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Discontinuité de Mohorovičić
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le Mer 18 Avr - 18:57
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Le membre 'Daniil. I. Kraïevski' a effectué l'action suivante : Lancer de dés


'Pièce du Destin' : 2



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Soldat-infirmier
le Mer 18 Avr - 21:30

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Age :: 30
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Tout le long de la lente et sonore progression, Daniil n'avait eu de cesse de jeter de discret coup d'œil par-dessus son épaule ; s'assurant du mieux qu'il le pouvait, que nul signe de détresse ne s'élevait de l'entrée de ce tunnel déblayé pas à pas.
Si le bruit était leurs ennemis du moment, il n'en restait pas moins rassurant pour le médic. Le bruit, c'était la vie. Ou du moins, le signe de la vie. L'afflux de sang nerveux s'était tari en même temps, achevant de le remettre droit dans ses pompes. Jusqu'à ce qu'une main ferme à son épaule, ne le fasse s'écarter dos contre une paroi rocheuse. La mission l'empêcha de sortir une réplique foireuse, -fort heureusement pour lui, probablement- alors qu'il croisait le regard du lieutenant au travers leurs visières respectives. Et il pouvait sentir l'assurance qui se dégageait des yeux de celui-ci, tout autant que de son être entier, réchauffant l'espace étroit dans lequel ils évoluaient. L'espace d'une seule seconde, qui lui parût pourtant éternité, alors que déjà le chef d'équipe s'éloignait.
Et au travers de l'uniforme, se dessinait les imposantes cicatrices qui trônaient sur le deltoïde du militaire, empreinte sauvage d'une histoire qui n'altérait pour autant pas la beauté de sa toile.

Il se détourna de la silhouette, concentrant à nouveau son attention vers l'avant, en une posture d'attente vigilante. Oui, bien sûr, tout se passerait bien cette fois. Que ce soit en raison d'un magnétisme puissant que dégageait Stena –et c'était peu de le dire- ou bien de l'expérience acquise, Daniil lui faisait entièrement confiance.
Et puis, vois le bon côté des choses, songea-t-il en percevant les pas qui revenaient, dans le pire des cas, tu auras des heures sup' à faire au retour.
Il avança suffisament pour laisser passer le lieutenant au retour, et pris place à 10H en observant rapidement l'état physique de Dordevic et Guzdev ; devinant qu'Alexandre avait dû faire sortir le civil. Logique.

La nouvelle cavité semblait grande, parsemée de colonne que la lumière stable de leurs lampes, parvenait à éclairer sommairement –pour les plus proches, du moins-. Le dallage sous ses pieds éveillait une curiosité certaine et c'est en y dirigeant le regard, fusil d'assaut en main, que Daniil les vit. Ces bêtes mutantes, monstre d'épouvante rampants autour d'eux. Des insectes et des arachnides. Géantes. Il jurait pouvoir discerner les motifs oculaires de l'un d'entre eux, qui lui frôla le bout d'une botte. Il détestait les rampants. Mais à choisir, il les préférait eux, plutôt que les propriétaires des grognements qui s'élevaient à l'instant et dont l'échos laissait à croire qu'ils sortaient de partout à la fois. Comme s'ils étaient encerclés, alors même que Guzdev et Dordevic avaient encore un pied sur la terre du passage qu'ils venaient de quitter.

Le médic sentit parfaitement la goutte de sueur qui perla à sa tempe malgré le masque et qui roula le long de son oreille, s'accrochant une seconde à son lobe pour mieux tomber au creux de son cou, le forçant à contracter les épaules et à inspirer profondément. Ne pas bouger. lui disait une petite voix intérieure, signe de l'instinct de survie le plus primaire qui soit, face à une meute de canidés dont on venait de troubler la quiétude. La crispation passagère de ses muscles, suffit à déloger la perle d'eau salée avant qu'elle ne soit attirée par le tissus de son uniforme et elle prit la fuite dans son dos, glissant contre la courbe de son muscle trapézoïde pour mieux embrasser son échine et zigzaguer entre ses vertèbres, comme si son épiderme lui était un tapis rouge fraichement déroulé. Il serra les fesses quand l'aventureuse vint lui chatouiller la raie, se retenant tout juste de s'y frotter par-dessus l'uniforme ; conscient que ce simple mouvement attirerait sur lui au moins un regard interrogateur et l'attention probable d'une gueule pleine de crocs.
Vois le bon côté des choses,, se dit-il, toujours fixé droit devant lui et avant même d'entamer le premier pas. Avant de mentalement secouer la tête. Non, en fait, n'y pense pas.

Il entendit la voix du Lieutenant donner un avertissement qui coulait de source, puis celle du sergent qui répétait en d'autres mots, le faisant presque soupirer sur l'instant. Non seulement l'armée ne verrait pas d'un bon œil un fratricide, mais si quelqu'un touchait une de ces bombonnes, à compter qu'elles contiennent encore du gaz, ils ne seraient plus là pour subir les conséquences d'une erreur de visée.
Lui-même n'avait jusque-là rien dit, et il s'en rendit compte. Mais son silence s'expliquait par l'absence d'un commentaire constructif à partager et par la nécessité à rester le plus silencieux possible. Même si leurs ennemis étaient désormais visibles et prêt à leurs sauter au cou.
De leurs position, Daniil était le plus proche des sacs, d'une avance à peine remarquable ; les rangs étaient serrés, lui permettant de percevoir les mouvements de Dordevic et Volkovar, à l'instant même où ils levaient un pied dans le but de se diriger vers la destination énoncée.

La lueur bleutée du bâton qu'avait craqué Alexandre, avait eu au moins le mérite d'attirer l'attention des créatures canidés un court laps de temps, probablement entre peur et curiosité, et Daniil espérait sincèrement que le globe lumineux que créait leurs torches et leurs positions, tiennent les bêtes en respect. Au moins le temps de se mettre à couvert. Il l'espérait, sans pour autant y croire.
Sa semelle touchait sol, les yeux bien ouverts et se faisant violence pour ne pas les fermer ; conscient du quitte ou double qui se jouait en cet instant précis où l'unité se mettait en mouvement.



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Narrateur
le Jeu 19 Avr - 22:47
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La lumière bleue, produit du mélange de deux composés chimiques, chassa une partie des ombres occupant le vieil entrepôt, mais en révéla de nouvelles. Des ombres, silencieuses, brièvement masquées par les larges colonnes de pierre, et dotées d'épaisses crinières d'un noir de jais. L'unique son trahissant leur présence, lorsque les grognements s'interrompaient brièvement, n'était autre que le clapotis des lourdes griffes rencontrant les dalles de marbre brut.

Deux des créatures s'approchèrent du bibelot, intriguées par l'étrange lueur. Après avoir reniflé l'objet quelques instants seulement, elles portèrent leur attention directement sur le propriétaire du mystérieux bâtonnet, guidées par un odorat hors du commun.
Cette valse de senteurs semblait avoir mis la meute entière en appétit, désormais impatiente de se repaître de viande fraiche. Mais pas un ne broncha...pas avant que l'ordre n'en soit donné.

Le mâle dominant semblait rester en retrait, tapi dans l'ombre, indétectable. Bien qu'aucun rugissement, grognement ou autre ronronnement ne retentisse, une demie douzaine de créatures se mit soudainement en marche, de concert, et dans votre direction. La meute se scinda dès lors en deux parties : l'une restant en retrait, quasi-intouchable, profitant de l'obscurité des galeries, comme pour protéger son chef. L'autre partie, quant à elle, se déplaçait lentement, parfois latéralement, gardant son objectif bien en vue tout en l'encerclant ; les épaules massives roulaient, les imposantes gueules se balançaient de droite à gauche. Comme tout animal sauvage protégeant son territoire, la meute -divisée et unie à la fois- cherchait à intimider les indésirables.

Les grognements se firent de plus en plus insistants, dévoilant de multiples rangées de crocs acérés et, étrangement, la soudaine intensité lumineuse de vos lampes ne semblait pas plus effrayer ces créatures que le bâtonnet lumineux gisant sur la pierre glacée, vous suggérant l'affinité probable de ces créatures à la surface irradiée de l'ancienne mégapole.

Vous remarquez finalement deux choses : premièrement, que ces galeries ont très certainement été creusées par quelque chose de plus gros que ces "canidés mutants" ; et deuxièmement, que ces créatures à crinière sombre vous ont bel et bien encerclé, accompagnant votre tentative de retraite vers les sacs de sable, et coupant définitivement court à toute solution de repli...



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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Ven 20 Avr - 13:21

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Age :: 32
Patronyme :: Nikitovitch
Surnom :: Stena
Respiration courte, imperceptible, il se sentait fébrile. Intoxication, oxygénation, injection et ingestion de caféine pure, montagnes russes pour un métabolisme jusqu’alors vierge de substances synthétiques. Le décompte logistique défilait lentement en arrière-routine de ses processus de veille active. Trente-cinq minutes avant saturation des filtres, quinze minutes avant la fin de la mission. Il allait devoir jouer les prolongations. Son système nerveux baignait dans l’adrénaline, parfum sémiochimique délicieux aux hypersens des créatures. Que dirait Diogène face à ses nouveaux amis ? Qu’il avait enfin trouvé une meute d’hommes. Alexandre ne bougeait pas d’une once, statufié dans le flou Tcherenkov ambiant. Leur formation immobilisée devant la menace sauvage avait de quoi énerver les bêtes. Deux secondes supplémentaires s’étaient écoulées, secondes d’observation cruciale.

Ces mutants aux caractéristiques inédites et non répertoriées à Polis, pour ce qu’il en savait, n’étaient ni aveuglés ni déstabilisés par l’éclairage. Des galeries creusées jusqu’ici devaient communiquer avec la surface, expliquant leur adaptation et leur mobilité. C’était problématique. Enfin, leurs déplacements et morphotype indiquaient l’intégration ou la recombinaison de gènes hominidés, ce qui, sans tomber dans la vallée de l’étrange, produisait son effet dérangeant. Alexandre décida qu’il n’était définitivement pas enthousiaste de la situation. Son calme marmoréen était un mode économique devant l’appréhension d’une présence inexorable, qui planait dans l’air en un nuage invisible de phéromones d'agression. Une infiltration aux travers de son masque. Le leader était là, tapi quelque part à les observer, il le savait.

