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L'infiltré

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Stepan Volkov
Commissaire politique
Message Sujet: L'infiltré | Lun 2 Avr - 14:57

Les mains croisées dans le dos, le pas leste et décidé, le long manteau de cuir du commissaire politique battait furtivement ses jambes tandis qu'il se rendait à son bureau. De taille très modeste, situé au coeur d'Okhotny Ryad, collé aux "bâtiments administratifs" constituant le QG des autorités de la station, le bureau de Stepan Stepanovitch était très chichement meublé. Seul le strict nécessaire permettait d'accueillir deux personnes de l'autre côté de son bureau sur des chaises bancales, dans un décor somme toute très modeste. Le portrait du chef de la Ligne Rouge trônait derrière le siège défoncé de Stepan, juste à côté de celui de Lénine, tous deux fixant leurs regards sévères et confiants sur les personnes s'asseyant en face.

Après avoir extrait le supposé fugitif de l'emprise de ces aveugles de Polis, Stepan et son nouveau protégé s'étaient rendu au plus vite au sein de la station d'Okhotny Ryad, où se trouvait son bureau. Missionné par son supérieur direct lorsqu'ils avaient eu vent de l'accident aux frontières de Polis, le Sombre avait été dépêché en quatrième vitesse afin que les deux blessés ne soient pas poussés à parler de choses qu'ils n'étaient pas censé dire - ou pire, savoir. Et après avoir constaté que l'un des deux blessés ne parlerait plus jamais, et n'avait sans doute eu pour dernières paroles qu'un long râle d'agonie, il avait pu se concentrer sur le deuxième, apparemment en meilleur état.

Yvan Dmitrievitch. Artificier. Sans véritable dossier compromettant, quelqu'un d'invisible jusqu'alors auprès des autorités de la Ligne Rouge. Un bon citoyen en somme. Mais depuis cet accident, et son passage auprès de Polis, il devenait automatiquement quelqu'un à surveiller. Certaines personnes de la hiérarchie directe de Stepan lui avaient même suggéré de lui coller une balle dans la nuque à la première occasion : "pas d'homme, pas de problème", selon le vieil adage de certains anciens peu scrupuleux. Mais Stepan avait tracté pour transformer ce nouveau potentiel danger ambulant en une arme pouvant leur servir, et avait fini par obtenir gain de cause. Yvan Dmitrievitch deviendrait donc espion pour eux, faux traître à la cause communiste, chargé de prouver sa loyauté en recueillant du renseignement au profit de la Ligne Rouge.

Il avait donc laissé le futur transfuge qui s'ignorait auprès du poste de garde de la station, le temps que les formalités administratives soient dûment remplies, lui donnant ainsi un moment pour rassembler tous les éléments à sa disposition. Stepan aimait avoir un temps d'avance au minimum, voire deux, histoire d'être tranquille. Car le sentiment d'avoir les mains liées lui causait une insupportable sensation d'irritabilité qu'il ne réussissait à faire passer qu'en le faisant payer d'une façon ou d'une autre au salopard qui l'avait pris de court.

Et quand il s'agissait de prouver qu'il était imaginatif, Stepan avait assez peu de limites.

On toqua alors bientôt à la porte du commissaire politique, qui s'était mis à potasser tranquillement les dossiers qu'il avait au sujet des divers protagonistes de l'affaire. Il les referma alors sans se presser, et lança un tranquille "Entrez !" tout en se levant pour accueillir le nouveau venu.

- Yvan Dmitrievitch, bienvenue dans mon modeste bureau, déclara-t-il alors avec un sourire affable, je vous en prie, asseyez-vous, nous risquons d'en avoir pour un petit moment.

Il n'attendit alors pas que son invité prenne place dans une des deux chaises pour s'asseoir et ouvrir les hostilités. Il tenait une véritable pépite entre ses doigts, et il était pressé de la polir pour en faire ressortir toutes ses facettes.

