L'arbre qui cache la forêt
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Double-compte : Gueorguï Joukov

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Commissaire Politique
le Ven 11 Mai - 15:44
Commissaire Politique

Passeport
Age :: 30
Patronyme :: Stepanovitch
Surnom :: Le Sombre
- Gadzhi, petit cachottier, murmura le commissaire pour lui-même.

Un sourire sincère, doublé d'une lueur de cynisme dans le regard, Stepan Stepanovitch ne pouvait s'empêcher de rire doucement en déchiffrant minutieusement le code dessiné sous ses yeux. Le carnet du vieux colporteur était une véritable mine d'or, doublée d'un chef d'oeuvre du cryptage. La Section Lénine formait décidément merveilleusement bien tous ses membres.

D'apparence banale - même si un véritable carnet se vendait aujourd'hui très cher, du fait de sa rareté - l'oeil non averti ne verrait qu'une succession de notes personnelles sans grand intérêt sur les pages abîmées et jaunies par le temps. Mais Stepan savait, il voyait tous les petits signes qui indiquaient l'air de rien qu'un message se cachait derrière cet ennuyeux carnet de notes.

Et Nina qui ne se doutait de rien...

Il avait fallu un petit moment au Commissaire Politique afin de comprendre le mécanisme derrière ce cryptage, qui permettait à la fois de cacher des informations essentielles, mais également de laisser un message à qui trouverait ce carnet. Car si ce carnet n'était pas en la possession de ce vieux vétéran de colporteur, c'est qu'il lui était arrivé quelque chose.

Et Stepan dédouanait sa conscience ainsi. En se disant qu'il fouillait dans la vie personnelle d'un frère d'armes - même si cela faisait partie de son boulot - mais qu'il le faisait pour essayer de le sauver. Car l'attitude de la petite étoile montante de la Ligne Rouge ne lui avait pas échappé, elle était inquiète pour son oncle. Et si elle venait confier un objet personnel à un commissaire politique, c'est qu'elle était sereine quant aux convictions de son propriétaire, car en règle générale, les habitants de la Ligne Rouge évitaient les gens de son espèce, de peur de faire un faux-pas. Une chance alors qu'elle ait eu la présence d'esprit de lui donner à lui, et non à un autre commissaire.

Car il était capable de lire entre les lignes, et surtout, il y apprenait des choses véritablement croustillantes.

Nika et Gadzhi donc ? Il ne s'en serait jamais vraiment douté. Stepan avait même pendant un temps été convaincu que sa camarade, qu'il appréciait beaucoup au demeurant, n'était tout simplement pas intéressée par les hommes. Mais à dire vrai, il comprenait que le charme du colporteur puisse conquérir une femme de cette trempe. Cela étant dit, des psychotropes ? Gadzhi avait l'air de tout sauf d'un trafiquant de drogues, et Veronika d'une junkie. Les gens réservent bien des surprises. Et il comptait bien garder ces surprises pour lui, peut-être un jour lui serviraient-elles.

Mais son étonnement ne s'en arrêta pas là, et sa curiosité fut de nouveau piquée à vif lorsqu'il comprit que la jeune Nina cachait un secret bien plus lourd encore...

- La petite étoile montante... murmura-t-il encore pour lui-même.

Il fallut un petit temps de réflexion au Commissaire Politique pour décider de ce qu'il voulait faire d'une telle information lorsqu'il comprit de quoi il s'agissait. Une mutation ? Voilà qui était troublant. D'un geste hésitant, il attrapa alors le téléphone sur son bureau, relié au secrétariat de leur QG :

- Camarade Alexandr Viktorovitch ? entama finalement Stepan Stepanovitch de sa voix affable et ferme à la fois, ici le camarade Politkom Stepan Stepanovitch, j'ai besoin de voir le camarade Nina Gadzhievna Platonova, dites-lui que c'est urgent.

- Tak tochno, camarade commissaire, répondit la voix du soldat avant de raccrocher.

Stepan perçut un bref échange de mots dans le bureau où se trouvaient les soldats affectés au secrétariat, et des pas qui s'éloignaient vivement. Il se replongea alors dans le déchiffrage du carnet, où il espérait trouver des indices sur l'endroit où se trouvait son frère d'armes. De toutes les infos qu'il trouvait, c'était celle dont il avait le plus besoin qui lui manquait le plus...
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le Lun 14 Mai - 20:44
Stalker

Passeport
Age :: 24 ans
Patronyme :: Gadzhievna
Surnom :: Ninochka
Pas un seul instant elle n’avait songé au carnet de son oncle. Dès le moment où Veronika se l’était appropriée, Nina l’avait rayé de son périmètre d’action. Pour ce qu’elle en savait, Gadzhi tenait essentiellement à l’écrit ses déplacements et les transactions qu’il effectuait. Pour le reste, il s’était toujours targué de faire fonctionner sa mémoire, autant pour l’entretenir que pour assurer sa fiabilité auprès de ses clients. Ne laisser aucune trace derrière soi. Du moins c’est ce qu’avait cru Nina, n’ayant jamais vu le colporteur écrire la moindre chose digne d’intérêt dans le carnet qu’il tenait à jour sans même chercher à le porter en permanence sur lui. Une espèce de carnet de compte, comme devait en tenir les marchands, ambulants ou non. Ainsi la jeune stalker n’avait pas cherché à en apprendre davantage, se fiant sur le sujet aux déductions de la commissaire politique. Seulement, au moment où son regard se braqua sur le carnet à la couverture élimée, elle sut qu’elle avait commis une erreur.