« Z’avez une touche, Lieutenant, » railla le serbe, avant de pivoter en un lent mouvement de rotor, verrouillé sur sa cible. Gruzdev ravala un commentaire salace en voyant un second thérianthrope entrer dans son champ de tir, à la manière d’un crabe violoniste géant. Au lieu de cela, il se donna du courage. « Vais les arroser comme il faut, ces chiennasses… » Au travers du dispositif de respiration, sa voix tremblotait, bien moins assurée que ce qu’il ne l’aurait voulu. Alexandre ne leur demanda pas de la fermer, respectant tacitement leur droit inaliénable à l'auto-motivation devant l’action imminente.

Le pentagone défensif consistait en une alternance rapide de tirs sur tous les fronts et de déplacements dont le rythme était donné par le chef d’équipe. Le mitrailleur auto couvrait deux secteurs, et se trouvait dès lors toujours dans le binôme. Le trinôme de tête et le binôme arrière échangeaient leur position en déplacements verticaux ou en rotation sous l’ordre du chef d’équipe. Il s’agissait d’une technique de nettoyage génocidaire de base dans le manuel, et le détracteur Rouge de Prokhorenko aurait une raison supplémentaire de le surnommer M. Propre.

Hypervigilance, proprioception maximale, la vitesse du temps était au ralenti. Le béton céramique laissait place au dallage de marbre brut, souillé d’une nécromasse de vermines immondes au travers de laquelle crissaient les griffes des mutants. Avaient-ils creusé de ces mêmes pattes les boyaux qui convergeaient vers cette chambre ? Peu probable, jugea-t-il sans formulation sémantique, observant les mains des cynanthropes. Et ce n’était pas un bon point. Dans un grésillement mental vertigineux, il réintégra l’immanence de l’instant présent et délivra ses consignes d’un ton ferme et portant qui n’allait pas plaire aux résidents.  
« A mon signal, feu, deux pas, 40° ». L’horizon étant définit par le médic et lui-même. Tous se détendirent, prêts à tirer. Une trajectoire d’anticipation se profilait sur les rétines de Marko, tandis que le cône de lumière du fusil mitrailleur de Yuri décrivait une constellation triangulaire sur ses cibles, scindant une colonne. Ils devaient économiser les munitions et décompter l’inventaire. L’ordre partit.

« Feu ! » Les détonations retentirent, sèches et étouffées, l’ignition jaune-orange dans leur ligne de mire, ou percussives et médiums, perce-tympans, à l’arrière de la formation.  Dès qu’il eut tiré sur la créature qui était dans son axe, Alexandre cria de nouveau : « Bougez ! » Deux pas chassés sur sa gauche en un bruissement d’étoffe claquant, de conserve avec la formation.
Immobilisation, verrouillage, le tout en une fraction de seconde. Dans son secteur surgissait une nouvelle créature, jusqu’ici à l’abri d’un pilier, et l’assaut conjoint de leur ennemi s’enchainait sans trêve. « Feu ! » Il expira brièvement et les cartouches s’éjectèrent en un cliquetis réglé, avec latence depuis l’ignition. Quatre glissières chuintèrent en simultané.
« Bougez ! » Le mouvement restait coordonné, machinique. Et la salve se répercuta en un écho assourdissant. Son attention filtrait les renâclements et les sifflements stridents des canidés. Il n’entendait pas leur souffrance, seulement leurs menaces et le bruit mat des corps massifs cédant à la gravité. La barricade de sacs était tout proche.

Le timbre de sa voix était agressif et rayé, à peine reconnaissable.  
« Rush : Kraievski ! » Il concentrait son ouïe sur les déplacements du kshatriya, une bête dans le viseur. Il tira.
« Rush : Dordevic ! » Marko abaissa son arme et s’élança sur les pas de Daniil. Deux coups de feu retentirent encore, déchirant la clameur des hurlements plaintifs et le vacarme belliqueux des survivants.
« Rush : Volkovar ! »

Yuriy, son RPK et Alexandre couvrirent le repli. Ils fléchirent devant l’abri pour perdre suffisamment leur altitude, afin que les trois autres puissent se repositionner derrière les sacs, leurs arrières sécurisés, et canarder de plus belle. Il ne s’agissait pas seulement de revendiquer un territoire humain, mais d’exterminer les anomalies corrélatives aux dégâts de leurs ancêtres irresponsables.
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le Ven 20 Avr - 22:37

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La soudaine clarté de la lueur intense émanant du bâton électrique ne semblait pas les gêner. L'environnement était maintenant tapissé de cette lueur d'un bleu électrique puissant, leur offrant une bonne visibilité, accompagné de leurs lampes torches, Andrei allumant la sienne ensuite. Autant ajouter davantage de lumière dans cet océan de ténèbres, habité par des créatures qui se déplaçait en rythme avec le groupe. Se refermant lentement autour des humains, comme des loups piégeant leur proie dans un recoin sombre, afin de s'en repaître. Gueule et crocs, dehors, bavant. Affamés. L'odeur d'Alexandre sur le bâton les avait vraisemblablement excités, et pas qu'un peu.

Inconnu du Stalker, ces mutants avec une apparence proche du canidé sauvage le faisait s'inquiéter. Leur peau serait probablement coriace, comme celle de tant d'autres mutants. Les munitions présente dans son arme ne serait pas forcément capable de percer la carapace, mais la puissance de celle-ci pouvait probablement les repousser pour que les autres puissent achever ceux au sol. Mine de rien, le ventre pouvait se révéler être un bon point faible. Se mouvant en rythme avec le groupe, pointant bien son arme sur les mutants, il attendait le signal pour ouvrir le feu. Gardant en dernier recours un chargeur complet de munitions dite 'Barricade' ( Баррикада ), des munitions perçantes capable de traverser du métal, et donc, vraisemblablement, la peau dure des Mutants.

Andrei Volkovar pressa la détente de son KS-23 en direction d'une créature non loin. Le concert de flashs et de bruit assourdissant des armes était plus ou moins étouffés par le masque de Volkovar, qui se refermait bien autour de son visage. Le Russe continuait de tirer les Mutants qui tentaient de s'approcher, les repoussant, en tuant un même, alors qu'il continuait de se déplacer en groupe vers la pile de sacs de sable. Un autre coup. Et un autre. Et un autre. Repoussant, ou tuant, il ne savait pas. Le signal donné, Volkovar alla se placer vers les sacs, y prenant position, mais sans être trop au centre, étant davantage vers l'extrémité par lequel il est entré, le corps à moitié caché par la barricade. Tirant sur les Mutants tentant de s'approcher d'Alex, en ayant jeter un bâton chimique qu'il avait pris pour cette opération assez loin, essayant d'illuminer chaque recoin de la salle, en direction des colonnes, afin d'en apercevoir d'autres.
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Soldat-infirmier
le Sam 21 Avr - 3:15

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le Sam 21 Avr - 3:15
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'Pièce du Destin' : 1




Edit. Rappel barème lancer de dé :

1 : Réussite. La mutation de Daniil se déclenche sous le coup de sa montée d'adrénaline, et celui-ci est capable de distinguer les signatures thermiques dans un périmètre d'une quinzaine de pas autour de sa position. Cela concerne uniquement les créatures vivantes, bien évidemment.
En contrepartie, le toubib est incapable de supporter le moindre contact. (cf. mutation)



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Soldat-infirmier
le Lun 23 Avr - 12:51

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Sa respiration s'était ralentit, alors que les mutants les encerclaient peu à peu et que ses camarades du moment s'encourageaient à grand renfort de réplique foireuse. Lui n'avait rien à dire, affreusement silencieux encore alors qu'il inclinait sensiblement la tête, le regard rivé sur sa mire tandis que ses pieds glissaient pour suivre le mouvement d'une fourrure épaisse. Pourtant, il n'était pas aussi calme qu'il ne le laissait paraître ; l'adrénaline parcourant son corps comme un millier de fourmis, au fur et à mesure que les regards luisaient dans la pénombre. Son silence, peut-être, en témoignait-il à lui seul.

Puis le lieutenant lança le signal ; feu, mouvement. Le bruit qui ricochait contre murs et colonnes, le grondement des bêtes qui signait l'assaut à leurs tours, les douilles qui rebondissait au sol. À nouveau l'ordre ; feu, mouvement. Le 'cercle' se suivait tel une chorégraphie pratiquée maintes fois.  
Entre les feux des projectiles, une patte se dévoilait à son regard attentif, massive et mortellement acérée. Peut-être aurait-il dû leurs dire de protéger chacun leur cou. Mais tous ici connaissait cette importance. Il espéra sincèrement ne pas avoir à faire à des créatures porteuses de tant de bactéries, que l'infection des chaires étaient immédiate. Mais comme bien trop souvent, il espérait tout en connaissance de la vérité et de la probabilité. Rien n'était propre, dans le métro. Encore moins dans les tunnels inexplorés et couvert de terre et d'insectes géants.

À l'entente de son nom, il décolla de sa position comme s'il avait été monté sur des ressorts ; le claquement de la voix du chef d'équipe, fouettant la discipline élémentaire dont chaque militaire devait faire preuve. Et en quelques enjambées, il se retrouvait derrière les piles de sacs, légèrement plus loin que le centre et prenant appui sur leurs dessus pour couvrir Dordevic qui suivait aussitôt.

Il attendit que Volkovar vienne à son tour prendre position et que celui-ci lance un second bâton, avant de faire de-même à son tour, projetant le plus loin qu'il le pouvait, l'unique cylindre à la lumière vert toxique qu'il avait pu emmener avec lui.  

Enfin, les deux derniers se mirent à avancer vers eux. Daniil restait concentré plus que jamais sur les formes grouillantes dont la fourrure miroitait sous les diverses lumières chimiques ; craignant plus encore en cet instant, qu'une erreur fatale ne survienne.
Et ce qu'il ne pouvait pas encore redouter, n'ayant pris les quelques rare et bref phénomènes pour des éclats de rêves flou ou bien encore des irrégularités de l'apport sanguin dans son système, se déclencha réellement pour la première fois.  
Tel le gong qui retentit dans un temple, son cœur lui sembla pris d'une diastole plus puissante que les précédentes et que toutes celles qu'il avait connu jusqu'alors, tandis que ses pupilles eurent un sursaut qu'il sentit, sans avoir besoin d'en voir le reflet.  
Il perdit de vu les couleurs usuelles de l'environnement ; plus de terre grisée et boueuse, ni de dalles salies par le temps et la poussière. Plus de vert trop terne pour se souvenir de leurs pigments d'origine, ni de fade décors n'appelant plus qu'à la tristesse de leurs réalités.  
En toute autre circonstance ou condition, Daniil aurait pu s'émerveiller de l'éclat bleu qui vint emplir son champ de vision tel un saphir fraichement poli dont les reflets scintillaient de tous côtés, ou bien encore de ces variations d'orange sauvage qui lui tenait lieu de nouveau panoramique.  
En toute autre condition, oui. Malheureusement sur cet instant, il ne pouvait nullement apprécier les éclats éphémères qui explosaient autour de lui en de bruyante boule rouge, pour s'éteindre aussitôt en de verdoyant halos.

