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Discontinuité de Mohorovičić
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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Mer 28 Fév - 17:38

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Age :: 32
Patronyme :: Nikitovitch
Surnom :: Stena
3:30 am à l’heure de Polis

Des relents de combustibles et de fioul renflouent l'odorat du Lieutenant. Sans ralentir sa course, il remonte son cache nez sur sa figure, la chaleur de son souffle en retour s’ajoutant à celle de l’effort. Thermodynamique imparfaite de l’exercice physique, prétexte de ronde pour sentinelle en repos. Les dockers réguliers le reconnaissent, quelques tranchants de mains se lèvent rapidement, imitant un salut martial. De loin, Alexandre Nikitovitch leur répond d’un bref hochement de tête, un sourire crispé couvert par le tissu qui masque la moitié de son visage. La boucle du parcours, un parmi tant d’autres, alignait deux douzaines de kilomètres sans qu’il n’ait à arpenter au-delà du quart Sud-Est de l’Anneau. Et sans avoir besoin de revenir sur ses pas.

Il remarqua de nouvelles têtes parmi les hommes de Krasnopresnenskaya et ne chercha pas à s’attarder, s’éloignant rapidement du poste de garde. L'un des types le héla. Une fois, puis deux. Alexandre s’arrêta, fit volteface et alla à leur rencontre en courant tranquillement. Lorsqu’ils réalisèrent la taille de l’engin qui leur venait dessus, les deux mercenaires de la Hanse se mirent sur la défensive. Cliquetis familier du fusil bercé dans le creux du coude, sursaut métallique accompagné d’une déferlante d’adrénaline.
« Hey, » gronda-t-il sous son cowl kaki, s’immobilisant à deux mètres face aux nerveux. Il déclina son identité avant que les deux autres aient la présence d’esprit de la lui demander. « Lieutenant Prokhorenko, Polis. »
D’un geste ample, il tira sur l’étoffe et découvrit le tatouage de sa caste. Il ne portait qu’un polo de combat en tissu technique anthracite, à manches longues, et un treillis neutre de toute appartenance dont la couleur devait jadis avoir été noire, rentré dans une paire d’invariables godillots militaires dont le cuir passé, maintenant couleur de bronze, était strié de fissures. Si le moulant de son polo ne laissait aucun doute quant au port d’une arme autre que sa propre carrure, il en allait autrement de sa ceinture tactique et de son pantalon de combat.
Les deux mercenaires se consultèrent d’un regard éclair et l’ainé s’approcha peinardement, la cinquantaine bien sonnée.
« Salutations, mon lieutenant, » égrena-t-il d’une voix rauque, le ton courageusement moqueur, « pourquoi qu’vous n’passeriez pas la frontière pour aller voir ce qu’y a d’neuf, hein ? » Un rictus incertain soutenait le propos du mercenaire. « Tariq Seijdiu », ajouta-t-il, de mauvaise grâce. Un accent marqué, kosovar ou albanais, ponctuait sa prononciation.

Tariq Seijdu, se répéta-t-il mentalement en observant le visage basané du mercenaire. Pouvait être vrai, pouvait être faux. Mais il n’avait aucune envie de bavarder. La taxe de passage était élevée, l’une des plus chère du Métro ; et quitter la sphère d'influence de Polis n’entrait pas dans ses intentions. Au contraire, une intime conviction, irrationnelle, le poussait à se remettre en route au plus vite.
« J’ai d’autres plan, fils de Seijd. Une prochaine fois, » dit-il dans un calme plat, sa stature imposante souplement relâchée. Le large pectoral du lieutenant se soulevait lentement, son rythme cardiaque déjà régulé. Nulle menace n’émanait de sa voix, son regard d’ambre fossile était illisible, et ce qu’il s’en dégageait en paraissait d’autant plus dangereux.
« OK, Leïtenant, » éructa l’homme, « faite bonne route. » L’albanais fit demi-tour en entrainant son cadet d’un coup de coude dans le biceps, manquant de lui faire perdre prise sur son fusil. Alexandre sourcilla devant le tableau improbable.
Peut-être venait-il de se faire un nouvel ami, ou de susciter un intérêt chez un immigré qui n’était pas encore familiarisé avec les figures récurrentes dans l’orbite de son nouveau détachement. Mais ces trente secondes écoulées n’étaient pas perdues : le lieutenant constituait son propre recensement de population. Il jeta un dernier regard sur le poste de douane et l’ensemble des baraquements administratifs qui traversaient les quais, puis se remit à courir en direction Nord-Est, maintenu dans une vitesse de croisière paisible de 16km/h.

4:15 am à l’heure de Polis

Des routines inconscientes guidaient sa course, inexorablement, tandis qu’il ruminait l’organisation de la journée à venir. Ses foulées le portèrent en un lieu chargé d’affects résiduels. Loin au-dessus, en surface, s’étendaient les restes de la Mansion On Volhonka, au luxe éventré, joyau perdu de la Bolshoy Znamenskiy Lane. Son souffle s’échappait maintenant en bouffées blanches bien qu’il ne souffrît pas du changement de température. Un couloir d’air froid coupa sa progression, au mépris des lois de la dynamique des flux, attirant enfin son attention. Puis il se souvint.

C’était ici, ou plutôt là derrière en intra, à une centaine de mètres de l’issue colmatée, qu’Andreï et lui éradiquaient une meute de nosalis, trois semaines plus tôt. Mauvaise formulation, essaie encore, s’admonesta-t-il mentalement. La faille avait depuis été bouchée, le boyau creusé par les bêtes, rempli de poly-mortier. L’étanchéité était à revoir. A moins que… Il arrêta sa course et se mit à tourner en rond, les mains sur les hanches, le menton baissé dans son cache nez, pensif et vigilant.
Ce jour-là, il avait pris son ami en filature, refusant de le laisser seul en dépit des imprécations répétées à son encontre, le suivant tout droit dans une galerie non balisée. Pour y mourir.
Depuis, Alexandre avait maudit mille fois le moment où il l’avait encouragé à aller inviter cette fille à danser. Il l’avait littéralement poussé dans ses bras. Bon dieu, j’t’ai dit d’aller la brancher, pas de l’épouser ni d’lui faire un foutu gosse ! Quelque part il se sentait responsable de tout. Lâche. Son métabolisme ralentissait et la froidure commençait à le gagner, un long frisson térébrant lui traversa les reins. Il serra la mâchoire et se contracta tout entier. Puis il décida d’aller inspecter le colmatage de plus près. Le filet d’air froid provenait d’une autre sortie, il devait la trouver.

Des flashes mnésiques apparaissaient à sa conscience immédiate, malvenus. Il se revit dévaler dans le conduit sombre, le tapage sourd des taupes mutantes résonnant contre les parois et de leur cris suraigus, horripilants, qui n’étaient autre qu’une faculté d’écholocation. Andrei ne les canardait plus, ses chargeurs vidés. La vision de son ami se laissant tomber à genoux devant les créatures défiantes. Rincées par la létalité du sergent, elles hésitaient à se jeter sur lui, piétinant les cadavres de leurs congénères. Et lorsque l’absence de combativité d’Andreï flattait leurs horribles naseaux, elles s’étaient amassées avant de charger de conserve, tel un mascaret de chair immonde prêt à s’effondrer. Pour rencontrer les balles d’Alexandre qui, sifflet en bouche, désorientait l’audition sensible des monstres. Il sifflait et tirait tout en progressant vers son ami, la lampe-torche ajustée au-dessus de son arme, la crosse d’alliage acier en position repliée. Les rescapées firent demi-tour dans une clameur épouvantable, semblables au monstre Thypheus exhalant ses haleines fétides aux enfers. Andreï ne réagissait pas, catatonique, ayant déjà quitté le monde des vivants. Alors Alexandre l’avait hissé sur son épaule, supportant la pesanteur musculeuse du Sergent. Le plus costaud des deux, il dépassait Andreï d’une dizaine de centimètres. Il entamait ensuite un retrait à reculons, dirigeant le rais de lumière et le canon meurtrier vers les profondeurs de la galerie, jusqu’à s’en extraire. Il ne s’était arrêté qu’après avoir déterminé une zone sécuritaire, à une centaine de mètres en direction des voies civilisées de la station, et avait déposé son ami. Il se souvint l’avoir giflé pour le faire sortir de sa torpeur. Et de l’en avoir sorti avec brio.

