L'ennemi intérieur : frontières poreuses.
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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Ven 27 Avr - 18:10

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Patronyme :: Nikitovitch
Surnom :: Stena
Plyushchikha était encore en travaux lors des bombardements de 2012, et les dalles de béton brut, brunies par l’affairement métroïde, n’avaient jamais été recouvertes des grands carrelages de marbre à damier qui devaient consacrer la majesté des lieux. Jumelle avortée de Smolenskaya la marbrée, avec ses colonnades centipèdes aux chapiteaux doriques, et aux corniches décorées plongeant sur de grands bas-reliefs à la gloire de l’armée soviétique, les entablements corinthiens ornementés de méandres grecs évoquaient la superbe à jamais perdue de l’endroit, maintenant réduit à une banlieue aisée de sa station hôte.

Un duo de guitaristes électro-acoustique se produisait sur une petite estrade, ravissant le public de citadins ivres. La culture musicale du lieutenant était inexistante ; il ne faisait pas confiance aux tonalités et aux mélodies qui emportaient l’âme et troublaient l’esprit. Sur ce sujet comme sur bien d’autres, hormis le dualisme des idées et du monde physique, le kshatriya partageait le point de vue de Platon, dont il avait étudié la République auprès de Semyon.
La brasserie Pont Euxin était ouverte sur la place publique et l’éclairage tamisé passait du lapis lazuli à l’orangé, et bientôt au rouge grenat, censé reproduire la baisse de luminosité naturelle d’un coucher de soleil. L’apparence de la liberté et de l’insouciance ne tenait qu’au prix de l’autoritarisme militariste de sa caste, et ses frères, les gardiens de la Cité, veillaient sans relâche aux points d’accès de Polis.

Alexandre était accoudé à une table haute, étroite et circulaire, autour de laquelle étaient disposés deux tabourets libres. Debout, de manière à être à la hauteur des auditeurs surélevés sur leurs assises sans trop détonner par sa grande stature, si le contenu de son verre pouvait passer pour de la vodka, les regards vigilants qu’il jetait sur les environs ne laissaient pas de doute quant à son inaltérable état de sobriété. L’eau potable était en terrasse presque aussi chère que l’alcool. Il était en avance sur l’heure relativiste de rendez-vous, les différents secteurs du métro imparfaitement synchronisés comme autant de fuseau horaires babéliens. Dans l’expectative, il remarqua le soldat Murugan qui se faufilait parmi les spectateurs et les clients, en uniforme, sa kalash abaissée en position réglementaire. Certains manifestèrent leur déplaisir, ingrats, face au rappel de cette présence à laquelle ils devaient leur prospérité et leur mode de vie quasi impérialiste.

L’indien finit par apercevoir son supérieur et se fraya un chemin jusqu’à lui. Tout le bastion Vympel s’évertuait à l’affubler du diminutif de Raj alors qu’il s’appelait Ranvir : le cliché archétypique qu’ils lui imposaient tenait d’un racisme entièrement assumé. Alexandre se pencha et Ranvir lui murmura quelque chose à l’oreille. Puis il recula, de manière à pouvoir observer discrètement son supérieur, une curiosité certaine mêlée à la considération qu’il lui témoignait.
« Deux, tu dis ? » souffla le lieutenant, affichant une surprise tiède. Le soldat confirma d’un hochement de tête et précisa : « Petite, blonde, jamais vu dans le coin. » C’était le sergent-chef Dezhnova qui l’envoyait. Oksana avait évidemment reconnu Airat Ivanov. Avertie, elle s’était attendue à sa venue et l’idée qu’Alexandre persiste à rafraichir ses vieilles fréquentations ne lui plaisait décidemment pas. Le sort de Yuriy et Marko l’avait affectée elle aussi, mais elle savait que derrière les hautes murailles de son supérieur et ami se trouvait un homme défait, rongé par la culpabilité. Autrement dit, le rempart de l’étendard Vympel était présentement fêlé, vulnérable, et devait être surveillé.

Depuis l’incident, il avait insisté pour reprendre aussitôt le service et avait redoublé de rigueur et de loyalisme dans l’instruction des nouvelles recrues et la supervision des opérations de sécurité civile. L’état-major l’avait écarté de la progression des travaux de nettoyage et de renforcement de la zone SO-D18 et les sessions de randori n’avaient jamais été aussi violentes depuis leur première programmation. Stena avait remonté les murs, plus distant que jamais derrière sa bienveillance et sa sociabilité légendaires. Elle avait dû résister à l’envie de le gifler, lorsqu’il lui avait impavidement déclaré à la face, que si tout homme devait servir et mourir, il n’allait pas insulter la perdition de ses frères avec des intentions suicidaires, parce qu’il était un utilitariste convaincu. On ne gaspillait pas la mort, on devait mourir utile. Et il l’avait plantée là pour rejoindre un groupe de kshatriyas impatient d’en découdre avec leur bête de combat.  

Alexandre se redressa et haussa les épaules, fronçant les sourcils tandis qu’il reportait son attention vers les guitaristes. Quelques secondes passèrent avant qu’il ne se tourne à nouveau vers l’indien, hochant finalement la tête dans un geste d’approbation sans ne rien ajouter. Ranvir accusa réception en miroir de son geste, resta un instant de trop à le dévisager, incertain, et disparut entre les tables.

Dix minutes plus tard, au poste de garde Sud 2C, le sergent-chef Dezhnova fit un signe au Ryadovoï et celui-ci regarda de l’autre coté tandis qu’elle approchait les deux Rouges pour contrôler leur identité, inscrivant deux noms forgés sur le registre. Elle les fouilla, inspecta le contenu du sac à dos d’Ivanov et nota R.A.S dans la case correspondante au pseudonyme. Et ce fut tout.

Kopt1 avait dû modifier le lieu du rendez-vous et avait fait passer le message dans le Circuit. Le patron du Gusli avait renouvelé ses vœux de discrétion, lui assurant la neutralité de l’endroit, mais Alexandre avait déménagé ses affaires à l’aube. Toute la meilleure volonté du monde ne mettait pas l’afghan à l’abri de l’efficacité d’un interrogatoire kshatriya, ou Rouge, ou de n’importe quelle unité d’élite spécialisée dans le tirage de vers du nez. Et il ne prendrait aucun risque. Sur aucun des aspects de sa vie.
Le leïtenant ne pouvait quitter Polis tant que le General-polkovnik n’avait pas décidé de boucler l’enquête. Assigné aux quartiers Sud de la Cité Lumière pour un temps indéterminé, Alexandre n’était pas libre de vaquer à la contingence des affaires militaires : c’était le prix d’une confrontation directe avec une créature mythique, ennemi thérogonique de l'homme. Aussi, la meilleure planque se trouvait à ce moment-là au vu de tous et Alexandre n’hésita pas à abattre la carte de sa position de commandement. Avec l’aide et la discrétion de quelques-uns de ses hommes, dont Oksana, comme il l’avait fait pour sortir Aleksey du pétrin, et avec beaucoup moins de justifications à l’époque, il fit donc rentrer les deux Rouges sur le territoire de Polis.

Les guitaristes s’étaient lancés dans un sweep-tap coordonné, synchronisant les ondes cérébrales du public mélomane en plein jubilée, des petits groupes qui dansaient autour des tables et bougeaient la tête avec frénésie. Le lieutenant était immobile, colosse de pierre imperméable à l’extase collectif, lorsqu’il remarqua l’éclair céruléen qui flasha dans l'obscurité de la capuche. Ici, les citoyens allaient tête nue. Sa focale héliodore, irradiante, se déporta ensuite sur la jeune femme à la chevelure si claire qu’elle en reflétait l'éclairage en une teinte amétrine. Il ferma les yeux l’espace d’un instant, envahi d’un percept trouble, les souvenirs se superposant en désordre sans qu’il ne puisse démêler le réel du songe. Il s’était endormi dans la cabine, et peut-être dormait-il depuis un mois, peut-être que Marko était vivant, que Yuriy avait encore embarqué son fusil mitrailleur au dortoir, tous deux sains et saufs aux quartiers d’Arbatskaïa, et qu’Airat venait de s’assoupir contre lui. Mais les deux premiers étaient perdus, et il lui semblait connaitre le goût des lèvres du troisième. Impossible. Il rouvrit les yeux sur un regard déterminé, sa mâchoire carrée relaxée en un sourire sympathique, en dépit de l’ébranlement éphémère, et il leur fit un signe de main discret.

En civil, il était vêtu d’un blouson aviateur de cuir marron sans galons. Les deux étoiles d’or de part et d’autre de la ligne bleue, paraissaient en transparence sur son épaule même s’il ne les revêtait pas, discernables par son port altier. Le lieutenant prenait son espace sans avoir à le revendiquer. Un jean antédiluvien de motard, renforcé de kevlar aux articulations, était rentré dans des bottes militaires soviétiques. Quelque chose de brut et de sauvage demeurait, en récalcitrance, dans son apparence formatée, tannée par la discipline.
Lorsque le duo s’approcha, Alexandre s’écarta légèrement de la table et se présenta de trois quarts. Le bout de compresse qui contrastait dans le cou du colporteur, sous l’anorak, reflétait les lumières changeantes de la scène et ne manqua pas d’attirer sa perception aiguisée. Il reporta instamment son rai d’ambre fossile dans les yeux d’Airat, un air vaguement interrogateur sur la figure, avant de se pencher de manière à se faire entendre au travers du tonnerre d’applaudissements.

« Hey. Qui est-elle et que lui as-tu dit, » lui bourdonna-t-il à l’oreille, tout en inclinant le visage en direction de la jeune femme, restant tout proche. Il inspectait la Rouge d’une attention marmoréenne, sans gêne, laissant ses routines d’analyses physionomistes tourner à plein régime. Petite, jolie et fine. Le genre dont on ne se méfie pas. Airat la protégeait-il ? Ou était-ce l’inverse… Les apparences étaient trompeuses, songea-t-il en percutant le bleu paisible de son regard, une tempête solaire en formation dans le sien, magnétique. Sans jamais s’être départi de son sourire.
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Colporteur
le Sam 28 Avr - 16:11

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 On touchait pas à son sac.
Le sac d'un colporteur était sacrée, au même cas que la A-K d'un militaire. Il avait serré les dents le temps qu'un visage douloureusement familier et féminin s'assure qu'il n'était pas venu avec l'idée de tout faire sauter. Et retrouver dans son dos le poids de son métier avait été un soulagement, une petite trêve en pensant à la suite.

Dès que la silhouette des militaires dans leur dos devient confuse, il se tourna vers Klara, effleurant sa main. Le rouge était rassuré qu'elle soit là. Ses nerfs arrivaient en fin de vie, peut-être comme lui. Depuis une semaine, il avait la certitude que sa plaie s’infectait. Passer sa main sur la compresse que Klara lui avait installé était devenue un tic, comme le besoin qu'il avait de ne pas rester trop loin d'elle. Ce n'était pas tant l'amie qui le rassurait, mais la médecin à qui il aurait confié sa vie...Avec hésitation. Un chien n'allait pas devenir un chat.Même pour elle, le colporteur aurait eu quelques secondes de peur intense, le temps d'une sueur froide, mais il aurait finit pas accepter.
Cette fois, il ne pouvait pas se permettre de fondre les plombs, pas en publique. Et elle serait son garde-fou, comme toujours.
Ils avançaient au centre de la station, là où deux musiciens c'étaient installé, où un cercle humains c'était formé. Airat reconnaissait bien Polis. Le paradis sur terre, quand comme Klara et lui tu n'avais pas connu la surface. Il se pencha vers la fée du métro, collant ses lèvres à son oreille pour couvrir le son de guitare.

« -Désolé de t'embarquer dans cette galère... Au moins,t'aura eu le droit à un concert... »

Plaisanta il, la voix devenue roque par le silence qu'il avait gardé pendant tout le voyage. Le rouge avait évité le sujet autant que possible, restant flou sur ce qui l'avait assez poussé à revenir ici, à la cité des fantômes. Si il avait ouvert les lèvres, une partie de la tempête qui faisait rage dans sa tête aurait prit forme de sons, de mots, même de cris.

Le silencier était passé au seconde plan, même plus que ça : Dans les coulisses, au fond d'un tiroir, invisible. Pour lui, tout ça était d'un autre niveau qu'un morceau de ferraille. Il jouait tout un pan de sa vie...A cause d'un manque de résistance à ses pulsions. Airat avait trop facilement fait confiance à Alex, il s'en rendait compte après coup... C'était pareils à un aveux pour lui. Et encore, le lieutenant avait échappé au meilleur lui. Contrairement à d'autre qui cherchait à savoir comment il avait pu tenir dix ans sans faire quasiment un faux pas, et avoir tombé les masques en quelques heures.

Le colporteur prit une grand inspiration, passant ses doigts sur la compresse à son cou. Ses yeux commencèrent à survoler les tête de la foule, cherchant le décalage d'une silhouette plus plus grande, plus large. Il se raidit en reconnaissant de l'autre coté de la foule le soldat. Sa main se leva pas automatisme, répondant rapidement au salut alors qu'il se penchait à nouveaux vers Klara.

« - Tient, il est là.. »

L’agressivité dans sa voix était palpable, acide. Il était glacial, même avec elle. Le rouge tenta de s'excuser, posant une main dans son dos, la descendant jusqu'au creux de sa colone. Il s'occupa de déblayer le chemin au prix de coup de coude et de pied écrasé. Pour une fois, c'était à lui de la protéger, c'était une façon de s'excuser à l'avance. Airat ne serrait pas dans son état normal, aujourd'hui. Si « état normal » il y avait avec lui...

Le colporteur passa devant Alex sans un regard. Ses yeux jetaient déjà des éclaires, il préférait retarder le coup de foudre, la confrontation avec le lieutenant. Il fit glisses de ses épaules les sangles de son sac, le posant sur sa chaise. Une grande inspiration, et Airat pivota vers le soldat, manquant  lui envoyer un coup de tête au menton en levant les yeux. Sa mâchoire se crispa, il lança au soldat un regard qu'il aurait voulu comme un coup de poignard.

« - « Elle », c'est Klara Savinkova, la personne en qui j'ai le plus confiance de tout le métro. »

Feula le rouge. Il lança à Klara un regard protecteur, et plus : reconnaissant.

« -J'lui ai rien dit. »

Marmonna il en se retournant vers Alex, bloquant sur ses yeux. Rouges, cernés, flamboyants. Le lieutenant avait l'air fatigué, tourmenté. L'expression d'Airat se raffermie, comme un bouclier contre la compassion (C'était lui qui était con avec cette passion...) naissante.

« -J'fais les présentations ? » 





Merci à tonton Yvan pour cette signature de toute beautaïeuh!
La gay-lerie des horreurs...:
 
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Soldat-infirmier
le Lun 30 Avr - 6:30

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Le voyage s'était passé sans embrouille. Cela me changeait de la surface et des missions sur la ligne rouge. Mes deux dernières missions avaient été riches en émotion. Commençant par les spots de propagande à la surface, entraînant plusieurs inconvénients et un mort... Ensuite la mission sur la ligne rouge, où nous avions croisé des membres de la Hanse et perdu également trois soldats. À cause des bandits et de trahison dans les rangs des marchands de la classe bourgeoise. Faire la route avec Airat, dans le calme et la tranquillité était donc des plus reposant. Pour une fois, je n'atteignais pas ma destination avec des morts sur la conscience.

J'étais armée de mon Ak, de mon Tokarev et d'un couteau de combat. Portant également mon Kevlar avec le logo de la ligne rouge sur mon épaule. Sur mon dos reposait mon sac à dos contenant mon équipement médical. Airat était des plus anxieux depuis sa morsure au cou et j'apportais donc avec moi tout le matériel nécessaire pour le soigner au besoin. Entre nous, je n'avais besoin de pratiquement rien. Sa plaie était belle et sans infection. Mais je savais que cela rassurait le colporteur de savoir que j'avais tout mon matos avec moi. Pourquoi donc vouloir même argumenter face à ses yeux doux, effrayés en même temps, lorsqu'il m'avait demandé si j'apporterais de quoi le soigner lors de notre voyage?

Je pouvais sentir la tension déjà présente chez Airat. Depuis notre départ, il était silencieux. Je ne pouvais nier que cela m'arrangeait d'un certain côté. J'avais pu rester concentrée sur les bruits autour de nous, restant en alerte. Après tout, j'étais la soldate entre nous deux et donc la plus paranoïaque sur ce point. Sa pression artérielle devenait toutefois hors de contrôle lorsqu'une dame fouillait dans son sac à dos. Je pouvais le comprendre, son sac signifiait sa vie, durement gagné et dangereusement travaillé. Le fruit de dur labeur.