Il eut intensément froid, l'espace d'à peine une demie seconde lorsque son regard balayait l'emplacement d'une colonne, sa vision à cet instant couverte d'un bleu apaisant, avant que toute son attention ne se porte automatiquement vers chaque forme de vie qui bougeait devant lui ; de rouge et d'orange entremêlé d'un jaune si intense qu'il aurait pu raviver à sa mémoire, ce qu'il imaginait jadis être la couleur du soleil haut dans le ciel. Alors, il crut suffoquer sur place. D'effroi face à une toute nouvelle source d'incompréhension, tout autant que d'une chaleur inexplicablement irradiante. Le magma qui s'écoula de derrière ses orbites oculaires pour se répandre à vitesse Grand V dans ses veines, l'empêcha de rester concentré plus longtemps sur ses cibles lorsqu'il ne put que voir les silhouettes de Prokhorenko et Yuriy venant s'accroupirent devant le flou qui tenait auparavant lieu de mur en sac de sable. Il n'avait pas su tenir plus longtemps que cela et en payait déjà le prix, semblait-il.  
Son premier réflexe après s'être mis à couvert, fût de retirer ses gants pour éviter à ses mains de subir de graves brûlures, convaincu sur le moment, que cette chaleur portait ses conséquences physiques. Et sitôt les mains libres, il les portait à son visage, l'intention de retirer le masque qui désormais ne lui apportait plus que douleur.
Un juron lui échappa, filtrant au travers le ballet de munitions se déchargeant en rythme, tandis que la première tentative échouait ; le masque lui brûlant les mains au même titre que chaque pore de peau y touchant.

Il voyait encore autour de lui, si proche, ces formes diffuse et pourtant très nettes qui tenait lieux de frères d'armes, se mouvoir sans qu'il ne puisse dire avec exactitude ce qu'ils faisaient sur l'instant. Parce que la douleur était réelle. Il était mort. Mort et en enfer, jura-t-il dans un recoin de son esprit.



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le Lun 23 Avr - 21:25
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Le silence fut réduit à néant par les tirs nourris mais néanmoins précis des militaires qui, dans une tempête assourdissante, eurent raison du premier groupe de canidés. Les cadavres des mutants s'écroulaient au sol, s'empilant sur ceux de leurs congénères, ayant eux aussi succombé aux balles meurtrières des kshatriyas quelques secondes plus tôt.
L'infirmier du groupe, en proie à une forme de délire -semblant davantage tenir de la transe que du malaise- passait presque pour fou : il tentait tant bien que mal, au beau milieu de cette scène de guerre chaotique, d'arracher son masque.
Son état n'échappa pas au regard averti du guerrier serbe, qui profita d'une légère accalmie pour venir en aide à Kraïevski, à sa façon.


Marko relâcha son attention quelques secondes de trop et ne vit pas l'ombre, massive, percer les défenses et se jeter sur lui. Si seulement Kraïevski avait pu traduire à temps les formes, flamboyantes, qui dansaient devant ses yeux et avertir ses camarades...


Vous disposez tout juste d'une courte fenêtre pour neutraliser l'assassin de votre camarade, avant qu'une profonde migraine ne vous submerge : la douleur est insoutenable : votre crâne est comme pris dans un étau, dont les mors se resserrent progressivement.
Un silence fragile semble être revenu. Évanouis les grognements, épuisés les coups de feux assourdissants : il ne subsiste plus que ce calme mortel et cette douleur lancinante.
Vous relevez la tête, luttant de toutes vos forces, et vous êtes de nouveau témoins d'un spectacle terrifiant, devenu presque familier : chaque surface plane de l'entrepôt constitue désormais une partie d'une immense fresque, d'un décor exposant ces ombres "soufflées". L'entrepôt se métamorphose en un semblant de galerie contemporaine, éphémère.


C'est finalement lorsque la douleur est à son pic, lorsque le moindre effort devient impossible que vous l'apercevez : le maître, le mâle dominant, l'Alpha. Il se tient là : debout, à seulement quelques dizaines de pas de votre forteresse de sable.
Sombre, élancé et inexpressif, comparable aux ombres figées sur les murs, celles qui semblent paralysées pour l'éternité, celles qui vous accompagneront désormais dans la douleur, et peut-être dans la mort ; à un détail près : lui, semble bien vivant et, plus troublant encore, possède à n'en point douter quelque chose d'humain.

Peu de moscovites peuvent se targuer d'avoir rencontré de telles créatures et d'en être ressortis vivants : les dernières apparitions remonteraient aux alentours de l'année 2033-2034, et après de longs et sanglants combats au nord du métropolitain, les hautes autorités affirmèrent sans crainte avoir annihiler l'espèce. Mais les habitants du métro ont cultivé cette crainte de l'inconnu, cette peur de l'étranger, de l'incompris et frissonnent encore à l'idée de les voir réapparaître. Nul ne sait ce qu'ils sont vraiment, d'où ils viennent, et quelles sont leurs réelles intentions.

La peau brune de la créature ne reflétait aucun éclat et seuls ses yeux d'un blanc pâle offraient un contraste avec la longue silhouette intimidante. Les survivants de la meute étaient là, eux aussi, dociles et silencieux, protégeant leur maître et attendant de nouveaux ordres.
L'Alpha leva un bras dans votre direction et, contre toute attente, aucun mutant ne broncha. Seul Yuriy, armé jusqu'aux dents mais incapable de riposter, tenta une enjambée en direction de la créature. Puis une deuxième, et bientôt une cinquième, abandonnant ses camarades sans broncher, ni même se retourner. Il lâcha finalement son arme au sol dans un fracas métallique, et se laissa tomber à genoux, aux pieds du géant à la peau brune.



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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Mar 24 Avr - 14:50

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Surnom :: Stena
Le serbe s’était rué à la suite du médic. Dans un demi-cercle impeccable, penché, l’arme plaquée le temps du déplacement, il contourna un cadavre de cynanthrope avant d’atterrir derrière les sacs de sables, bousculant Kraïevski d’un coup d’épaule involontaire dans la précipitation. Sans attendre, il s’était positionné contre la barricade. Les avant-bras calés sur la toile, il se remit à tirer entre 60° et 90°, là où se concentrait le gros de l’assaut, tandis que son voisin s’occupait du cadran droit. Le stalker arriva à son tour, repoussant la charge furibonde que vomissaient les galeries sur leur gauche, par-dessus les tirs de Prokhorenko et de Gruzdev.
Soudain, les mutants se mirent à regagner du terrain, s’approchant dangereusement par la droite. Marko tourna la tête vers son coéquipier et le vit se débattre avec ses gants, hystérique. Il braqua de manière à élargir son champ de tir, entravant la progression des deux créatures qui s’engouffraient jusqu’à l’avant-poste.

Le lieutenant poussa un juron sous son masque. Une troisième détonation couvrit ses deux tirs, et la tête du thérianthrope retors qui s’était aventuré jusqu’à lui accusa le feu à deux reprises, partant en saccades arrière, avant que son torse monstrueux ne se mette à plonger sur l’avant.
« Pas moyen, » pesta Alexandre qui se trouvait maintenant acculé contre la barricade, assis par terre. Il pouvait sentir le métal de la pioche à ses reins. D’un coup de semelle contre le coffre volumineux de la bête agonisante, il l’empêcha de s’effondrer tout bonnement sur lui, et dévia sa trajectoire en effectuant une brusque poussée. La carcasse s’échoua non loin en s’étalant de tout son long et il dut relever la visière de son casque, maculée de sanies rougeâtres. Mais une autre créature lui succédait aussitôt, véloce, et réclamait de nouveau toute son attention. Yuriy se joignit au banquet en mitraillant une quadruple croche dans le cou du mutant trop entreprenant, avant de recouvrir le cadrant gauche de son secteur.

Ce n’est qu’une fois le lieutenant tiré d’affaire que Marko se tourna vivement vers Daniil, hagard devant le carnage et comme aux prises de visions hallucinatoires, excepté qu’il était le seul cette fois. Dans son élément en situation critique, soldat reptilien à l’esprit modérément perturbé, la défaillance imbittable du type le privait de son épiphanie : pendant ce temps, son lieutenant et son meilleur pote affrontaient l’assaut aux premières loges, et Volkovar n’allait pas tarder à être débordé à son tour.

« Oï ! Doc ! » gueula-t-il d’un timbre hargneux tout en l’empoignant par les épaules, de manière à l’avoir bien en face de lui, « Oï ! Reviens ! » Il devait lever la tête pour le regarder, mais il lui semblait que le médic ne le voyait pas au travers de sa visière, les yeux perdus dans une dimension inaccessible. Il lui choppa les mains et les dégagea du milieu, afin de pouvoir examiner sans entrave le dispositif respiratoire, mais il ne constata aucune dysfonction. Alors il lui prit la figure à deux mains, les glissant sous le casque et le secoua vivement : « T’as rien, mec ! T’as rien ! » Il criait bien que son visage se trouvât tout proche, pour couvrir le vacarme des tirs et les mugissements énervés des bêtes, plantant son regard adamantin dans le bleu liquide en vis-à-vis. Mais alors, dans la luminosité diaphane, lapis-émeraude, il remarqua la fourrure luisante, qui s’élevait à l’orée de la barricade dans le dos de Kraïevski. Il réalisa inutilement que la créature avait dû jouer au mort et ramper pour s’approcher.

« Put… », il écarta violemment Kraïevski, l’envoyant valser derrière lui, et s’empara de son arme in extrémis. Le mutant était déjà sur lui lorsqu’il tira, à bout portant. Au même instant, une chaleur grésillante l’envahissait, simultanée au bruit de craquement tout proche de son oreille. Il se sentit partir en arrière tandis qu’il envoyait les mains à sa gorge inondée, et il eut le temps d'apercevoir Kraïevski se pencher sur lui. Il vit son expression sans la comprendre, le visage vaporisé d’hémoglobine, et sa bouche grande ouverte qui hurlait quelque chose, mais le coup de feu puissant du KS 23, la propagation de l’explosion retentissante, fut le dernier son qu’il entendit avant de succomber à la lacération béante.