Tout en laissant le flot d’engrammes l’envahir, il balayait la paroi murale avec les deux mains, lentement, à la recherche d’une porosité quelconque, situant la brèche colmatée à une trentaine de mètres sur sa gauche. L’écho lointain des activités humaines industrielles lui parvenait, cacophonie fantomatique ponctuée de frappes métalliques et de ventilations mécaniques. La cartographie des colonnes d’aération devait être régulièrement remaniée. Une grimace subreptice étira la commissure de ses lèvres, il étouffa un grognement, ne pouvant empêcher la scène de défiler jusqu’à la lie, tel un phosphène imprimé sur ses rétines. Il revoyait Andreï qui s’était bel et bien réveillé, aussi désespéré que furieux. Après l’effondrement du socle de son existence, une colère tellurique explosait, tectonique d’une psyché en détresse. Qu’il eût besoin de frapper ou de détruire allait du pareil au même, la douleur devait être trop grande, incommensurable. Alexandre avait évité le premier coup de poing, lourd, lancé tel un boulet de canon au bout d’une chaine, l’équilibre d’Andreï encore mal assuré. Et très vite, l’échange s’intensifiait, les attaques de son ami à la fois luminiques et libératrices. Il l’évitait, parait ou encaissait les coups qui ne visaient pas d’organe vital en gainant, couvrant l’essentiel et sans jamais lui rendre la pareille. Mais de même que la douleur, l’énergie ne semblait pas quitter son ami, dévorante. Dryukha ! avait-il grondé, dans une expiration sèche et sans rompre la cadence effrénée de l’échange, Stop ! Mais sa voix ne l’atteignait pas.

Puis ce fut à son tour d’être en colère, gagné par l’adrénaline et la culpabilité, la testostérone et la jalousie, et finalement, par la détresse de son meilleur ami. Qu’Andreï se laisse abattre pour une femme lui était intolérable. Une étrangère, une pièce rapportée à leur trinôme insécable. Une autre famille. Il aurait été le parrain de Natalya, l’enfant eût-elle vécu. Mais leur famille n’était-elle pas Polis, et l’humanité entière ? Quel égoïsme de se dévouer à quelqu’un en particulier ! Ils n’en avaient pas le droit, ils étaient des ksatriyas ! Mais Alexandre avait parfaitement conscience de sa mauvaise foi et ne pouvait se maintenir dans l’illusion. Le choc mat des jointures qui tapaient sèchement dans sa garde ou contre ses abdominaux latéraux, les granulés de béton qu’éjectaient leurs déplacements martiaux. La rage autodestructrice qui animait son ami et leurs souffles mêlés dans l’étreinte agressive, saccadés par les accélérations des attaques, perdus dans un combat sans finalité.
Quelque chose finit par cliquer en lui, quelque chose d’impitoyable et de soudain, et il en voulu à Andreï. L’espace d’un bref instant. Il lui en voulu d’avoir trahi leur amitié, d’être tombé amoureux, d’être détruit. Et le coup partit, fulgurant dans la garde adverse pour toucher cible et s’écraser contre la mâchoire de son meilleur ami. Ils s’étaient souvent battus, enfants, adolescents et adultes, mais c’était la première fois qu’il y mettait l’intention. Et avec l’intention, la portée et la puissance de la force de frappe de celui qui était surnommé Stena. Mais Andreï était massif, son col solide résista et il n’eût pas la tête arrachée. Autrement, il aurait trouvé sa fin au contact du poing d'Alexandre.

Tous deux en furent aussi choqué l’un que l’autre, ce qui mit fin à l’altercation en les rappelant à l’ordre et au drame du présent. Alexandre avait instamment bondi en arrière, souple et leste dans ses mouvements, tel un retour de fouet, l’air médusé. Il haletait tout en regardant sa main, large, les articulations toujours enroulées d’une bande de vieux cuir. Puis il avait relevé les yeux sur Andreï, son regard ambré à la fois écarquillé et étréci de stupéfaction, mais il avait détourné la tête avant de croiser le bleu acier en contre bas. Il se vit reculer, engourdi, l’impression de marcher sur un sol mouvant, et faire maladroitement demi-tour, avant de fuir au pas de course jusqu’au premier poste de garde.
De là, ses hommes l’avaient reconnu, lui permettant de se remettre en fonction avec soulagement. Il se souvint de leur avoir livré un topo complet sur la meute de nosalis et la brèche critique, d’avoir mentionné la présence du Sergent Volkovar à proximité de la galerie. Il avait ensuite ordonné la venue d’une équipe d’ingénieurs et désigné une formation sur le tas, pour aller immédiatement surveiller l’endroit. Et c’était ainsi qu’il replongeait tête la première dans le devoir inépuisable, jusqu’à ne plus rien ressentir d’aussi désagréablement intime, et jusqu’à redevenir lui-même.

Il n’avait pas recroisé Andreï depuis lors, sinon à distance, dans l’incessant balai militaire de Polis. Et l’avant-veille, un colporteur sous gage lui apprenait le retour d’Anna.
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le Mar 6 Mar - 6:02

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Age :: 30 ans
Patronyme :: Nikitovitch
Surnom ::
-Andrei ? Hey, Andrei !

Ses oreilles bourdonnaient. Tout semblait flou devant lui, et la fatigue étirait monstrueusement ses traits, lui donnant l'air d'un vieillard fatigué depuis bien des années de ce que la vie pouvait lui offrir. Un long et éternel combat pour la survie de l'individu dans les Métros moscovites. Depuis qu'il sut marcher, Andrei avait été soumis aux exigences de son père concernant son apprentissage pour pouvoir survivre dans le Métro. Survivre. Apprendre. Exécuter. C'était ainsi dans son métier de soldat aussi, quand il intégra la caste des guerriers pour l'Humanité, ainsi que ses années parmi les Stalkers. Survivre, encore et encore, continuellement. Vivre ? Comment vivre quand en un instant, les stations pouvaient subir un assaut de Mutants ou de bandits ?

Même parmi les stations représentant l'espoir de l'Humanité en raison de son savoir et des ressources qu'elles possédaient, la mort rodait, comme un serpent, mordant les pauvres âmes égarées et crachant son venin qui tuerait lentement ceux qui seront sur son chemin. Andrei s'était toujours assuré d'une chose : qu'il ne perdrait jamais de vue dans le monde auquel il vivait, qui était un énorme champ de bataille. Mais le soleil avait fait son apparition, une lueur réconfortante et apaisante dans cet univers.

-Andrei !

