », dit platement Jdanov, le timbre de voix brisé sous les jointures de Prokhorenko et noyé de bile. Si le premier impact ne lui avait pas fendu la lèvre, un filet de sang coulait pourtant en coin. Probablement s’était-il mordu l’intérieur de la joue, ou la langue.
Alexandre ne semblait pas quant à lui avoir encaissé de nouveaux impacts. Il s’avança à son tour, ses larges épaules ramassées en avant et le cou rentré dans les trapèzes. Port bas et tête baissée, il n’en paraissait pas moins redoutable et en dépit de son rang et des récents évènement, nul doute que le commandant Strelnikov lui eût tenu rigueur d’une pareille altercation, si Jdanov avait vraiment voulu le compromettre. Il était instructeur, de combat, entre autres, et il y avait là une déontologie implicite. Polis était après tout, le monde civilisé.
« Anna, c’est rien. Lui et moi on s’blaire juste pas », déclara-t-il navré et énervé tout à la fois. Il se frotta la nuque d’une main, se sentant soudain gourd. Il gardait le regard abaissé, n’osant plus croiser le sien. Jdanov s’était retenu de répliquer, presqu’impressionné devant l’honnêteté de son rival.
« Un malentendu », ajouta-t-il alors, non sans ironie dans le ton.
« D’la curiosité », grogna aussitôt Stena qui le toisait de nouveau. Enfin, il décocha un trait d’héliodore dans l’arctique orageux de la brahmane, son amante, et la crainte de la perdre en retombant dans leur ancien motif relationnel lui dévora l’estomac, tel un trou noir en formation aspirant toute sa contenance en le laissant désemparé. Alors, avec latence, il précisa : « … Sur la mission. »

Peut-être aurait-il mieux valu qu’il n’y ait là rien d’autre qu’un combat de coqs, mais s’il était difficile de confiner des ragots de chambrées, qu’en était-il d’un évènement extraordinaire et décisif, propre à menacer le Métro tout entier ?
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Soldat-infirmier
le Jeu 14 Juin - 2:10

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Age :: 30
Patronyme :: Ivanovitch
Surnom ::
Il avait regardé jusque-là sans chercher à s'interposer de nouveau, car il n'y avait rien d'autre à faire maintenant que de laisser les deux hommes se tomber sur la tronche.
Néanmoins, lorsque Nikolaï en rajoutait une couche, les mots lui tombant sur l’âme tel une enclume, Daniil ne put que laisser sa voix se faire entendre, forte, puissante, mais qui se déchirait sur les dernières syllabes.
“C'est ma faute, Jdanov!” avait-il asséné sans réfléchir et sans l'ombre d'un doute sur son affirmation, avant que le nommé n'en rajoute. Les poings serrés, le regard solidement accroché au Sergent, il n'en démordait pas, même lorsque Stena tenta de corriger le tir.
“Tu ne sais pas.” Le coupa-t-il alors, fort dans sa présence sur l'instant. “Vous. Ne savez pas.” Reprit-il d'un aplomb qu'on ne lui connaissait que trop peu.

Il n'avait pas dévié son regard, défiant Nikolaï de le contredire, de chercher à répliquer en le regardant droit dans les yeux. Le medic n'était pas du genre à jouer la corde de la culpabilité pour rien. Il savait que la vie dans le métro n'était pas magique, qu'on ne pouvait pas sauver tout le monde, vider son verre.

Oui, chaque mort le frappait en plein coeur. Ça n'était jamais facile. Daniil faisait pourtant montre d'un sang-froid particulier, habituellement. Et Nikolaï le connaissait suffisamment pour le savoir. Kraeïvski espérait également, quelque part, que le sergent le connaissait également suffisamment pour entrevoir dès lors, la raison de son refus catégorique de lui parler, ce matin-même.

Une simple phrase, qui en disait pourtant long. Quelque chose d'inacceptable s’était produit, là derrière. Quelque chose qui, à en juger probablement par la réaction du lieutenant BV, n’avait nullement été partagé avec qui que ce soit. Ce dernier d’ailleurs, tentait de lui lancer quelques balises d’avertissement ; ne rien dire, pas ici, pas maintenant.

Mais Daniil n’était pas assez fou pour balancer la vérité crûment, avec les détails qu’on lui demandait pourtant. Pas assez fou… Ou pas assez fort pour l’affronter, là, maintenant. Parce que tout expliquer de bout en blanc, revenait à accepter la vérité et à la rendre plus réelle encore. Cette vérité qui le plongeait dans les abysmes de la culpabilité. À quelle profondeur l’emmenerait-elle, si cette vérité venait à être confirmée par ses frères d’armes ? Il ne dirait rien ; pas avant d’avoir pu rendre ses comptes au lieutenant du Vympel, s’était-il déjà maintes fois promis. Parce que c’était son équipe, il le lui devait.

Toujours droitement planté sur ses deux pieds, rigide en apparence, solide. Daniil fût pris d’un vertige qui menaça de le faire tanguer vers l’arrière. Alors il recula, d’un pas, l’impression de se fondre dans quelques ombres que ce soit, alors que Nikolaï demandait au sujet de Yuriy.

Yuriy… Marko… La créature, abominable, puissante. Celle qui repartait avec Yuriy. Celle qui déchiquetait Marko, là, juste sous ses yeux. Il revoyait encore la scène. Il revoyait encore le regard du serbe s’écarquiller, le pousser contre les sacs de sables. Donner sa vie pour le sauver, comme l’ont épargne un médic pour permettre à d’autres vies d’être épargnées. Daniil savait qu’il n’avait pas halluciné. À cet instant précis, il savait que quelque chose clochait chez lui. Sur le terrain, il avait été le maillon faible les menant à leurs pertes. Si Marko avait été encore en vie, est-ce que la finalité en aurait été changée ? Nul ne le saurait jamais. La seule vérité qui pouvait s’affirmer dans l’esprit du médic, l’accusait simplement de la mort du serbe et des conséquences qui s'écoulaient dans son sillon.

Son regard se perdait et Anna lui sembla s’être téléportée devant les deux soldats lorsqu’il reprit conscience de son environnement. Il n’avait plus rien à faire là ; ce qu’il avait à dire avait été dit et l’altercation semblait désormais vouloir se faire sans les poings. Alors il pris la direction du Strelka, désireux de retrouver ses compagnons d’armes et son verre qui ne demandait qu’à être remplis de nouveau, pour mieux se vider ensuite.