Cette même femme fouillait mon propre sac. J'étais toutefois bien moins tendue que le rouge. J'étais même paisible. Il n'y avait rien d'alarmant ni de dangereux. Uniquement du matériel médical et servant à soigner, non à blesser. J'observais les traits de la femme durant ce temps. Des traits durs et fermes. Un visage sans expression et forgé par des années d'expérience. Une soldate qui savait ce qu'elle faisait incontestablement. Sa posture indiquait clairement une grande confiance en soi et demandait un certain respect devant une telle musculature. Impressionnante était bien le mot pour la qualifier.

Je grognais légèrement lorsqu'elle désirait me confisquer mon arme principale. Mon Ak est comme ma peluche. C'est comme si elle me demandait d'être vulnérable volontairement. Elle dut voir mon malaise, car elle me permettait de garder mon pistolet et mon couteau heureusement. Je me sentais déjà mieux avec une arme sur moi. Toutefois... Tout ceci était clairement un traitement de faveur... La validation de notre identité... L'accès a Polis aussi facilement... Je me demandais ce que Airat avait bien pu manigancer encore...

Je suivais le brun, m'aventurant dans Polis pour la première fois réellement. Je laissais mon regard dérivé sur les musiciens, qui jouaient très bien cela dit. J'aurais bien aimé les rejoindre en rajoutant une touche de chant, mais je me gardais une gêne pour mon premier passage sur la ligne bleu. D'un petit sourire qui se voulait rassurant, je soufflais au rouge,

-À un très bon concert même je dirais... Ils sont talentueux. Ne t'en fait pas, le plus douloureux à été de laisser ma Kalash à l'entrée...

Je ne savais pas trop ce qu'on faisait ici... Ni qui on cherchait. J'attendais tout simplement que le brun trouve pour le suivre. Après tout, il était le maître des opérations présentement non? J'étais en terrain inconnu et lui non visiblement. Son ton toutefois, ramenait mon regard sur lui. Si glaciale, amers et agressif. Je ne reconnaissais pas ce ton de voix, comme s'il appartenait à quelqu'un d'autre. Je le laissais se racheter, en le laissant me toucher et jouer l'homme. Il poussait les citoyens de notre chemin et veillait sur moi. Sa main dans mon dos ne m'évoquait rien d'autre qu'un sentiment de protection, comparé à ce que d'autres auraient pu ressentir.

Lors de leur petit moment intime, je me contentais de rester à l'écart. J'étais l'accompagnatrice de mon camarade et d'un très bon ami. Je n'étais pas ici pour me mettre le nez dans ses affaires. Je respectais donc son intimité sagement, les mains dans les poches et mon sac à dos sur mes épaules. Retournant mon regard vers les guitaristes brièvement. C'est lorsque je sentais le regard du bleu que je tournais mon visage vers lui. Un très léger sourire aux lèvres, tout en fixant de mon regard paisible le sien. Dans le sien, j'observais clairement une intelligence bien visible. Le type d'homme qui ne se laisserait pas duper parce que je suis une femme. Qui m'analysait ouvertement, afin d'évaluer si j'étais un danger potentiel. L'intensité de son regard me faisait très légèrement rougir par contre et je tournais mon regard vers Airat qui intervenait rapidement.

Son commentaire et regard à mon égard me faisait sourire. C'était mignon, très mignon même. Mais ce n'était pas le temps de le lui refléter. Surtout pas vu son agacement présent à l'égard de l'homme devant nous qui avait... Ma foi... Avoir presque deux têtes de plus que moi... Joli garçon, regard pénétrant, avec un sourire des plus sympathique. Tout pour le mettre à son avantage face à autrui. Je ne tombais toutefois pas dans le piège. L'une de mes mains venait se poser sur l'avant-bras d'Airat. J'essayais de le calmer, lui montrer ma présence et indiquer que j'étais avec lui dans cette épreuve. Présentant ma main valide de façon respectueuse, je soufflais d'une voix suave,

- Comme Airat l'a déjà dit... Je suis Klara Savinkova. Une très bonne amie à lui.

Tout dans mon ton et mon regard était quiet. Posé. Je démontrais une bonne confiance, alors que j'initiais moi-même les présentations, soufflant avec un sourire en coin et une trace d'humour,

-Vous devez être soldat! Votre posture en dit long sur votre métier!

De fait, son non-verbal confiant et son regard analytique démontraient clairement son travail. Ses épaules droites et la vigilance dans son regard ne pouvaient me tromper.
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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Lun 30 Avr - 11:50

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Deux conspirateurs en plein conciliabule n’auraient pas l’air différent du kshatriya et du colporteur, offrant un tableau improbable à la vue de la jeune femme. L’atmosphère épaisse de l’endroit s’alourdissait, l’ébriété des spectateurs montait avec l’ivresse mélomane, et les exhalaisons apocrines s’élevaient en effluves dans la touffeur du rassemblement. Masqué dans ce carnaval éphémère, le trinôme passait quasiment inaperçu. Mais le lieutenant surveillait les alentours, ses arrière-routines de veille activées. Malheureusement, Alexandre attirait toutes sortes de regards qu’il feignait de filtrer et de ne pas remarquer, misant sur l’indifférence pour ne pas encourager. Il ne pouvait se permettre de relâcher sa vigilance, peu importait la situation, dès le moment où il n’était pas seul. La tentative d’évitement d’Airat, le retard avec lequel il lui avait témoigné sa disponibilité et sa présence, ne lui avait pas échappé. Mais lui-même avait été troublé, l’espace d’un instant, du songe pernicieux, les songes qui passent par les portes d’ivoire pour tourmenter les dormeurs, d’après Diogène.

Klara Savinkova, se répéta-t-il mentalement dès que le colporteur en eut prononcé les phonèmes. La précision ajoutée en hâte le fit d’abord tiquer, la confiance n’était ni transitive, ni contagieuse, mais une convention. Et il convint d’accepter les accréditations de la jeune femme avec modération, car Airat la tenait dans l’ignorance. Ignorance partielle ou totale. Quant à savoir ce qui était le moins avouable, Alexandre préféra ne pas s’y attacher. Mais un doute le taraudait, occupant de plus en plus d’espace, au point qu’il décidât de s’en débarrasser avant de le laisser plus amplement germer.  D’un ton bas mais parfaitement détaché, il marmonna : « Dis, tu m’as embrassé en partant, non ? » Et il avait glissé la question à son oreille, lui frôlant la tempe avec le menton tandis qu’il se redéployait de toute sa stature, reportant son entière attention vers la petite blonde : « Alexandre Prokhorenko, » annonça-t-il énergiquement, tout en faisant disparaitre la main blanche qu’elle lui tendait au-dessus de la table, dans sa poigne, ferme et enveloppante sans qu’il n’y mît plus de pression que de nécessaire. Le sourire qu’il arborait s’était étiré à la remarque physionomiste et il concéda, une expression charmée composée sur ses traits de fine brute : « Bien observé. Et vous êtes… » Il glissa un rapide coup d’œil, démonstratif, à l’épaule de la Rouge, avant de reporter la focale irradiante de son regard dans le bleu ciel en contre-bas et conclure, l’air subrepticement taquin : « Téméraire ? » Le timbre de sa voix, bien qu’affirmé et profond, était rayé d’éreintement.

Rares étaient ceux qui osaient s’aventurer sous les arches et les colonnades de la Cité Lumière en portant ostensiblement les couleurs de la Ligne Rouge. Combien de kshatriyas avaient-ils croisés dans le dédale des tunnels de circulation les menant depuis le poste de garde jusqu’à la station jumelle de Smolenskaya-la-marbrée ? Vingt-trois ans de paix relative, ou comme Alexandre l’enseignait lui-même aux recrues, vingt-trois ans de guerre froide depuis que les gardiens de l’humanité avaient sécurisé la station de la bibliothèque Lénine, et regagné l’accès à sa surface. Le souvenir de la guerre métroïde était encore frais, dans la mémoire du lieutenant également, âgé d’une onzaine d’années au temps des épineux pourparlers.

Le colosse renvoya les avant-bras sur la table haute, jouant du coude contre le colporteur, sans brusquerie et avec décontraction, jusqu’à se retrouver, penché de la sorte, presque à sa hauteur. Il tourna brièvement la tête vers lui, tentant d’accrocher les prunelles céruléennes en un regard éloquent, qui en dépit de l’apparente bonhomie affichée sur son visage, signalait une matière alarmante. Fais quelque chose, semblait-il lui dire, ses lèvres généreuses étirées en un long sourire plat, produisant un effet comique dans l’urgence de la situation. Toutefois, le résultat des séquences analytiques lancées à des vitesses luminiques dans sa cervelle martiale ne l’alertait pas plus que ça : le duo que formait ses invités, en partie grâce à leur différence marquée de gabarit, tant par la beauté de poupée russe de la jeune femme que par la démarche agressive et territoriale du jeune homme, le réprouvé de Polis, passait pour un couple de citoyens légitimes en vadrouille, sans attirer l’œil sur l’infâme détail. La blondeur platine et le visage de porcelaine de Klara était un traquenard pour la méfiance des soldats.

Songeur devant la scène, le côté rafraichissant de l’imprévu, presque bienvenu dans la noirceur déprimante de la culpabilité qui le rongeait, Alexandre s’était toutefois gardé de décliner son rang. Cette femme côtoyait la discipline, ou en faisait elle-même partie : le calme avec lequel elle lui avait fait face, l’aplomb avec lequel elle avait deviné sa fonction avait quelque chose de remarquable. Le fait qu’elle ne bafouille pas en lui parlant le renseignait sur son habitus de classe, et qu’elle jugeât nécessaire de souligner à son tour qu’elle était une amie du banni, non pas son amie, mais une très bonne amie qui avait toute sa confiance, n’était pas passé à la trappe de ses tergiversions. Le terme sourdait en son jugement sans qu’il n’osât le reconnaitre sur le champ, et ce n’est qu’en aimantant de nouveau son regard magnétique au visage d’Airat que l’évidence le frappa : une couverture.

Aussi, tandis que le colporteur s’évertuait à faire souffler un vent cinglant, dégageant l’aura d’un astre froid et distant, le lieutenant éprouvé par les récents évènements, classés secret-défense et desquels il ne pouvait se décharger, se relaxait et déclenchait un véritable réchauffement climatique autour de leur table. Il ne fuyait pas le contact, ni ne donnait l’impression de se brûler au souvenir de Volkhonka, qui à côté de l’effroyable cauchemar de l’attaque psionique, de la mort de Marko et de la perdition de Yuriy, dont il était l’unique responsable, revêtait un voile de normalité. Il n’était pas seul, cette fois, dans le trouble et dans l’émoi, et il échangerait mille fois encore s’il le pouvait, ce trouble et cet émoi contre le souvenir de l’effroi. Qu’une transaction semi-clandestine avec une persona non grata accompagnée d’une Rouge, représentât à ce point un divertissement et un soulagement pour le kshatriya modèle, en disait long sur le tourment qui l’emportait depuis la fatale rencontre du Sombre. Ses yeux étaient cernés, rendant l’ambre viride de ses prunelles plus claquante qu’à l’accoutumée, et ajoutait à ses traits, quelque chose de fiévreux, plus indécent que jamais.
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Colporteur
le Lun 30 Avr - 19:33

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 Airat baissa la tête un instant, les sourcils froncés au dessus d'un regard noir. Il détestait toujours la même chose chez Alex : sa lumière. On voulait lui faire confiance. Se dirait que si Polis était protégée par des hommes comme lui, alors oui, ici on était en sécurité, ici on pouvait espérer un paradis. Le colporteur haïssait cela. Même lui y était soumis à cette aura, même lui aurait voulu se tourner vers l'homme, le regarder droit dans les yeux, et lui dire Vas-y, je te fais confiance. Mais d'un coup frappait l'obscurité du métro, et revenait à sa mémoire l'endroit où tous ils survivaient. Et sa parano revenait, son rejet de tout ce qui venait de la Cité, du paradis sous-terrain.
Le rouge se crispa, sentant Alex approcher, assez jusqu'à créer un contact comme une brûle. Il tressaillit, retenant un geste de recule de la tête.

La question du soldat laissa un froid. Comme une tempête de neige passant, arrachant les arbres, gelant toute vie. Airat déglutie imperceptiblement, retrouvant un ancien enseignement, cadeau empoisonné de sa mère : le mensonge. Il releva vers Alex un regard brûlant, indescriptible par tout ce qu'il mêlait. Colère, rejet, haine, désire, humour, mépris.

« -Si j'avais fait que ça... »

Ses lèvres s'étirèrent en un sourire loin de la bienveillance. Une expression presque menaçante, rappelant que lui aussi savait mordre, et qu'il ne fallait pas jouer avec le feu, surtout quand celui-ci était un bûcher funéraire. Le colporteur reposa son regard sur Klara. Son sourire changea en un fragment de temps, un éclat de lame qu'il aurait voulut dans la peau du lieutenant. Elle était toujours là. A son poste, jouant son rôle, faisant confiance à Airat pour toujours faire d'elle une amie, pas seulement une illusion, un bouclier contre les rumeurs. Ses lèvres retombèrent descrescendo, alors qu'il parlait toujours de cette voix à moitié cassée, brisé. Par le silence, pas que celui du voyage, le silence de tout. De lui, de Dimitri, de sa mère, de tout Polis...Par un silence presque brisé, un silence fendu, mais toujours là, à coté de lui. Un silence d'or, grand comme une montagne.

« -Te fais pas chier Klara, il est au courant... »

Il essayait d'y mettre toute la douceur possible, créant un décalage tragi-comique entre ses mots brutes et les grésillement de sa voix, presque comme des caresses pour les épaules de la femme.
Le rouge les regarda ses serrer la main avait une drôle de sensation. L'envie de protéger, bien plus présente, plus violente. Il accrocha son regard à Klara, écoutant la voix d'Alex en portant encore une fois sa main sur la compresse. Merde. La faucille et le marteau. Il lança un éclaire à Alex, se crispa en sentant une nouvelle brûlure contre son bras. Airat fuit Alex avec un mouvement souple, se dirigeant vers la médecin.

« -Klara, ton insigne.... »

Marmonna il en portant une main aux boutons pression de son manteau, gardant le regard baissé sur eux. Toujours aussi galère à déf... Il rata un pas, son pied ripant contre le sol râpeux. Ses yeux tombèrent sur Alex un instant, comme un reflet. Il avait déjà fait ses gestes devant lui. Et la suite il la connaissait, ne  s'en rappelait que trop bien, comme on retient toujours un deuil. Le deuil de son abstinence, il avait retouché à l'arsenic. Peut-être que sur le moment, il avait aimé rester contre Alex, mais maintenant il s'en mordait les doigts, se remémorant hypocritement sa connerie pour ne pas l'oublier. Pour s'en servir comme exemple, seulement comme exemple, pas comme un réconfort. Il n'y avait pas de réconfort à Polis, pas de réconfort près d'Alex. Plus vite il le retiendrait et l'appliquerait, mieux se serrait.
Le rouge retira rapidement le vêtement, le tendant à Klara.

« -Passes ton blouson, j'vais le planquer au fond du sac. »


Il posa sa main sur la compresse, allongeant le mouvement jusqu'à sa nuque, y enfonçant faiblement ses doigts. Les reliefs des cicatrices de nosalis étaient toujours là, comme des tatouages blanc, encrés dans une peau recouvrant des muscles noués, crispés à s'en briser.






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Soldat-infirmier
le Mer 2 Mai - 4:25

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Age :: 25 ans
Patronyme :: Matveïeva
Surnom :: Klara
Cette énergie et cet entrain cachaient une souffrance des plus profonde. Alexandre Prokhorenko... Ce nom ne me disait absolument rien. Mais en même temps, je m'intéresse peu aux autres factions. Me concentrant uniquement sur mes propres camarades et à l'avancement de notre cause. Polis était déjà un groupe plus acceptable que les bourgeois de la Hanse à mon oeil, et ce Alexandre m'avait l'air d'un homme de confiance. Ma main disparaissait littéralement dans la sienne. Je regardais brièvement celles-ci, cherchant le teint de ma peau des plus pâles sans succès. Dieu qu'il était imposant en terme de carrure! J'étais définitivement comme une petite souris devant deux Nosalis! Voilà le portrait que je me faisais à côté de Alex et Airat.

Son sourire charmeur, complété de son compliment me faisait alors rougir jusqu'aux oreilles. Enfin... C'est une expression! Mais mes joues devenaient bien plus rouges qu'à l'origine. Téméraire? Je répétais ce mot à voix basse, sans réellement réaliser ce qu'il voulait dire par là. Cela restait un sacré compliment pour une petite femme. Plus particulièrement dans un monde de brute comme le Metro, où la loi du plus fort règne pour la survie. Où les femmes doivent être deux fois plus grossières que leur camarade masculin pour obtenir la même reconnaissance.