- Bien ! Je tenais tout d'abord à vous dire que nous sommes tous très soulagés de vous avoir à nouveau parmi nous, entama-t-il ainsi, et je suis véritablement ravi de vous octroyer ce logement plus grand pour vous remercier de vos services rendus à notre grande Interstationnale. Prendre autant de risques pour la grandeur de notre Ligne Rouge, c'est faire honneur à notre idéal communiste de partage et d'esprit de sacrifice pour le bien commun.

Stepan s'accorda alors une pause, cherchant furtivement à deviner ce qui pouvait bien se tramer dans la tête de cet homme somme toute assez peu expressif, tout en faisant mine de trier ses papiers. Il s'empara alors d'un document qu'il remit à son invité, où figurait l'acte selon lequel il bénéficiait désormais d'un nouveau logement. Puis il eut un sourire, et son visage se fit aussitôt subtilement plus sérieux tandis qu'il se penchait en avant, son expression devenant celle d'un homme cherchant à se confier :

- Mais entre nous, nous savons tous deux très bien que vous vous fichez pas mal de mes belles paroles, poursuivit-il à voix plus basse, ce qui vous intéresse, c'est du concret, un toit au-dessus de la tête, de quoi manger et de quoi vous faire plaisir de temps à autres, je me trompe ?

Un air complice et sincère dans le regard, il se recula alors et continua plus normalement :

- J'aimerais pouvoir vous offrir tout cela, mais avant cela, nous avons besoin de votre aide, et quand je dis que nous en avons besoin, c'est - pour être parfaitement honnête - que vous n'avez pas vraiment le choix si vous voulez qu'on vous laisse tranquille. Parce que je sais ce que c'est, les gens n'aiment pas beaucoup me voir débarquer chez eux pour leur demander un petit service de temps à autres, et quelque part, je les comprends, les sacrifices ne sont jamais agréables, même pour moi. Et pourtant, il faut savoir agir pour le bien de notre belle Interstationale...

Le regard de Stepan se plongea dans les yeux d'Yvan l'espace d'un court instant, avant qu'il ne reprenne :

- Yvan Dmitrievitch, je ne vais pas m'appesantir plus longtemps, vous avez été au coeur de Polis, chez ces mêmes voisins qui nous ont jadis pris la Bibliothèque Lénine, et vous avez développé un contact de qualité au sein même de leurs élites. Cette femme que j'ai vu en votre compagnie lorsque j'ai enfin fini par vous trouver, pourrait nous être d'une grande aide sans même le savoir, et nous avons besoin que vous gagniez ses faveurs afin d'aider la Ligne Rouge à se protéger de leur propagande mensongère et de leur méfiance envers nous. Votre mission ne sera pas simple, mais dès demain, nous voulons que vous vous enfuyiez de la Ligne Rouge et que vous rejoigniez cette femme afin de gagner sa confiance et nous fournir régulièrement tous les renseignements dont nous avons besoin. Peu m'importe votre méthode, rendez-la folle de vous si cela est nécessaire, trouvez-nous seulement ce que nous avons besoin de savoir lorsque nous vous le demanderons.

Et avant même que l'artificier ne puisse répondre à cette requête, le regard du Sombre se durcit tout à coup :

- Sachez juste une chose, Yvan Dmitrievitch, cette mission demandera une discrétion absolue de votre part, et soyez certain que si vous veniez à parler de trop, nous saurons vous retrouver et mettre fin à vos jours de la manière la plus lente et la plus douloureuse possible. Mais faites ce que nous demandons, remplissez votre mission avec brio, et vous rentrerez chez vous auréolé de gloire, sans que plus jamais vous ne soyiez inquiétés ni par nous, ni par le besoin.
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Date d'inscription : 15/08/2017
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Yvan Nekrasov
Artilleur infiltré
Message Sujet: Re: L'infiltré | Lun 2 Avr - 22:24



Hébété, c'était ce qui désignait le mieux l'état d'esprit dans lequel j'étais. A peine rentré de Polis que ce Stepan m'avait laissé de coté. Dire qu'il était venu me chercher avec des hommes, comme si j'étais quelqu'un d'important, comme si je détenais des informations importantes. Pour me laisser ensuite seul à peine rentrer. Le sentiment d'être un mouchoir usagé, qu'il m'avait utilisé pour se soulager et maintenant il se débarrassait de moi. Bon d'accord, je noircis le tableau et la situation, mais j'étais tout de même dérouté. Ou alors était-ce à cause de cette chirurgienne ? Elle m'avait fait ressentir des choses nouvelles, avait piqué ma curiosité et pour une fois, ce n'était pas une envie de sang ou de mort qui m'habitait.