Ce n’est qu’alors, se tournant vers sa destination, qu’il remarqua Oksana, adossée contre un mur en spectatrice silencieuse et discrète de la scène. Il hésita à aller à son encontre, ne serait-ce que pour détendre l’atmosphère en plaisantant, mais aucune inspiration ne lui vint en aide alors il se contenta de lui adresser un sourire qu’il voulut rassurant, tout en le sachant bien maigre et de poursuivre son objectif premier : Retourner auprès des autres.



Dans les spectres colorimétriques, se consume la vérité.
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Narrateur
le Jeu 14 Juin - 17:30
Narrateur
« C’est Léo, c’est ça… ? Moi c’est Natalia. Talia… » Susurra-t-elle au creux de l’oreille du Ksatriya.

La jeune blonde les observait depuis un moment déjà, cherchant le bon angle d’attaque, guettant l’instant idéal pour entrer dans le cercle impénétrable du groupe Vympel. Il ne lui manquait plus qu’à déterminer la cible.
L’indien en savait long, il avait participé à la mission. De plus, il était à vif, et c’était une bonne chose : il était mûr, visiblement prêt à tout déballer si l’on posait les bonnes questions, si l’on y mettait les formes.
Non. Trop instable. Trop entouré. Inaccessible pour le moment. Il faudrait le garder à l’œil, se rapprocher, mais pas L’approcher directement.
L’aîné du duo qui se donnait  en spectacle devait être écarté, lui aussi. Pas assez vulnérable. Il resterait trop évasif, se méfierait probablement.
Le jeune « Frier ». Suffisamment  saoul, sans être une épave non plus. Probablement peu d’expérience avec les femmes, du moins, plus vulnérable que ses frères d’armes. Cet air naïf et ingénu, résultant d’un parfait dosage d’alcool et d'inexpérience propre à la jeunesse conférait au soldat le statut de proie idéale.

Là. Elle n’aurait pu rêver mieux pour l’aborder. Le chef venait de s’éclipser, talonné par deux autres soldats. Les regards et les pensées étaient détournés. Elle sauta sur l’occasion, profita de cet instant de confusion générale pour tendre une paume ouverte au jeune Ksatriya. Il ne refuserait pas. Aucun militaire de Polis ne l’aurait fait : la jeune femme avait tout pour plaire, elle incarnait la beauté "à la russe" à la perfection. La séduction de l’autre sexe n’avait plus aucun secret pour elle. Natalia et ses atouts excellaient dans cet art, tout simplement.

« Talia… » Son diminutif devait encore résonner dans le crâne du jeune soldat. Les hommes. Si forts et pourtant si faibles à la fois…
L’excitation prenait le dessus, elle le sentait. Le jeune couple tentait de calquer ses pas sur ceux de leurs voisins. Natalia se mettait à son niveau. Elle ne lui apprendrait pas à danser ce soir, mais lui offrirait simplement ce qu’il désirait : du plaisir, peut-être du réconfort ? Une oreille attentive, avec un peu de chance. Elle l’accompagnerait dans son euphorie, et avec brio. Les rires éclataient enfin dans l’assemblée, et la jeune blonde se surprit à ne pas feindre ceux-ci.
Le tempo changea progressivement, pour venir se caler sur un « trois temps », tempo caractéristique d’une valse. Léo avait aussitôt succombé : il ne s’était pas fait prier pour enlacer sa partenaire, laquelle avait profité du changement de rythme pour simplement venir effleurer de ses lèvres la commissure droite de celles du soldat.

Natalia se savait observée, depuis le départ du chef de section, ils étaient au centre de toutes les attentions. Mais elle ne se trahirait pas, aucun faux-pas ne serait toléré. Le colonel ne donnait pas de deuxième chance.
Un bref regard par-dessus l’épaule de Frier, un sourire empreint de complicité purement féminine à l’attention de la chef de groupe Dezhnyova, une oreille attentive portée sur le reste de l’assemblée…et une phrase lâchée maladroitement par un soldat probablement trop alcoolisé. Les services secrets de la ligne circulaire Koltsevaya ne tarderaient pas à enquêter de façon plus approfondie sur cette « vérité » mal dissimulée.



Spoiler:
 
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Sergent-chef, chef de groupe du Bastion Vympel
le Ven 15 Juin - 0:44

Passeport
Age :: 29 ans
Patronyme :: Philipovna
Surnom :: Oksie
Ha les hommes, je vous jure! J'avais entendu quelques parcelles de conversation entre les membres du Vympel pendant ma danse avec Anna. Encore en train de parier ou de gérer leurs paris. Ils ne m'en avaient jamais parlé directement, mais je savais qu'au fond, ils pariaient sur la future amante du lieutenant. J'étais l'un de leur choix malheureusement. Tout simplement à cause de ma relation avec Stena, où franchise et authenticité étaient de mise. On se parlait comme frère et soeur le fond, ce qui pouvait nous donner un air proche et intime. Mais la réalité était tout autre, l'instructeur m'intéressait peu sur ce plan. Il est gentil et possède toutes les qualités dont une femme peut rêver... Oui... Mais la perfection n'est pas un élément qui m'intéresse. Il n'est tout simplement pas mon type d'homme.

-Je comprends... Bonne chance Anna.


Je n'avais essayé de retenir Anna lorsqu'elle s'écartait de moi. Ses émotions de toute façon avaient altéré sa concentration et elle n'arrivait plus à suivre réellement mes instructions. Je l'accompagnais toutefois vers la sortie pour m'assurer qu'elle ne saute pas dans une baston, au risque de recevoir un coup si il y avait échange entre les deux hommes. L'alcool semblait affecter son jugement et les émotions a vifs influençait sa perception des choses. Je pouvais comprendre toutefois l'idée derrière son intervention. Montrer qu'elle n'est pas un bien matériel à se disputer. Qu'elle n'est pas une fille de joie qu'on se partage dans une maison close. Effectivement, la Brahmane n'est pas un objet et avait son mot à dire dans cette histoire. Mais nous savions tous que la dispute datait de bien plus longtemps. Blessure que les deux hommes cachaient d'un bandage à chacune de leur rencontre. Dissimulé sous les ego et stimulé par de la testostérone. Mais aujourd'hui, le bandage n'avait pas été assez grand pour absorber l'entièreté de leur haine et violence commune.