J'allais répondre à son commentaire avec amusement, en réplique à son ton taquin. C'est alors qu'Airat intervenait rapidement. Ma main quittait alors celle du brun et je clignais lentement des yeux. Il était donc au courant que j'étais la couverture d'Airat... Mon regard retournait sur le soldat, plongeant dans le sien, bienveillant et encourageant la confiance. Je ne quittais ses prunelles, confrontant ce magnétisme et cette énergie enjôleuse. Conservant un calme olympien pour ma part, tout en analysant également les choses de mon côté,

-Ha bon... Tu lui as parlé de... Ton secret?

Façon discrète de demander si cet Alexandre connaissait la vraie nature du colporteur. Ses réels désirs et besoins en terme de chaleur humaine. Son réel, besoin de luxure envers un homme et non une femme... Donc que je n'étais qu'une simple amie et couverture en terme de relation amoureuse. Une mascarade bien crédible dans notre mise en scène. Je penchais un peu la tête sur le côté, et laissait un sourire amusé s'installer sur mes lèvres,

-Vrai que ce regard aguicheur, cache bien son entendement.

Je fixais les yeux du grand brun, et une lueur joviale dansait dans mon regard. Haussement de sourcil, alors qu'Airat me demandait de lui tendre mon blouson. J'allais lui demander pourquoi, et me rappelait à ce moment le regard sur mon épaule. Je jetais un regard en coin à celle-ci, remarquant l'écusson de la Ligne Rouge. Téméraire. Voilà pourquoi il avait utilisé ce mot. Tout avait du sens dans mon esprit à présent. Je retirais donc celui-ci sans plus attendre, ne cherchant pas à contester. J'allais avoir un peu froid, mais j'aimais mieux faire profil bas que d'être en avant-plan. Surtout en considérant que nous étions à Polis.

Petit rouge sur mes joues, alors que je réalisais que ce détail m'avait complètement échappé. Cela aurait pu être dangereux si j'étais tombée sur les mauvaises personnes. La ligne rouge n'est pas appréciée de tous, au contraire. Airat glissait et mes bras étaient coincés dans mes manches, alors que je retirais mon veston. Je posais rapidement mon regard sur lui et relâchait ma respiration lorsque je le voyais intact. Mon regard était devenu protecteur, presque maternel durant ce court instant. Mais il redevenait rapidement plus doux, paisible.

-Ça va aller, Airat?


Il lançait un regard vers Alex. Je pouvais encore sentir la tension bien visible entre les deux hommes. Enfin, la tension d'Airat. Hostile et dirigé vers le soldat. Je ne savais pas pourquoi il se comportait ainsi, mais ce n'était clairement pas ma bouillotte habituelle. Je le reconnaissais toutefois, lorsqu'il me tendait son manteau. Pensant à mon bien-être avant le sien, mon radiateur personnel qui pensait au froid qui m'envahirait rapidement sans mon veston. Nous échangions de vêtement, dévoilant mon kevlar sous mon vêtement. Je sentais déjà le froid sur mes bras, et m'empressait donc d'enfiler le manteau du colporteur. M'enveloppant dans sa chaleur et son odeur qui m'était maintenant familière. M'apportant un sentiment de réconfort. Je soupirais doucement en croisant les bras. Mon regard interrogateur se promenait d'Alexandre à Airat. Je brisais alors le silence, initiant la conversation en prenant les devants.

-Maintenant que les présentations sont faites... À quoi dois-je m'attendre pour la suite des choses, les garçons?

Je remarquais la main de mon camarade sur son cou alors qu'il caressait ses cicatrices. Façon de passer sa nervosité et colère d'une autre façon? En se remémorant de mauvais souvenirs? Je prenais sa main dans la mienne et la serrait alors très doucement. Poigne rassurante, alors que je lui adressais un petit sourire en coin. L'air de dire '' Ça va aller, je suis là ''.
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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Mer 2 Mai - 13:33

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Age :: 32
Patronyme :: Nikitovitch
Surnom :: Stena
Tapping endiablé, enchainé d’un long bend strident, criard au possible, les doigts agiles des guitaristes martelaient avec force virtuosité, les plus étroites cases du manche, tout en bas. Les spectateurs éméchés qui, jusqu’alors, ne prenaient part à la communion consensuelle du public, cessèrent leurs bavardages, captivés par la tension lancinante qui émanait de la scène. Le duo produisait son effet, rictus aux lèvres lorsqu’ils ne fredonnaient pas de concert, fébrilement, même dans l’improvisation, par automatisme de musiciens à l’oreille absolue. Alexandre n’avait pas besoin d’écouter la musique pour ressentir un froid cinglant, les mots et le ton acerbe d’Airat, balancés pour gifler et faire mal. Pourquoi. La question posée était franche, les interrogations que le doute avait suscitées l’étaient tout autant. A la réplique, il avait entrouvert la bouche, son sourire rayonnant subrepticement dissous, et avait cillé sans n’avoir rien à répondre. Aucun objet ne manquait dans la cabine, lorsqu’il fit l’inventaire au réveil, en prévision du débarras. Qui plus est, si quelques bruits suspects avaient été produits, ses routines d’alertes l’auraient réveillé. De même et à raison de plus, si le Rouge s’était aventuré dans l’entreprise menée sur son corps endormi, au-delà d’un simple baiser.

Mais le venin était injecté, car le kshatriya dut imaginer, l’espace d’un instant, la main aux doigts manquants, qu’Airat n’avait de cesse de nerveusement passer sur sa compresse, parcourir un mois plus tôt, la ravine de ses abdos. Non, ce n’était qu’une vanne, gratuite, de l’auto-défense maladroite. Mais contre quoi ? Pourquoi s’être rapproché de lui, et brusquement le renier ? Soudain remonté à bloc, il s’était alors adressé énergiquement à la jeune femme, redoublant de charme et de séduction. Et la petite blonde parut agréablement surprise, dans sa défiance, qu’il connût le secret du banni. C’était le terme qu’elle venait de lâcher sur la table étroite, autour de laquelle se serrait le trio. Le kshatriya l’observait toujours, de ce même regard de grand félin alangui, à l’aise et comme dans son élément. Il retrouvait le monde des vivants, ressentant enfin des sentiments, après un mois passé à broyer le minerai de la culpabilité.

« Vrai que ce regard aguicheur, cache bien son entendement. »
Le sous-entendu de Klara ne passa pas inaperçu et Alexandre perdit un unique éclat de rire, sciemment calibré, élargissant son sourire solaire, étincelant et plein de dents. Téméraire et perspicace, songea-t-il sans amertume, sincèrement impressionné. L’imprudence de l’insigne de la LR détourna l’inquisition de la jeune femme, ainsi que le sujet, et tandis qu’elle quittait sa veste, Alexandre reporta son attention sur Airat qui venait tout bonnement de manquer lui rentrer dedans. Ses prunelles flamboyantes s’aimantèrent au bleu céruléen, soudain si pâle, tandis que le jeune homme relevait un regard hagard vers lui. Un regard involontaire, comprit-il devant le malaise qui prit le colporteur. « Hey, ça n’était pas un reproche… », grognonna-t-il sans aboutir son propos, car le souvenir de la soirée passée au Gusli s’intriquait au moment présent dans un redoutable effet de déjà-vu. Il dut se faire violence pour ne pas attraper aussi sec les pans de l’anorak du colporteur et les tenir scellés, comme si le symbolisme du geste pouvait refouler son imagination effrénée. Sa nuque vrilla en direction de la scène et il fit mine de s’intéresser aux performances des guitaristes un bon moment. Le temps que les deux Rouges achèvent leur travestissement.

Or, la jeune femme n’était pas seule à remarquer la nervosité croissante du colporteur et le lieutenant ne pouvait que saluer ses tentatives de médiation. Aussi, il reprit les devants sur le terrain, tel un soldat décimateur lancé dans un nettoyage génocidaire, afin d’éliminer les sous-entendus comme autant de menaces prêtes à muter pour leur sauter à la gorge. En présence de deux étrangers, Rouges, en qui il avait étrangement confiance, en présence d’Airat, avec lequel il avait opéré un immense travail sur soi, loin de l’acceptation, mais un pas de plus vers la reconnaissance et la réalisation de quelque chose qu’il s’était interdit et s’interdisait depuis toujours, parangon de sa caste, modèle admiré par ses pairs, Alexandre était prêt à dévoiler un peu plus ce qu’il était. Alètheia, lui avait dit Semyon, le vieil érudit. La vérité est recouverte d’un voile, le lèthè, qui est l’oubli et l’apparence, et la découverte de la theia, logos divin, vérité et réalité, réside en l’enlèvement du lèthè, a-lèthè-theia, le dévoilement.

« Nous sommes simplement trois bons amis rassemblés autour d’une table, » déclara-t-il avec un entrain mesuré, le timbre de sa voix portante vibrant d’infrabasses en couvrant les fioritures mélodiques. Il dardait Klara d’un regard magnétique, iridescent, en s’adressant tout autant à l’hostilité de son compagnon. Reprenant d’un ton beaucoup plus bas, il se pencha plus encore au-dessus de la table, y calant les avant-bras en barrant toute la surface, et décocha d’une traite sans la quitter des yeux : « Simple échange marchand. On joint l’utile à l’agréable. » Enfin, il tourna la tête vers Airat, l’observant cette fois par en dessous, dans cette position volontairement abaissée qui ne trompait personne. La carrure du soldat était difficilement réductible. Il poursuivit en s’adressant encore une fois autant à l’une qu’à l’autre, mais aimanta ses prunelles héliodores au visage du colporteur. : « Airat et moi, nous nous sommes rencontrés y’a une dizaine d’années de ça. On a perdu une connaissance commune. » Euphémisme. Bref coup d’œil en direction de Klara. Elle devait être au courant pour Dmitri. La personne en qui Airat avait le plus confiance ne pouvait pas ne pas savoir.

La situation du banni était différente, il s’était affirmé et avait perdu son rang, sa famille et jusqu’à Polis. Ce qui n’était pas le cas du lieutenant, pour lequel tout résidait dans l’implicite et le non-dit. Jamais il n’avait ouvertement parlé avec Oksana, jamais il ne s’était confié sur ce qu’il était incapable de s’avouer à lui-même. Ni à Yuriy, ni à Anna et moins encore à Andreï. Et il fuyait Daniil Kraïevski avec un évitement proche du contre-espionnage, en dépit de son empathie et de sa bienveillance, mettant son comportement sur le compte des derniers évènements traumatisants.
Il regardait toujours le Rouge, appuyé avec décontraction sur la table, comme s’il le mettait au défi de le contredire, ou de nier ses propos. « Airat a disparu, et j’ai dû m’enterrer pour préserver ce qui m’était cher. Les ponts étaient coupés. »  Alors seulement, il se redressa de toute sa stature, et sans jamais l’avoir lâché des yeux, entreprit à son tour de dézipper son bombardier, les paquets de cartouches dans les poches intérieures du blouson. « Au fait, tu ne m’as pas dit ce que tu voulais en échange », ajouta-t-il, à la fois grave et désinvolte, tandis qu’il tirait lentement sur la fermeture éclair. Les deux pans de cuir doublé s’écartèrent sur la fine étoffe d’un vêtement technique, ajusté aux reliefs de sa carrure herculéenne. Il passa la main à l'intérieur et précisa avec assurance, haussant un sourcil : « D’un point de vue matériel. » Par opposition à l’enquête interne, privée, qu’il allait mener, pour retrouver les meurtriers.
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Colporteur
le Mer 2 Mai - 18:37

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Age :: 27 ans
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Surnom :: Rat

 Airat répondit silencieusement à la question de la médecin d'un hochement de tête. Ca irait, actuelle ce n'était pas le froid qui lui faisait le plus peur à cette table. Et si il avait assez confiance en Klara pour dormir avec elle, il ne restait qu'un ennemi. Et quel ennemi. Une menace de vingt centimètres de plus que lui. Il ne voulait même pas faire une approximation de la masse avec la quelle Alex aurait pu l'écraser.
Et il  ne voulait surtout pas penser au corps d'Alex.
Le colporteur sourit à la femme, serrant ses doigts un instant. Avec elle, il se sentait protégé de sa morsure. Mais elle ne pouvait pas le défendre contre le lieutenant.Il lâcha sa main, revenant à sa place en fusillant Alex. Le poignard de ses yeux ne lui suffisait plus, il aurait voulu se jeter sur le soldat, le frapper, le mordre. S'assurer d'avoir le dessus, ne plus être menacé. Ce n'était pas un reproche ? Alors quoi ? Alex était somnolant à ce moment, il ne pouvait pas prétendre avoir apprécié. Ou alors Airat était foutu, il serrait incapable de regarder Alex dans les yeux. Et à cela s'ajouterait la culpabilité, le sentiment d'avoir trahis Dimitri. Dix ans, et il prenait toujours Dimitri, un homme mort, en considération dans ses choix. L'amour était toujours là, mais elle avait pourris. Rongée par des vers qui lui dévoraient le cerveau et le cœur, grouillants et noirs.

« -Fais pas comme si ça t'avais plu. »

Fouetta il, prêchant le faux pour savoir le vrai. Lui aussi avait ses questions sans réponses, comme un oiseau qui viendrait taper contre sa tête, y enfonçant des interrogations jusqu'à la migraine. Et l'oiseau avait maintenant trouvait un nouveau sujet, pareils à un résumé du drame qui avait tout brisé, réunissant vivants et morts. Le soldat était devenu la torture parfait, allant jusqu'à être suggéré dans ses cauchemars. Une grande silhouette sombre immobile, sans visage, observant les scènes macabres dans les quelles le colporteur se retrouvait tenir le premier.

Le rouge se crispa. Trois bons amis. Klara avait utilisé ces mots pour se désigner comme son amante. Et ce « nous » l'incluait avec Alex. Airat avait l'impression que c'était lui qu'on piquait maintenant. Le militaire avait reprit le dessus. En ce penchant en avant le géant avait effleuré son épaule, lui infligeant une autre brûlure. Le colporteur eu un mouvement de recule instinctif, portant encore sa main à son cou. Il avait remplacé l'envie de protéger son épaule de sa paume par ce geste devenu anodin et habituel pour Klara et lui. Mais la maladresse qu'il diffusait le trahissait. Les contactes avec Alex l'irritaient, le blessaient, l’enfonçaient dans ses derniers retranchements. Il jeta un regard à l'homme, entre agressivité et incompréhension. Il devait percé son armure de soldat, sa cuirasse toute puissante. L'autorité et le pouvoir d'Alex avait repris en une seconde le terrifiait.
Airat enchaîna directement après que le soldat est parlé, juste assez fort pour que Klara les entende.

« -Comme la dernière fois ? »

Il tenta d'adresser au seul pouvant comprendre un sourire menaçant, mais le résultat était à ses yeux horrible : teinté de nostalgie, de regret. C'était la deuxième fois qu'il se l'avoué, mais il avait été bien avec Alex. Pour une fois, il avait fait une pause, avait cessé de ronger ses souvenirs. Et maintenant, il voyait ces souvenirs comme une faiblesse. Une erreur. Il revient prêt du géant, gardant ses distances, baissant les yeux. Airat préférait ne pas intervenir tant qu'il serrait question de Dimitri. Il tenta de rester impassible, mais son visage avait dès la naissance décidé de la trahir, se couvrant de rouge.  Ses lèvres battirent en retrait un instant entre ses dents, ses sourcils se fronçant.
Le colporteur releva les yeux en captant un geste ample près de lui, regardant catastrophé le militaire ouvrir son blouson. Et le pire était ses yeux de chat posé sur lui. Il me fait quoi là, un streap-teas? Airat ne baissa pas les yeux, aussi bien par défit que par une fascination qui l'effrayait, le dégoûté. Il ne s'était jamais posé de questions sur la folie présumé qui aurait pu expliquer ses préférences. Mais celle-ci, nouvelle, il la rejetait de toutes ses forces, n'en voulait pas. Le début de commencement de souffle d'attirance qu'il pouvait avoir pour Alex était du au manque, à son pétage de plombs d'il y a un moins.
Il lui sourit, un sourire faussement amical, où pointé l'arrogance qu'il utilisait pour exprimer son opposition à tout, pour «l'ouvrir» et gueuler fort qu'il n'allait pas se laisser étouffer.

« - T’inquiètes pas, je sais ce que je désire

Le rouge avait appuyé le dernier, le prononçant comme le sifflement d'un serpent, laissant plainer le pire ou le meilleur. Alex voulait jouer, utilisant cet espèce de fil entre eux, qu’apparemment aucuns d'eux n'arrivaient à se décider de le rompre?
Que Klara ne s'inquiète pas, il ne risquait pas d'avoir froid



Non. Il avait faux sur toute la ligne. Alex était perdu. Le militaire connaissait son secret, et pas que, mais lui aussi tenait quelque chose de très important dans sa main, et s'il le dévoilé, Alex pouvait en mourir. Le lieutenant testait ses limites, leurs limites peut-être aussi. Il essaye de comprendre sûrement...
La glace perdit de son polaire, il chercha à attraper le regard du soldat, s'excusant silencieusement. Ce n'était pas comme ça qu'il fallait « guider » le solda,t pas en étant agressif à la moindre approche. Ce qu'Alex ferait de sa vie, il s'en foutait. Ça ne le regardait pas, il ne voulait pas s'en mêler. Mais au moins là-dessus, le géant lui avait fait confiance, il n'allait pas le lâcher dans le vide.
 