La jeune femme n’avait pu retenir un frisson lorsqu’un camarade dont elle ignorait le nom avait frappé à sa porte. En débardeur, les mains couvertes d’huile et de poudre noire, elle venait de terminer de nettoyer son armement et s’apprêter à s’occuper de ses cartouches. Elle s’était levée, non sans avoir poussé un soupir, s’était essuyée rapidement les mains sur un vieux morceau de bandage qui lui servait de chiffon puis avait ouvert la porte. A son grand regret cette dernière ne comportait aucun oculaire si bien qu’elle ne pouvait deviner l’identité de son visiteur. Face au visage inconnu, elle avait haussé un sourcil puis articulé un vague salut, visiblement contrariée d’être ainsi dérangée. Nina n’était pas du genre à recevoir de visites imprévues et, par expérience, elle savait que celles-ci ne présentaient généralement rien de bon. Une fois de plus, son instinct avait vu juste lorsque le soldat récita son ordre en ne lui laissant aucune marge de discussion. Sans se laisser démonter, la jeune femme avait grogné un vague acquiescement, l’air visiblement indifférent puis avait quitté la porte sans la refermer. Elle avait terminé de s’essuyer les mains, abandonnant l’idée d’en ôter les sillons noirs incrustés sous les ongles et les replis de ses mains abimées. Elle avait ensuite enfilé un pull en laine épais qui couvrait astucieusement ses formes tout en dévoilant les insignes de sa fonction, enfourné une boite en métal dans la poche arrière de son pantalon puis refermé la porte derrière, prête à suivre l’émissaire.

Pourtant, à mesure qu’elle évoluait dans les corridors, elle sentait son cœur s’emballer. La convocation ne signifiait clairement rien de bon. En dehors de Veronika, et à son grand regret, Nina s’appliquait à ne pas attirer l’attention des commissaires politiques. Bien évidemment, il en allait de même pour pratiquement tout être sensé au sein de la Ligne Rouge. Il n’y avait donc rien de véritablement étrange à sentir l’appréhension s’insinuer dans chacun des pores de sa peau. Le regard rivé droit devant elle, emboitant le pas de l’émissaire, elle n’avait pratiquement pas conscience des personnes qui croisait son chemin. Son esprit ne cessait de s’activer sur les hypothèses d’une telle convocation. L’histoire avec Airat aurait-elle pu remonter jusqu’à ce commissaire Volkov ? Et surtout en quoi cela aurait-il pu l’intéresser ? Faute de postulat plus probant, Nina se rangea sur celui-ci et chassa toute autre pensée parasite. Lorsque l’émissaire s’arrêta devant une porte, s’effaçant pour lui en céder le passage après avoir toqué à deux reprises, elle marqua un temps d’arrêt. Par réflexe, elle jeta un regard aux alentours. Une voix lui répondit de l’autre côté du panneau et elle posa la main sur la poignée. Se ménageant une seconde, elle tenta de se constituer une figure impassible puis poussa la porte.

A peine avait-elle passé l’encadrement de la porte que son regard s’était accroché au journal qui trônait sur le bureau, ouvert en son milieu et encadré d’une paire de main aux ongles impeccables. Refermant machinalement la porte derrière elle, Nina avait alors rapidement détaché son regard de l’objet pour croiser celui de son bourreau. Un long frisson l’avait parcourue, son angoisse à peine amoindrie par le sourire sympathique qu’arborait le commissaire politique. Détournant aussitôt le regard et se faisant violence pour ne pas reculer, la jeune femme avait alors un peu relevé la tête et s’était redressée en un semblant de salut. Aussitôt, les automatismes soigneusement ancrés reprirent le dessus.

- Camarade commissaire, camarade Nina Gadzhievna.

Elle s’exprimait d’une voix que l’expérience rendait sûre. Loin de se détendre pour autant, elle conservait la raideur d’un salut militaire, attendant une instruction qui ne vint pas tout de suite. Jusqu’ici, elle observait un point au-dessus de l’épaule du commissaire, s’efforçant à ne pas le fixer directement. Elle inspira lentement, se forçant une expression calme et placide. Et alors que le commissaire s’apprenait à prendre la parole, elle croisa son regard et se figea. Il savait. La certitude s’insinua en elle, embrouillant tout le reste de ses pensées.