Appuyé dos contre le mur du Stelka à l'extérieur, je croisais les bras sur ma poitrine en observant la scène. Discrète et silencieuse, je n'intervenais pas, puisque cela n'était pas nécessaire. Ils discutaient tout simplement et Anna n'était pas en danger, aucune raison d'intervenir dans ce contexte. Observant la Brahmane, je ne pouvais m'empêcher alors de rougir brièvement. Me rappelant encore fraîchement de son visage tout près du mien, de son corps frôlant le mien et des quelques secondes que nous avions passées à nous fixez sans bouger. Fronçant les sourcils, je ne pouvais m'empêcher de me repasser cette scène en boucle, essayant de comprendre ce qui m'avait fait figer ce court laps de temps. J'avais frissonné à son toucher près de mon omoplate, mais mon corps ne devait pas réagir pour une femme. Car après tout, nous sommes du même sexe, donc ressentir du désir l'une pour l'autre est une chose impensable et impossible à la fois. Secouant ma tête, je retrouvais mes convenances en remarquant le sourire de Daniil vers ma personne. Je lui souriais en retour, remarquant toutefois sa fausse joie. Il fallait remédier à la situation et ramener l'atmosphère agréable qui était présente avant l'intervention de cet idiot de sergent.

En décroisant les bras, j'approchais de Daniil avec un sourire plein de malice. Une fois près de l'homme, je lui lançais un clin d'oeil en lui prenant la main. Mon ton était alors ferme, amusé, alors que je lui donnais un ordre. Formulation simple lui montrant qu'il n'avait d'autre choix que d'adhérer à ma demande,

-C'est ton tour de m'offrir une danse mon beau.


L'attirant à l'intérieur du Stelka, je continuais de tenir sa main, marchant devant lui en le guidant, ma main sur mon épaule tout en ne relâchant pas la sienne. Voyant la scène de Léo avec la jolie blonde, je souriais en jurant,

-Bordel de merde! Qui aurait cru qu'elle resterait aussi longtemps près de lui... Frier! Tu as touché le gros lot mon vieux!

Ma réplique créait une autre vague de rire parmi les hommes du Vympel. Je continuais d'approcher du coin de danse près de l'autre couple et relançait la nouvelle d'un sourire complice. Le même qu'elle m'avait adressé un peu plus tôt. J'avais envie de lui demander comment elle pouvait endurer de se faire marcher sur les pieds constamment par le soldat, mais ne ruinait pas une seconde fois le moment du jeune Ksatriya. J'adressais alors un sourire amusé aux membres du bastion, ricanant déjà en m'imaginant leurs têtes pour la suite. Ils avaient continué de parier et je décidais de détruire certaines de leurs théories en dansant avec l'infirmier.

Me tournant vers l'homme en question, je posais mon regard coltan dans le sien. Enjoué et doux, mon corps venait heurter le sien sensuellement. Rejoignant le jeune couple, je le guidais dans la danse à trois pas. Lentement, suivant son rythme comme je l'avais fait avec Anna. Toutefois, il était bien moins flexible et plus lourd que la Brahmane. Je ne pouvais diriger son corps comme je le désirais et c'est en grimaçant, tout en riant avec amusement que je soufflais,

-Tu es aussi flexible qu'une barre de fer!

Posant mes deux mains sur ses hanches, j'essayais de lui faire prendre le mouvement plus souplement. Riant alors en rajoutant,

-Tu dois te détendre! Être aussi tendu ne t'aidera pas à bien te déhancher!

J'avais bien conscience des mots employés. Du double sens des plus présents. Les hommes du Bastion éclataient alors tous dans un rire joyeux. Certains jurant en même temps, alors que d'autres lançaient des '' montre-lui que tu es souple Daniil! Te laisse pas faire! ''. L'atmosphère semblait déjà plus joviale, de retour à un bon moment.
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Médecin-chirurgien
le Ven 15 Juin - 12:35
Médecin-chirurgien

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Age :: 28 ans
Patronyme :: Nikitovna
Surnom :: Anya
Elle ne les avait pas rejoints tout de suite. Plantée sur ses pieds, corps tendu vers l’avant, elle avait verrouillé sa focale sur les deux sources de sa colère. Les poings serrés le long de son corps, la lèvre supérieure légèrement retroussée, elle semblait prête à en découdre. Puis son regard s’était lentement dirigé vers Daniil qui était resté en retrait, prêt lui aussi à intervenir et à s’intercaler entre les deux combattants. Ces derniers s’étaient figés sous l’injonction et s’extirpaient de leur surprise pour la rejoindre à grandes enjambées. Derrière la jeune femme, les portes battaient toujours sous la fureur de sa sortie. Inspirant lentement, elle ouvrit et referma les mains à plusieurs reprises, passablement surprise par l’engourdissement qu’avait provoqué leur crispation. Comme elle voyait les deux soldats s’avancer vers elle, presque au coude à coude, elle se sentit sur le point de tourner les talons et de les planter sur place. Ses lèvres se retroussèrent en un rictus exaspéré tandis qu’Alexandre cédait le passage à Nikolaï.

Comme celui-ci levait une main en sa direction, elle l’imita et leva la sienne pour lui interdire d’avancer davantage. L’intensité de son regard qu’elle avait dardé sur lui l’avait déjà découragé et il la contempla, interdit, la main toujours suspendue dans son élan. Le regard de la jeune femme s’égara sur les lèvres ensanglantées du soldat et s’arrondit lorsque sa voix lui parvint rauque, abimée par les coups reçus. En revanche Anna ne pouvait se tromper sur l’étincelle qui était venue éclairer son regard et elle secoua imperceptiblement la tête. « N’y pense même pas » répondaient ses propres yeux à la saillie implicite du soldat. Depuis leur première rencontre, ce dernier avait officiellement décrété la Brahmane comme son médecin attitré et profitait de chaque occasion pour lui rendre visite et exiger le moindre soin. Echappant à l’éclat d’axinite du sous-officier, elle tenta d’accrocher celui d’ambre fossilisé de son amant. Sans succès, ce dernier baissait la tête et lui dérobait son regard. L’attitude coupable de l’officier ne lui convenait pas et elle grimaça, à la fois curieusement perplexe et exaspérée. Ignorant ostensiblement Nikolaï et la main toujours levée dans sa direction, elle l’esquiva et se planta devant Alexandre. D’un même mouvement, elle leva la tête pour capter son regard et pointa un doigt accusateur sur la poitrine du lieutenant.