Un homme à terre. La voix de Daniil déchira le tumulte des geignements et des renâclements furieux. Andreï venait de tirer derrière la barricade, vers l’entrée droite, comprit immédiatement Alexandre. La détonation du fusil, plus lourde et plus portante que l’AKS, ne pouvait le tromper. Non, protesta-t-il mentalement, alors qu’il se redressait en hâte, décollant du sol de conserve avec le blond. Mais pas plus que Yuriy, Alexandre n’eut le temps de rejoindre le reste de la formation, et tous deux retombèrent en grognant devant la barricade, à genoux, se prenant la tête entre les mains. La pression à l’arrière de ses yeux était insoutenable, une poigne invisible s’était refermée autour de son cerveau et l’enserrait, spasmodiquement. Recroquevillé en avant, il tanguait, luttant contre la douleur pour redresser l’échine. Un long râle filtra d’entre ses dents, puis il feula sous l’effet de compression physique tandis qu’il parvenait enfin à relever la tête, manquant de s’étaler dans l’effort, et se retenant tout juste d’une main au sol, crispée sur le parterre détrempé.

Et les parois prirent vie en un tournoiement de projections atomisées, noires et déformées, bioluminescentes dans la faible pulsation de l’éclairage chimique. Un construct psychique, déduisit-il cette fois, une illusion bien réelle, qui manipulait son système nerveux central en y peignant une œuvre somesthésique monstrueuse. Son souffle détonait lourdement, rappelant au travers du masque, des coups de fusil à pompe, et un nouveau grognement de résistance s’étrangla dans sa gorge, une grimace de souffrance bestiale contractée aux mâchoires. Sous son masque, les traits de l’homme profilaient étrangement la bête qu’il chassait. Insensible à l’art pariétal hypnagogique et aux implications civilisationnelles de l'apparition inédite, rivé à l'urgence de la situation, le lieutenant ne pensait plus qu’à la survie de ses hommes. Sa focale héliodore se fixa sur les pattes difformes, élongées, et il se força à renverser la nuque, révélant à ses yeux flamboyants la silhouette interminable de la créature, jusqu’aux orbes blancs, laiteux dans le cuir sombre. Elle ne paraissait pas même être d’espèce commune avec les cynanthropes qu’ils venaient de combattre, différente, effroyablement évoluée.
Le silence était relatif, à ses tempes bourdonnaient le bruit blanc du courroux, tempétueux et cardiaque, car la trouille était si intense qu’elle court-circuita la réponse de fuite dans un tsunami de colère primale, explosive.

*
Viktor courrait devant Ranvir, à 700 pas environ de l’éboulis et du boyau étroit dans lequel s’était enfoncé le reste de l’unité. Leurs foulées souples résonnaient dans la galerie en un écho fantomatique, trop rapides pour être capturés dans la roche terreuse.
Gruzdev, comme Dordevic, Murugan et Kashirsky, faisait partie de la section Bastion Vympel. Yuriy était avec Oksana et Ranvir l’un des intimes du lieutenant. Le professionnalisme et la distance sobre avec lesquels tous avaient jusqu’ici opéré n’était qu’un ersatz de caste. Une discipline de terrain qui n'avait d'égal qu'en la proximité et la camaraderie qu'ils se témoignaient en privé.
*

Le thérianthrope psionique les désigna, à découvert devant  le mur de sacs, et il sentit Yuriy remuer gauchement contre lui, l’élévation en ébranlement, avec la grâce d’une marionnette de plomb. Alexandre était incapable de parler, le larynx comme écrasé, et il ne pouvait ordonner au soldat de geler ses mouvements.
Yourka ! hurla-t-il mentalement, le simple effort psychique lui coutant une décharge corticotrope. Avec force violence, il parvint à agripper le bas du pantalon et tenta de retenir son imbécile d’ami, tandis qu’il tirait de la jambe, pour avancer vers la créature. Son bras tremblait, l’appui de sa main au sol menaçait de défaillir et il refusait toujours de lâcher, les jointures de ses phalanges blanchies de pression. Mais le blond était costaud et actionnait ses muscles comme les rouages d’une antique katapelte géante, mécanique. Un crissement nasal signa sa reddition et il manqua de s’affaler lorsque le kevlar lui échappa. A genoux, les deux mains à terre, il ne pouvait qu’observer le kshatriya marcher à sa perte.

Son esprit fulminait en un maelstrom de rage et d’injustice, projetant toute son intentionalité dans le dos de son frère, comme s’il avait cherché à se téléporter à sa place. Car c’était lui, le responsable, lui, qui avait donné l’ordre de l’assaut et dirigé les défenses. Dans la plus parfaite impuissance, il le vit tomber à genoux, et ses joues se gonflèrent de souffles furieux et de vrombissements forcenés alors qu’il tentait de briser le joug psionique de la créature. Un liquide chaud coula à l’intérieur de son masque et il ne sut dire s’il s’agissait de bave, de sang ou d’un mélange des deux, les sens parasités. Assister à la mort de l’un de ses hommes, proche ou non, était la définition de l'enfer, et il ne savait pas encore que Marko venait d’être égorgé. Un homme à terre, avait gueulé Kraïevski, non pas un mort. Tout le dérangement mental d’un tortionnaire imaginatif n’était rien, en comparaison avec la mise en scène de la mort d’un compagnon devant ses yeux, incapacité et réduit au simple rôle de spectateur attendant son tour. Son esprit hurlait, dévasté de toute sémantique, en une succession d’explosions thermobariques, ondes de choc et dépressions. Ils avaient exterminé une portée de chimères de ce Pygmalion mutant, et celui-ci demandait rétribution. Mais alors, qu’il prenne sa vie, contre celle de ses hommes, qu’il les laisse porter le message ! Qu’il prenne l’instructeur, contre ses soldats !
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le Mar 24 Avr - 18:35

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Age :: 30 ans
Patronyme :: Nikitovitch
Surnom ::
Des flashs par dizaines. Il y a de cela des décennies, si Andrei aurait été né dans ce monde, il aurait pu aisément les comparer aux milliers de flash venant d'appareil de photographie lorsque des stars passaient sur un tapis rouge ou lors d'une soirée importante pour la nation russe, alors que des paparazzis et des journalistes n'hésitaient pas pour prendre des 'shoot' de tout les angles possible, afin d'avoir la plus excellente photo possible. Mais Andrei n'avait pu voir que par deux fois ce genre d'appareil. D'abord, dans une ancienne usine lors d'une exploration, plus ou moins en bonne état, mais ne permettant pas son utilisation, et la seconde, lorsqu'un Brahmane en faisait la manipulation. Un simple petit flash, qui n'était rien face aux lueurs au bout des canons de leurs armes.

Un Mutant s'envola lorsqu'il tenta de bondir sur lui, et un autre se permit de le tuer. Trop concentré dans le moment présent, Andrei ne put qu'accorder que quelques brèves seconde d'attention envers le Medik Kombat qui semblait pris dans une sorte de transe. Andrei se sentit désolé, mais il ne put l'aider. Continuant de tirer. Encore et encore, repoussant des Mutants se sentant trop courageux. Son chargeur se vida alors. Merde. Avec une rapidité et dans des mouvements fluides, Andrei prit alors conscience qu'il devait en finir rapidement. Sortant ses munitions qui pouvaient percer du métal sur une centaine de mètres aussi facilement qu'un couteau chauffé s'infiltrant dans du beurre. Le chargeur plein, il allait se lever pour sortir et attirer l'attention sur lui avant d'entendre un grognement de Mutant sur sa gauche. Se retournant, une gerbe de sang recouvra une partie de son masque. Un homme mort. Marko. Bordel.

-Bouffe ça !

Au moment où le Medik se baissait, Andrei pointa son canon sur le Mutant qui avait maintenant ses petits yeux sombre tourner vers Andrei. En un instant, il crut voir la vie du Mutant défiler dans son regard, puis un flash énorme, un bruit assourdissant, une gerbe de sang et de chair, alors que des os étaient littéralement déchirés et arrachés. Le Mutant revola sur quelques mètres, et Andrei essuya rapidement son masque. Un étau d'acier s'enserra alors autour de son crâne, le faisant presque s'effondrer sur le coup. Sa vue s'embrouilla, pris de court par cette soudaine sensation, et ce... Silence de mort. Il resta en position, son genou servant d'appui au sol, alors qu'il reprit lentement ses esprits. Puis il la vit. Alors son esprit prit un autre tournant.

*


-C'est vrai ce que tu dis, papa ? Tu as vraiment vu un Sombre ? Fit un plus jeune Andrei, un enfant, d'un air sombre.

L'homme au visage marqué d'une cicatrice partant du sourcil droit, passant ensuite sur son nez avant d'atteindre le coté gauche de sa mâchoire, tourna ses yeux sur le gamin. Il avait l'air interdit, mais pourtant, il ne fit que hocher de la tête. Dans un silence presque grave, lourd de signification pour l'homme.

-Oui. Plus grand qu'aucun autre homme, il en possède la silhouette, mais quand on le voit, Andrei... Quand je l'ai vu... Je peux te dire que de toute les choses du Métro, c'est probablement la seule qui m'est véritablement marquée. Noire comme de l'encre, les yeux vide comme ceux d'un rat dont l'unique préoccupation est de manger et une présence terrible... Mon fils, jamais, au grand jamais, tu ne devrais le provoquer. Car il te fera vivre des choses que tu n'as jamais pu croire.


*


Il avait toujours cru que ce vieil homme, bien qu'aimant, avait plus ou moins un mental scarifié par le monde du Métro. En devenant Stalker, cette conviction s'était réaffirmée, plus ou moins, puisque dans le métro, beaucoup de chose s'y passait et les hallucinations en raison d'un trauma psychologique étaient légions parmi les Stalker, dont leur vie était soumise aux aléas les plus cruelles du destin. En voyageant, il avait entendu bien des récits sur ces Sombres, en voyageant vers VDNKH pour y guider un convoi contenant plusieurs livres. Des habitants leur en avaient parlés qu'il y a de cela longtemps, leur station avait été assaillie par ces créatures, emportant avec eux plusieurs soldats. Mais le récit est bien pale en comparaison de ce qu'il voyait, et surtout, Andrei réalisait que, comme toujours, rien n'était définitif dans ce métro. Comprenant pourquoi cette présence était si terrifiante. Mais pourtant... Il se sentait comme attiré par celle-ci. Une curiosité mal placée. Parce qu'au fond... Peut-être que cette vision de sa femme était causée par cette créature ?