De retour vers la réalité, le Russe releva son regard vers un collègue de travail avec lequel il s'était assis pour le déjeuner du matin dans une cafétéria aménagée pour les guerriers et les recrues. L'homme avait une mine quelque peu surprise avec de l'appréhension dans son regard. Un jeune homme qui se montrait souvent gentil en présence de Volkovar, pour une raison qu'il ne savait pas.

-Je... Ça va ? Tu m'as l'air sérieusement patraque. Mais, Andrei !

Andrei s'était levé. Il n'avait eu aucunement faim. Une douleur sourde tiraillait sa conscience et c'est ainsi qu'il quittait son pauvre déjeuner et son compagnon de table pour rejoindre l'armurerie et prendre ce dont il avait besoin. Son équipement d'habitude pour le combat, fusil a pompe et Dragunov inclut, ainsi que son pistolet. Munitions préparées, il quitta ainsi l'armurerie. Ignorant le regard de certains hommes qui le hélait ou qui se retournait sur son passage, marchant avec une posture rigide. Il ne sut plus où il était allé ensuite, répliquant de manière sèche envers ceux qui avait insister de l'appeler. Tout oublier. C'était ce qu'il voulait, tout oublier, ne serait-ce que pour une heure. Quand il reprit une plus claire conscience de ce qu'il faisait, il s'était trouvé devant un tunnel dont il n'avait jamais eu vent de son existence.


Ce qui l'avait attiré était l'abysse. Ce qu'elle y renfermait, plus précisément. Des mutants, dont il avait entendu les cris, grognements et bruits de pas si reconnaissable. Alors que d'autre auraient fuit... Il s'était contenté d'avancer, en sachant pertinemment qu'une meute de plusieurs individus l'attendrait en bas. Descente d'escalier, trouvaille ensuite faite : un tunnel creusé par une bande de Nosalis. Andrei ne s'y était pas totalement enfoncé. Il avait tiré un coup dans l'air, et avait reculer de plusieurs pas, attendant. Au bout d'un instant, de nombreux petits yeux brillants dans le noir apparurent et les membres musclés des créatures sortirent. Ils voyaient l'intrus. Un beau morceau de viande. Les coups partirent. Encore. Encore. Son Dragunov avait été le premier vide de chargeur, alors il changea pour son fusil à pompe. Quand celui-ci fut vidé, il avait alors recours au pistolet.

Son soleil avait disparu. Il avait replongé dans l'épaisse obscurité qu'étaient les Métros, et était convaincu que plus rien ne valait la peine de se battre. Alors, sur ses genoux, il attendit la mort. Il n'avait plus foi en l'Humanité. Ni en lui. Ni en sa force. Sauf quelqu'un. Alexandre fut celui qui s'était débarrasser des derniers mutants qui allaient le tuer, et qui l'avait ramener. Une claque. La réalité. Cette même obscurité. Une rage incommensurable. Combien de coups avait-il donné ? Il n'aurait su. Tout ce qu'il savait était qu'il voulait déverser sa rage de vivre, sa haine. Il avait hurlé sa peine, insulté Alexandra de bien des noms, de bien des façons.

Décrire sa douleur ? Sa rage ? Son état émotionnel ? Il existait des mots pour les gens ayant perdu leurs femmes, leurs parents... Mais existait-il des mots capable de décrire un homme ayant perdu non seulement sa femme... Mais aussi son enfant ? La douleur était en soi indescriptible, tant elle était profonde.

Un coup sec, une douleur sourde, se propageant dans tout son corps. Un déclic dans la réalité. Un échange de coups qui s'était avéré bien plus significatif pour lui que pour Alexandre. Il en avait été surpris. Il en avait été enragé. Il en avait été triste. Il avait été bien des choses. Mais le temps avait passé... Andrei, bien qu'encore fragile en son for intérieur, s'était rebâti son habituel mur de glace et de pierre froide comme jamais, dans son regard d'un bleu glacé, dans ses habitudes de Stalker, de plus en plus risquées. Il n'avait plus jamais recroisé Alexandre, sinon dans de rares occasions, bien qu'il ne lui rendait que rarement un regard quelconque, mais toujours froid et perçant. Une protection efficace, pour que sa forteresse mentale reprenne une reconstruction de plus en plus lente, aidée de par les habitudes qu'il a.

Le devoir, toujours le devoir, Volkovar se faisant remarquer de par l'énergie qu'il possède habituellement lorsqu'il s'agissait de devoir exécuter une tâche ou un objectif, quelle qu'elle soit. Un digne représentant de la caste des soldats de Polis.

Errant dans les couloirs lors d'une permission qui lui avait été accordée, permission qu'il utiliserait pour se réfugier en lisant un des livres qu'il avait ramenés de la surface récemment, Andrei se permettait un jour de repos. Un des rares qu'il pouvait prendre vraiment, et qu'il ne se permettait que lorsqu'il se sentait exténuer. Qu'il n'avait pas envie de faire quelque chose.  

Il percuta soudainement quelqu’un, et pendant un bref instant, le temps semblait se figer. Ce géant, ce regard, cette allure, cette posture. Une brève seconde qui sembla être une heure, son regard perçant était dardée dans celui du colosse, puis reprit sa route. Il aurait pu ainsi finir sa journée dans son coin, avec un livre en main. Mais dans le Métro… Tout peut arriver. Une soudaine commotion et un petit rassemblement attirèrent soudainement son attention. Rangeant son livre dans sa poche arrière, le Russe, les yeux plissés, rejoignit l’attroupement de civils et de quelques marchands dans une station.

-j’vous jure que je l’ai vu ! Elle était grosse comme ça et on dirait qu’elle n’était pas seule !

-Il se passe quoi ? Dit Andrei en rejoignant la petite foule.

-O-On a vu une ombre qui rôdait pas loin ! Elle n'était pas seule ! Fit le marchand qui avait raconter ce qu'il avait vu, les yeux écarquillés. Ils étaient peut-être deux ou trois !

-Tu peux me la décrire, l'ombre ?

-Je peux pas, mais je sais juste qu'elle était pas humaine...

À peine allait-il se retourner que le Russe rencontra du regard... Alexandre. Son regard se durcit et observa un moment l'homme avant de commencer sur un ton purement professionnel.

-Tu veux aller voir ?
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Lieutenant-instructeur, chef de section du Bastion Vympel
le Mar 6 Mar - 22:16

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Age :: 32
Patronyme :: Nikitovitch
Surnom :: Stena
Un marquage en croix d’une cinquantaine de centimètres, tracé à l’aide d’un bout de plâtre blanc, détonnait sur la paroi en aggloméré carbone. Face au mur, le lieutenant regardait son œuvre pariétale, pas tout à fait convaincu. Ça fera l’affaire, décida-t-il, songeant à envoyer un ingénieur dès que possible. Il se remit en route vers 4:20 AM, à distance de huit kilomètres de Smolenskaya-la-marbrée.
La place marchande était en pleine installation lorsqu’il y parvint, vingt-minutes plus tard, à la recherche de l’étal de l’iranien chez qui il se ravitaillait en eau potable. Le vieil homme aperçut le militaire et le salua avec effervescence, s’empressant de verser un quart de litre d’eau dans un verre gradué qu’il lui tendit aussitôt.
« A combien on est Shahed ? » lui demanda-t-il, rayonnant, sa peau mate colorée de l’effort de pointe. Le paquet de balles standard qu’il avait apporté deux mois plus tôt lui vaudrait encore quelques verres d’eau, entre autres fournitures et produits de base.
« Na, c’est bon, c’est bon, » se plaignit le vieil homme, tout en secouant ses mains maigres devant lui pour le chasser. Alexandre rigola, manquant d’avaler de travers, et poursuivit le jeu des conventions, le timbre de sa voix rayé par une quinte de toux :
« Je suis sérieux, Shahed, t’es le témoin, j’ai pas de mémoire, tu sais bien ! » Il se retourna vélocement pour éviter le coup de torchon que lui portait le marchand, pas dupe, en faisant mine d’éviter le terrible assaut. Et il percuta quelqu’un.
« Déso… » . Il parut se cristalliser en miroir du sergent, bouche entrouverte sur l’excuse avortée, accusant de plein fouet le regard polaire en contrebas. Un tir d’acier, une munition givrante décochée en plein coffre. Le laps de temps lui parut une éternité, prisonnier d’un chronon anentropique rythmé par le seul martellement de son cœur, tandis que le brouhaha souterrain s’atténuait en un grésillement lointain.
« W’haq rabbi Leïtenant ! »