- Faut qu’on parle sérieusement tous les deux, fit-elle avec des glaçons dans la voix puis sans attendre de réponse elle se tourna à demi vers Nikolaï sur lequel elle dardait un regard tout aussi polaire, c’est vraiment pas le moment de te mêler de tout ça, reste en dehors de cette histoire s’il te plait.

Elle avait glissé une note suppliante dans les derniers mots, fronçant les sourcils au moment même où elle voyait le sous-officier acquiescer. S’il semblait de bonne foi, elle savait qu’il ne pourrait s’en tenir aux informations grappillées ce soir. Nikolaï enquêterait, de quelque manière que ce soit, et dénicherait de quoi satisfaire sa curiosité. L’homme était fin et indéniablement malin, quoiqu’on puisse redire de sa tentative actuelle. D’un mouvement vif, Anna avait reporté son attention sur l’officier qui lui faisait toujours face. Il lui semblait pouvoir sentir sa colère fondre sous la proximité du corps de son amant et elle devait se faire violence pour ne pas ciller. Alexandre avait levé une main dans sa direction et l’avait suspendue à quelques centimètres de son bras, indécis. Inclinant la tête de côté, elle l’en dissuada d’une supplique du regard. Ce n’était plus le moment d’attirer davantage l’attention sur eux. Et, par-dessus tout, elle ne sentait pas la volonté de le repousser. La jeune femme réalisa alors toute la tension accumulée depuis son arrivée dans le strelka. Même l’alcool n’atténuait que légèrement ses sens et ne parvenait pas à embrumer ses capacités cognitives.

Et ce n’était pas ce soir qu’elle pourrait s’oublier, songea-t-elle avec amertume sans aucun égard pour ses possibles problèmes avec l’alcool. Anna passa une main devant ses yeux puis repoussa ses cheveux d’un geste agacé. Echappant au magnétisme d’Alexandre d’une retraite, elle jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. La jeune femme n’avait pas réalisé qu’Oksana l’avait suivie dans sa sortie. Cette dernière avait intercepté Daniil qui faisait mouvement pour revenir dans le strelka et l’emmenait à sa suite. Anna cligna des yeux à plusieurs reprises, indécise. Elle ne savait plus vraiment ce qu’elle était venue chercher ici. Pour échapper à ses préoccupations actuelles mais aussi pour fêter les retrouvailles avec un vieil ami, elle était venue en compagnie de Nikolaï. La présence d’Alexandre et de ses soldats puis l’altercation avec le sous-officier avaient fait voler en éclat les perspectives de la soirée. Comme elle regardait tour à tour Alexandre, voûté et misérable, et Nikolaï, désinvolte jusque dans la façon dont il se tenait auprès du lieutenant, elle sut qu’elle ne voulait retourner auprès d’aucun des deux hommes.

- C’est foutu pour ce soir. Je rentre, grogna-t-elle à leur attention.

La jeune femme avait levé une main en direction de Nikolaï qui s'apprêtait à l'interrompre. Dans le même élan, elle attrapa la main du sous-officier et y déposa deux poulettes. Elle referma les doigts du soldat sur celles-ci en lui jetant un regard éloquent. Puis elle se détacha de lui sans un mot supplémentaire et se tourna en direction de la sortie. Un instant elle fut tentée de rejoindre Irina qui devait probablement se trouver encore dans son atelier puis elle se ravisa. Elle ne l’avait pas vu depuis une semaine et ignorait complètement les occupations de la jeune femme. A plus forte raison encore, elle ne souhaitait pas la voir car elle savait qu’elle ne pourrait rien lui cacher. La mécanicienne devinerait rapidement les raisons principales de ses ennuis et se ferait un devoir d’y remédier. Pour l’heure, Anna ne voulait discuter de rien et redoutait plus encore la conversation qu’elle devrait avoir avec Alexandre. Jetant un dernier regard à son amant, elle abaissa les paupières et le contempla sous le filtre de ses longs cils.

- Demain, Stena, lança-t-elle en guise de promesse puis elle pivota sur les talons et s’éloigna d’un pas alerte, frappant au passage dans un tesson de verre qui se trouvait sur son chemin.



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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Sam 16 Juin - 10:57

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Age :: 32
Patronyme :: Nikitovitch
Surnom :: Stena
Derrière ses rares sourires paternalistes, Yegor Isayev était soucieux. Viktor Kashirsky, le starchina du bastion et leur doyen, était de service avec les groupes n°3, 4 et 5 de Vympel. Au Strelka se trouvait le groupe n°2 et le sergent-chef du groupe de tête du bastion. Mais il n’aurait pas l’occasion de causer au maître principal jusqu’au lendemain, s’il parvenait à le coincer dans les corridors avant de partir en patrouille. Raj était dévasté et ne tarderait pas à tomber du wagon, constatait-il encore, tandis qu’il s’installait à côté du blond, affligé d’un sacré coup dans le nez, sans métaphore aucune. Vlad et Iann ne quittaient pas l’indien d’une semelle et telle était leur consigne.

Une compréhension implicite, une entente plus longue que toutes les galeries du métro mises bout à bout traversait le Bastion. Une communication quantique dans le rucher, faite de verrous mentaux et de cœurs massifs de non-dits, trous noirs absorbant toute formulation consciente en préservant l’intégrité psychique de ces hommes, et qui transcendait leurs différences explosives dans un liguant de loyauté inextricable. Combien de fois avait-il vu Yuriy Gruzdev débouler, au petit matin, de la piaule de Stena ? Parce qu’il lui arrivait d’être conciliant et de se tirer de sa chambrée, pour laisser Murugan et Dordevic en privé et se soustraire à leur dérangeante intimité. Alors il prenait son oreiller sa couverture et son fusil, et il allait frapper à la porte de Prokhorenko pour dormir sur son tapis. Stena ne posait pas de question, groggy et ensommeillé, son verrou mental bien en place, n’aspirant qu’à retourner pioncer. Non monsieur, chez nous il n’y a pas de pédés. Seulement des amis qui se rendent service et qui se réconfortent de la dure réalité. Et tout d’un coup, plus de Marko, ni de Yuriy. L’indien perdait ses frères, son amant et son ami. Relocalisé sous la vigilance de Volsky et d’Eghove dans cette difficile passe, les deux kshatriyas n’avaient pourtant ni le répondant du serbe, ni son penchant.