Le corps tremblant, alors que sa volonté se faisait violence pour tenter de bouger, la douleur l'assaillant de partout. Le point névralgique du corps humain étant le cerveau, et son esprit subissant cette attaque, la douleur n'en était pas moindre. Et pourtant, Yuriy s'était levé, en luttant contre quelque chose d'invisible, comme des cordes qu'un marionnettiste professionnel manierait avec peu d'effort. Sur ses genoux, devant la créature, qui avait l'air tout bonnement intimidant. Ce tableau lui offrait une sorte de grandeur sinistre. Sous tout les angles, il avait l'air de vouloir tuer. Pourtant, les Mutants canidés s'étaient retenus de foncer. Il les commandait. Au moment où Marko fut tué, tout s'était cessé. Un signe que probablement, au fond, cette créature n'avait pas voulu cet affrontement ? Qu'il voulait un otage, qu'il menaçait ? Une possibilité. Andrei dut déployer des efforts colossaux pour ne faire que deux choses. D'abord, mouvoir son corps de façon à prendre bien appui contre le sac de sable, posant ses coudes sur celui-ci, pointant son arme sur l'Alpha. Et le second, qui dut requérir de bouger sa mâchoire avec lenteur, comme si des poids s'y étaient ajoutés.

-Lâche... le....

Le doigt était posé près de la détente, pas dessus, mais prêt à se déplacer douloureusement pour la presser si ce Sombre voulait tuer le pauvre homme. En espérant que le projectile touchera et blessera gravement la créature, pour la faire fuir, et dans le pire des cas, la tuer s'il le fallait. La douleur s'était intensifiée, comme si ces efforts – probablement risible pour la créature - lui avaient ajoutés des couteaux supplémentaires dans son corps, ainsi que des poids. Il respirait lourdement, il suait. Andrei Volkovar ne devait pas céder. Il ne devait pas céder en sombrant dans l'inconscience. Il ne devait pas céder en tirant.

La mort avait frappée un homme de trop, pour Alexandre, et malgré leur certaine rivalité, Andrei savait qu'il en serait durement frappée. Une peur qu'il avait toujours vu dans ce mur, ce rempart qui serait probablement fracassé par cette créature avec l'exécution en direct de Yuriy. La créature voulait-elle vengeance pour le meurtre de ses chiens de chasse, ou voulait-elle lancer un avertissement ? Il ne le saurait probablement pas, sauf si celle-ci communiquait, Andrei essayant d'envoyer des pensées du type 'pourquoi nous attaquer ? Reposons nos armes', pensant que si cette créature avait cette emprise sur eux.. c'est qu'elle devait être douée de conscience. Une conscience... humaine.

Mais dans tout les cas.

Il ne fallait pas céder.
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Soldat-infirmier
le Mar 24 Avr - 23:20

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Age :: 30
Patronyme :: Ivanovitch
Surnom ::
Bruit assourdissant, grésillement lointain, écho étouffé et chaos incompréhensible. Voilà ce qui tenait lieux d'environnement sonore pour Daniil, alors que tout n'était plus qu'explosions colorées de vives teintes, jusqu'à ce que Marko, qu'il ne put identifier sur le moment, ne vienne l'attraper par les épaules d'une poigne ferme. Puis il sentit s'abattre sur ses joues, les mains creuses du serbe. Fraiches et vivifiantes. Depuis la position dans laquelle le kshatriya l'avait déplacé, il ne savait trop quand ni comment, le médic ne voyait plus les milles éclats produits par les armes, ni les masses mi-lupienne tentant de percer leurs formations. Non, il ne voyait plus que Marko. Marko et sa teinte rosée harmonieusement encastrée dans l'océan aux divers tons de bleu. Le contact alors lui parût soudainement plus frais, sans pour autant l'être entièrement. Les sources de chaleurs étaient simplement moindres et le contact de Marko lui permis de se resituer dans l'espace. Au-dessous le rouge et vert qui enrobait Marko, Daniil pouvait enfin discerner quelques traits du serbe.  Là, maintenant, il pouvait enfin se calmer et deviner la réalité au travers du surréel, tel deux filtres photo se superposant.

Malheureusement, il n’aurait nullement le temps de l’en remercier ou de retourner à son poste, que déjà il se faisait écarter sans préavis. Il put voir l’expression faciale du serbe, et son visage se couvrir brièvement d’un éclat plus vif, avant de comprendre pleinement ce qui se produisait. Pas plus qu’il n’eût le temps d’à son tour reprendre son arme, avant que la détonation ne retentisse.

“Un homme à terre !” C’était sa voix. Le refus ancré jusque dans la moindre cellule, de voir un frère périr sur le terrain en sa présence. De le condamner, avant d’avoir tout essayé.

Peu importe que le sang ait éclaboussé contre la visière de son casque, que la bête monstrueuse semblait relever la tête en apportant avec elle, un bout de chaire coincé entre deux rangées de crocs. Qu’importe, que le serbe ne se redresse pas. Il ne serait pas mort avant que son pouls ne s’efface pour ne plus revenir.

Dans son champ de vision, les flammes illusionnées que créait les mouvements de Volkovar, suffirent à lui faire deviner que le stalker allait tirer sur le canidé, au moment même où le médic se trouvait dans son élan le déportant sur le corps refroidissant de Marko. Les couleurs chatoyantes mouraient au même rythme que celui-ci, synchronisées sur le sang qui quittait l’organisme et sur un cœur qui vivait ses derniers battements.
“Bouffe ça” la voix du stalker, lorsque ses propres mains se rencontraient sur la plaie béante du serbe.

L’on racontait, dans d’anciens livres lorsque la connaissance était plus accessible qu’aujourd’hui, que le premier sens se mettant en arrêt lors de la mort, était le toucher. Quelle piètre consolation que cela faisait-il ? Puis la vue se flouait, avant que le goût ne disparaisse à son tour, pour laisser à l’ouïe toute son importance.

Marko l’avait-il entendu lui dire “Reste avec moi !”, tel un ordre que l’on sait vain mais que l’on énonce à la mesure d’une triste supplique ? Sa voix couverte par la déflagration du KS d’Andreï, lui mit un doute à l’esprit. Un doute de trop et qui se confirmait par la froideur que l’absence de ses gants, lui permis de pleinement ressentir.
C’était inacceptable. Marko venait de lui sauver la vie, comprit-il sans aucun mal sinon celui moral que la situation lui infligeait. Lentement, lui semblait-il, il détournait le visage vers la source de ce siège mais si le temps lui paraissait ralentit, le sang de l’animal qui vint le couvrir, s’accompagnant de quelques tissus organiques, témoignait que tout se jouait encore à la seconde près.

Devant eux, une bête immense, aux traits pourtant presque humains -presque-, se tenait sur ses deux pattes arrière et en lisière de son champ, le lieutenant Prokhorenko dans une position qu’il n’aurait eu aucun mal à narguer, en temps de repos et de franche camaraderie. Là, il n’y voyait qu’un mur refusant de s'effondrer. Un mur d'un rouge plus sanguin que précédemment. Pour le moment.
 
Il n’eût ni le temps, ni même l’intention d’ailleurs, de lui signaler qu’un homme venait de mourir ; connaissant le type suffisamment bien pour en deviner les tragiques conséquences.

Le mal de tête qui s’installa d’un lobe à l’autre de son cerveau, le cloua sur place comme si son centre de gravité venait brutalement de changer et par la même, de s’alourdir drastiquement. Ses dents grincèrent ensembles alors qu’il s’efforçait de reculer dans sa position, juste ce qu’il lui fallait pour couvrir Marko sans détruire plus encore ce qu’il restait des peaux reliant le corps à la tête du serbe. Parce que peu importe ce qui allait se produire dans les prochaines secondes ou minutes : Il se fit la promesse de le ramener chez eux. Coûte que coûte.

Ce fût sa dernière pensée, sa dernière conviction, avant que Yuriy ne tombe à genoux devant l’alpha. Car ‘les’ ramener tous, vivants allait toujours de soi et resterait ancré dans son adn, que leurs nombres passe de cent à dix, ou de cinq à trois.



Dans les spectres colorimétriques, se consume la vérité.
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Narrateur
le Ven 27 Avr - 21:13
Narrateur
La tension est chose commune dans les galeries enténébrées du métropolitain : tantôt suggestive, tantôt palpable, tantôt insoutenable. Aujourd'hui, dans cet entrepôt, l'atmosphère n'est en rien comparable à ce que le commun des mortels a pu connaitre ou subir depuis une bonne décennie. Vous savez pertinemment que tout peut se jouer d'un dixième de seconde à l'autre ; que la survie de votre équipe et du camp adverse ne repose que sur un simple mouvement, une simple action : d'un côté une légère pression sur la détente, de l'autre une sombre et unique pensée malveillante.

La meute est silencieuse, patiente. Elle attend la réaction de celui qui, le visage inexpressif, vous toise de toute sa hauteur. Peut-être souhaite-il effectivement communiquer avec vous ? Ou peut-être le souhaitait-il , avant que vous ne versiez le premier sang ; avant que sa meute ne soit à demie décimée...

Le geste et les mots du stalker captivèrent les petits yeux pâles du mutant. Il examina brièvement le canon pointant dans sa direction, avant de pencher la tête sur le côté, semblable à un animal, curieux.
Sans aucun autre mouvement, le Sombre sonda les pensées de Volkovar. Le canon encore chaud du KS-23 ne tarda pas à changer de direction, tout aussi lentement, en quête d'une nouvelle cible. A l'instar de Yuriy, l'esprit du stalker n'avait plus aucune influence sur son corps et Vokovar n'était plus capable de bouger le moindre orteil de son propre chef.
Les deux frères d'armes se firent à nouveau face, dans un ultime affrontement, cette fois-ci contre leur gré : désormais, le crâne du lieutenant entrait directement en ligne de mire du stalker. Le doigt de celui-ci glissa délicatement le long du pontet du KS 23 et vint établir le contact avec la queue de détente. Davantage de pression et le commandant de l'unité Bastion Vympel de Polis verrait sa cervelle éparpillée sur le damier de pierre polie.

La meute, quant à elle, semblait sortir de sa torpeur : les babines se retroussaient, dévoilant les effrayantes rangées de crocs acérés, dont la létalité n'était désormais plus à prouver. Le cliquetis des griffes sur le marbre reprit de plus belle, se rapprochant dangereusement de votre position. L'Alpha semblait désintéressé par l'affrontement et, avec une lenteur mêlée à une certaine grâce, il tourna les talons en direction des ténèbres.