Puis ce fut tout. Andreï poursuivit son chemin et Alexandre se frotta machinalement la machoire, avant d’enfoncer pouce et index dans ses orbites, en un massage oculaire salutaire. Lorsqu’il rouvrit les yeux, des mouches noires voletaient dans son champ de vision, superposées à l’attroupement qui venait de se former. « Vais voir ça de plus près, » annonça-t-il à l’iranien en prenant congé. Le vieil homme lui lança un regard empli de suspicion et éructa un proverbe arabe à son attention, délaissant insolitement son accent pour l’occasion : « Ce que tu ne veux pas laisser savoir à ton ennemi, ne le dis pas à ton ami ». Alexandre s’arrêta dans l’élan et amorça une longue volteface, relevant les avant-bras pour prendre les concavités ivoires ternies du plafond à témoin, en un geste d’incompréhension théâtral. Il livra un regard lourd de reproche au marchand, et un méchant sourire tordit ses commissures, plein de fausses promesses. Tu sais Shahed, je t’aime mon vieux, mais boucle-la. Le facétieux commerçant parti d’un grand rire sec et le regarda s’éloigner, les yeux brillants, peu concerné par l’agitation de la place.

Vigilant, le lieutenant s’était rapproché de l’attroupement pendant que le stalker questionnait le témoin. Il observait les visages des personnes qui entouraient le marchand effrayé, leurs expressions alarmées ou perplexes, leur gestuelle, la manière dont ils considéraient le ksatriya et la manière dont ils s’adressaient à lui, ainsi que le soulagement qui se lisait déjà chez certains. Il entra dans le champ d’Andreï et l’accrocha du regard à la première occasion, exempt de gêne. Un regard héliodore, aux tons chauds, qui se fossilisait instamment sur sa cible, telle l’ambre protectrice enrobant un spécimen prisé. C’est réel, semblait-il dire à son ami, entré dans une routine d’analyse qui était une seconde nature pour tous deux. Le comportement des civils ne dénotait rien de suspect et Alexandre écartait l’hypothèse d’un piège.

« Tu veux aller voir ? »
Sans l’ombre d’une hésitation et sans le décrocher du regard, il acquiesça d’un hochement de tête affirmé. D’un coup de menton discret il lui désigna le binôme de patrouilleur qui arrivait sur les lieux. Pas trop tôt, songea-t-il, presque mécontent. Il jeta un nouveau coup d’œil à Andreï, bref et entendu, avant d’interpeler la patrouille.
« Hey ! Soldats ! » tonna-t-il au travers de la foule grandissante, à grand renfort de gestes. Ils arrivèrent au trot, fusils d’assaut plaqués contre leur abdomen, canon dirigé vers le bas.
« Mon lieutenant, sergent, » les saluèrent-il de concert, sans mystère sur l’identité des gradés qui leur faisaient face.

N’importe quel ksatriya pouvait, à la désignation expresse d’un supérieur, endosser la fonction de RTO, sigle désuet qui désignait autrefois radiotéléphone opérateur et qui ne signifiait rien d’autre aujourd’hui que messager. Alexandre plongea un regard grave et chargé d’intensité dans les yeux des deux hommes tout en posant spontanément la main sur l’épaule du plus jeune. Il n’en fallait pas plus pour que n’importe qui se sente soudain investi d’une mission divine. Sous son commandement, tuer un rat pouvait se révéler aussi gratifiant qu’assiéger un repère de mutants. Et avec l’afflux de familles de migrants dépenaillés qui cherchaient un refuge temporaire à Polis depuis la levée des blocus, le charisme du lieutenant sur un peloton de guerriers d’élite irrités par les opérations civiles n’était pas un luxe.

Il articula avec discrétion une série de consignes au désigné RTO et fit un pas en arrière, ferme et rigide.
« Répétez, » ordonna-t-il en murmurant, pas moins énergique pour autant.
« Poste Sud-Ouest 1C. Détacher quatre hommes armés. Smolenskaya, niveau 5 – menace possible et témoin. Rapport base, » scanda-t-il avec aplomb, sans lever la voix. Prokhorenko hocha la tête, satisfait. Il ne réquisitionna pas leurs AKM bien que le code militaire le lui permît. Une intuition infinitésimale l’en prévint : par les temps qui courraient, mieux valait ne pas dépouiller le coursier du pouvoir de dissuasion que représentait une arme automatique, face aux mouvements de foule.
« Repos. » Le messager partit au pas de course et le second soldat alla se charger de défaire le rassemblement de curieux. Il resterait sur les lieux pour orienter l’unité envoyée en renfort.

Après avoir franchi les derniers mètres qui le séparaient d’Andreï, Alexandre posa la main sur le holster passé à sa ceinture tactique. Le Marakov semi-auto de calibre 9x18, huit balles au chargeur, devra être à la hauteur, il ne pouvait en aller autrement. Il le dégaina, actionna la glissière et enclancha la goupille de désarmement, avant de se tourner vers le stalker, une préoccupation silencieuse dans les yeux et sans équivoque possible. Equipement ? Aucun des deux n’était en fonction à ce moment-là. Alexandre prenait du service dans trois heures.
« Simple reco, heh ?, » ajouta-t-il aussitôt sur un ton à demi-interrogatif, tout en extirpant sa lampe torche, prêt à partir. C’était une façon de questionner les intentions du sergent, et de définir l’objectif en une mission officieuse de reconnaissance.

D’un accord tacite qui n’avait jamais été verbalisé entre eux, et en dépit de leur différence de grades, Prokhorenko suivrait le lead de Volkovar. Parce que son ami était un stalker, un chasseur. Il l’avait probablement toujours été, aussi loin qu’il se souvînt, et jusqu’à l’enfance même. Andreï était doté d’un instinct de tueur. Or, mettre à profit un élément de cette trempe avec un maximum d’efficience était une partie du boulot d’Alexandre. A un moment indéterminé, il se surprit à le scruter d’un regard sans intensité affective, un regard derrière lequel se déroulait une séquence d’analyses probabilistes, sa machinerie militaire lancée à plein régime. Soit, un moment foutrement reposant et quasi normal en compagnie du blizzard bleu.