Le sourire flageolant, Isavey écoutait les vannes et ajoutait des précisions aux anecdotes relatées par les trois autres, tout en observant les couples qui dansaient sans se mêler aux huées et aux encouragements salaces. Rzaev avait déjà l’air bien suffisamment embarrassé, les joues rouges comme des ampoules de néon hydrogène sous sa blondeur nordique. Sa cavalière était sublime et le contraste avait quelque chose de flagrant et de trop beau. Comme l’avait gueulé Vlad, il allait pleuvoir dans le métro. Le tumulte de la musique et des éclats de voix recouvrait les maints crissements de sa barbe et le profond soupir de perplexité qu’il poussa, l'air dépassé. Allons donc, songea-t-il, le petit apprendrait à ses dépens, lorsque la jeune femme lui annoncerait le tarif. Un haut tarif à n’en pas douter, qu’un jeune kshatriya célibataire et peu dépensier pouvait s’offrir une fois le trimestre. Des hétaires, les appelait-on, à mi-chemin entre le concubinage et la prostitution.

Sur la piste, le plus jeune profitait de la soirée.
« Ouais, mais mes frères m’appellent ‘Frier’», s’était-il empressé d’ajouter, fier comme Artaban, jusqu’à ce qu’elle lui demandât l’origine du surnom.
« Une prouesse au combat », bredouillait-t-il alors en réponse, baissant les yeux et cachant son embarras sous un immense sourire de timidité. Natalia lui paraissait être le plus beau prénom du monde entier, et il en perdit jusqu’à la notion des phonèmes l’espace d’un trop bref instant au contact de ses lèvres, plus douces que l’idée qu’il se faisait de la vie d’antan. Un voile écarlate lui barrait la figure, bien distinct des effets de l’alcool.
Toutefois, le kshatriya n’oubliait pas ce qui se passait dehors et tous les deux tours environ, il jetait des regards discrets vers les battants de l’entrée : pourvu que Stena ait eu le temps de lui mettre son compte et pût réparer l’honneur de l’affront. La candeur de son expression s’effaça un instant, au retour d’Oksanna et de Daniil Ivanovitch, cédant à un air de satisfaction agressive. Communication de rucher, phéromones de territoire : manifestement, le souci était réglé. Et la vanne du sergent-chef faisait mouche, dans les rires et la clameur des huées primales. A eux seuls, Vlad et Iann étendaient l’ambiance de la tablée à tout l’établissement. Léo secoua la tête, de bonne guerre, et réafficha un grand sourire.
« Ne les écoute pas », conseilla-t-il en y mettant tout son aplomb. Et cette fois il ne se calquerait pas sur son ainée, désirant prouver à la blonde Talia qu’il pouvait se montrer très attentif et très appliqué lorsqu’il le fallait.
Depuis la table du Vympel, Yegor décocha un trait viride dans les prunelles coltan d’Oksanna, au-dessus d’une mimique d’incertitude absolue, et il réitéra lorsque Léo revenait à leur table, guidant la jeune femme par la main. Incroyable, hein chef ?

*

Les vents catabatiques soufflaient fort, épandant leur atmosphère frigorifiante sur l’échauffourée. Refroidissement spectaculaire que tous deux sentirent passer. Alexandre, bien plus avisé, laissait la colère arctique s’exprimer avant de chercher à se manifester d’une manière ou d’une autre, et il éprouva une satisfaction dérisoire en voyant Nikolaï se faire remettre à sa place. Quant à savoir si le sergent retiendrait les deux leçons, là était une toute autre question. Il gardait le regard bas, n’établissant pas de contact tant qu’elle n’aurait pas décidé de venir à lui. Et elle vint. Il s’approcha à son tour, annulant toute distance, mais sans toutefois chercher à l’étreindre. Même le corps fin d’Anna paraissait frais, pulvérisant l’azote devant la fournaise inextinguible qui lui faisait face. Il lutta pour ne pas céder à l’impulsion de l’enlever d’ici, la ravir contre son gré et l’éloigner de ce qui n’était qu’un immense malentendu. L’adrénaline avait achevé de le dégriser, mais il était maintenant harassé d’une frustration physique intolérable.

Sous l’averse de grêlon, il ne broncha pas, et sous la volée de bois vert, il patienta. Lui non plus, n’y croyait pas trop. Jdanov fouinerait. Et l’intervention de Daniil, sa détresse et sa détermination troublante : derrière la barricade, s’était produit quelque chose qui ne tenait ni de l’erreur stratégique, ni de la foirade individuelle. Et une semaine passée à se convaincre du contraire, sans succès au demeurant. La disparition de Yuriy était en revanche entièrement sur lui. Tant de choses restaient encore à démêler. Les traits de son visage forcirent de sérieux, masquant la confusion, la frustration et l’ire, et il négocia un geste, ne serait-ce que poser la main au biceps d’Anna, le recouvrir entièrement et lui communiquer en ce point de contact singulier, sa chaleur, son amour et ses regrets, car elle aussi méritait d’oublier, de se détendre et de souffler.
Toutefois le message passa. Il battit en retraite et croisa les bras à défaut de ne savoir qu’en faire, et comme un assoiffé, il absorba ses derniers mots, l’œil soudain écarquillé d’expectatives et étrécis de doute, pivotant de conserve, mais sans la suivre toutefois. Demain, avait-elle dit, demain il aurait une chance de lui faire oublier ce qu’elle comptait lui dire. Il ferait fondre la banquise et tomberait sur elle en une aurore magnétique.
Demain, il n’y aurait point de rupture.