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Soldat-infirmier
le Ven 4 Mai - 1:32

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Age :: 25 ans
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Ce regard encore intense et charmeur qui me regardait. Je me retenais de rougir de nouveau, me demandant s’il le faisait exprès, ou si c'était juste ça façon de regarder les gens au quotidien. À sa remarque sur notre triangle d'amitié, j'avais un sourire amusé. Je me retenais bien de dire que deux de mes amis semblaient en conflit et que j'étais en fait la troisième roue du carrosse d'une certaine façon. M'interposant entre Airat et Alexandre. La tension était palpable entre eux. À chaque frôlement ou toucher du soldat, Airat sursautait et reculait. Comme si les mains du brun le brûlaient. Au fond, j'étais certaines qu'elles consommeraient le colporteur si je les laissais seuls dans une pièce et qu'Airat acceptait de se laisser toucher un peu.

Serait-ce une mauvaise chose en soi? Je ne le croyais pas. Mon pauvre ami avait besoin de compagnie. Non que la mienne n'était pas bonne, mais... Il avait un besoin dévorant de luxure, un besoin retenu et qu'il gardait en lui depuis tant d'années. Je penchais la tête sur le côté lorsqu'Alexandre m'expliquait comment ils s'étaient rencontrés. Il était clair à mon esprit qu'il parlait de Dimitri. Qui d'autre que l'homme qui avait blessé le colporteur à vie par sa disparition.

-Je vois... Vous avez également dû être ébranlé de la perte de cette connaissance...

Ébranlé était un faible mot également. Considérant que 10 ans plus tard, le jeune homme n'avait toujours pas terminé son deuil. Encore coincé à l'avant-dernière étape de celui-ci pour pleinement l'accepter et passer à autre chose. Il était pleinement dans la reconstruction de soi depuis toutes ses années, mais ne passait le seuil de l'acceptation. Deuil à la fois de Dimitri et de son orientation sexuelle. Plusieurs chocs et traumatismes psychiques non guéris. Complémenté de la perte de plusieurs rôles sociaux. Son rôle de fils, rôle d'amant, rôle de membre de Polis... Ce n'était donc pas étonnant d'avoir en face de moi un homme adulte toujours dans la recherche de son identité, puisqu'il l'avait déjà trouvé... Mais qu'elle était cachée bien profondément derrière un voile, un mécanisme de défense inconscient nommé le Mépris. L'habilité de inconsciemment mépriser et anéantir l'objet de notre peur, afin de se préserver de l'angoisse d'une éventuelle perte.

Donc dans le cas de Alexandre et Airat, c'est exactement ce que je pouvais remarquer, alors que le jeune brun provoquait de nouveau son aînée d'une pique bien placée. Il s'était clairement passé quelque chose entre eux, mais quoi? Cela était hors de mes connaissances et je fronçais les sourcils en restant silencieuse. Observant attentivement le colporteur essayez de détruire la source de sa peur, son désir pour Alexandre. Le soldat répliquait enfin toutefois. Enfin? Oui, car j'aurais moi-même perdu mon sang froid depuis bien longtemps. Il avait été suffisamment patient avec le rouge. Toutefois, je restais près d'eux. Mon corps était en alerte, ma main prête à rapidement se poser sur le bras du soldat de Polis pour lui faire une décharge amicale. Question de garder mon  protégé à l'abri.

Je restais alors en silence. Ne m'interposant pas entre eux. Ils avaient des choses à régler visiblement. L'hostilité d'Airat ne cessait d'être grandissante. Dans l'augmentation de la tension, toujours plus près de la crise sans revenir au calme. Il avait besoin d'un arrêt ou un rappel à l'ordre pour se calmer. Qui de mieux placé que l'homme qu'il essayait lui-même de blesser? Dans notre triangle relationnel dysfonctionnel, j'avais le rôle de la gentille et Alexandre du monstre. Toutefois, il n'y avait aucun monstre autour de cette table. Seulement trois individus  ayant brimé leurs libertés sexuelles vu le contexte socioculturel du Métro. Airat n'avait pas le droit de déverser cette frustration sur les uniques épaules du soldat, peu importe comment elles étaient larges. Le patriarcat et l'hétérosexualité n'étant que l'unique chemin pour vivre heureux avec les autres citoyens des stations et plaire à leurs exigences.

-Je ne sais pas ce qui s'est passé entre vous, mais Airat... Tu ne peux pas le blâmer pour tout...


Mon regard était doux, empathique et sans arrogance. Je savais qu'il souffrait au fond. Ce comportement était sa façon de crier, de nous montrer sa détresse et de faire son appel à l'aide. J'avais profité d'un petit moment de silence alors que le soldat de Polis était droit devant le colporteur pour glisser mes mots. Espérant qu'en rationalisant le tout, nous arriverions à le calmer un peu.
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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Ven 4 Mai - 13:36

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Patronyme :: Nikitovitch
Surnom :: Stena
Vaille que vaille, Alexandre avait évité de réagir aux remarques insidieuses lancées comme autant de coups de lame, brûlantes de froidure. Par égard envers la jeune femme à laquelle il s’adressait déjà, et par gain de temps, afin de pouvoir analyser le comportement d’Airat avec recul, il avait feint l’indifférence lorsque les attaques injustes, selon lui, touchaient sans cible. Car tout avait changé. Dès le moment où l’altercation était devenue une étreinte, dès le moment où l’hostilité de l’étranger et du traitre s’était transformée en aveux et en réminiscences, les rapports de forces s’étaient apaisés. Mais le kshatriya avait en échange, perdu le détachement qui lui avait permis de cerner le banni, en plus d’avoir tombé les murs. Stena laissait place à Sanya, et Sanya, bien moins assuré, ne savait pas tout à fait ce qu’il faisait. S’il n’avait rien à reprocher au colporteur, l’inverse n’était manifestement pas le cas. Or, tandis que le soldat sortait témérairement de l’éthos de la classe guerrière, carcan qui ne lui avait jamais semblé aussi rigide que les dernières semaines passées en confinement ou sous surveillance, le banni semblait au contraire se carapacer à son contact et l’intimer, avec force impétuosité, à remonter les murailles. Venu pour payer un suppresseur, Alexandre avait l’impression d’être sommé de débourser les intérêts de leur récent rapprochement.

Le coup d’œil rapide, signifiant, que lui rendit la Rouge, accompagné d’une remarque l’invitant tout autant à poursuivre qu’à ponctuer, confirma ses suppositions. « Ebranlé, » avait-il murmuré en écho, d’un timbre de voix rauque, soudain pensif. L’intensité du regard qu’il aimantait au visage de porcelaine n’avait faibli, se chargeant au contraire d’un sérieux religieux. Cela n’avait duré qu’un instant, avant qu’il se redresse pour s’enquérir du détail des affaires avec le colporteur. La petite blonde aux yeux placide, calme comme une mer intérieure, cachait de redoutables instruments d’examen et avait présentement tout le loisir d’observer les deux hommes évoluer, dans la progression du combat qu’ils menaient ensemble, ou l’un contre l’autre. Alexandre n'avait pas choisi sa bataille, il avait pris les armes d'Arbatskaia pour mieux rendre les siennes, et y était parvenu avec brio, plus encore depuis l’assassinat du soldat Volonski.

A la fois ébranlement et fondation, l’évènement n’avait fait que renforcer l’échafaudage de béton acier qui le faisait tenir droit et qui l’avait toujours propulsé au-devant du danger. Pour protéger ceux qui pouvaient légitimement participer à la résilience de l’humanité, tout en opérant le tour de force d’être admiré et reconnu pour ce qu’il était. Protéger et servir primait sur l’injonction policienne à surveiller et punir, depuis tout petit, depuis le premier rejet. Anna et Andreï l’avaient révélé à sa vocation, et rien ne l’en avait détourné, pas même la dissonance cognitive et cacophonique des désirs en clefs de braque, sur la partition de la grande Cité lumière. Et jusqu’ici, Alexandre s’en était très bien sorti et remplissait parfaitement le rôle du kshatriya accompli. Plus que cela, il nourrissait des ambitions martiales, visant l’échelon de commandement, pour le bien de des frères et des citoyens. Il s’en sentait capable, ne reculant devant aucune responsabilité en laquelle s’investir. Alors et sur l’instant, il poursuivit dans sa lancée, séduisant et avenant envers Klara Savinkova, et passa outre les morsures intempestives de son cadet.

La dernière provocation, insistante et démonstrative au possible, le fit perdre patience. L’expression amène et maitrisée qu’il s’était composé jusqu’alors se brisa. Les traits de son visage forcirent d’exaspération, livrant un faciès agressif et déterminé que le Rouge lui connaissait déjà. Il laissa retomber sa main, les cartouches de paiement à l’abri dans son blouson, et le darda d’un regard mégajoule, incandescent, tout en réduisant à néant l’espace de sécurité qu’avait instauré le jeune homme. Il ne ressentait pas le besoin de l’empoigner, ni de le contraindre d’un geste. Sa présence massive, la colère sciemment mesurée qui émanait de lui, déployé tel quel et de toute sa stature contre son contradicteur, était ostentatoire et dangereuse. Le désir de l’étreindre, en revanche, était un tout autre problème. « Airat », lâcha-t-il sombrement, le timbre de sa voix vrombissant d’énervement calibré, un air douloureux lui passant subrepticement dans les yeux. « Tu désires me blesser ? Me montrer que je me suis trompé ? » Et il avait imité, avec moins d’insistance cependant, l’accentuation sur le mot subversif, à la manière de son interlocuteur. Il fronça les sourcils, écarquillant les yeux d’incompréhension et ajouta platement : « Tu y es arrivé. » Lentement et sans amplitude, il leva les deux mains comme s’il venait d’être tenu en joue, avant de faire un pas de recul.

Mécontent d’en avoir été réduit à une démonstration de dissuasion, la conscience qu’il venait de se donner en spectacle, même discrètement, à la compagne du colporteur, le rendit mal à l’aise. Dans toute autre situation, personne ne forçait la main de l’instructeur. Les recrues étaient rapidement avisées sur le tempérament du lieutenant. Un homme aussi patient qu’intransigeant. Les clefs de sa confiance, et de ses témoignages de sympathie, se méritaient et représentaient autant d’étapes de passages dans les rangs des aspirants. Rares étaient ceux qui manquaient à ce point de discernement, pour confondre sa bienveillance et sa bonne humeur avec de la faiblesse de caractère. Sa carrure, toute autre considération à part, réduisait à néant la marge d’erreur. Plus fragilisé par la mission et la disparition de Yuriy qu’il n’aurait voulu le reconnaitre, la reconstruction des murailles étaient encore fraîche, en solidification, et il bouillonnait intérieurement, contenant à grand peine, crues et débordements. Jamais ne s’était-il senti aussi seul, depuis qu’il avait entraperçu ce qu’était de ne plus l’être. Pourtant il était entouré, même à Arbatskaïa. Ne tenait qu’à lui de se livrer.

La voix mélodieuse, féminine, résonna dans le silence, avant qu’un tonnerre d’applaudissements n’emplisse la station d’une clameur tonitruante. Alexandre pivota lestement, refaisant face à la table et à la jeune femme. Renversant la nuque en arrière, il vida d’une traite son verre d’eau, déglutissant bruyamment le liquide salvateur. Il avait chaud, ses sens étaient embrasés, et son jugement troublé de colère et de sentiments contradictoires, refoulant bien plus qu’une simple vexation due à un manque de respect. Prudent, il se garda d’intervenir plus avant ou d’ajouter quoi que ce soit, le temps de retrouver un semblant de calme et de faire la part des choses. Le rai de son regard d’ambre fossile retraça les motifs marbré de la table, de noir et d’or mêlés, et comme inspiré du noble matériau, le colosse s’immobilisa, marmoréen. Ensuite seulement, il tourna lentement la tête vers son cadet, l’observant en contrebas, sans animosité aucune, l’expression illisible et délassée. « C’est une précieuse alliée, que tu as là…», bourdonna-t-il, mystérieux. Un air de nostalgie passa sur son visage, et il reporta son attention sur la jeune femme, tout en faisant mine de s’activer, se préparant au départ : « Ravi de vous avoir connue. » La déclaration était ferme et sincère, assortie d’un sourire généreux, l’attitude militariste exsudant de sa posture et de ses gestes. L’échange du suppresseur et du paiement irait bien vite : c'est du moins ce qu'il croyait.
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le Ven 4 Mai - 15:15

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 Il jeta à la rouge un regard de colère. Elle l'avait frappé dans le dos, n'ayant pas idée de l'évoquation de ses mots. Qu'est ce qu'il s'était passé? Avec le recule, c'était limpide : Le commencement d'un lâché prise. Et  Alex était maladroit encore, mais Airat avait terriblement peur de l'assurance que pouvait prendre le militaire.
Il est déjà si sûr de lui. Alex, si tu t'acceptes, entièrement, complètement. Qu'est ce que tu vas être? Il voulait se dire que ce qui l’effrayait, c'était le comportement qu'aurait le soldat envers lui. La peur qu'on le séduise, et qu'on y arrive. Que Alex y arrive. Transformer le désir en peur, se voilé la face, c'était tout ce qu'il avait trouver pour se faire taire. Se dire qu'il voulait se jeter sur le géant pour l'étriper, pas pour l'embrasser. Que sa peau le brûler plutôt que de le réchauffer. Se convaincre d'un ennemi, alors qu'il y avait peut-être plus qu'un allier à prendre.

Airat détacha ses yeux de la médecin, prenant à la place le lieutenant en joue. Et rendant les armes aussi tôt. Alex était beau. Une espèce de grand fauve, hostile. Il ne s'était pas attendu à penser cela en regardant le visage menaçant du géant. C'étaient d'autres émotions qu'une admiration perdant toute innocence qui auraient du surgir. Il aurait du avoir peur de l'homme. Et ce n'était pas qu'une question de se redécouvrir une fièvre en passant à un homme. La fièvre était pour Alex, là était le problème. Le colporteur se sauvait en s'accrochant à l'espoir qu'il avait définitivement abandonné son esprit à la folie. Qu'il confondait plusieurs envies, ou qu'il les mélangeait dans un délire morbide. Mélange de la réalité et de ses rêves de tortures.

Le pas que fit Alex, détruisant l'espace entre eux, l'acheva. Si le corps du militaire brûlait, Airat était sous une douche de lave, de peur, de panique, de regret. D'un coté son corps. Qui lui voulait tirer sur le blouson du soldat, et l'attaquer de ses lèvres. De l'autre sa tête, moins froide que d'habitude. Qui voulait s'excuser, s'expliquer. Mais elle non plus ne trouvait pas d'explication à son comportement. Le blesser ? Oui.Oui il en avait envie, c'était dévorant. Mais est-ce que tout cela n'était pas sa propre mascarade ? Depuis le début, à travers Alex, c'était lui qu'il poignardait.

Le rouge se passa une main sur le visage, serrant les dents, se sentant trembler imperceptiblement. Il lança à Klara un regard demandant la patience, s'excusant d'avance.

« -Putain ! Al viens là. »

Gronda il, refoulant la chaleur de sa voix. Airat attrapa l'homme par le bras sens un regard, l’entraînant loin de la scène, loin du monde. Là où ils pourraient parler. Il descendit dans une caresse sa main jusqu'au poignet du lieutenant, le saisissant dans une apparente rudesse. En s'éloignant du centre d'agitation, on pouvait trouver des arches, des couloirs solitaires, silencieux. Le rouge traîna Alex jusque sous une arcade, le lâchant pour se mettre à tourner en rond. Ses gestes étaient rapides, saccadés, il passait ses mains dans ses cheveux, sur sa tâche, mordait sa cicatrice jusqu'à la sentir se rouvrir. D'un coup Airat relâcha la pression accumulé en une dizaine de secondes, le temps pour s'éloigner de la foule. Ses mains se refermèrent sur les bras du militaire, serrant, puis cédant à un mouvement de pouce ce voulant une caresse. Il garda le regard au sol, ne pouvant pas regard l'homme dans les yeux maintenant. Pas avec ce que le lieutenant aurait pu y lire.

« -Oui je t'ai embrassé y'a un mois, je sais pas pourquoi j'ai fait, j'ai craqué, et ce que tu m'a...Dit sans le dire, ça m'a... A quoi tu joues ? C'était pas un reproche, alors tu veux que je recommence ?... »

Le colporteur baissa d'un ton, parlant aussi près qu'il le pouvait près de l'oreille du soldat.