J'étais donc parti manger un morceau et boire un verre, disant que je venais sur ordre de Stepan Volkovet ainsi je n'avais pas à payer de ma poche, enfin jusqu'à ce qu'on vienne me rendre des comptes en tout cas: soit surement dans quelque jours, d'ici là, j'aurai retrouvé mon état naturel et mes affaires pour payer ou me débarrasser du mec venu m'emmerder. Des gardes vinrent me chercher durant le repas, pour me dire que je devais justement aller voir le commissaire: je me disais aussi que c'était trop simple.

Le trajet ne fut pas bien long, je cogitais en chemin sur ce qu'il me voulait. Pensait-il que j'avais eu le temps d'apprendre quelque chose d'important ou que j'avais parler de quelque chose ? J'étais un artilleur, on me disait d'aller à un endroit pour tuer des mutants ou faire exploser des gravats, on ne me racontait pas les plans et stratégies. J'avais donc pas grand chose à cafter dans tous les cas quoi. Je frappais à la porte et on m'invita à entrer, m'accueillant de son modeste bureau. C'était pas si mal, un peu trop propagande à mon gout mais c'était le décors typique qu'on pouvait trouver un peu partout. D'accord, je n'étais pas un bon rouge, pas un bon soviétique qui aime le communisme ou les idées de Lenine. Moi, j'étais juste né dans les stations qui appartenaient aux rouges et en bonus, ils aimaient les militaires, les armes et tuer des trucs: ce qui me convenais très bien jusque là. Il m'invitait à m'assoir, j'observais le siège, les tableaux. J'allais être observé par deux portraits et un type, putain d'ambiance glauque... Pas de doute que ce Stepan est un vrai communiste, qu'il pisse, chie, mange et baise ainsi que dort en pensant au bel avenir du communisme et des rouges. J'avais intérêt d'être irréprochable sur ma façon de parler, montrer que j'avais à cœur le bien de mes camarades, de ma station et tout le baratin habituel.

Il enchaina donc qu'il était soulagé que je sois rentré, que je sois en vie. Et heureux de me filer un nouveau logis, plus grand, et qu'il disait que je le méritais pour mes services et mon sens du sacrifice. J'écoutais que d'une oreille, je venais de m'assoir et j'observais ces horribles tableaux aux murs en me demandant s'il s'était déjà caressé le jonc en les observant. Quoi ? J'étais à Polis un peu plus tôt, découvrant les joies d'une relation charnelle avec une femme, découvrant que je pouvais ressentir des émotions et ce type était sortit de nul part pour me ramener dans cet endroit pourrit où c'est du marche ou crève mais surtout rends toi utile. J'avais le droit de lui en vouloir non ? Ou juste que ça petite gueule ne me revienne pas, on va tout de même pas me le reprocher ?

Il s'avançait alors vers moi comme pour me faire une confidence. Pourquoi utiliser tant d'expressions, de gestuels ? On était que les deux, il ni avait personne de qui se cacher. Quoique, c'était ce qu'on appelle de la manipulation, essayer de me paraitre plus sympathique et compréhensible ? C'était juste un gradé qui avait sa petite idée en tête et qui cherchait à l'amener sur le tapis pour me convaincre de le faire. Tourne pas autour du pot et ouais je m'en fous de ton nouveau logement. Et non ce qui m'intéresse, ce n'est pas un toit ni manger, c'est savoir où et quand je vais pouvoir passer mes pulsions et sur qui. Je m'imaginais alors lui attraper le crâne et le lui fracasser sur le bureau. Si ça n'aurait pas fait un raffut magistral, je l'aurai surement fait. Mais là, après un ou deux chocs de sa tête contre le bureau, il aurait encore été capable de brailler et les gardes devant la porte entreraient pour me liquider. Mon pauvre... Si tu savais seulement ce que je pouvais vouloir. Bien que j'aimerai bien reprendre où j'en étais avec Anna, voir si elle peut faire surgir de moi quelque chose d'humain.