*
La plainte aigue d’un bris de verre, le bruissement d’une étoffe, suivit d’un crissement de semelles, brusque, comme le souffle sec de Nikolaï. Alexandre venait de lui accrocher le coude et fermement le tenait. Les deux hommes étaient seuls, la compagnie les avait désertés. Il se regardèrent en chien de faïence, terriblement proches, et Nikolaï se dégagea avec une violence excessive. Alexandre avança sur lui, et sous l’approche prédatrice, il recula en opérant un quart de tour. Mais l’autre tournait en même temps, semblable à une bête de proie, assurément pour l’empêcher d’emboiter le pas à Anna. Tu ne passeras pas, lui signifiait le lieutenant.
La jalousie, la haine et l’envie étincelaient dans le regard du sergent, et s’il mourrait d’envie de lui foutre sur la gueule, il n’était plus certain de savoir en cet instant s’il souhaitait s’exécuter à coups de poing ou d’autre chose. Une catharsis, peut-importe laquelle, pourvu qu’elle fût violente. Mais l’issue probable d’un véritable combat se rappela à lui en une irritation de gorge.  
« Tu r’pars dans l’autre sens », gronda dangereusement Stena.
« J’vais au même endroit », feula Nikolaï.
« Eh bien tu fais un détour. » Il desserrait à peine les dents et mangeait ses mots, tant sa patience était à bout. Mais Jdanov n’y repasserait pas pour ce soir. Sa vengeance, il l’aurait, plus tard, lorsque tous seraient profondément endormis, et il s’inviterait dans son esprit pour en arpenter les rêves, et découvrir son secret. Un rictus mauvais, éperdu, naquit à la commissure de sa bouche et il fit un nouveau pas de recul, fixant son rival droit dans les yeux, et levant la tête tant qu’il le fallait, qu’importait les courbatures de l’égo.
« Ça n’est pas fini, Stena », promit-il à son tour en lui lançant les deux balles. Alexandre les attrapa d’un geste vif, comme il l’aurait fait d’une mouche des champignons, et Nikolaï tourna enfin les talons.
*


Une inspiration profonde, suivit d’une longue expiration, l’évacuation en une succession de flashes, des engrammes traumatiques qui toujours referaient surface tant que le mystère ne serait pas levé. S'y ajoutaient maintenant l’épisode Jdanov et la colère d’Anna. Le vide fait, il repoussa les portes battantes du Strelka et fit son entrée les bras levés, écartés vers le plafond, à l’attention de son Bastion. Les huées redoublèrent, les sifflement fusèrent, et seul Iann resta assis pour garder les armes, et un œil sur la blonde Natalia. Il avait maintenant l’impression d’avoir la tête au carré, en plus du nez pété, et ne buvait plus. Léo semblait avoir reperdu de l’âge mental avec le retour du lieutenant, et s’avança vers la piste improvisée où dansaient encore le sergent-chef et le médic.

Profitant de leur déconcentration, Alexandre s’approcha du couple, sans furtivité, en suivant théâtralement le rythme de la musique. Il annonça son intention dans les gestes avant de détacher les cavaliers pour leur prendre la main à tous les deux, puis il fit tourner Oksanna sous son bras droit et Daniil sous le gauche, les yeux fortement fermés dans la manœuvre, pour ne pas voir la catastrophe cyclonique en temps réel. Puis il les entoura d’un bras passé à la taille de chacun, et dirigea leur trio jusqu’à la tablée, précédé du jeune flambeur, de l’empaleur, de l'indien et de l’aîné. Tandis qu’ils progressaient, Alexandre fit rouler sa tête sur ses épaules, comme pour se dégourdir la nuque. « Passe, tout à l’heure », avait-il alors soufflé dans le procès, à l’attention du kshatriya qu’il ceinturait toujours. Pas un jour de plus ne devrait s’écouler sans qu’il ne sût exactement ce qui s’était produit à l’arrière, tandis qu’Andreï, Yuriy et lui repoussaient l’attaque au front.

En attendant, la soirée pouvait enfin commencer.
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Soldat-infirmier
le Dim 17 Juin - 17:19

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Son pas aurait pu ralentir devant la déclaration de la belle Oksana. Mais elle ne lui en laissa nullement l’occasion. Il était fait comme un rat et cette fois, nul ne lui viendrait en aide ; pas même son verre, encore moins ses frères.

Sa main sur l’épaule de la sergent-chef, prisonnière de sa semblable, il ne pouvait que suivre le pas jusqu’à l’intérieur, le teint bafoué d’une poussière de téguments discrètement rosés. Oui, Daniil se trouvait gêné par la situation, mais surtout, honteux. Il avait beau faire de gros efforts pour se souvenir, alors qu’ils se dirigeaient vers la piste de danse, mais la vérité s’imposait d’elle-même : le médic n’avait jamais dansé, à proprement dit.

Les portes s’ouvraient et se refermait à leurs passages tandis que le duo improvisé et impossible, se frayait un chemin dans le Strelka, retournant à l’ambiance décontractée, traversant les brumes alcoolisées des tables. Daniil aperçut, comme tout le monde possédant la faculté de voir et de comprendre les éléments visuels cheminant à leur cerveau, le couple que formait Léo et la blonde inconnue. Il tilta, curieux, mais n’eût pas le temps d’avoir la présence d’esprit de se défaire d’Oksana pour aller pêcher des informations.

S’ajoutant à la vague de rire, l’amusement de Daniil fût immédiat suite à la réplique de la sergent-chef qui semblait s’être donnée pour mission de changer les idées à tout le bastion Vympel. L’espace d’un instant, il se demanda comment elle allait réellement, elle. Comment réagissait-elle, en tant que sergent-chef du Vympel, en voyant le groupe cassé, brisé au retour d’une mission dont la vérité se trouvait enterrée sous des tonnes de béton armé ?

Le corps venant se coller au sien, l’empêcha de poursuivre plus loin ses réflexions sur le sujet. Il était raide et le savait parfaitement. Le soldat-médic n’était nullement entraîné pour de telles activités ; forgé pour défendre une position quoi qu’il puisse en coûter. La demoiselle aurait quelques difficultés à le manoeuvrer comme elle l’entendait. D’ailleurs, il n’eût pas à attendre bien longtemps avant que Dezhnyova le lui fasse remarquer.