Yuriy se releva péniblement, comme si son esprit luttait avec son corps, comme s'il tentait de résister à cette force supérieure. En vain. Le militaire, un pas devant l'autre, s'enfonçait à son tour dans l'obscurité du tunnel. Il disparut aussi simplement, aussi rapidement, sans même se retourner ni manifester le moindre intérêt pour le sort funeste qui attendait probablement ses camarades.

Vous êtes désormais paralysés. Plusieurs minutes s'écoulent, les mutants vous encerclent et menacent, mais vous demeurez là, tels des soldats de plomb, semblables aux Pompéiens ou encore aux ombres de souffles nucléaires qui vous entourent encore : vous êtes incapables de vous mouvoir d'un simple centimètre.

Le mystère reste absolu quant aux réelles motivations du mutant : peut-être avait-il cherché, par le biais de visions, d'illusions, à entrer en contact avec vous ? Peut-être espérait-il que vous les interprétiez, afin de deviner ses intentions, et tentiez de communiquer ?
A l'inverse, peut-être cherchait-il simplement à vous piéger, à venger l’annihilation quasi totale de son espèce par vos ainés, une décennie plus tôt ?

Tant que vos semblables continueront d'ouvrir le feu à chaque rencontre, aucun dialogue ne sera probablement jamais établi. Nul ne le saura ; à part peut-être Yuriy ? Peut-être sera-t'il également en mesure de vous renseigner sur l'étendue de la menace qui pèse éventuellement sur vous ?

Il ne vous reste plus qu'à prier le Grand-Ver pour que le Kshatriya revienne sain et sauf de sa petite excursion...



Spoiler:
 
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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Sam 28 Avr - 11:50

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Surnom :: Stena
La voix d’Andreï n’était qu’un grésillement frayé au tumulte de ses tempes. Résister à l’attaque psychique était vain et ne fit qu’ajouter à l’insoutenable pression. Mais la colère, la colère qu’il ressentait était puissante et redoublée d’incompréhension. Le sentiment d’injustice sourdait, agressif. Depuis sa position, il comprit sur le champ ce qui était en train de se passer, avant même qu’il ne sente son corps se mouvoir contre son gré, avec une aisance qui lui était impossible l’instant d’avant.

Lentement, son dos courbe se déploya, bras ballants, et il opéra une volte-face à même le sol, genoux creusant dans la vermine. Au travers de la visière du casque, derrière la gueule du canon, il devinait le regard polaire du stalker et sa rage flocula. Sa visière à lui était relevée et ses yeux brillaient dans la pâle luminescence Tcherenkov. Les ombres, hypnagogiques, dansaient encore sur les parois, en un clignotement d’interférences. C’est ok, Dryukha, Ce n’est pas de ta faute. Quelle ironie. Il allait mourir d’un tir allié, exécuté par son meilleur ami d’enfance. Un rire nerveux resta confiné dans les limites de sa mentalisation, la commissure de ses lèvres tiqua à peine.

Dans son champ de vision périphérique, il aperçut les déplacements fluides de la créature, le kshatriya lui emboitant le pas avec récalcitrance, tel un golem des temps modernes actionnant ses lourds membres hydrauliques. Yuriy était toujours là, enfermé dans sa prison viandeuse, comme eux tous. Son œil roula jusqu’au coin externe de sa paupière, et il ne perdit pas une miette de l’enlèvement, l’esprit hurlant en sourdine. Qu’allait-il faire de lui ? Etait-ce un otage, ou du matériel vivant pour la fabrique de ses chimères ?

L’incompréhension et la stupéfaction ne cédaient pas le terrain à l’acceptation de leur sort. Que voulait cette foutue créature ? Les tenir en joue le temps d’une évac ? Ou les exterminer jusqu’au dernier. Son cerveau rationnel reprenait le contrôle, le coupant des sentiments trop violents, et il pouvait maintenant bien que tardivement, analyser à froid le revirement de situation. Le mutant était un Sombre. Les cynanthropes étaient ses pions, sa progéniture.

L’ectoplasme immatériel était une hallucination collective, reconstitua-t-il en repoussant la folie, le premier déploiement de l’attaque psychique, un hameçonnage. Il avait marché tout droit dans l’embuscade. Un piège. L’attitude menaçante des chimères, les grondements hostiles et l’éclat meurtrier de leurs dents n’avait rien d’une intimidation. Il fallait bien mal connaître les hommes, pour les inviter aux pourparlers avec pareil comité de réception. Une créature psionique capable de prendre le contrôle sur autant de systèmes nerveux en simultané, marionnettiste d’une nouvelle kabbale, léviathan dont les tentacules mentaux s’enroulaient jusqu’aux intentions des soldats, et dans leur cœur même, pour les retourner contre eux... Une telle engeance devait être bien plus avisée. Pourquoi les avoir d’emblée poussés dans leurs derniers retranchements ? Pourquoi l’avoir provoqué jusqu’à déclencher leur système de défense ? A quoi jouait-il ? Etait-ce une forme de sadisme ? Etait-ce un humain abîmé, tout au fond, qui tâtonnait entre le désir de sauver les siens et de venger le monde, détruit par ses mêmes congénères, aimés et hais, auquel un vague souvenir d’appartenance génétique le rattachait, consciemment ou non ?

A la colère d’Alexandre avait succédé un maelstrom d’interrogations, la figure de Diogène en fond, traduisant la remise en question radicale, la dialectique belliciste renversée et marchant sur la tête, illustrée par son arme tombée en bandoulière. Attends ! Interpellation mentale, confusion. Combien de temps s’était écoulé depuis que la silhouette de son ami avait disparu dans le conduit ? Une minute trente tout au plus, qui lui parut une éternité. La tristesse, le regret et le bouleversement, terrible, l’emplirent et il eut l’impression de se noyer en son propre esprit. Etait-ce encore une ruse, ou était-ce seulement lui ? Médusé, seuls ses yeux restaient mobiles, et sa focale d’ambre fossile scanna le terrain, profilant les thérianthropes courroucés au-dessus des carcasses fumantes. La formation en avait abattu six, compta-t-il, et il lui semblait pourtant s’être battu des heures durant. Il ne voyait pas Daniil, ni Marko, probablement agenouillés derrière les sacs : le serbe était blessé.

Viktor et Ranvir étaient en chemin, encore éloignés de la chambre, progressant aux travers des obstacles, mentaux et physiques, particules insignifiantes trompées par l’illusion labyrinthienne. Et Alexandre s'empêcha de prier qu’aucun autre de ses hommes n’arrive sur l’effroyable théâtre des opérations. Il tentait de faire de son esprit, une tabula rasa.
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le Sam 28 Avr - 20:47

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Patronyme :: Nikitovitch
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L'étau se resserra davantage dans son esprit. Andrei avait une forte volonté digne de l'acier, mais la volonté avait ses limites, en présence d'une créature comme le Sombre. L'évolution humaine. La prochaine étape. C'était ce qu'il avait entendu dire. Dieu que cette évolution venait alors avec de sacrés avantages. Mais comment ont-ils pu évoluer de la sorte ? Andrei se le demandait. Surtout vu l'intensité de cette pression mentale sur lui, qui le paralysa alors de ses propres mouvements animés de sa propre volonté. Tout comme le Sombre exerçait un contrôle mental sur les autres Mutants, il animait les mouvements du Russe, dont le canon dérivait lentement vers... Alexandre.

Bordel de merde, avait-il pensé en voyant ce que le Sombre voulait faire.

Du coin de l'œil, il voyait clairement le Sombre partir, mais non sans emporter quelqu'un avec lui. Un des hommes d'Alexandre. Bien qu'en mission, Andrei était souvent émotionnellement en contrôle, il ne pouvait en dire de même pour son pauvre ami qui devait observer un autre homme se faire emmener par les créatures du Métro. L'un ayant été égorgé brutalement, l'autre emporté dans l'obscurité. Et ils étaient toujours encerclés par ces étranges canidés. Il avait espéré une communication. Si vis pacem, para bellum. Cela n'avait pas fonctionné, probablement. Et pourtant, il avait cet étrange espoir d'entretenir une conversation avec l'une de ces créatures un jour prochain.

Mais vu l'échange qu'il y avait eu, il doutait de pouvoir retrouver le Sombre dans des circonstances plus pacifiques. Mais si celui-ci existait... Alors d'autres devaient aussi exister. Il y avait encore une chance. Toujours une chance. Mais il ne pouvait rien faire maintenant, que d'attendre que cette prison disparaisse. Il n'avait peur que d'une chose : ne pas pouvoir bouger au bon moment quand il sera libérer si jamais les Mutants attaque. Ayant pris en compte que ces 'ombres' de souffle nucléaire ne sont que des illusions et ne représentait aucun danger.
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Soldat-infirmier
le Dim 29 Avr - 23:54

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Age :: 30
Patronyme :: Ivanovitch
Surnom ::
Il ne pouvait rien faire de plus, qu'observer en silence. En cet instant, il était bien incapable de se souvenir de qui avait attaqué en premier. Quel était le but de cette manœuvre étrange, de cette scène dérangeante qui se déroulait devant eux ? Sa vision était toujours hautement colorée lorsque le stalker bougea tel un pantin de bois et bien qu'il fût à une proximité relative de celui-ci, il était bien incapable de l'empêcher de prendre position. Une position qui menaçait le lieutenant. L'information fusa à son esprit aussi vite qu'un coup de fouet. Aussi fort qu'un boulet de canon. Mais pas plus que de ses muscles, il ne pouvait user de sa voix.
Il était impuissant, tout comme ses coéquipiers. Et le silence se brisait de nouveau pour laisser entendre les bêtes qui se rapprochaient d'eux. Allaient-ils vraiment mourir ici ?

Lorsque Yuriy s'éloigna, semant le doute quant à cette question dans son esprit, le décor reprit enfin, peu à peu, forme normale. Ainsi ne restait-il plus que les lumières chimiques pour éclairer ce qui semblait les attendre dans les prochaines secondes.
Pourquoi l'emmener de la sorte ? Une partie de lui redoutait le pire ; peut-être que le sort qui lui était réservé, serait bien plus atroce que la mort qui semblait vouloir s'abattre sur eux. Une autre partie lui disait qu'il était bien loin de la vérité, et qu'ils avaient tous, jusque-là, fait fausse route.

Et il ne savait plus quoi espérer. S'ils avaient vraiment fait une erreur, alors la mort de Marko aurait pu être éviter. La réalisation faisait mal. Aussi mal que la possibilité de voir leurs Lieutenant mourir d'un tir fratricide involontaire. Encore, il ne pourrait le sauver si la détente était pressée.
C'était comme si son pire cauchemar se réalisait sous ses yeux ; être là et ne rien pouvoir faire pour sauver ses frères.