La direction indiquée par le témoin les mènerait plus au sud vers la Hanse. Un couloir balisé les attendait, à partir duquel partaient plusieurs tunnels de service étroits et obscurs. Au-dessus, un ensemble de conduits d’aération par endroits suffisamment large pour laisser ramper un adulte de taille moyenne. A une soixantaine de mètres en surface se trouvaient les ruines soufflées de Babel, un établissement chic qui accueillait jadis la crème des ordures capitalistes de Moscou, autrement dit, du grand banditisme. Des caves et caches, situées entre vingt et trente mètres de profondeur, constituaient une véritable base souterraine pour la bonne marche des affaires, à ce jour inexplorées et inconnues des métroïdes.
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le Mer 7 Mar - 6:58

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Tout pouvait arriver dans le Métro, même parmi les plus sécuritaires et les plus mieux équipées des Stations de celles-ci. En soi, le genre d'événement présent n'aurait aucunement perturbé Andrei. Il était comme beaucoup le savait, aussi bien qu'en Polis que parmi les Stalkers, quelqu'un qui allait souvent dans la surface pour y récupérer certaines choses que certaines personnes voudraient pour un bon prix, et quand il s'agissait de s'y mettre, Andrei n'avait que peu d'égaux sur ce sujet. La volonté de réussir était présente en lui, et n'acceptait rarement l'échec. Des Démons ? Avec son Dragunov, il avait pu s'en charger, bien caché dans un tas de débris ou dans un quelconque bus éventré et recouvert de fougère.

Les Mutants ? Ça le parlait. Son KS-23 s'était chargé de plus d'une Nosalis qui avait tenter d'enfoncer leurs crocs dans la chair d'Andrei pour se nourrir de son corps et de ses entrailles, mais chacun d'entre eux avait finit en passoire malgré leur peau qui faisait office d'armure. Son pistolet, en revanche, s'était toujours chargé des humains un peu trop désespérés ou attirer par l'appât du gain qu'il représentait. Un Stalker bien équipé. Mais qu'en était de ces marchands ? Voir ceux-ci débarquer ne lui était aucunement inconnu. Ce qui avait attirer son attention était l'intensité de leur réaction. Qu'avaient-ils vu exactement ?

Alexandre était d'accord avec lui. Ce n'était pas un traquenard pour bandits ou pire. Comme il s'y était attendu, le grand brun s'était montrer toujours aussi impressionnant de par sa stature que par le ton de sa voix quand il s'agissait de donner des ordres, alors qu'un petit duo de patrouilleurs avaient observé Alexandre comme s'il s'était un dieu de la guerre quelconque. Le grand brun s'était approcher d'Andrei et sortit son arme, et le Russe en fit aussi avec son pistolet, transportant avec lui deux chargeurs en cas de besoin. Le chargeant, se débarrassant du cran de sûreté, avec des mouvements fluides. Portant aussi sa lampe de poche qu'il avait d'accrocher sur son poitrail.

-Tu appelles ça une reconnaissance ? J'appelle ça une balade du dimanche.

Sur ces mots, le Russe et le Colosse suivirent les indications des marchands, et bientôt, Andrei avait une aura plus différente. Celle d'un prédateur entrant en terrain inconnu, griffes et crocs prêts pour taillader, avec un sang-froid peu commun. Le bruit de leurs pas se répercuta en écho, et le bruit de la population s'estompa à mesure qu'ils s'éloignaient pour s'enfoncer dans les ténèbres. Aider de sa lampe de poche, ainsi que celle d'Alexandre, ils s'orientèrent plus facilement, évitant les quelques débris sur le chemin. Son cœur battait lentement.

-Tout ce qui n'est pas humain, ou ne semble pas l'être, devra être abattu. S'ils sont plus que trois, on court. On est pas équipés proprement, mais si on n'est pas des pieds pour ce qui est de viser proprement, on aura une chance de s'en sortir.  
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le Mer 7 Mar - 11:21

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« Sémantique, » précisa-t-il en retour, amusé par la réponse viscérale du stalker. Certaines choses ne changeaient pas. Et tel un cytosquelette aux filaments indestructibles, la colère d’Andreï se resserrait étroitement autour de ses blessures, gelant et glacifiant la vie qui s’en échappait, pour cryogéniser son cœur et le mettre en stase. Le géant flairait les progrès de résilience de son ami sans se l’être consciemment formulé. Sa vigilance était focalisée dans leur environnement immédiat et prochain, et sa trame perceptuelle était entièrement déployée dans l’anticipation d’un contact indéterminé.

A l’annonce de la version du chasseur, le protecteur fut mieux avisé que de lui faire réviser son plan. Andreï venait tout bonnement de contredire sa recommandation, partant pour engager le contact avec l’ennemi, le cas échéant. A nouveau, Alexandre perdit un sourire subreptice dans un bref mouvement de tête négatif. Parce qu’il n’était nullement surpris. Au contraire, le voilà même rassuré : le jour où ils s’accorderaient explicitement sur une marche à suivre signifierait que l’un des deux est incapacité ou mort.

Prudemment, et sur un ton neutre au possible, Alexandre précisa toutefois : « Hostilité manifeste seulement. » De nombreux migrants désœuvrés tentaient d’entrer clandestinement à Polis et se retrouvaient parfois coincés dans l'entonnoir d'un couloir d’aération, ou derrière une paroi renforcée contre laquelle un outillage rudimentaire ne parvenait à venir à bout. Le désespoir rendait certain d’entre eux agressifs et, acculés dans leurs derniers retranchements, la rage et les nerfs étaient tout ce qui leur permettaient de tenir debout et d’avancer. Andreï devait être familier avec le phénomène.

Il le suivait à distance de deux mètres cinquante, en ailier à 5h sur sa droite. Le cône de lumière de sa lampe torche, croisée et calée sur son poignet d’arme, balisait le couloir à l’antipode de l’éclairage de son ami : à eux deux, ils couvraient le passage et leur visibilité était sécuritaire. Eventuellement, l’écho de leur progression se réduisit. Stena, dans toute la massivité de sa stature, était une créature de combat, souple et claquant lorsqu’il le fallait, au pas rapide et alerte. Aucun d’eux n’entendait l’autre respirer mais Alexandre avait l’intime sensation d’être en synchronisation, une impression reptilienne qui se diffusait à un niveau quasi cellulaire, inconscient.

Rapidement, ils s’enfoncèrent dans le dédale de conduits tout en restant, jusqu’à présent, sur les passages officieusement recensés et cartographié par la caste militaire. Sans aller jusqu’à pouvoir se diriger les yeux fermés, l’ainé savait jusqu’ici parfaitement dans quel quadrillage et quelle galerie numérotée leur binôme évoluait.

Des cliquetis ondins, et autant d’infimes vaguelettes concentriques, dans l’eau tremblante des flaques sales. L’ébranlement civilisationnel venait s’y répercuter sans effaroucher les rats, et la présence humaine dans toute sa banalité, ne les effrayaient pas. Pourtant, il n’entendait nul couinement strident ni feulement hostile. Les locataires de l’obscurité se taisaient, tapis dans les recoins, dérangés dans leurs basses routines survivalistes. Il jugea inutile d’en avertir Andreï car il savait que son ami le remarquait aussi. Il ralentit la cadence de sa progression, comme branché sur le système nerveux du chasseur, l’intention de couper les feux afin de plonger leur patrouille dans le noir, quelques instants, et dans le plus parfait silence.
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le Jeu 15 Mar - 19:26
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Silence et obscurité.

Deux notions familières à tous les êtres vagabondant dans les profondeurs de l'ancienne mégapole moscovite.

L'humain avait une fois de plus évolué, délaissant cette fois-ci la chaleur et la luminosité de l'astre solaire au profit de la noirceur et de l'humidité des souterrains.
L'humain, au même titre que les rongeurs, avait su apprivoiser ces ténèbres : il avait su s'adapter et survivre.