Il avait donc bien besoin de moi et comme prévu: je n'avais pas vraiment le choix. C'était ça le coté plaisant et attractif chez les rouges: on te fait les questions et les réponses, t'as juste besoin d’acquiescer et faire ce qu'on te dit. Quelle belle patrie. Donc, j'étais allé à Polis, ceux qui nous avait volé la bibliothèque. Me demande pas d'y retourner pour t'obtenir un droit de passage, je suis nul en négociation et ça c'est ton boulot mec. Mais non, il parla alors de Anna, disant que je m'en étais fais un contact de qualité. Qu'elle pourrait s'avérer utile pour nous, enfin pour les rouges, pour moi elle pourrait bien déterminer que j'ai une conscience ou une âme, enfin appelez ça comme vous voulez. Et donc, il voulait que je gagne sa confiance pour mieux l'utiliser, pour obtenir des informations sur Polis. Mais surtout: qu'on allait m'obliger à m'enfuir d'ici, me faire passer pour un traitre pour pouvoir aller la retrouver et que ce soit crédible.

Ok, on venait clairement de me la faire à l'envers. Et bien pire que ce que j'avais prévu... Du coup le logis plus grand, il va avec le reste ? Je me le colle bien où je pense et si ça rentre pas je prend un anti-douleur ? Histoire d'enfoncer la dernière porte ouverte, il me rappela que cette "mission" demandait d'être discret, que si je venais à trop parler, on saurait me retrouver et me tuer à petit feu. Là, j'affichais un léger sourire. Des menaces de morts, de la torture, on entrait sur mon sujet de discussion préféré. J'étais persuadé que je pourrai lui apprendre deux ou trois trucs là dessus, même si je ne doutais pas que ses méthodes, enfin celles de ses hommes, lui ne devait pas s'abaisser à ça, devaient être bien maitrisées également. Et la promesse que si je réussissais, je serai couvert de gloire et de richesse. Jusqu'à ce qu'on me tue car j'en savais trop ou qu'on m'envoie faire exploser un truc ou tuer des gens, c'est bien ça ?

Je m'affalais alors dans mon siège. Poussant un long soupire. J'étais fatigué de cette situation. J'avais survécu à un putain d'accident, j'avais rencontré quelqu'un qui ne me donnait pas l'impression d'être un objet, un pion. Et on m'avait arraché à elle pour mieux me manipuler, mieux encore, me renvoyer vers elle pour l'utiliser.

"Et j'ai l'air d'être le type le plus qualifié pour ça ? J'ai sympathisé un tant soit peu avec une toubib donc je suis le plus apte à une telle mission ? Je ne refuse rien, juste... Faudra pas venir vous plaindre si j'arrive pas à lui soutirer d'informations. Gagner sa confiance est une chose, mais pour ça, faudrait que je parvienne à rester à Polis. Et je pense pas être accepté comme ça. Des suggestions ? Monsieur ?"

Il avait surement un plan, autant lui demander. Me faire quitter les lieux d'accord, mais il fallait que ce soit crédible et j'imagine qu'il avait déjà tout prévu. J'espérais qu'il y ait une histoire de meurtre dedans, que je me détende un petit coup avant de devoir jouer les espions. J'étais nul pour exprimer mes émotions, j'ignorais même en avoir jusqu'à il y a peu. Je décryptais mal les sentiments des autres. Par contre, garder des secrets et étudier les autres, ça je savais le faire. Mais ce détail, Stepan l'ignorait...







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