Daniil n'avait pas bouger de sa position, bien incapable du moindre mouvement lui aussi. Un avant-bras posé au-dessus de la tête de Marko, une main au flanc de celui-ci, il semblait figé dans le temps entre deux gestes ; comme s'il eût à protéger le serbe d'une explosion et qu'il s'était apprêté à s'en relever. Quel étrange tableau pouvait offrir les quatre kshatriya ?
Il arrivait à en entrevoir un reflet, flou et incomplet, dans la rivière de sang qui s'écoulait de sous le cadavre, dont les infimes gouttes se détachant des chaires en lambeaux, venait un peu plus troubler la netteté. Et poursuivant son chemin, l'hémoglobine venait s'infiltrer au travers les sillons naturels qui creusaient ses mains à nues pour, plus loin, être partiellement absorbé en frôlant quelques plis de son uniforme. Il ne pouvait pas même fermer les yeux du serbe dont l'expression de stupeur se refroidissait au fur et à mesure du temps passant.
Ne rien faire, que laisser son esprit lui renvoyer les derniers instants, les dernières secondes, de celui qui lui avait sauver la vie. En un échange bien injuste.



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le Lun 30 Avr - 20:47
Narrateur
Yuriy suivait aveuglément la cadence imposée par le mutant. L'allure était correcte, le pas régulier et assuré. Lorsque le Sombre posait un pied devant l'autre, le Kshatriya en faisait de même ; lorsque l'Alpha s'arrêtait, humant l'air, anticipant les menaces probables, Yuriy imitait la gestuelle à l'identique. Telle une marionnette de chair, ou un enfant en bas âge reproduisant les gestes et mimiques de son parent, le militaire n'était plus qu'une âme, prisonnière d'une enveloppe matérielle, elle même constituée d'une multitude de cellules allant du tissu épithélial au musculaire, en passant par le tissu nerveux. Une prison de chair, d'os et de sang gouvernée par un être sombre et mystérieux.

Trébuchant sur les racines, se cognant parfois aux parois d'une énième galerie, Yuriy ne pouvait que subir cette obscurité sans fin et laisser son destin entre les mains de cette créature dont il ignorait toujours les intentions. Le sombre, lui, savait parfaitement où aller et parvenait sans mal à se repérer dans ce dédale de couloirs, creusés par une espèce mutante probablement aussi stupéfiante qu'effroyable.

Tout laisse à penser que ces galeries constituent un réseau complet, reliant certains tunnels d'avant-guerre entre eux, ou bien débouchant sur des stations, sur des couloirs de services ou encore des entrepôts, identiques au lieu de massacre dans lequel vous vous trouvez actuellement. Ce labyrinthe de galeries mériterait d'être exploré et cartographié ultérieurement, à condition bien-sûr que vous parveniez à regagner la Cité Lumière sains et saufs...

. . .

L'ouïe et la vue laissèrent bientôt la place à l'odorat. D'abord attiré par l'odeur de la peur, le mutant pénétra progressivement dans la zone intime de Kraïevski, collant son museau contre le nez de l'infirmier et dévoilant ses deux rangées de crocs acérés dans un long filet de bave. Le canidé, prenant conscience que sa proie n'irait nulle part, se laissa séduire par la flaque de sang dans laquelle gisait le serbe, inerte, et se mit à laper de longues secondes. Puis vint le moment inévitable où le liquide ne suffisait plus et où la faim prit le dessus : la bête poussa Kraïevski du museau et planta alors ses crocs dans la viande encore tiède de Marko, terminant de sectionner ce qu'il restait du cou du guerrier serbe ; déchirant puis engloutissant les lambeaux de chair sanguinolente dans un vacarme épouvantable.

Des bruits de pas en provenance de la galerie virent interrompre le repas de la créature, suivis presque aussitôt de rayons de lumière, dansant dans l'obscurité.
La meute est sur ses gardes mais, à travers les faisceaux de lumière jaune de l'équipe de renfort, une lueur d'espoir vous envahit.

Le cauchemar serait-il bientôt terminé ?


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Spoiler:
 
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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Mar 1 Mai - 14:13

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Age :: 32
Patronyme :: Nikitovitch
Surnom :: Stena
La disparition de Yuriy faisait place à une foultitudes de considérations assassines. Le lieutenant n’avait de cesse de profiler du regard les carcasses échouées ou mourantes, ainsi que les créatures aplaties de soumission, révérencieuses envers le Sombre. Alors, le sentiment horrifique qui l’aiguillait insidieusement se porta à son comble, venant le frapper en une réalisation subite. Un coup de barre dans la nuque n’aurait pas été plus violent. Se pouvait-il que ces chimères fussent jadis des humains ? Etait-ce de la clémence, de les avoir délivrés de leur condition de bête, ou était-ce tout bonnement criminel ? Les brahmanes auraient-ils pu les sauver ? Plus que de mourir, il craignait de rencontrer son ami à nouveau et de ne pas le reconnaitre, et de n’être pas reconnu de lui. Que ferait-il alors ? Devrait-il donner l’ordre de tirer, ou attendre et prier que l’assaut ne vînt pas ? S’il ne pouvait se résoudre à renoncer à la vie de Yuriy Igorevitch Gruzdev, son sort était bel et bien le fait de sa responsabilité. Ainsi que celui de Marko Dordevic, qu’il espérait toujours vivant et pas trop amoché.

Par-dessus la barricade de sacs, le canon du KS-23 tremblait en sa direction, comme si le stalker tentait toujours de dévier sa ligne de mire, et le silence surnaturel qui emplissait la salle ne faisait qu’ajouter à l’horreur de la situation. Mais ce n’était pas encore fini, et la mort ne viendrait pas sans que le sort, ou la volonté du Sombre, ne lui inflige un nouveau revers dans sa cruauté de bête humaine. Car l’une des chimères sembla retrouver son autonomie avant les autres, et Alexandre assista à sa longue approche prédatrice, jusqu’à ce que le corps de la créature ne soit masqué à demi derrière la barricade. Le renâclement ronflant de la soufflerie inhumaine, les bruits humides d’un pourléchage et le chuintement d’un poids abruptement poussé au sol. Dans l’épouvante, il comprit ce qui allait se passer avant que ne s’éleve la mastication claquante et gloutonne du cynanthrope. La simple idée était insoutenable, et la pleine conscience de se qui se passait là-derrière, sous les yeux de Kraïevski et de Volkovar, aussi impuissants que lui et aux premières loges du grotesque repas, l’outrage du cadavre d’un frère kshatriya dans la chair duquel se repaissait le monstre, acheva de le dissocier.

Alexandre se mura complètement, le circuit de ses émotions bypassé vers le refoulement et l’oubli, tandis que ses yeux, grands ouverts sous la visière relevée, s’écarquillaient encore un peu plus, en sidération. Finies les tentatives de supplications, finis les injonctions mentales au mutant, la rage, les hurlements blancs, lorsque tout autour s’animaient leurs monstrueux geôliers. Lentement, les créatures reprirent vie, secouant vigoureusement leurs crinières et leurs membres engourdis en poussant force grognements menaçants, et lentement aussi, il sentit la levée du joug sur sa nuque, retrouvant sa liberté de mouvement. Et tout alla très vite. Le starchina Kashirsky et l’artilleur Murugan déboulèrent à l’entrée de la chambre, les faisceaux blancs de leur torche, forant dans l’atmosphère opalescente des bâtons de lumières chimiques, annoncèrent leur présence avant leur percée effective. Un coup partit, lourd et retentissant : le fusil du stalker, pointé en direction de son crâne l’instant d’avant seulement. Le lieutenant se déploya au sol, montagne ébranlée, et leva le bras gauche en l’air, main ouverte, tandis que la kalash glissait sous son épaule droite avec une précision machinique. Les effluves épais de sang brûlé, partout, jusque dans sa bouche même, le faisait suffoquer en dépit du masque qui lui recouvrait le nez.

Le salut des kshatriyas ne tint cette fois qu’à leur discipline endogène : Viktor et Ranvir se retinrent de faire feu, contre leur instinct le plus immédiat, et contre l’urgence de la situation qui les appelaient à porter secours à leurs frères, obtempérant à l’ordre du lieutenant. Le mutant en plein festin avait été projeté hors des barricades, percuté par le tir perce-armure du KS-23, et les autres cynanthropes semblaient mesurer le charnier ambiant. La tension remontait, chacun confiné et cristallisé dans l’instant qui précède l’offensive. Et l’offensive ne vint pas. L’alpha n’était plus là. Les carcasses fumaient, les thérianthropes grondaient au milieu des déchets biologiques et des dégâts conséquents. Le lieutenant n’abaissait toujours pas le bras, retenant les renforts dans l’attente et dans l’appréhension.

Tel un phénomène de marrée, la vague des créatures se retira avec méfiance, à reculons, prête à renflouer au moindre geste suspect. Puis elles s’engouffrèrent stratégiquement dans les deux boyaux, une créature après l’autre, leurs sens aiguisés braqués sur les soldats, vrombissant de colère.

Aussi longtemps qu’il le fallut, Alexandre tint bon. Et alors que de longues secondes s’étaient écoulées suite au repli total des mutants, un malaise vagal le prit, contrecoup du retrait de l’emprise psionique, et de la résistance forcenée qu’il y avait opposé. Il s’affaissa sur lui-même, relâchant toute vigilance, aux prises d’une fournaise métabolique et d’un tourbillon visuel qui n’avait rien à envier aux rébus hallucinatoires du Sombre. Murugan s’était précipité vers les barricades et découvrait au même instant les reste de l’un de ses meilleurs amis, avant de porter secours à Kraïevski, en état de choc lui aussi.

Des bras l’empoignèrent, sous les épaules, et le soulevèrent avec peine ; une voix puissante retentissait dans un crachotis filtré. Il reconnut Kashirsky. Il n’entendit pas ce qu’il lui disait, la sémantique de son propos n’atteignit pas sa conscience jusqu’à ce qu’un déclencheur ne le ramène à l’immanence du présent.
Où est Gruzdev ?  Sa tête partit sur le côté, avec latence, il comprit que quelqu’un lui mettait une claque. Stena ! ou est Yuriy ?!
« Le Sombre, » souffla-t-il, inaudible.
Stena ! Viktor hurlait sous son masque.
« Le Sombre ! » gronda-t-il enfin, vidant l’air de ses poumons avant de prendre une nouvelle, immense, inspiration, « Le Sombre l’a enlevé ! » A son tour, il avait hurlé.