Pourtant, assimilé par ces ténèbres opaques, ce silence de mort aurait sapé l'arrogance et la fougue du plus téméraire des soldats. Un silence en apparence si sacré, à tel point que même les rongeurs n'auraient osé le perturber. L'Homme superstitieux aurait volontiers rebroussé chemin, devinant sans peine qu'il se trouvait actuellement sur le seuil d'un domaine, auquel il n'était ni convié, ni toléré.
Un secteur dépourvu de raison, de lumière, ou encore de justice.

Peu avant d'éteindre votre lampe, vous réussissez à distinguer une ombre. Une forme dont vous avez déjà oublié les contours. Cependant, vous êtes persuadés d'avoir vu quelque chose : ou tout du moins, d'avoir senti quelque chose. Comme un courant d'air glacé, transperçant vos muscles et vos chairs. Comme une légère brise caressant votre peau, ayant pour réaction la contraction de vos muscles horripilateurs. Oui, vous avez bien la chair de poule. Et la nausée.

Serez-vous assez fous pour profaner ce lieu, pour déchirer cette tranquillité ? Oserez-vous vous aventurer dans ce dédale de couloirs, à la recherche de cette ombre mystérieuse ?

Ou bien choisirez-vous la solution de facilité : prendrez-vous vos jambes à votre cou, comme les couards que vous êtes probablement...?

L'êtes-vous ?








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le Ven 16 Mar - 5:01

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En tant que Stalker, Andrei avait l'habitude de travailler en solitaire ou bien en petit groupe, et au vu de la fonction qu'il occupe dans la section des guerriers de Polis, le Russe avait l'habitude de bien des choses. Des compagnons quelque peu bruyants avec un air un peu stupide, des gens sérieux et silencieux, une variété de personnalités durant toutes les années au sein de la caste militaire. Mais jamais il n'avait changé – ou tout du moins, de manière importantes – son attitude et ses habitudes lors d'une quelconque patrouille ou une mission quelconque. Sérieux, silencieux, consciencieux, penseur. Calme. Son visage était de pierre.

Hostilité seulement. La réplique d'Alex le laissa pensive un instant. Qu'est-ce qui n'était pas hostile dans ce métro ? Dans ces longs tunnels serpentant sous la ville de Moscou, rongés par les Mutants comme les Nosalis, les Charognards, les Démons... Une variété de machines d'extermination de l'Humain. Les rats étaient même dangereux quand ils sont rassemblés ensemble. Et quand il y avait peu de gens. Quand la faim poussait ces vermines aux pires actes, le cannibalisme, comme le meurtre sur autrui. Mais il se trouvait en compagnie d'Alexandre. Quelqu'un d'expérience comme lui et qui avait un certain vécu.

Mais toute l'expérience du monde et du plus solide des gaillards n'aurait suffit pour prédire ce qui allait arriver.

Le silence. Un élément inquiétant. Imposant. Omniprésent. Beaucoup trop. On entendait rien. Hormis que leurs bruits de pas. Vint cette chose. La définir ?

Une ombre. Une ombre parmi les ombres dans cet abysse dévorant. Pendant un instant, Andrei pensait qu'il allait appuyer sur la détente de son arme, mais le Russe se ravisa. Elle avait disparu. Et c'était ce qui l'inquiétait. Il ressentit cette nausée inhabituelle, cette infection qui se propageait dans son corps et son esprit. La peur. De l'appréhension. Une quinzaine de secondes en silence, maintenant la lampe allumée, puis il jeta un regard par-dessus son épaule. Pénétrant, comme un éclat de glace, une lance froide.

'Aucun mouvement brusque... Fuis au moindre souci et ne regarde pas en arrière'

Le regard d'Andrei en disait long sur ce qu'il pensait, surtout en compagnie d'Alexandre. Il aurait voulu rebrousser le chemin pour s'éloigner de cette atmosphère malsaine qui avait pris soudain possession des lieux, et le Russe ne s'en serait pas voulu. Mais quelque chose lui disait... D'aller voir ce qui s'est passé.

Andrei baissa son arme légèrement, mais ses muscles se tendaient en cas de mauvaises surprises d'une présence physique et hostile qui l'attaquerait, et ainsi, lèverait son arme au bon moment pour essayer d'abattre l'adversaire. Mais ce qu'il avait vu... Non. Il devait s'en assurer. Le grand brun avança alors, mais avec un rythme bien plus lent, et posait prudemment ses pieds au sol pour ne pas... Pour ne pas quoi ? Provoquer ce qui se cachait dans ces lieux ? Le brun s'avançait encore lentement, sa lampe éclairant le sol devant lui. Andrei avait une bonne vision, mais il voulait s'assurer de ne pas marcher sur un débris quelconque.
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le Ven 16 Mar - 12:40

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Son souffle s’étendit loin au-devant, tel un tourbillon de fumerolles blancs dans le cône de lumière, tandis qu’un long frisson lui hérissait l’échine. Il sentit la froidure le gagner soudain jusqu’à l’os, alors qu’en son esprit montait la confusion, aussi surement que la nausée depuis son estomac. En état second de prédation, son attention nanométrique venait pourtant de lui jouer un tour : avait-il remarqué ou non cette silhouette sombre et informe avant d’éteindre sa lampe ? Etait-ce même une silhouette, ou hien l’ombre fluctuante d’un débris, projeté contre la paroi irrégulière de la galerie ? Une sorte de terreur spirituelle le pris au collet : il était conscient d’une irruption de l’irrationnel, d’une faille injustifiable dans sa concentration. Il ralluma instamment.

Parfaitement immobile, il entra en apnée, et le martellement de son cœur, qu’il sentait depuis sa poitrine et jusqu’à ses oreilles, ralentit. Le rais de lumière tremblotait dans l’obscurité. Parce que sa main tremblait. Ni humain, ni mutant, pas plus qu’animal, jugea-t-il dans une sorte de terreur objective, immatériel. Aucun bruit de pas ne s’était fait entendre, aucun déplacement d’air ne s’était fait sentir. Toutes les histoires fantastiques les plus effroyables qui étoffaient le folklore du monde souterrain se bousculèrent aux portes de son esprit, pour passer au tamis de sa raison.

Il expira longuement et sans un bruit, avec l’impression d’avoir retenu son souffle des heures durant. Principe d’indétermination, se répéta-t-il mentalement, un objet qui ne peut être ni précisément localisé, ni avoir une énergie précisément définie. Gödel, non, Heisenberg. Où était-il allé pécher ces notions ? Ça n’avait pas la moindre importance, du moment qu’elles contenaient la panique au plus profond de lui. Dmitri, Sevastiana, et bien d’autres encore. Non, ce n’était pas le moment, se reprit-il enfin. Les fantômes n’existaient que dans le cœur de ceux qui leur refusaient les adieux. Alexandre n’avait pas de fantôme à conjurer, les siens étaient bel et bien vivants, incarnés et tangibles.

Quelques secondes seulement venaient de s’écouler. Ils devaient faire demi-tour, songea-t-il, tout de suite, et ensemble. Les suspects n’étaient pas dans cette galerie. Alexandre en avait l’intime conviction, sans pouvoir le justifier.
Il anticipa autant qu’il appréhenda l’intention d’Andreï, accusant aussitôt son regard polaire, trait d’argent planté dans l’or mouvant. Fuis. S’en aller et le laisser seul. Une mimique animale agressive lui tint lieu de sourire, farouche, et ses yeux flamboyèrent. Pas même dans tes rêves.