Une multitude de répliques toute plus foireuse les unes que les autres, éclatèrent dans son esprit. Aussi flexible qu’une barre de fer. Au moins, n’avait-elle pas osée employer le mot ’Raide’ à la place de Flexible.

Le temps de s’en remettre, elle enchaîna sans avoir l’air d’être consciente de ce qu’il pouvait répondre et cette fois, il oublia de réfléchir avant de parler.

”En toute autre circonstance, fort à parier que tu ne tiendrais pas pareille affirmation.”

Ça n’était qu’un chuchotement, qui ne filtra pas plus loin qu’entre eux-deux ; le visage ramené tout près du sien et son propre souffle s’échouant telle une infime expiration contre l’oreille au contour dégagé de la ksatriya alors qu’il l’avait soudainement maintenue contre lui, d’une main ferme au bas du dos, à la frontière de l’acceptable et d’une pente qu’il était dangereux de sillonner. Au moins, n’était-il pas ailleurs, tel une barre de fer. Ou cet instant aurait-il été encore plus gênant, autant pour l’un que pour l’autre ; mais cela, de bien des choses l’en préservait.

Il parvint à ne pas lui marcher sur les pieds, bien qu’il donna souvent l’impression d’en être à deux doigts, mais il n’y avait rien à faire en bout de ligne : le médic ressemblait plus à une statue de bois que l'on tente de mouvoir sans en rompre les morceaux. “La danse n’a jamais fait partie de mes apprentissages.” S’excusa-t-il à un moment, un éclat amusé et sincère dans la voix. “Il faudra m’apprendre.”

Quelques pas supplémentaires dans l’espace, suivant du mieux qu’il le pouvait -la volonté était au moins là-, il rapprochait à nouveau Oksana d’une pression au creux des reins. Nul plaisanterie cette fois ; le sérieux qui inonda son regard alors qu’il se penchait à elle en plongeant dans le minerai de ses yeux, ne laissait aucun doute sur l’importance de ce qui suivrait.

C’était pour se faire entendre sous la cohue générale et la musique, que tout en levant une main à la nuque de la sergent-chef, il frôla son visage du sien à nouveau ; l’espace d’un instant, donnant plus l’impression de l’étreindre tendrement que d’exécuter un pas de danse. “Comment vas-tu ?” Lui demanda-t-il simplement ; mais la question n’était pas anodine et la réponse l'intéressait fortement.

Il tentait de ne plus penser à ce qui se déroulait dehors, bien que priant quelque part pour que l’altercation entre les deux hommes n’aille pas plus loin. La soudaine explosion d’acclamations que produisit le bastion Vympel, lui fit jeter un rapide coup d’oeil vers l’entrée et Daniil ne put qu’être soulagé d’entre-voir Alexandre revenir entier, sans ecchymose.

Oksana remarquerait peut-être, de par leurs proximités, le regard chirurgical qu’il portait au lieutenant ; dans l’appréhension au fur et à mesure de découvrir une plaie quelconque qu’il ne verrait pas avec la distance. Car le mur approchait, s’avançait sans chercher à être discret, droit sur eux. Tel une muraille dotée du sens du rythme.

Le pivot qu’Alex leur fit faire, se déroula miraculeusement sans accrocs ; se dévissant presque la nuque pour achever d’observer le visage du lieutenant avant d’être entièrement soulagé. Mais alors, contrairement aux idées naissant dans son esprit, il se retrouva non pas à pouvoir fuir doucement la scène mais bel et bien ramené contre le flanc du ksatriya, maintenu par le bras gauche de celui-ci.

N’en as-tu pas assez, Stena ? Songea-t-il en sentant son coeur battant avec plus de force encore contre son poitrail, l’attachement venant amplifier la vague de culpabilité qui menaça de le noyer de l’intérieur. Oui, c’était parfaitement possible. Noyer un coeur par un flot trop important de sang voyageant vers le muscle vital.

N’en avait-il pas assez, de lui faire vivre cette sensation que jadis, les gens éprouvaient en montagne-russe ? Mais bien sûr, il n’en avait pas conscience ; c’était impossible. Ne se masquant pas la vérité, Daniil savait néanmoins être savant comédien car la vérité était telle, qu’il n’attendait rien de ce qu’il pouvait éprouver. Non pas résigné mais simplement mature et loin d’être égoïste.

Chacun des moments passés avec le soldat hors mission, lui apportait une vague de chaleur qui n’était en rien comparable à ce qu’il avait vécu derrière les barricades ; réconfortante celle-là, non pas terrifiante. De quoi le pousser à s’améliorer.

“Passe, tout à l’heure.”

Le médic manqua de peu de rencontrer sauvagement le plancher ; la phrase venant tout juste de frapper à la porte de ses neurones en y cherchant âme qui vive, quand bien même le lieutenant avait-il fait un pas depuis la fin de la déclaration et il s’était brusquement arrêté dans son avancée, poussé par le bras le ceinturant toujours.

Pourquoi accepta-t-il d’un geste de tête à peine perceptible ? Parce que la vérité devait être dite et que le plus tôt, serait le mieux. Parce qu’il était prêt à affronter ce que cette vérité allait déclencher, quitte à ne plus jamais croiser son ami d’enfance que lors de hasard bien heureux ou bien même, à ne plus jamais le voir ; emmener loin par une escouade chargée d'éliminer les défaut de la génétique tel que lui.

Il ignorait ce que Sasha pensait des gens dotés de mutation génétique. Il ignorait si leur amitié était assez forte pour surmonter cela, mais plus encore, il doutait. Il doutait que le lieutenant du bastion Vympel, puisse lui pardonner de s’être laissé submerger par un imprévu, au point d’avoir failli à sa position et d’avoir ainsi engendré la mort du serbe ; plongeant ses coéquipiers dans un deuil indescriptible. Est-ce qu’Alexandre demanderait à nouveau sa présence lorsque nécessaire ?

Plus rien ne pouvait être certain. Alors, le médic profita de ces derniers pas les menant à la table, se faisant violence pour ne pas fermer les yeux et inspira tout simplement ; heureux en apparence car réellement bien entouré, il grava cette seconde dans son esprit. Là, ce moment précis où il se dirigeait vers la table du bastion, emmené par le lieutenant, la sergent-chef de l’autre côté et ses frères d’armes devant eux, emportés par la joie et la bonne humeur. Cet instant, précis, où ils formaient malgré les évènements, une famille.