« - Al, je peux pas. Je veux pas. T'es... T'es magnifique, c'est pas physique, mais je peux pas. »

Souffla-il, trouvant tous les subterfuges possibles pour ne pas mettre de nom sur ce « non ». Il aurait voulu lui dire sous quelle marée il venait de se noyer. Mais Alex risquait de s'imaginer n'importe quoi, ou de tenter quelque chose...Il allait réagir, mais comment, c'est cela qui effrayait Airat. Le colporteur soupira un grand coup.

« -J'ai été injuste. »
 





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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Mar 8 Mai - 16:20

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La clameur se retirait dans un fracas de ressac lorsque les deux guitaristes, sûr d’eux et en sécurité, remercièrent leur public en un pantomime de pitreries. Puis il se roidirent de sérieux, battant la mesure de conserve, avant d’entamer un nouvel opus. Alexandre sentit le regard d’angélite de Klara qui se posait sur lui tandis que l’injonction capricieuse d’Airat, absolue, le sommait au ralliement. Le colporteur fit preuve d’une telle exigence, qu’il s’en trouvât presque sonné. Alors il se laissa emporter, n’ayant eu le temps seulement de jeter un coup d’œil ahuri à la jeune femme, sous l’intime conviction qu’il ne reviendrait qu’en étant changé. Ils sillonnèrent dans la touffeur de la foule, et alors qu’il dépassait d’une tête lorsque ce n’était pas de deux, la marée humaine, le kshatriya avait l’impression de passer au travers d’une succession de rapides écumants, les visages flous et impersonnels, loin derrière lui. Vigilance mise en berne, il ne remarqua pas le rai ophique qui profilait leur progression, confortablement rehaussé de jumelles d’opéra. Il n'y avait plus que les colonnades nues, l’abri des arches en granit brut, le renfoncement d’une alcôve sans céramique, la pénombre dans le secret de laquelle se serraient non loin, intrigants et spectateurs déserteurs que la musique avait chauffés, en recherche de plus d’intimité, et qui ne leur prêtaient pas plus d'attention que le colporteur fonçant tête baissée.

Alexandre s’arrêta à l’endroit où son ravisseur le relâcha. Il rencontra la paroi de béton contre son dos et s’y appuya, à demi-éberlué, inondé d’adrénaline et d’un sentiment léger, indescriptible, à la fois lourd et fébrile. A nouveau la poigne d’Airat s’imprimait sur son épiderme, sous la manche du blouson où s’étaient aventurées ses phalanges. Et il ne cherchait pas à s’en dégager, contracté et saillant de crispation sous le cuir épais. Le jeune homme lui parlait, hâtif, en un déferlement sémantique qui l’atteignait à peine, comprenant plus encore à sa gestuelle, capturant son regard, ses pupilles dilatées dans le céruléen liquide, et en retour, ses prunelles d’ambre fondirent, iridescentes et troubles d’un désir qu’il ne pourrait plus contenir. Sa respiration s’accélérait, il manqua d’air et haleta, incapable de répondre, ne sachant que répondre, bouche entrouverte tandis que son vaste pectoral se soulevait en urgence.

Les mots qui parvenaient à sa conscience contredisaient, avec force dissonance, la gestuelle d’Airat qui, par son appui et son trouble, lui faisait sentir ce qu’il ne lui disait pas, et Alexandre ne savait plus que faire, résistant encore, jusqu’au moment où les lèvres fiévreuses frôlèrent son oreille. Il perdit un râle, serrant aussitôt les mâchoires, fermant fortement les yeux, le mur derrière lui empêchait toute évasion. « Airat », gronda-t-il, rauque, en une tentative désespérée, tel un avertissement plaintif, devant l’imminence du désir instinctif éveillé par ce corps dur affairé contre le sien. Injuste, lui disait-il, injuste. Il rouvrit les yeux, désemparé, le visage froissé de confusion, et tout entier tisonné de frustration, il céda, se promettant que ce serait l’unique et seule fois. « Pardon », souffla-t-il alors qu’il refermait les bras autour de la taille de son cadet, lui ceinturant les reins en une étreinte implacable, tout en le hissant fermement contre lui. Le choc, vigoureux, provoqua un déferlement d’excitation inédit. Il plongea à ses lèvres, y pressant les siennes, maladroit et empressé, prenant une immense inspiration de soulagement, dès que le contact fut établi, puis il entrouvrit la bouche, cédant l’accès en un souffle, cherchant à caresser cette langue envenimée, de la sienne, embrasée.

Un gong sonna en tout son corps, résonnant de sa vibrance jusqu’à l’os et jusqu’au siège de l’éros qui, recouvert de kevlar, n’eut décemment pas le loisir de s’ériger en étendard. Il prit une aspiration légère, et dans le rebond, revint à l’assaut des lèvres balafrées. Alors il remonta les mains le long des flancs nerveux et des solides dorsaux, jusqu’à lui saisir le visage et le lui maintenir, tandis que se faisant force violence, il s’en arrachait. Le retenant tout contre lui, sa colossale stature ployée au-dessus de son cadet, il plaqua le front contre le sien le temps de reprendre ses esprits, incapable de s’en détacher. L’alcôve n’était qu’un refuge éphémère, la foule joyeuse qui s’était amassée à Plyushchikha, dans l’insouciance et la communion cathartique, ne les protègerait pas indéfiniment. Et ils ne pouvaient laisser la jeune femme attablée seule plus longtemps. A contre-cœur, il en appela à toute sa raison, sa pauvre cervelle en émoi pompant la dopamine pour rétablir l’ordre et la loi, tandis qu’il happait de grandes goulées d’air. Il rouvrit les yeux sur un regard voilé d'embruns, cosmogonie d’une passion tuée en pleine inflation, et focalisa difficilement, l’aimantant à celui d’Airat. « Ici… Ce n’est pas l’endroit… La transaction, maintenant…» Il avait feulé ses mots à coup de suppresseur et sa poigne avait fermement voyagé jusqu’aux épaules du colporteur.

La révolte sourdait et menaçait de le faire exploser, contenant à grand peine le mascaret du refoulement qui venait le frapper en un ressac impitoyable. « Merde, pourquoi ! » cracha-t-il dans l’espoir de dompter la colère et le désespoir qui soudain le submergeaient. La question n’était destinée à personne. Enfin, raffermi et maître de lui, Alexandre se déploya et se recala contre le mur, plantant les mains dans les poche de son pantalon, ses prunelles d’ambre fossilisées dans la résignation. A rebours, le propos désordonné du banni s’assembla sous son crâne, les mots de la raison et de la peur, les mots du métro. « Je sais, c’est impossible », assena-t-il en réaffirmant, tacite, les implications d’une telle relation. Et pour enfoncer le clou dans le cercueil, les yeux brillants d’un éclat viride, vitrifiés sous le refroidissement éclair, il ajouta : « Klara nous attend...»

*

La lorgnette binoculaire aux montants dorés, traversée d’un manche ivoire, n’était qu’un accessoire aristocratique qui s’accordait parfaitement aux ornements de Smolenskaya. Un peu moins dans la station radiale. Mais la paire de jumelles d’opéra lui permettait de voir la dextérité des guitaristes dans le détail, lorsque la scène ne lui était pas entièrement masquée. Ainsi que les faits et gestes de son fils ici présent. Elle n’avait pas encore décidé jusqu’à quel point la rencontre était fortuite. Pas en le surprenant côte à côte avec ce cher lieutenant. Quelque chose lui avait échappé. Ou alors, cela faisait trop longtemps qu’elle n’avait quitté ses quartiers aseptisés. Mais si Airat refaisait régulièrement surface à Polis, ses informants le lui auraient rapporté.

La musique et le chant lyrique de sa jeunesse étaient de l’histoire ancienne et ce n’était que pour mettre la nostalgie à l’épreuve du temps, que la brahmane avait quitté son laboratoire de Borovitskaya, avec ses parois murales en marbre de koelga restitués. Et de nostalgie, elle n’avait point. En revanche, le resurgissement du Sombre, créature incomparable, l’avait réveillée de son indifférence de pierre. Le retour de mission des trois kshatriyas, pris dans l’étau psychique du mutant, irrigua d’un déluge de neurohormones vivaces, le système limbique asséché de l’impitoyable scientifique. Telle une reine des damnées, Perséphonê boiteuse sortie de son hibernation katakhthonienne, Akilina Fedorovna Ivanova réapparaissait dans le monde des vivants. Déterminée à distiller le pouvoir du mutant, elle ne tolèrerait pas qu’on lui enlève ses objets d’étude : elle n’en avait pas fini avec le lieutenant.

Mais encore, qui était cette jeune femme venue avec son déviant de fils, fort plaisante à regarder, aux traits fins et altiers ? Plut à ses allégeances sociobiologistes qu’Airat ait enfin rencontré Darwin. Mais elle le connaissait bien mieux que cela, car c’était elle qui l’avait mis au monde et mal élevé. Tout ce qu’elle avait pourtant fait pour son enfant ! Afin de le corriger et de l’épargner. Jusqu’à éliminer la tentation qui l’attirait vers l’irrémédiable et vers l’extinction. Mais comment faire, sans neurotechnologie de pointe ? Sa frustration était bien plus louable et légitime. Qu’un esprit tel que le sien dû se satisfaire de biotechnologies rudimentaires, l’acquisition de nouveaux instruments, au calibrage fragile, soumise à des semaines et des mois de négociations et de diplomatie. Las, tout ce précieux temps de cerveau actif qu’elle perdait ! Akilina ne doutait pouvoir assembler une armée d’esclaves psioniques obéissant aux phéromones et à la pensée, si seulement elle avait les moyens d’y travailler.

Le pied de sa canne clinquait à contretemps, retentissant dans le lento plaintif des musiciens, tandis qu’elle s’approchait de la table, dont le rond de surface, lui arrivait tout juste au-dessus de la poitrine. Un être redoutable enfermé dans un petit corps de femme, comme si la densité de ses connaissances et l’étendue de son esprit avait été compactée en un modèle réduit, pour des questions d’économie d’énergie. Une longue cape de velours violine lui couvrait le corps, lacée sous le menton par des cordons filés d’or. L’ample capuche caracolait jusqu’à la chute de ses reins, et une épaisse natte blanche reposait contre son cœur, tel un serpent amélanistique endormi. Son regard profond paraissait mauve sous la lumière rougeoyante, et le rai d’améthyste dure se décocha dans le bleu célestin de la jeune femme attablée.
« Réjouissant, n’est-ce pas ? » s’extasia-t-elle avec distinction à l’attention de la blonde, avant de faire disparaitre ses jumelles en un tour de main gracieux, dans un pli de cape. Le timbre de sa voix vibrait d’une tonalité froide et métallique, mais l’intonation mélodieuse venait en polir le tranchant, produisant un effet berçant. Elle reporta son attention vers la scène, offrant un profil d’albâtre aux traits délassés. Un sourire sibyllin éclairait son visage, subtil, sans que ridules ne viennent strier ce tableau presque parfait. La quinquagénaire paraissait dotée de jeunesse éternelle.

« Est-il possible que vous alliez sans compagnie, vous aussi ? En ce cas me permettriez-vous de rester jusqu’à l’adagio ? Car c’est la pièce qui doit suivre. » Paupières hautainement tirées et talquées, camouflant une longue estafilade, elle observa la jeune femme et lui décocha un sourire adamantin. Si son fils revenait avec le lieutenant, ce serait un presto prestissimo qui les attendrait tous.
« Akilina Fedorovna, » susurra-t-elle en étendant une main gantée de soie beige, miraculeusement neuve. Nulle vague ne venait briser le récif parfait de sa placidité en dépit des milles et unes questions qui fusaient en arrière-plan de ses pensées. Alexandre Nikitovich, ce cher lieutenant, son kshatriya de laboratoire rebelle, qui lui avait mit la petite Anna Nikitovna dans les pattes. Loin était le temps où le soldat obtempérait aux directives de ses supérieurs en serrant les dents, aux mépris de son instinct investigateur. Non, voilà qui prenait de l’assurance avec le galon, et plus gênant encore, de l’influence sur ses jetons. Qu’à cela ne tienne, elle les évincerait tous deux, la jeune brahmane autant que son chevalier servant. Personne ne devait pouvoir murmurer à l’oreille du colonel Dezhnov, si ce n’était elle. Avant tout, que fichait le lieutenant avec son fils ? N’était-il pas à même de se procurer ce qu’il souhaitait dans l’enceinte de Polis ? A moins que… Non, voyons.
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le Sam 19 Mai - 0:31

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 Airat s’attendait à n’importe quel type de réaction. Une engueulade, un coup, des larmes. Pas une étreinte. Alex chaleureux, Alex brûlant, c’était quelque chose qu’il n’arrivait pas à appréhender. Le soldat devenait…Terrifiant. De plus en plus imprévisible, audacieux. Alexandre Prokhorenko, semblant toujours dans la maîtrise, le contrôle des événements. Une montagne de muscles parfaitement commandés, entraîné à son travail de chef martial. Maître de lui-même. Mais pas de ses désirs.  Et face à cela, le colporteur reculait. Sortait les griffes par peur de lui-même plus que du militaire.  Le seul qui pouvait le trahir, c’était lui. Après dix ans, retrouver un feu dans son ventre l’apeurait, autant que la première fois. Il sentait dans son dos les bras d’Alex et même s’ils étaient étouffés par le blouson, la forme des muscles. Tendus, en pleine effort pour le serrer contre leur propriétaire. Se répéter qu’il y était insensible et que le soldat n’était pas désirable était aussi inutile que ridicule. Le piège était refermé mais les mâchoires d’acier  ne mordaient pas. Elles embrassaient. Et c’était pire, la tentation de se laisser mourir contre le lieutenant  était écrasante. Le colporteur posa ses mains sur les poignets du géant, cherchant ses lèvres, les demandant. Tant pis, il fondait dans ses bras, fondait complètement, cédant tout. Juste pour l'entendre encore une fois pousser un grondement désireux, juste pour le sentir défaillir.
Airat ne se serrait pas soupçonnait si... Sadique. Si prompte à aimer voir les défenses du lieutenant tomber les unes après les autres. Sans aller jusqu'à une excitation malsaine, voir Alex au bord du gouffre et résister autant qu'il le pouvait, se reprendre, se corriger et remettre son masque...

Il senti la main du géant se refermer sur son épaule et l'éloigner de lui... A contrecœur ? Oui. Oui, il voulait que ce soit à contrecœur, qu'Alex ai voulu le garder contre lui un peu plus longtemps. Une minute, une heure, où éternité. Pitié, que le colporteur ne soit pas seul à se rendre compte que l'homme en face de lui commencer à prendre une place démesurait dans sa tête. Tu vas finir pas dégager toute ma répartie connard. Toutes ma jugeote, et j'aurais plus rien pour me protéger de tous ces dingues.

« -Œil pour œil, dent pour dent... Lèvres pour lèvres... Je suppose.»

Souffla-t-il, la voix blanche, les yeux dans le vague. Le rouge passa lentement le bout de sa langue à la frontière de ses lèvres, comme pour se rappeler ce qu'il venait de se passer. Alex, on peut difficilement mieux illustrer l'expression « se faire prendre ». Il n'arrivait plus à réfléchir. La sensation de l'étau qu'avait sur lui refermé le soldat restait gravé autour de la taille, et ses mots tournés en boucle dans sa tête. Ils paralysaient tout. Pourquoi ? Suppresseur ? Pas l'endroit ? Impossible ?