L’adrénaline déferla, les neurohormones d’attaques inondèrent son métabolisme et le réchauffèrent. Il lui avait suffi de flairer la peur chez son ami pour le sortir de sa propre torpeur congelée. Andreï, s’inquiétant pour lui. Il était pourtant loin, le gamin crasseux aux longues boucles sombres, loin derrière une haute muraille de muscles et de sang-froid. Les renforts devaient être en route, leur périmètre de localisation avait été donné. Si des clandestins avaient effectivement arpentés ces galeries, ils seraient cueillis à l’arrivée par le groupe de soldats envoyés. L’alerte lancée par le lieutenant était de niveau 5. Rien de vivant ne passerait. Ou rien ne passerait vivant.

Alexandre baissa sa lampe torche et son Marakov, tenant la portée de la lumière et des tirs aussi basse que possible. Puis il emboita le pas au stalker, qui avançait en éclaireur, lentement. Pour visibilité immédiate, le sol. Et la présence de son ami, spectrale, tel un astre froid dans la noirceur du conduit.
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le Sam 17 Mar - 18:38
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Manifestation surnaturelle d'une personne décédée, ou bien hallucination visuelle collective ?

Prenant leur courage -ou leur inconscience ?- à pleines mains, nos deux protagonistes ont décidé d’ignorer les signes présents en ce lieu malsain et de continuer à arpenter la galerie, tenus par leurs obligations professionnelles ou encore, rongés par la curiosité.

La vision de cette forme semblant traverser vos chairs vous laisse face au doute quant à ses origines ; et c’est lorsque votre lampe se met soudainement à clignoter que ce même doute laisse finalement place aux nombreuses croyances populaires. Peut-être même, personnelles. En proie à la peur et à la superstition, votre esprit semble vouloir délaisser tout raisonnement cartésien au profit du surnaturel. Les témoignages, les rumeurs et autres récits concernant ces apparitions se bousculent désormais dans votre tête :

« Tantôt, ils ont l’apparence parfaite de la vie, tantôt ils sont transparents et nuageux comme des ombres… » ; « Souvent, ils naissent à l’improviste et se résolvent en vapeur, en passant à travers les murs et les portes closes. » ; « Tantôt ils marchent, tantôt ils sont comme suspendus dans l’air. »

Tous ces témoignages concordent en certains points, ce qui tend à les rendre plausibles. Presque toujours : un vague sentiment d’horreur, la sensation d’une présence, coïncidant avec un souffle glacé. Presque toujours, ces apparitions semblent être totalement indifférentes aux personnes vivantes qui sont là à les observer.

Et si tout cela s’avérait finalement véridique ? Et si tous ces hommes et ces femmes, traités de fous et laissés pour compte avaient tout simplement eu raison ? Tous s’accordaient pourtant sur un point : « Ne faites pas de geste brusque, respectez leur repos. Et surtout, si vous les suivez, faites-le à vos risques et périls. »

Il arrive cependant que le défunt manifeste lui-même son mécontentement et menace l'intrus de l'amener à le rejoindre. L’apparition peut donc, dans ce cas précis, être le signe prémonitoire d’un futur décès.

Sera-t-il question du votre ?

Le faisceau de votre lampe croise finalement le regard vide d’un homme assis au sol, adossé contre la paroi de la galerie. Son teint est livide et son pouls inexistant. Ses yeux sont écarquillés, comme s’il avait été surpris par la mort. Devez-vous y voir un signe supplémentaire, ou est-ce là une simple coïncidence ?

Vous n’avez pas le temps de vous poser la question. Un cri strident vient de retentir à quelques mètres et vous retombez nez à nez avec l’apparition. Cette fois-ci, vous avez clairement vu quelque chose. Elle disparait une fois de plus et se retrouve hors de votre portée. (Libre à chaque personnage d’interpréter la forme et l’apparence de l’ombre à sa façon, selon votre BG ou vos envies respectives !)


La suite des évènements est laissée entre vos mains, et entre celles du destin. L’un de vous devra lancer un D20. Vous posterez ensuite chacun votre tour en fonction du résultat et du barème ci-dessous, tout en gardant votre ordre de départ. Bonne chance !

Barème:
 





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le Sam 17 Mar - 22:23

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le Sam 17 Mar - 22:23
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Le membre 'Andrei Volkovar' a effectué l'action suivante : Lancer de dés


'D20' : 18
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le Dim 18 Mar - 5:23

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Se plonger dans l'inconnu, parmi ces ténèbres, étaient tout aussi risqués que de vouloir se frayer un chemin parmi des Mutants endormis, Nosalis ou Charognards. Le grand Russe se plongeait dans la pénombre, la lumière de sa lampe et celle d'Alex illuminant le sol devant eux, mais n'osait pas relever son arme. En tant que Stalker qui avait voyager dans une grande partie du Métro et sur la surface de Moscou, il avait été témoin de nombreuses choses. D'histoires qu'il aurait entendues de plusieurs personnes, et ce, depuis son enfance, sur des événements étranges et paranormaux.

C'est dans ces ténèbres que sont nées les plus grandes terreurs de l'homme, coincé sous terre. La peur de l'étroitesse, de ce que peut révéler l'abysse, était chose commune parmi toute la population humaine. Les suicidaires y disparaissaient. Andrei avait peur. Mais cette peur était comme une lance qui essayait de pénétrer une armure de chevalier en plate. Armure faite de son expérience de vie, son caractère d'acier, son regard glacé, tout ce qui faisait d'Andrei. L'on ne pouvait vaincre la peur. Ni la dominer. L'on ne pouvait qu'y résister. Cette notion est importante. Son devoir était de vérifier ce qui se passait, excusant ainsi sa... Curiosité quelque peu suicidaire. Devant l'incompréhension, l'humain se montrait curieux. Voulant comprendre ce qui se trouvait devant lui.

Alexandre le suivait-il par devoir, par sentiment en son égard ou par curiosité aussi ? Le fait était qu'il le suivait. Et Andrei l'en remercierait probablement plus tard. Une soudaine halte de mouvement, alors que son arme était pointée sur le corps d'un homme. En poursuivant ce qu'était cette ombre, le Russe avait tout juste remarquer ce qui, vraisemblablement, était le corps d'un homme mort... Les yeux plongés dans la stupéfaction. Une terreur sans nom. C'était ce qui emplissait son être, mais il résistait malgré les coups lancinants de son cœur sur sa poitrine. La lampe clignotait, celle d'Alex aussi.

Un cri puissant, et il braqua son arme sur... Sevastianna. Son aimée. Qui se tenait la, devant lui. Mais la décrire ? Il la revoyait si bien... Sa chevelure, son apparence, son style vestimentaire. Mais que voir ? Son visage... Celui d'Andrei était figé dans une terreur sans nom, comme celle de l'homme. Elle n'avait de visage que cette bouche d'où s'écoulait du sang lentement, et ses yeux ? Du néant. Comme s'ils n'avaient jamais existés, malgré la présence d'orbite, un regard dans l'abysse, dans la noirceur. Elle tendait la main vers lui, et il restait figé.

Mais il referma lentement la bouche, puis eut un air plus que féroce. Non, ce n'était pas possible. Andrei secoua grandement sa tête, et remarquait finalement... Qu'il avait de plus en plus de mal pour respirer. Le monde tanguait devant lui, et l'ombre disparaissait. Des étoiles dansaient dans ses yeux, comme un kaléidoscope, et le Russe se disait que quelque chose ne tournait pas rond.

-Alex... Il faut...