Dans les spectres colorimétriques, se consume la vérité.
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Sergent-chef, chef de groupe du Bastion Vympel
le Mar 19 Juin - 3:42

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Je clignais au départ longuement des yeux, coincés dans la surprise de la réaction de Daniil. Comme un Nosalis devant une lumière de lampe de poche, je ne bougeais pas, lorsque sa main me retenait contre lui. Sa main dans le bas de mon dos, juste au-dessus de mes fesses sans être déplacé m'arrachait un doux frisson. Caresse forte alors qu'il reprenait le dessus dans notre combat de vanne que j'avais engagé évidemment. Mais le résultat était bien réussi, alors que j'entendais l'amusement dans sa voix. L'étonnement de sa réponse disparaissait enfin, et je lui murmurais en retour, tout près de son oreille également,

-Félicitation soldat, tu gagnes la première manche!


Reculant mon visage, mon sourire était alors enjoué et à la fois orgueilleux. Il n'est jamais plaisant d'admettre sa défaite, mais devant cette réponse qui avait été immédiate chez l'homme, je ne pouvais que plier l'échine. Lorsque les prochains mots de l'homme résonnaient, les traits de mon visage devenaient alors plus doux. Daniil m'a toujours semblé être un homme de fort plaisante compagnie. Timide toutefois et plus introvertie qu'extravertie. Je ne croyais pas me tromper après avoir remarqué sa gêne au début de la danse et son comportement toujours plus en retrait. Mais il ne fallait pas oublier un élément important, le retour de mission qui pouvait également affecter son état. Non... Qui affectait son état présentement. Lui adressant un sourire réconfortant, je lui répondais,

-Ce n'est pas grave, la médecine n'a jamais été dans mes cordes. Chacun ses occupations! On va y aller lentement.

Je le dirigeais de nouveau dans notre danse silencieuse, alors que les hommes derrière continuaient leurs commentaires déplacés. Pariant pratiquement sur mon orientation sexuelle. Leurs commentaires me faisaient parfois lever les yeux au ciel, alors que je souriais avec une fausse exaspération à l'infirmier. L'air de dire '' Que vais-je faire d'eux? ''. L'atmosphère était de retour au jeu, à la drague et à l'alcool. Trois vices pour oublier le chagrin, lorsque l'homme me ramenait de nouveau contre lui. Sa main au creux de mes reins et son visage approchait de nouveau du mien. Le sérieux de ses traits me faisait alors presque cesser de danser. Il faisait quoi là? Son autre main à ma nuque m'empêchait de fuir et l'espace d'un instant, mon coeur ratait un battement devant la possibilité qu'il m'embrasse. Oui, c'est ce que ses actions m'avaient laissé croire qu'il ferait!

Soupirant de soulagement, j'étais heureuse de constater qu'il voulait seulement un câlin. Une feinte pour avoir de la tendresse tout en respectant mon intimité et la sienne. Car il aurait été perturbant que le kshatriya m'embrasse. Non qu'il n'était pas un bel homme, juste que je n'avais jamais perçu notre relation et évolution vers cette possibilité. Il aurait été troublant que je doive redéfinir le cadre sur le plan relationnel et probablement pas le bon moment pour le faire après tous les récents évènements. Car cela aurait demandé une période d'adaptation, alors qu'on est encore dans la gestion de la crise à Polis.

La question parvenait finalement à mon oreille. La pire question qu'il aurait pu me poser et je me crispais contre le corps de l'Homme aussitôt. Mes mains serraient les hanches de celui-ci un peu plus fort et je me contenais pour continuer à danser comme si de rien n'était. Avait-il réussi à voir à travers mon masque que je m'efforçais de porter? Car comme tous les soldats du Vympel, j'avais également été ébranlée par les évènements, mais je n'avais osé le dire à voix haute. En tant que femme, je dois toujours être plus forte que mes coéquipiers pour ne pas perdre ma place. Je ne dois pas avoir l'air faible. Mon orgueil également ne me permettrait pas d'accepter d'être vue dans un état vulnérable. Toutefois, le regard de l'infirmier m'incitait à lui faire confiance. Sans essayer de me dégager de son étreinte, je lui soufflais alors à l'oreille, mon souffle venant caresser sa peau nue près de la nuque,

-À vrai dire... Je sais sans savoir réellement ce qui s’est passé, lors de la mission... Je regrette de ne pas avoir pu y faire face à vos côtés et je suis attristée de la mort de nos frères d'armes...

Je soupirais alors contre le médecin, me laissant aller dans notre étreinte. Fermant les yeux, je laissais Daniil m'étreindre réellement et rajoutais,

-Toutefois, je me dois de vous remonter le moral, n'est-ce pas?

Reculant mon visage, je lui souriais alors avec amusement. Chassant de mon regard le doute, la peur et la tristesse. Je redevenais maître de moi-même et en parfait contrôle de mes émotions. Ne lui montrant que le bonheur et la joie d'être entouré par les hommes du Bastion lors d'une soirée arroser. Recommençant à danser plus vigoureusement, je guidais de nouveau ses hanches dans un mouvement répétitif et simple. Tout comme lui, je tournais mon visage vers la porte pour y voir aboutir Alexandre. Je sifflais le retour du héros, l'acclamant à son retour de sa quête. Faisant un pivot avec Daniil, je me retrouvais rapidement contre le flan du lieutenant et c'est dans un rire jovial que je lui lançais,

-Le retour du preux chevalier!

Alors qu'il penchait sa tête vers l'infirmier, je laissais le ksatriya m'entraîner et lançait un regard vers Natalia '' Parle-moi de toi Frier ''. Le jeune couple était assis à la table avec le Vympel et je ne pouvais m'empêcher de lever les yeux au ciel. Léo était jeune et tomberait certainement dans le panneau. Mais nous étions plusieurs à veiller sur lui heureusement. Arrivé à la table avec mon escorte, je retournais rapidement mon regard vers le grand brun et lui lançait en haussant un sourcil,

-Et Anna?

Simple question. Rapide et qui ne demandait pas beaucoup de développement. Il pouvait aisément s'en échapper en jouant sur les mots sans trop développer.
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