« -....Mais pourquoi tu parles autant ? »

Grogna Airat, sortant peu à peu du brouillard. Il était là pour le boulot. Alors, presque douloureusement il alla chercher le bout de métal dans la poche de son sweat, le gardant quelque seconde dans sa main. Pour le réchauffer, lui donner un peu de ses trente-sept degrés, et en même temps que l'échange, les donner à Alex. Si le militaire soupçonnait tout ce que Airat se sentait près à lui donner. N'importe quoi, pour retrouver l'oubli dans ses bras. Penser à autre chose que l'horreur du métro, la folie, la noirceur.
Il avança la main vers lui, le suppresseur caché sous ses doigts, ses orbes plantés dans ceux sèves du lieutenant. Dardant sur lui une glace incendiaire.
Et fermant les yeux, senti son bras trembler.  Est-ce que les choses avaient été pareilles avec Dimitri ?  Est-ce qu’il avait laissé aussi facilement tomber sa vigilance, est ce que ses neurones étaient si facilement parties en déroute?  Non, à l’époque il avait la tête assez froide pour se poser des questions plus que technique. Il  avait peur de se qu’il pouvait se passer. Peur des maladies, des blessures. Peur de ce que Dimitri pouvait devenir, du traquenard dans lequel son « feu boyfriend » pouvait l’avoir poussé.  Maintenant il avait dix ans d’abstinence derrière lui, et Alex sous ses yeux.  Airat expira en appuyant son front contre le cou du géant. Pourquoi entre eux le courant ne pouvait-il passer que par décharge violente ? Pourquoi est ce que la seule façon qu’il avait trouvé de communiquer avec le soldat était l’électrocution ? Et à chaque fois, il voulait le soigner lui-même, consciemment ou non.  Peut-être qu’en l’embrassant, il avait déjà essayer de s’excuser…

D'une impulsion, Airat passa un bras dans son dos, l’autre autour de son cou pour l’attirer contre lui. Il essayait d’y mettre toute la douceur dont il était capable, toute la tendresse qu’il  avait réussit à exprimer il y a deux mois. C’était à cause d’elle que maintenant il n’arrivait plus à réfléchir correctement.  Elle avait été naturelle, mais maintenant plus rien. Juste une violence difficilement continue, une maladresse d’ado, une tentative un peu primaire.Le rouge resserra son emprise autour de l’homme, enfouissant son visage  contre le muscle trapèzien exagérément développé du militaire. Embrassant le relief de la pomme d’Adam comme si c’était interdit : du bout des lèvres, la respiration emballait par la peur, prêt à se rétracter à la première menace.
Puis peu à peu, le rouge devenait téméraire à son tour. Avec le même manque d’assurance qu’il avait il y a dix ans, et l’impression d’être un barrage retenant quelque chose de brute, il embrassait presque timidement la gorge du soldat, comme une excuse. Pour l’avoir poignard,  menacé, et pour autant se mentir à lui-même.
La main qu'il avait glissé dans son dos redescendit et passa dans son veston, cherchant une poche où glisser l'arme. Ou une excuse pour continuer de dévorer sa gorge, pour rester encore un peu près de lui. S'approcher plus. Il était à court de souffle, sa respiration lui échappé, l'excuse ne tenait plus, mais il restait accroché à Alex. Sur la pointe des pieds, avec la ferme envie de passer ses jambes autour de sa taille. S'approcher encore plus.
Le rouge fit remonter ses doigts sur Alex, du bas-ventre jusqu’au cou.  Lentement, calculant le moindre frémissement, la moindre tension dans le plus minuscule des muscles. Enregistrant chaque défaillance dans la bienséante hétérosexualité du lieutenant Prokhorenko, se donnant du courage en détruisant la confiance d’un autre. Et continuant de blesser un allier.
Airat finit par le lâcher, redescendant de quelques centimètre, ses lèvres glissant avec lui. Elles continuer de caresser la peau tant qu'elles le pouvaient, se tordant en une grimace quand le tissu d'un vêtement les sépara d'elle.
Il posa son front contre le torse du soldat, restant immobile, collé à lui, tressaillant en pressant infimement son bassin contre le sien.

« -Je...Te laisses... les balles...J'crois que tu vas en avoir besoin... »

Articula-t-il entre deux respirations, les yeux grands ouvert sur le noir du haut d'Alex. Ne me demandes pas d'explication. J'en ai pas ! Je sais pas ce que je viens de faire, je sais juste que j'aurais voulu faire plus...Tu te demandes pourquoi ? Parce qu'il y a des milliers d'années, dans un vieux bouquin poussiéreux prénommé la Bible, un con a eu la géniale idée d'écrire que l'homme irait avec la femme. Et ça c'est encré dans les esprits, si bien que même ceux qui ne jurent que par les preuves scientifiques sont assurés de cette vérité....
 





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Soldat-infirmier
le Sam 19 Mai - 2:30

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Surnom :: Klara
C'est ce qu'on appelle se faire poser un lapin j'imagine. Les deux hommes étaient disparus dans un coin sombre pour faire Dieu sait quoi et je me retrouvais seule à surveiller toutes nos choses. Donc le sac du colporteur. Cela trahissait bien son état de panique pour qu'il abandonne son bien de valeur sur la chaise ainsi. Non que le manque de confiance en ma personne était présent, disons plutôt que si plusieurs bandits venaient pour le voler, je n'aurais aucune chance et ils perdraient les fruits de sa fortune à coup sûr!

Je prenais place sur l'un des tabourets et appuyaient alors mes coudes sur la table. Avec nonchalance, je déposais mon menton dans l'une de mes mains et retournait mon attention sur les musiciens. Restant attentif aux mouvements autour de moi et m'assurant que le sac du colporteur restait bien à mes côtés. Cela serait bien le comble, perdre son amourette homosexuelle en plus de son sac à dos. Je ne pouvais rien faire pour le premier problème vu le contexte social du Métro. Le sac toutefois! Je pouvais aisément le surveiller dans la mesure du possible.

La voix d'une femme me sortait alors de mes pensées. Mon regard bleuté se tournait rapidement en provenance de la voix et qu'elle ne fut pas ma surprise. La dame était d'une élégance à couper le souffle. Je ne pouvais empêcher mon regard de suivre la cape de velours jusqu'à ses pieds, puis de remonter aux deux cordons filés d'or. Décidément, elle n'était pas de la classe moyenne, ni dans le besoin. La cape allait merveilleusement bien avec ses yeux qui sous les éclairages du spectacle, semblaient violets. Oui je la détaillais sans le cacher, de la tête au pied. Le ton de sa voix qui me tendait les épaules au départ tellement il était froid, venaient ensuite me caresser dans le sens du poil. Devenant plus doux et mélodieux vers les fins de ses phrases, m'amenant dans un état plus calme et à l'écoute. Plus propice à m'ouvrir à elle, je laissais un sourire suave franchir la barrière de mes lèvres, alors que je lui répondais poliment,

-Très gai même!

Seule? Non je n'étais pas seule... Seulement, mes compagnons m'avaient abandonnée pour régler leurs conflits d'intérêts! Dieu seul pouvait savoir ce qu'ils étaient en train de se dire... Ou de faire présentement. Mon regard observait brièvement le sac à dos, puis les effets personnels. Conservant mon petit sourire, je laissais un peu d'amusement fleurir, alors que je rajoutais d'un ton joyeux,

-Ho! Non je ne suis pas seule, je suis accompagné de mon conjoint et d'un homme ma foi, très charmant! Ils ont du s'absenter quelques instants voilà tout!

Je laissais deux secondes de silence s'écouler, avant de rajouter d'un ton enjoué,

-Mais vous pouvez rester si vous le voulez! Cela me fait de la compagnie dans l'attente de leur retour!

Je n'ai jamais été douée pour jouer la comédie et je le démontrais bien à l'instant. Dès qu'elle eu prononcé son nom. Je figeais complètement. Mes sourcils se fronçaient légèrement et mon sourire diminuait un peu. Akilina Fedorovna, la mère d'Airat. Celle qu'il redoutait plus que tout et qu'il voulait fuir comme la peste. J'observais cette main tendue et même si cela me crevait le cœur de me montrer courtoise à son égard, je ne pouvais agir en sauvage. Elle s'était montrée civilisée jusqu'à présent, je devais en faire autant. Observant cette main gantée de soie, je ne pouvais m'empêcher de frotter la mienne sur mon pantalon avant de lui faire une douce poignée de main.

-Klara Savinkova, enchanté de faire votre connaissance.

Je serrais très doucement cette main dans la mienne, mais ne pouvaient empêcher la suite des choses. Avec tous les éléments qu'Airat m'avait racontés, je prenais l'envie de lui faire une petite vengeance. Rien de bien méchant, alors que je me concentrais sur ma mutation pour envoyer une petite décharge électrique sympathique à la quinquagénaire. De quoi la faire sursauter sans la blesser réellement.

Quelle ne fut pas ma surprise, alors qu'elle ne réagissait presque pas. Ma bouche s'ouvrait légèrement, avant de se refermer avec étonnement devant le manque de réaction. Ne sachant pas que le matériel des gants de la dame était un très faible conducteur d'électricité, je retirais ma main et l'observait sans comprendre. Bougeant mes doigts lentement en les pliants et dépliant à répétition. Réalisant que mon comportement devait être étrange, une main venait nerveusement se poser sur ma nuque, alors que je soufflais avec un petit rire,

-L'énergie dans l'air est réellement électrifiant, vous ne trouvez pas? Cela doit être l'effet du concert et de la foule ensemble!
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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Sam 19 Mai - 18:05

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Surnom :: Stena
De rouge et de bleu, incandescence néon argon à l’ignition fulgurante, voilà ce qu’ils étaient. Dans l’obscurité de l’alcôve, la danse de deux astres massifs en implosion, brûlant de leur énergie pour échapper au puit gravifique de l’autre et dont le rayonnement menaçait de traverser les murs. L’agressivité défiante du colporteur, encore et encore, qui revenait le claquer, dès qu’il le libérait de l’emprise de sa chaleur. Perdu dans sa solitude, il n’avait d’autre moyen que de venir le tisonner de ses provocations acerbes, pour lui arracher un geste, n’importe lequel, fusse-t-il une brusque poussée. Sombre folie, lumière noire, le regard d’Airat à cet instant l’effrayait, tant des menaces que des promesses qu’il recelait. Etait-ce contre cela, que le mettait en garde Oksanna ? Il remarquait pourtant ce qu’il n’était pas capable de remarquer avant, ressentait maintenant toutes sortes de sentiments violents, à coup sûr était-ce l’œuvre de ce fichu mutant ! En l’espace de trois semaines seulement, il avait étreint Anna, fait l’amour pour la première fois, bu suffisamment de bière de lédon pour s’enivrer les sens, et solder en un coup de poing fulgurant, une malheureuse altercation. Foutu Nikolaï. Depuis quand sa vie était-elle devenue si compliquée ? Patrouiller, contrôler, confisquer, organiser, recenser, infiltrer, déployer, attaquer, défendre, rallier, replier, enseigner, inculquer, dresser, qu’avait-il besoin d’aimer et de blesser ? Ne pouvait-il plus se contenter de dispenser en privé de fraternelles déverrouillées, d’épuiser ses hommes à l’entrainement, de se disputer au sujet des grands changements et de de l’avenir de Polis, rayonnant ?

Le refroidissement avait été de courte durée, et vicieuse l’attaque qu’il ne sût parer, car nul coup ne venait, ni frappe à éviter. Comment coincer, charger et projeter un adversaire qui le stupéfiait ? L’assaut était d’abord verbal, empoisonné, puis visuel, le canon dans la main rond et comprimé, au point qu’il en devina la pression et la chaleur qu’Airat communiquait à l’objet. Avec effroi il réalisa la teneur de ses pensées, et ses yeux s’écarquillèrent, subrepticement, sous la détresse. Ambre liquide, éclat tremblant. Stupéfaction et attaque, morsure du serpent et recul reptilien de l’assaillant qui contemple son effet engourdissant, puis revient se couler lentement, tout contre lui, buste nerveux roulant dans la fournaise de son torse contracté. Un long tressaillement en accueillit le poids, vague de contracture ascendante du ventre sculptural aux ravines profondes, jusqu’à la gorge où se posaient les lèvres, et où s’étranglait un soupir, en un hoquet. Recul violent, il s’écrasa contre le mur et ferma les yeux aussi fortement qu’il le put, serrant les poings sortis des poches. S’il s’autorisait à reposer les mains sur le révolutionnaire, le soldat ne répondrait plus de rien.

Cinéma intérieur, derrière le rideau de ses paupières closes, imagination décuplée par les lèvres enflammées qui déposaient leur trainée de feu sur son épiderme en sueur. Il transpirait, exsudait une boule de désir grandissante qui le dévastait. Le désir lui pesait, son cœur massif de fer dur et d’airain, pressé contre l’imprudent dont le bassin, hissé contre le sien, n’avait de cesse d’appuyer. Coulée de lave contre les reins, l’avant-bras faufilé à l’intérieur du blouson, allumant chaque fibre musculaire sous son passage, le faisait contracter, durement, et entrer en apnée pour ne rien laisser filtrer. Résister à la compulsion, ne pas s’indulger en une ignoble passion. Pas ici, pas maintenant. S’il expirait seulement, il laisserait échapper un gémissement indécent. Un manque d’air, terrible, sous la concentration de ses sens, et la réponse de son corps, honnête, convulsant sous l’étreinte. Avec dévotion, Airat s’acharnait à sa pomme d’Adam, cherchant à lui voler un encouragement, une trahison de ses engagements, jusqu’à ce qu’il en soit réduit à happer son air, et ne perde un râle vibrant. Brusquement, il tourna la tête, crâne roulant contre le béton froid, cherchant réconfort en plaquant le profil de son visage dans la fraicheur humide. Penser à Anna. Ou ne pas y penser, car c’était encore pire. Un même désir empruntant des circuits différents, incommensurables.

De questions et de doutes, il n’avait point, et il connaissait parfaitement ce corps pressé contre le sien, sans ne l’avoir jamais éprouvé. Il savait d’instinct ce qui le ferait frémir et hurler, d’instinct, ce qu’Airat l’intimait à déchainer. Un choc contre la paroi qu’il frappa du plat des poings, car il ne bougerait pas. Si seulement, comme Ulysse, les chaines et les liens venaient au secours de sa volonté ! Mais il était seul, avec sa volonté, et résistait vaille que vaille. Ne pas le toucher, ne pas lancer l’abordage et sombrer, couler à pic, jusqu’aux abysses, sabordé par l’éros, intarissable. Le métro était sans fond, et les galeries se creusaient à l’infini, tel était son refoulement et son envie. Il était prêt à creuser jusqu’à l’océan Pacifique, s’il le fallait. Une main, plus aventureuse s’attardait en montant, trainée de frémissements ascendante, queue de comète, épiderme ionisé sous l’étoffe, tandis qu’il s’affaissait contre le mur, et perdait son altitude dans un crissement de semelles et un chuintement de cuir râpé. Il serrait les dents pour ne plus rien lâcher, la mâchoire carrée, broyant à s’en péter l’email, le visage froissé, supplicié en mutation, exprimant le gène du martyr.

Un enchainement de percepts spontanés, effrayant dans leur vivacité, lorsqu’il se vit lui saisir le poignet, pouce enfoncé sur le nerf, poigne torve et agile, et de l’autre lui saisir l’épaule, tension inversée, dynamique du corps, ductile jusqu’au point de rupture. Il tord et échange les places, sous l’implacable poussée. Succession fragmentée, bombardements éclairs, d’un coup de bassin appuyé, il le plaque contre le mur, briquant durement de la mâchoire contre sa tempe avant de le maudire, murmurant au pavillon de son oreille, mordillant le cartilage, et toujours le contraignant, pour ne plus qu’il le touche et ne l’égare. Intrication violente, superposition de séquences et de séries causales, routines processuelles mise à profit à son propre détriment, cervelle de kshatriya, méthodique et précise, au service de l’éros, aux sévices du cœur et de la raison. De la seule fermeté de son empoigne, du seul appui de son avant-bras, il lui barre le dos et les reins, libre de défaire ses braies et de lui flanquer une monumentale fessée. Avec la main, ou d’un coup de rein. Il ouvrit brusquement les yeux, éperdu, et poussa un cri rauque, étranglé. Non, ce n’était pas lui, ce n’était pas à cela qu’il en était réduit, creuser, se perdre dans les galeries et mourir, rejoindre Yuriy. Airat testait ses limites, tentait d’établir un seuil de sa sensibilité, de ce qu’il était capable de supporter.

D’une impulsion viscérale, Alexandre se propulsa, décollant de la paroi, pour étreindre Airat, brutal et désespéré, et sans autre forme de procès. Il prit une inspiration, profonde, sentant l’immense soufflerie de sa cage thoracique se gonfler, pressurisé dans l’étau de sa propre force. Grave dans son silence, la musique lointaine retentissait, assourdie, dans une dimension étrangère, et toujours il l’immobilisait dans la prison de ses bras, soudé dans la douleur. Pas plus de trois minutes ne s’étaient écoulées depuis qu’ils s’étaient abrités. Vaguement, la conscience du suppresseur glissé dans la doublure épaisse du blouson, et la remarque corrosive, dernières défenses d’un esprit dérangé, en lutte perpétuelle, et à perpétuité confiné. Brûlure cuisante que son geste était venu noyer, lorsqu’il s’était abattu sur lui comme les hautes lames avec tonitruant fracas, se brisent contre les falaises abruptes. A défaut d’accéder au monde extérieur, c’est en eux, qu’ils en développaient les vertigineuses splendeurs. Seulement alors, Alexandre se redressa, son visage caressant lentement celui d’Airat. Au pavillon de l’oreille, il murmura sans conscience, dans la transe des mots : « Je sais, je sais. » Souffle embrasé, aussitôt évaporé.