Le lieutenant se dégagea violemment des bras du starchina et bougea en automate, regardant tout autour de lui, prenant pleine mesure du champ de bataille. Plus aucune trace des mutants, hormis les carcasses. Ils ne devaient pas s’attarder, les autres reviendraient chercher leurs morts et c'était aussi pourquoi ils devaient en ramener un avec eux, sans délai. Il se souvint ensuite de s’être lancé dans une entreprise de colmatage, avec l’aide de Viktor, les restes de Marko imprimés sur ses rétines, tandis qu’il hissait les sacs de sable sur ses épaules, de manière à boucher l’entrée des deux boyaux en prévision de l’équipe future qui allait venir récupérer, entre autres, les bonbonnes de gaz. Les sacs de sables ne pouvaient retenir ni même retarder une meute de bêtes, mais le message était clair : opérations humaines en cours, renforts létaux, confrontation impitoyable à éviter.

En état de choc, ses sentiments en stase, réalisant une véritable épochès phénoménale, il voyait Daniil et Andreï, reconnaissait Viktor et Ranvir, devinait Marko, du moins ce qu’il en restait, mais ne ressentait plus rien et agissait de manière purement rationnelle. Il réorganisa l’équipe et annonça la marche à suivre après le chaos, tout en préparant mentalement le rapport qu’il allait devoir rendre, sans répit, dès qu’il remettrait le pied à Arbatskaia. Et bien plus tôt qu’il ne le pensait, car le major Lobachevski tournait comme un lion en cage dans le périmètre de quarantaine instauré à la station, alerté par Karshirsky sur la teneur des phénomènes paranormaux. Car le starchina, lui, n’avait pas attendu pour signaler l’ampleur des anomalies qu’ils avaient rencontré dans la première galerie déjà, lorsqu’il avait raccompagné l’ingénieur à l’orée du monde civilisé. Le Podpolkovnik, le Polkovnik et le Général même, les attendaient de pied levé à l'état major.
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le Mer 2 Mai - 7:29

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Age :: 30 ans
Patronyme :: Nikitovitch
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Sa volonté tentait de reprendre le dessus. La puissance du Sombre n'était aucunement sujette aux moqueries, aux mépris des uns et aux rabaissements des autres. Se souvenant des paroles de son propre paternel, son avertissement. Avait-il réellement vu ce Sombre ? Dans son souvenir, son propre père avait l'air si sûr de soi tout en conservant cette part de conscience traumatisée par tout ce que sa vie de Stalker lui avait pu donner. Andrei l'était, aussi. Il avait vu le pire de l'humain, en traversant parfois certaines stations de bandits en solitaire et dans la discrétion la plus totale. Dieu sait que ce que des humains étaient capables de faire, dans ces endroits sombres et tentaculaires. Et en un sens, il ne pouvait que comprendre pourquoi le Sombre, si tel était le cas, en voulait tant aux humains.

Tuer des Mutants en est une autre. Exterminer une espèce avec l'aide d'une bombe assez puissante en était une autre. Le brun restait, cependant, optimiste. En voyant ce Sombre partir, s'engouffrer dans les ténèbres, il s'était demandé pourquoi, quand l'humanoïde aurait pu les tuer aisément dans cet état, en se salissant aussi bien les mains qu'en envoyant ses chiens de chasse se nourrir. Ce que l'un d'eux fit, vraisemblablement, en usant de Marko comme d'une entrée dans un restaurant, alors que ses copains attendaient leurs plats. Andrei ne réagit aucunement. Non pas qu'il pensait que Marko n'était rien d'autre qu'un simple soldat, mais devenir Stalker incluait aussi de devenir assez rigidifié face aux monstruosités de ce genre. Il n'en restait pas insensible.

Le carcan mental disparut alors soudainement, mais comme quand on sortait de l'eau, il fallait un instant avant que la chaleur du corps ne se fasse réguler. Néanmoins, Andrei, retrouvant sa motricité, plus ou moins, décida de prendre les choses en mains. Tournant alors le plus rapidement possible le canon de son KS-23 vers le Mutant, dont les yeux sombre firent la rencontre du bleu glacé d'Andrei. Elle émit un couinement avant que l'arme ne décide de l'abattre. La créature s'envola littéralement hors de la barricade, poussée par une puissante force destructrice et pénétrante. Andrei se releva ensuite calmement, éjecta la cartouche vide hors de l'arme et tira un coup. Encore. Et encore. Trois autres Mutants dont les muscles étaient tendus pour tenter une attaque furent abattus, mais finalement, les autres décidèrent de fuir, en rampant vers leur trou sombre et poussiéreux, pour suivre leur alpha. Ce Sombre.

Ses oreilles semblaient bourdonner sous l'action. Il était encore sous le choc de cette rencontre. Andrei avait toujours été partagé dans le destin des Sombres. Tout comme l'humanité avait pu résister aux plus grandes catastrophes – tsunamis, tremblements de terre, guerres, maladies, et plus encore -, n'en était-il pas pour autant des créatures et entités du Métro ? La crasse ne s'éliminait pas ainsi, si l'on pouvait inclure les Sombres dans la classe. Si le Sombre était tout sauf amical en ce moment, cela n'excluait pas une communication future. L'image de ses yeux vides et pourtant, réfléchis, revint dans la mémoire d'Andrei. Andrei releva le canon de son arme et surveilla Alex du coin de l'œil qui empilait les sacs aux entrées, avant de tourner son regard aux alentours.

-Ah, voilà...

Andrei s'approcha du cadavre d'un Mutant qui n'était pas, ou tout du moins, trop endommagés pour gâcher l'autopsie des créatures. Andrei en repéra un second et rangea son arme dans son dos, avant d'en entraîner une avec lui. Supportable, mais il demanda de l'aide. L'un des hommes finit finalement par l'aider, alors que le second aussi commençait à être trainer. Mieux en valait deux le plus intact possible.
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Soldat-infirmier
le Mer 2 Mai - 8:38

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Age :: 30
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Bouge
La bête approchait en ligne directe devant lui. Yuriy n'était déjà plus visible depuis un moment.
Bouge
Nez contre nez, incapable de bouger malgré toute la volonté qu'il pouvait avoir, Daniil partageait son air avec la créature, avant que celle-ci ne penche la tête vers Marko, juste sous lui.
Il aurait voulu pouvoir le protéger, même s'il était déjà mort. Et il aurait voulu être sourd, pour ne pas entendre le mutant s'abreuver du sang au sol, alors qu'il avait le visage presque enfoui dans la crinière du canidé et qu'il lui semblait percevoir la douceur de la fourrure noire.
Bouge
Il n'était qu'à un mouvement en trois temps, de la gorge et du cœur de ce mutant. Et pourtant...

L'armée préparait ses soldats à tout mais rien ne pouvait réellement préparer un homme à assister à pareil spectacle. Rien, ne pouvait être dit ou fait, dans le but d'amoindrir l'impact qu'un tel évènement pouvait avoir sur un Homme.
C'était comme si le temps s'arrêtait, comme si la bête avait ralenti ses gestes pour lui faire correctement entendre chaque tissu se déchirant les uns des autres. Chaque muscles cédant à la pression. Chaque os se rompant sous les crocs de l'animal. Et la tête fût détachée du corps, libérée de la gorge qui venait d'être engloutis tel un amuse-gueule auquel l'on apporte que très peu de considération.
Personne ne verrait ses yeux s'humidifiant sous le choc que subissait son esprit. Incapable d'accepter la cruelle vérité. Car en entamant son repli, la bête toujours contre lui, vint à déplacer son casque et il en sentit le poil passer à son visage, juste avant de perdre l'équilibre, poussé par l'imposante musculature de l'animal.

Le temps n'était plus linéaire. Il était fait de rebonds et de flash d'un passé qui ne l'était que depuis quelques secondes ; ajoutant à la confusion du medic. Avant même de comprendre qu'il venait de retrouver une certaine motricité, tout ce qu'il sut, c'était que son visage était à découvert et qu'il cherchait à s'aérer malgré l'absence de vent. Son visage était en sueur, crût-il sans comprendre d'avantage que le stalker venait de tirer sur la créature, l'assourdissant temporairement de par la proximité de la déflagration et la puissance de celle-ci.
Ça n'était pas de la sueur.

Lorsque Murugan arriva derrière la barricade, Daniil était encore sur le côté, le regard rivé sur le corps décapité de Marko et il crut devenir fou, lorsque le serbe lui parla. Mais Murugan se dessina à sa vue, et son cerveau sembla reconnecter quelques neurones vitaux. Avec l'aide de celui-ci, il entama de se redresser lentement puis les mains de l'autre à ses épaules, tentèrent de le mettre sur ses deux pieds. Un fin claquement retentit entre eux deux lorsque le revers de sa propre main, rencontra l'avant-bras de Murugan pour le contrer.

Il refusa de se lever, laissant l'instinct le mouvoir à son gré et le rapprocher du corps sans vie pour entreprendre ensuite d'ouvrir son matériel. Hors de question de laisser Marko ici et encore moins dans cet état. Les gestes étaient mécaniques et chaque intervention visant à le faire stopper, rencontrerais une violente réaction de sa part sans qu'il ne décroche un seul mot.
D'abord, il fit un pansement compressif là où la gorge dévorée ne laissait plus qu'une plaie béante entre deux épaules ; ramenant les chaires en lambeaux vers l'intérieure et sans égards pour ses mains toujours à nue, avant d'y apposer les bandes et de les faire tenir solidement en place.

Puis il chercha du regard, la tête qui avait roulée et dont les doubles rangés de crocs avaient abîmé la mâchoire et une bonne partie inférieure du visage. Était-ce gaspiller du matériel, d'ainsi l'utiliser ? Il n'y réfléchissait pas.
Ce n'est qu'une fois les deux parties correctement pansées et son matériel rangé -gants récupérés dans la manœuvre-, qu'il se redressa lourdement, emportant le corps entre ses bras et la tête recouverte, reposant sur le ventre de celui-ci ; prêt à repartir sans plus de cérémonie. La main ferme de Murugan à son épaule, le retint néanmoins sur place.

Il vit alors le lieutenant affairé à empiler des sacs avec l'aide de Viktor et le stalker essayant de rassembler deux carcasses. Murugan le dépassa, marchant en direction de Volkovar.
Il rabaissa le regard sur le cadavre qu'il portait, fixant un point indéterminé dans l'amas de bandage exécuté, et en vint à se demander comment il expliquerait ce qui c'était passé, alors que lui-même ignorait exactement ce dont il avait été victime et qui était la cause directe à la mort de leurs frères kshatriya.



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