Il savait mais refusait de voir, parce qu’il y avait tant à faire, tant à sauver, tant à préserver et à rechercher, que la poursuite du bonheur ou de la liberté de désirer lui semblait parfaitement vestigiale, d’un égoïsme sans borne. Nostalgique de ce que lui révélait le monde mort, recensé dans des arbres morts, révélé dans des mots bien vivants. Platon avait raison, l’art et la musique étaient des poisons, des mensonges, tout au plus des mirages qui le détournaient du devoir et de la raison. Semyon n’en proférait qu’une exagération, sublime dans sa misère.

Sans un mot sur les affaires de la Cité, sans un mot sur Ivanova, plus compartimental que sentimental, Alexandre se détacha et entraina Airat, le tenant par la main, en un surprenant négatif de leur arrivée, pour ne le relâcher qu’en perçant dans la foule bruyante et colorée. L’adagio culminait et les notes s’envolaient avec des relents de vodka et de fumée. Le lieutenant se transforma, surcompensant après le choc violent de la révélation qu’il ne pouvait plus ignorer. Ne pas en parler, ne rien dire, ne plus y penser, renfermer l’expérience dans une cage mnésique de Faraday, étanche et imperméable. Anna ne pourrait le comprendre, ni le lui pardonner. Le pouvait-il lui-même seulement ? Il réadopta le masque et l’attitude et fonça d’une démarche nonchalante. Au point qu’il se permit de passer un bras décontracté aux épaules du colporteur, avant de se pencher à lui, sans cesser d’avancer, un grand sourire fendu sur le visage, comme s’ils fomentaient un mauvais coup à l’intention d’amis malchanceux. « Si tu entends des rumeurs sur des attaques liés aux mutant fais-moi le savoir », souffla-t-il, désinvolte. Deux amis en vadrouille, profitant des réjouissances, et échangeant des âneries. Il releva la tête, étendant sa vigilance alentours, sans deviner la petite femme, encapuchonnée, qui se faufilait dans la mêlée, les spectateurs réinvestissant l’espace sur son passage. Avant d’arriver à la table où la blonde Klara les attendait, et toujours donnant l’illusion de l’insouciance, ébranlé au point d’en recouvrer une espèce d’innocence, il ajouta : « Et si tu n’entends rien, je veux quand même te revoir. » A mille lieux de se douter de l’imprudence qu’il venait de commettre. A mille lieux de se douter qu’Ivanovna pouvait quitter son Olympe et honorer le commun des mortels. Ce n’est qu’en apercevant l’expression de la jeune femme, une ombre de perplexité planant sur le ciel clair de ses yeux, qu’il comprit que quelque chose d’autre venait de se produire.

*

A la mention du compagnon de cette si délicieuse interlocutrice, la brahmane ne put retenir une expression pleine de commisération et se retint tout juste de porter la main à sa poitrine sous le coup de l’émotion. Ma pauvre enfant, si seulement, semblait-elle la plaindre, sans toutefois pousser plus avant ses observations. Pour autant qu’elle sût, l’amie de son fils était probablement de mèche avec celui-ci. Une couverture, quoi d’autre ? Elle inspira, dodelinant inconsciemment de la tête en feignant pour elle-même, et pour le plaisir, de se morfondre qu’une jeune femme se trouvât en pareille situation. Soit, Airat n’était pas le genre du lieutenant, cela, pouvait-elle au moins l’affirmer sans erreur. La véhémence avec laquelle Prokhorenko s’était démené pour imposer la Volkovar dans l’équipe qu’elle s’était méticuleusement constituée, gâchant ses efforts de négociations avec Xénon, ce fieffé coriace, et en deux coups de poing sur la table, ne trompait personne. Pas elle, du moins.

Elle n’avait de cesse d’observer la blonde, le regard d’angélite et la chevelure platine, quasi-translucide, comme de la fibre optique et ne manqua pas de remarquer la colère, fugace, qui passa sur ses traits tel un nuage dans les cieux. La proposition de rester était tentante, mais l’éloignerait très certainement de ses fins. Soulagée d’avoir des nouvelles de son fils, de le savoir en vie et actif, mais aussi curieuse et étonnée, assurément de le voir fricoter avec ce cher lieutenant : c’en était déjà assez. Akilina avait de quoi s’interroger et rechercher par ses propres moyens, ce dont il en retournait. Dans la foule, deux ombres la suivaient. Elle le savait, bien qu’elle ne fût en mesure de les repérer. Les Surveillants qui partout l'accompagnaient.

Klara Savinkova, se répéta-t-elle mentalement, tout comme le lieutenant l’avait fait moins d’un quart d’heure avant. Elle serra délicatement la main blanche et un léger frisson détona, lui parcourant agréablement l’avant-bras. Voilà qui était inattendu. Sous l’effet de la surprise, un sourcil s’était subrepticement haussé et elle avait entrouvert la bouche de stupéfaction, mimique fugace, aussitôt ourlée en un discret sourire, sibylline. La jeune femme paraissait également choquée. Que venait-il exactement de se passer ? Là n’était pas l’effet de l’électricité statique, qui plus est, elle portait ses gants. Avec la qualité antédiluvienne des dermatrodes qu’elle manipulait en son laboratoire, mieux valait se prémunir des décharges inopinées. Devant l’embarras de son interlocutrice, l’air gentiment confus qui donnait à ses traits une candeur intolérable, Akilina eut un sourire nerveux. « Oh, oui, il y tant d’énergie ici-bas… » susurra-t-elle en fronçant légèrement les sourcils, sans se départir de son sourire, indéchiffrable. Toujours fixant la jeune femme, son regard tel un rayon d’améthyste, elle ajouta sans menace aucune, l’air platement sincère au départ, avant de forcir de sérieux en un effet prophétique : «…Des phénomènes inestimables se trament en ce moment. Tout est en train de changer. »

Elle lui offrit un dernier sourire et fit mine de regarder vers la scène, son profil d’albâtre fêlée se découpant encore une fois dans la masse grossière de la foule, presque phosphorescent par tant de blancheur. Enfin, elle se retourna vers elle et s’approcha avec un naturel feint, prudente toutefois et releva la tête pour chercher le regard d’angélite. Ses traits s’étaient pétrifiés d’un soudain, figure de marbre, illisible dans ses intentions véritables : « Dites à Airat qu’il n’a plus rien à craindre de moi, je ne peux le lui dire moi-même. » Car il se jetterait probablement sur elle dans faire grand cas du public, fou de rage, à n’en pas douter. Elle avait sciemment porté la main à son visage, et parcouru la cicatrice qui lui barrait l’œil, comme si le geste avait été machinal et involontaire. Evidemment destiné à son interlocutrice dans une tentative d’attendrissement ou de manipulation. Elle parût submergée par le regret ou par une douleur ancienne, avant que la surface polymorphique de ses expressions ne change à nouveau et n’entre en glaciation subite. « Dites-le-lui », insista-t-elle, le ton dur. Son regard forait toujours en celui de la jeune femme mais ne semblait plus la voir, perçant au travers, y cherchant l’image de son fils, peut-être, ou les signes d’une mutation, sous le coup de l’intuition, imbittable, d’une l’anomalie chez cette Klara Savinkova.

Et elle prit congé dans un maelstrom de velours mauve, rabattant sa capuche sur sa tête tout en s’enfonçant dans la foule, et apercevant dépasser de la marée humaine, le géant qui accompagnait son fils et qui, pauvre de lui, ne semblait pas outrancièrement gêné par les penchants de celui-ci. Grand-bien lui fasse, si Airat pouvait trouver en ce colosse un ami véritable, une bonne influence. Jusqu’alors, aucune irrégularité n’avait été enregistrée dans sa santé, mais le temps d’incubation se mesurait à l’échelle des années, et demandait des contrôles à répétition. De souvenir, Alexandre Nikitovich avait été à l’époque, un homme droit, un peu trop, qu’il avait fallu faire taire, et rentrer dans le rang. Mieux valait pour lui qu’il n’ait pas découvert la nature perverse de ce Volonski. C’était une faveur, qu’elle lui avait accordé, en débarrassant sa caste du déviant qui avait corrompu son enfant !
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Colporteur
le Dim 20 Mai - 10:36

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Age :: 27 ans
Patronyme :: Ivanovitch
Surnom :: Rat

 Il savait ? Qu'est ce qu'il savait précisément ? Ce à quoi il s'engageait ? Pas sûr qu'il ai conscience de la douleur du silence, ou la moindre idée de ce qu'était la frustration de ne pas pouvoir s'approcher de ce qu'on aimé, ne pas pouvoir l'étreindre. Du moins pas comme cela> ...
Airat aurait voulu répondre. Il avait des millions de mots aux bords des lèvres, mais sur le nombre, il savait qu'il ne pourrait jamais en dire que le centième. Un vieux vocabulaire, des mots qui n'avaient plus de sens aujourd'hui, ou qui n'avaient jamais vraiment eu droit d'asile sur ou sous, ou dans le sol Russe. S'il avait pu en souffler un, un seul. Mais contre Alex il ne respirait plus, ne bougeait plus. Écoutant simplement leurs respirations et les pleurs du métro. Restant comme pétrifié, pas tout à fait sûr de ce qu'il venait de se passer. Ses yeux étaient grand ouverts, deux glaçons pour une fois sans haine ni colère, ni rancœur. Juste de l’incompréhension, de la surprise, alors que le sens des mots d'Alex frappait soudainement son esprit, plus violent que le coup d'une claymore.

Il s'accrocha au soldat, plantant dans son blouson ses griffes. Comme un animal perdu, pas tout à fait sûr d'avoir gagné, même certain que son piège s'était refermé sur lui. Il savait. Tant mieux pour lui, mais la confusion avait voyageait de l'un à l'autre. Le colporteur était dans le brouillard, si Alex n'avait pas prit l'initiative de rejoindre Klara, il n'y serrait pas arrivé. Le lieutenant le traînait comme devait le faire les parents il y a des décennies pour emmener leurs enfants à l'école. Il avait une impression de déjà vu. Le militaire était ailleurs... Et Airat avait peur de savoir où. Sur un petit nuage de bonheur qui n'avait rien de durable. Redescends de là rapidement. Sinon tu vas méchamment te casser la gueule. Dimitri ne s'en ai pas relevé, et moi...Moi je crois que je suis toujours à genoux... Il renforça sa prise sur sa main, s'y accrochant comme à un membre fantomatique, qui disparaîtrait dans quelques secondes. Le temps qu'il leur faudrait pour rejoindre la vie du métro. Une marée d'emmerde toujours aussi nocive, aussi folle. Alors que pourtant les humains se comptaient maintenant en millier.

Le rouge laissa partir la paume du militaire, fixant le sol devant lui, se servait du froid du  béton pour se refroidir. Le changement de milieu avait été rapide, un peu trop. Une minute de plus aurait suffit, mais non, Alex l'avait jeté dans la foule alors que  le feu n'était pas éteint. Il alla inconsciemment chercher dans sa mémoire de vielles leçons apprises à quelque kilomètres d'ici, il y a  plus de dix ans... Manipulation, bluff, analyse, triche, adaptation. Sa mère lui avait présentait la vie comme un poker permanent. Et elle avait pour règle de ne jamais perdre
.Maintenant qu'il y la rappelait à sa mémoire, tout montrer depuis le début que sa génétrice était un requin, une des espèce les plus dangereux. Il se redessina un visage indifférent, calme. Dosant chaque pigment avec précision, retraçant discrètement la ligne trop souriante de ses lèvres. Et le géant envoya valser le tableau d'un mouvement du bras, juste une prise sur ses épaules. Le visage du colporteur se décomposa, ne le laissant que lever vers Alex un regard errant. Mais qu'est ce qui t’arrive ?T'as les hormones qui te démangent? Il se lassa partir à la dérive contre le militaire, caressant discrètement sa cuisse du dos de la main. Un geste invisible, caché dans le faible mouvement de balancier de ses bras.
Airat hocha la tête, incapable d'à nouveaux jouer les portraitistes, optant pour l'expression à cet instant la plus naturelle : La gueule. Un air fatigué, ennuyé, les commissures des lèvres tirés vers le bas. Il ne se sentait plus capable de rien. Physiquement ou psychologiquement.

« -Hum, j...Hein ? »

En moins d'une phrase, on l'avait arraché aux vapes. Le colporteur porta sa main au bras reposant sur ses épaules, refermant ses doigts près du poignet. Les mots du soldat n'agirent pas là où espéré. Et même s'ils étaient réconfortant, même s'ils sonnaient incongrus, ils étaient encrassés de souvenirs. Sa respiration s'arrêta quand il comprit pourquoi ces images se superposés à d'autres. Il y avait eu une autre personne avant. Alex, pour sourire, retrouver des airs enfantins. A croire que les Kshatriyas étaient dressés pour tous sourire, tous réagirent de la même manière. Une géante entité composé de centaines d'âmes.
Est-ce qu'on leur avait aussi rentré dans la tête à coup de A-K qu'il fallait se laisser crever quand la hiérarchie commençait à les trouver encombrant ?
Airat jeta un regard au lieutenant, resserrant sa prise sur son poignet, comme un réconfort, une preuve que sa conscience était encore à peu près en un bout. Une simple envie de dire qu'il était là. Sonné, perdu, mais pas blessé.

« -Tes désirs sont des ordres... »

Souffla-t-il, allumant dans ses yeux et sur ses lèvres une lueur de malice.Il ne voulait pas le blesser, juste l'embêter, jouer un peu. Le rouge reposa son regard devant lui, trop de chose dans la tête pour se rendre-compte du mot « mutant » glissait dans la conversation, pour s'interroger.

Airat reprit autour de la table sa place abandonné sans regarder Klara. Il prit une inspiration, et enfin planta son regard dans celui d'un bleu jumeaux de la médecin. Il y avait quelque chose. Il ne savait pas quoi, mais sa main se rapprocha instinctivement de son sac. Prêt à y prendre un couteau de chasse, à défendre sa peau et celle de ceux qui avait gagnés sa confiance. Il sentie l'adrénaline frapper tout son corps, ses yeux agirent d'eux-même et commencèrent à chercher un danger dans la foule de visage inconnu.

« -Klara ça va ? » 





Merci à tonton Yvan pour cette signature de toute beautaïeuh!
La gay-lerie des horreurs...:
 
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Soldat-infirmier
le Mar 22 Mai - 0:45

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Age :: 25 ans
Patronyme :: Matveïeva
Surnom :: Klara
Son sourire, la lueur dans ses yeux... Expression indéchiffrable alors qu'elle m'observait et que je me dandinais nerveusement sur place. J'avais merdé gravement et je regrettais d'avoir laissé place à cette petite vengeance puérile. Son regard.. Et si elle savait? Non impossible, personne n'est au courant de ma mutation hormis mon père et Airat... Et j'avais confiance en le colporteur pour n'avoir rien dit sur le sujet. Je relevais un sourcil lorsque son expression se fit plus sérieuse. Cherchant alors autour de moi les deux hommes, ceux qui seraient mes héros s’ils daignaient montrer le bout de leur nez.

Ils n'arrivèrent pas et je du me résoudre à faire face au regard de ma comparse de nouveau. Un regard intimidant et... Mystérieux. Comme une lueur au fond d'un boisé dans la nuit. On veut en approcher, découvrir ce qu'elle est... La toucher... Mais ceci est toujours un piège, suivi d'un grand danger. Je m'assurais donc de maintenir une certaine distance avec elle, les épaules tendues. Phénomène inestimable? Changement? Sa phrase tournait en boucle dans mon esprit, alors que j'essayais désespérément de comprendre le sens de ses mots. Il n'y avait rien à faire, je ne comprenais pas pourquoi elle m'avait dit cela. Sur la ligne Rouge, c'était la même routine! Entre les factions également, tous revendiquaient leurs points de vue quant à la méthode qui mènerait la race humaine vers la victoire contre les mutants et vers la survie.

-Pour ma part, je trouve que nous en sommes toujours au même point... Des guerres d'idéologies entre survivants de différentes factions et peu d'avancement en général.


Un petit silence s'était ensuite installé. Alors que mon regard s'était perdu sur la foule en quête du fils de celle-ci, elle faisait un pas dans ma direction. Par réflexe, ma main s'ouvrait. Prête à agripper la quinquagénaire pour envoyer une nouvelle décharge. Petit réflexe d'autoprotection bien efficace en temps normal. Toutefois, ma main restait le long de mon corps, alors que j'observais de nouveau les beaux yeux de la mère d'Airat. Je comprenais d’où le Russe tenait sa beauté, sa mère ne faisait pas du tout son âge et trompait aisément notre vigilance par sa petite carrure. Elle était près de moi et étrangement, ce n'était pas son corps qui m'effrayait, mais ce qu'elle dégageait. Cette énergie et ses traits neutres. Expression indéchiffrable alors que je n'arrivais pas à savoir clairement ses intentions.

Lorsqu'elle me parlait d'Airat, tout fut plus clair dans mon esprit. Évidemment... L'instinct maternel était présent même chez les grands prédateurs... Même un monstre comme la brahmane devant moi, pouvait ressentir l'appel de la fibre maternelle en elle. Vouloir savoir comment se porte sa progéniture et lui parler. Je me félicitais intérieurement de m'être déclarée comme la conjointe du colporteur dès le départ, pour préserver sa couverture devant celle-ci. La main qui se posait sur sa cicatrice à son visage ne m'échappait pas. Touché dès qu'elle avait commencé à me parler de son fils. Airat lui avait-il fait cette blessure? Je me mordais la lèvre inférieure avec hésitation, ne sachant trop comment réagir. Je me sentais étrangement mal même de l'avoir électrocuté maintenant que je la voyais ainsi devant moi. Son ton se fit plus dure, alors qu'elle insistait, me demandant de nouveau de lui faire le message. Je finissais par hocher la tête, puis soufflais d'un ton doux et emphatique,

-Je vais le lui dire... C'est promis Miss Fedorovna...

Son regard aurait dû m'intimider normalement. Me donner envie de regarder ailleurs pour fuir celui-ci, mais j'y faisais face comme une grande. Elle semblait me percer et me mettre à nue, alors que je me contentais de lui sourire avec bienveillance. Chaque personne peut changer non? Peut-être n'était-elle plus la même qu'autre fois?

-Bonne soirée à vous, à la prochaine!

J'avais dit mes mots sans réellement y réfléchir. Répondant courtoisement et poliment. Son geste lorsqu'elle avait touché sa cicatrice m'avait attendrie. Elle ne me semblait pas aussi effrayante que dans les histoires d'Airat. Mais enfin, ceci n'était peut-être qu'une façade également. Les deux hommes revenaient enfin. Mon regard troublé et ambivalent quant à ma rencontre les fixait. J'avais envie de leur dire '' Mais bordel! Vous faisiez quoi?! Vous baisiez dans un coin! ''. Toutefois, j'inspirais pour préserver mon filtre et posait une main sur celle d'Airat dans un geste réconfortant. Ma voix résonnait lors d'un solo de guitare enflammé,

-Avant que tu ne paniques Airat... Je vais bien...

Je prenais une autre inspiration puis avouait en fixant le colporteur,

-Je viens de discuter avec Akilina Fedorovna. Elle te fait ses salutations et mentionne que tu n'as plus rien à craindre d'elle...

J'attendais la réaction des deux hommes. Mes yeux dégageant une lueur calme et en contrôle. Aussi paisible qu'une rivière en eau douce, où aucune vague n'était visible.
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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Dim 27 Mai - 11:27

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Un long retrait de marrée du temps, cette vague mentale inversée qui, vertigineuse, pétrifie les mouvements dans le sentiment de presque-vu. Sans que révélation ne vînt. A croire qu’il n’était pas allé suffisamment à reculons pour atteindre l’épiphanie. Au lieu de cela une réalisation perturbante et contre laquelle il n’avait de cesse de lutter, cédant à l’évidence puis repoussant au loin la terreur profonde de perdre tout ce qui lui était cher, tout ce pourquoi il se battait. Le devoir envers sa caste l’incitait à rester aveugle, la morale, à venger la mort d’un soldat, et Diogène, à découvrir la vérité tapie en lui. Trois impératifs hautement défendables ayant pour fins des objectifs contradictoires. L’étau de son bras s’était resserré aux épaules du colporteur tandis qu’ils louvoyaient entre les tables hautes et la foule, la décontraction affichée, en façade seulement, lorsque son corps entier n’était que tension et dureté.

A peu de chose près, Alexandre aurait pu le soulever et le caler sous son bras sans s’arrêter de foncer. Il avait conscience de la main refermée à son poignet, alors qu’il manœuvrait la trajectoire, par laquelle Airat s’accrochait pour ne pas tout bonnement tomber sous le dynamisme et la secousse de ses foulées de golem. Il avait conscience également des caresses, discrètes, qu’il ne pouvait plus se permettre de relever, le désir court-circuité par la nécessité. Et la réprimande, masquée sous une provocation, devant laquelle il ne sut ni rire ni gronder, et qui de manière aussi spontanée qu’involontaire, se résolut en un bref accès de toux, la figure rougie d’embarras.

Aussi, l’air quelque peu ahuris avec lequel Alexandre avait repris connaissance de Klara ne le quittait qu’aux premiers mots qu’elle destinait à Airat. Il l’avait observé se détacher de lui pour aller jusqu’à elle, tel un spectateur dans son propre rêve, l’inquiétude qu’elle avait tenté de masquer, derrière le calme vacillant de ses yeux, et le choc qu’elle tentait d’atténuer en le ménageant par son propos. Mais le choc vint et l’onde le balaya lui aussi tel un rayon de Schwarzschild, annihilant les derniers instants et s’étendant jusqu’au jour où Ivanova avait planté l’aiguille dans son cou, en un rembobinage des plus violents. Il suspendit son jugement, ne manifestant rien de ses cogitations, colosse impassible au faciès félin, indéchiffrable tandis qu’il se rapprochait du duo, derrière Airat, pour s’arrêter dans son dos.

*

Le geste avait été irréfléchi, fulgurant. Il avait écarté la seringue par réflexe et l’avant-bras de la scientifique paraissait minuscule dans sa poigne massive.
Qu’est-ce que c’est ? gronda-t-il sur le champ. Elle avait tressauté, accusant dans la surprise un infime accès de peur panique qui n’échappait pas à l’œil du kshatriya. Mais elle s’était instamment reprise et recomposée une figure de marbre, avant d’étirer un sourire prédateur qui le mit presque mal à l’aise.
Une injection de gadolinium. Elle le dévorait des yeux et semblait se repaître de la confusion.
Et à quoi ça sert ? demanda-t-il du tac au tac, pas rassuré le moins du monde.
C’est un agent de contraste, répondit-elle sans se formaliser, tandis qu’il lui tenait toujours le poignet, qui va me permettre de voir si vous avez quelque chose que vous ne devriez pas avoir, dans la tête.
Il comprenait qu’elle se jouait de son ignorance mais il la relâcha néanmoins.
Est-ce que vous venez de me vanner ? Son regard nerveux se portait vers une sorte de cocon d’alliage brillant, un appareil qu’il ne reconnaissait pas. Depuis quand avaient-ils de tels moyens ? D’où provenait pareil équipement médical ? Etait-ce même médical ?
Alexandre Nikitovich, est-ce que vous essayeriez de flirter ? grailla-t-elle à brûle-pourpoint tout en se frottant machinalement le poignet, et sans l’avoir jamais quitté des yeux.
Hein ? Non, je … Encore plus de confusion lorsqu’il reposa le regard sur elle.
Là, je vous vanne. Le ton fut sec, ponctué d’un haussement de sourcil éloquent.
Ah. Et donc, comment ça marche ? Je mets la tête là-dedans et quoi, après ? C’était une manière de délayer l’inévitable tout autant que de tester la brahmane, de la faire parler le plus possible pour toucher à une tonalité fondamentale de l’énigme qu’elle était, du monstre qu’elle était. Et plus ou moins consciemment, Stena adoptait l’attitude du soldat méfiant, défendeur de sa caste contre la rétention d’information des binoclards en peignoir, et peu enclin à suivre aveuglément les ordres qui ne proviendraient pas directement d'un supérieur militaire.
Elle soupira profondément, adoucissant son expression dans le procès, et se lança patiemment dans une explication.
Après, la machine déclenche un champ magnétique qui va exciter les noyaux des protons de l’eau dans l’organisme, ce qui va me permettre d’établir une carte d’activation cérébrale, et détecter s’il y a anomalie ou non et de valider ou d’invalider les quelques hypothèses que nous avons établies, sur la manière dont la créature vous a attaqué. Elle s’était exprimée avec une lassitude trainante qui n’avait rien de professoral. Une pointe d’amusement dans la voix.
C’était une belle femme et le constat était amer. Une belle femme qui s’était démerdée de faire assassiner l’un de ses hommes et qui avait brisé la vie de son propre fils.
J’ai rien compris, broncha-t-il, mais vous expliquez bien. Vous enseignez, vous avez des apprentis ?
J’ai un… J’en avais un.
Où est-il ?
Il n’a pas compris que tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour lui.

Et elle planta l’aiguille d’un coup, le prenant au dépourvu.

*

Sans difficulté, par-dessus la tête du Rouge, il fixait Klara d’un regard pénétrant, l’ambre de ses prunelles étincelait d’une intensité qu’elle ne lui connaissait pas encore. L’évaluation critique à vitesse luminique flashait derrière ses rétines et il garda le silence, retenant toute intervention avant que n’éclose la réaction d’Airat. Mais il se tenait prêt : à le bâillonner, à poser seulement une main sur son épaule, à se pencher et le contraindre d'un étreinte vigoureuse, simulant un chahutage entre deux comparses en mal de baston, où simplement, à se tenir là derrière, bloc monolithique d’immobilité et de solidité que la situation n’atteignait pas. Passé le malaise et l’impression dérangeante de cette femme, Akilina Fuckin’Ivanovna n’avait pas de carte à retourner contre lui, du moins, c’est la conclusion à laquelle il en était venu.
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Colporteur
le Sam 2 Juin - 14:35

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 S'il y avait en Airat une lueur de démence, même minime, elle venait de devenir un bûcher. Il se tendit d'un coup à l'entente du nom maternel, jusqu'à sentir un os de son dos craquer. Ses points se serrèrent sans qu'il s'en rende compte, blanchissant ses phalanges, arrachant un peu de peau aux paumes là où les ongles mêmes courts passaient. En quelques syllabes, Klara avait sans le savoir anéantis la moindre trace de désir. L'impression de toute puissance qu'il avait, d'invulnérabilité, quand il était contre le soldat. Et qu'il avait qu'à se concentrer sur leur désire. Si sa respiration s'emballait maintenant, si elle soulevait rapidement et erratiquement son torse, ce n'était pas par désir d'Alex. Mais par celui de vengeance, par haine, par colère. S'il revenait dix ans en arrière, il frapperait à nouveaux Akilina. Sans une hésitation. Les genoux, puis l’œil. Les insultes, puis le moment de calme pour reprendre sa respiration, ramasser ce qu'il avait préparer, et fuir.
Le rouge prit une longue inspiration, posant à plat ses mains sur le plateau de leur table, tentant d'absorber le froid du métal pour éteindre ses flammes. Ses yeux restaient dans le vide, ne cherchant rien ni personne.

Une aspiration, encore une autre. Chaque seconde lui permettait de redevenir maître de lui. De sentir décroître la haine, le besoin viscérale qu'il avait de poursuivre cette femme pour finir un travail abandonné il y a une décennie. Il regarda par dessus son épaule, fixant encore la foule quelques secondes, avant d'observer Klara, semblant chercher une blessure, qu'elle soit physique ou non. Sur son corps, ou dans ses yeux, sa voix. Un sourire mauvais étira ses lèvres alors qu'il s'avançait d'un pas vers la blonde. Presque menaçant, presque violent. Comme s'il allait l'attaquer, ne reconnaissant pas une amie.

« - Bien sûr que je n'ai rien à craindre d'elle. Elle ne s'en prend jamais à moi. Ceux qu'elle tue, qu'elle détruit, c'est ceux autour de moi.... »

Airat posa sur la nuque de la fée du métro une main rude, froide. Il vient murmurer à son oreille, tentant de maîtriser des relents de colère.

« - Comme Dima, comme Toi... »

Il recula d'un pas, fixant la femme avec un regard qu'il espérait imperméable à n'importe quel assaut. Surtout les plus amicaux, les plus bienveillants. Il y avait un nom qu'il avait gardé pour lui, pensant peut-être pouvoir passer à travers la vigilance de la médecin.

« -Viens, faut qu'on dégage d'ici en vitesse. »

Lui sourit le colporteur en attrapant son sac, le refermant d'un mouvement sec avant de la hisser sur son dos. Le froid commençait à lui mordre les épaules, mais peu importait. Ils devaient partir. Airat fit volta-face, sursautant en tombant nez à nez avec Alex. Il levant les yeux pour capter son regard, essayant de dire à travers un contacte visuel des choses dont il n'avait par trouvés d'équivalent en mot. Sa voix resta coincée dans sa gorge lorsqu'il tenta de parler, sonnant rauque peut-être même intimidait.

« -Alex. A...Une prochaine. T'aura qu'à... Via le réseaux... »

Le rouge s'arrêta une seconde. Si Akilina pouvait comprendre que le géant l'avait fait venir à Polis, et si jamais... Si dans l'alcôve... Airat se glaça, évitant le regard du lieutenant qui y aurait tout lu en une seconde. Peut-être qu'il voyait Alex pour la dernière fois. Au meilleur, parce qu'il ne remettrait jamais les pieds à Polis. Au pire, parce que Akilina réussirait encore a...
Le rouge sentie sa respiration de compliquer, devenir presque douloureuse.

«- Prends un autre nom de code. Dis-le moi et on utilisera celui-là. Si j'ai réussit à remonter, d'autres peuvent le faire... » 





Merci à tonton Yvan pour cette signature de toute beautaïeuh!
La gay-lerie des horreurs...:
 
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Soldat-infirmier
le Mar 5 Juin - 2:45

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La réaction avait été instantanée. Le soldat était resté silencieux, prêt à intervenir derrière Airat. Alors que le colporteur retenait une vive colère de son côté. Son corps était des plus tendus, alors qu'il observait la table, les mains à plat sur celle-ci. Je me mordais alors la lèvre inférieure nerveusement, regrettant presque ma décision de lui avoir annoncé réellement la nouvelle. Cela venait de le mettre dans un tel état que je ressentais à ce moment du regret. Peut-être aurais-je du la fermer finalement, maintenant que je voyais l'impacte de mes mots et de la présence maternelle  sur le rouge.

Son regard ensuite, tout comme sa démarche vers ma personne me faisait hausser un sourcil. Une douce violence présente derrière ses mouvements, tapis sous sa peau et attendant seulement le bon moment pour agir dans le noir. Comme une ombre dans l'esprit du colporteur, qui n'attendait que son heure pour briller et laisser libre cour à sa folie sans interruption. J'ouvrais la bouche pour dire quelque chose,  mais refermait les lèvres, choquées par les mots du jeune homme. Je me retenais fortement de dire naïvement '' Mais elle ne m'a pas semblé être une meurtrière...''. Au final, j'avais confiance en ma bouillotte portative, bien plus qu'en une inconnue.

Lorsque la main glacée se posait sur ma nuque, je rentrais la tête dans mes épaules instinctivement à cause du froid. Dieu que sa main était froide! Mais pas autant que ses mots, qui malgré son souffle chaud à mon oreille, me créaient l'effet d'un glaçon dans le cou. Un frisson d'horreur me parcourait, alors que sa colère contrôlée me faisait hoqueter de surprise. Mon regard se posait alors sur le sol, alors que je rougissais légèrement de honte de m'être laissé attendrir de la sorte par la vieille femme. Je me retenais de lui répondre qu'elle semblait avoir changé, car son ton était comme un claquement de fouet et me ramenait à l'ordre. Si j'étais présente pour le guérir et le protéger d'une certaine façon, il l'était pour me ramener à la réalité.

Lorsque je relevais mon regard docilement, il me souriait à présent. Contenant adéquatement sa rage et me donnant des directives. Encore troublé de m'être fait avoir comme une débutante, je hochais la tête tout simplement et murmurait,

-Oui... Oui... Je te suis...

Agrippant mon sac à dos à mon tour, je ne pouvais m'empêcher de froncer les sourcils. Coincé dans un dilemme moral quant à mon action envers la Brahmane. Coincé entre la notion et bien et mal, satisfaction versus la culpabilité. Je ne pouvais nier avoir ressenti un certain sentiment de puissance lorsque je l'avais électrocuté, mais les réactions de la jeune femme m'avaient fait regretter mes actions. Lui faire mal volontairement était après réflexion de la violence gratuite. Mon sac à dos de retour sur mon dos, j'oubliais que j'avais le manteau du colporteur sur les épaules et posait mon regard dans la direction des deux hommes. Les laissant terminer, je prenais alors la peine de rajouter,

-On ne part pas sans ma Kalash qui est à l'entrée...

Cette arme était littéralement comme mon ours en peluche. Mais seul un militaire pourrait comprendre mon besoin de tenir ma chérie entre mes mains. J'étais certaine qu'Alexandre comprendrait aisément cette sensation primaire chez les soldats. Seulement lorsqu'ils eurent terminé leur échange, je fixais le bleu ciel des yeux d'Airat et demandait,

-Je l'ai... Électrocuté... Cela fait de moi une mauvaise personne?


Mon ton était bas, alors que j'étais certaine qu'avec la musique ambiante, seuls les deux hommes m'entendraient. Et puis seul Airat comprendrait réellement que je parlais de ma mutation.

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