Il tenta de reculer, mais tombait pour n'être que rattraper par son ami, pris alors de faiblesse. Il respirait lourdement, sourdement, mais gardait bien son arme en main. Des étoiles dansaient de plus en plus devant ses yeux... Grognements, respirations. Mais quand il put respirer un air davantage plus pur, il reprit alors un grand souffle. Sur ses genoux au sol, il avait l'air pale, mais il avait une lueur bien claire dans son regard.

-Sergent Volkovar, que s'est-il passé !?

La troupe d'hommes armés vinrent finalement peu après, dans des pas bruyants et lourds. Le Russe tourna alors sur eux son regard bleu et les hommes ne bougèrent plus, attendant leurs ordres.

-Que l'un d'entre vous retourner au poste de garde pour avertir les autorités de la toxicité de ce passage ! Quelque chose s'y trouve et je ne pense pas que cela soit une bonne idée de laisser ce lieu non explorer. Qu'ils fassent venir des ingénieurs et quelques masques à gaz avec des filtres et quelques autres hommes armés. Il y a aussi un corps dedans. Peut-être un des nôtres. On y entrera quand on aura les masques et les filtres.

L'un d'eux partit prestement faire ce qu'Andrei voulait dire. Il était intimidant, malgré sa position, et avait une lueur féroce dans son regard. Mais... Il restait secouer de cette expérience, malgré tout, et se frottait souvent les yeux avec ses doigts.

-Moi qui pensais que ce ne serait qu'une balade du dimanche...
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le Dim 18 Mar - 14:05

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L’excitation dissipa l’engourdissement et l’adrénaline repoussa les élans nauséeux, préparant ses membres vigoureux à la confrontation, quelle qu’en soit la forme. Malheureusement, le lieutenant ne pousserait pas sa vaillance bien loin. Les émanations toxiques altéraient ses perceptions et entamaient sa résistance de plus belle.

Alexandre était un pragmatique, son esprit avait été modelé sur les écrits sociobiologiques de Kropotkine et la science-fiction dure de Kim Stanley Robinson. Descartes-même n’était pour lui suffisamment cartésien, puisque dualiste. Pourtant, ses arrières routines analytiques, baignées de catécholamines, faillirent à déceler une quelconque anomalie d’origine physique. Les frontières de leur univers s’arrêtaient au silence blanc, alarmant, bercé d'une atmosphère imbitable. Rien ne leur indiquait une fuite de contaminant volatil, pas même un fin filet d’air pressurisé, sinon leurs réactions physiologiques, évidentes à rebours. Or, une quarantaine de minutes plus tôt, Prokhorenko s’était trouvé sous la Bolshoy Znamenskiy, un courant froid sur le visage qui, obéissant à la mécanique des flux, l’avertissait d’une anomalie. Il serait forcé d’avouer plus tard que rien de tel ne s’était manifesté ce coup-ci. Il accepterait le blâme sans que le doute n’ait cessé de le tarauder.

Bien en deçà de la peur, la surprise était le plus grand ennemi, répétait-il en session de combat rapproché. Vous devez piéger votre adversaire, choisir à sa place la manière dont il va vous attaquer. Maitriser les paramètres du champ de bataille et décider des prochains mouvements de l’ennemi. Sauf que le présent ennemi, intangible et furtif, était tel qu’il n’en avait jamais rencontré dans les conduits. Et pourtant, il avait parcouru maints passages inconnus et dévalé autant de boyaux éphémères, qui parfois se refermaient à mi-profondeur, entre son balisage provisoire et l’arrivée des ingénieurs. En cet instant, il venait de perdre l’avantage.

Alexandre ne pouvait laisser son ami poursuivre seul dans les tunnels labyrinthiques, pas après les conditions de leur dernière rencontre, désagréablement familières. Il préférait le perdre de nouveau à une femme, irrémédiablement, dusse-t-il ne plus jamais le revoir, que de le savoir mort ou d’avoir manqué à le protéger lorsque le danger était imminent. D’autant qu’il le connaissait par cœur : le sergent n’en ferait qu’à sa tête, même s’il lui ordonnait de faire demi-tour, en tant que supérieur hiérarchique. C’était pourquoi ils n’officiaient pas dans la même section. Bastion Vympel était le bataillon d’Alexandre, avec une quarantaine de ksatriyas répartis en quatre unités sous son commandement, relayés par huit sergents aux avancements divers. Son autorité était incontestable, ses hommes le reverraient tant pour ses succès militaires que pour son charisme de leader. Andreï y était étranger et devait toujours le percevoir, quelque part au fond de lui, comme le gamin timide et maltraité de leur enfance. C’était du moins ce que pensait le colosse, qui n’était pour tout ce qui le touchait de près, pas la meilleure des références.

Leur duo avait progressé de quelques dizaines de mètres, lorsque le faisceau de sa lampe balaya la silhouette, recroquevillée. Alexandre la localisa à deux heures sur sa droite et à cinq sur celle d’Andreï. Il eut à peine le temps de produire une photographie mentale de la situation. Son métabolisme aguerri se soumettait au stress avec toute l’expérience dont il bénéficiait, incrustée jusqu’au niveau cellulaire. Sa musculature entière se tendit, subrepticement, tandis qu’il aspirait une bouffée d’air aussi sèche que succincte entre ses lèvres. Et le monde se mit à tourner. Costaud, il parvient à ne pas flancher en dépit de la raréfaction de l’oxygène et de la prolifération de gaz toxiques. Empoisonnement, songea-t-il lucidement pour la première fois, tandis qu’il croisait la focale d’acier de son ami, dirigée sur l’élément suspect. Un cadavre prostré, son effroi immortalisé dans le trépas. Il ne douta pas un seul instant de l’existence du défunt. Les visages clignotaient dans l’éclairage faiblard et fluctuant, la pâleur de leur épiderme, livide de terreur ou plâtré de mort, les entouraient comme un halo bioluminescent.

Le martellement cardiaque s’amplifiait à ses tempes, d’une force telle que son environnement en paraissait ébranlé, en proie à quelques vibrations d’infrabasses surpuissantes. Lorsqu’un cri aussi suraigu que soudain lui fendit les tympans. La fréquence, si haute, acheva de le désorienter. Il vacilla, se reprit lestement et fit un pas, lourd, vers Andrei qui venait de lui tourner le dos, l’arme pointée vers le néant. Plus rien ne comptait sinon l’évacuation de son partenaire, son univers immédiat venait de se réduire à leur survie. Alexandre ne voyait rien de défini, sinon une distorsion concentrique, qui semblait déformer l’air comme sous l’effet d’une forte production de chaleur. Il cligna des yeux, sa vision se brouilla et son instinct, reptilien, lui hurla encore une fois de foutre le camp. Tout de suite. Machinalement, il brossa du pouce la goupille de désarmement et rengaina son arme, avant d’atteindre l'éclaireur. Andreï était sidéré en position d’attaque, pareil à un Thésée surpris par Méduse. Au moment où il lui empoignait l’intérieur du coude, quitte à le trainer de force s’il s’entêtait, celui-ci l’interpella, retrouvant brièvement ses esprits, avant de s'effondrer.
Oui, il le faut, lui avait-il répondu sans qu’aucun son ne franchisse la barrière ses lèvres.

Alexandre se fléchit pour le rattraper à temps, ses bras solidement passés sous les épaules d'Andreï. Il le ceintura d’une étreinte ferme et se redressa péniblement, une partie de ses forces sapées par les toxines. Ses pensées perdaient toute sémantique, son esprit n’était plus qu’une succession de lumières rouges et d’alarmes tonitruantes. Il fit passer le bras du stalker autour de sa nuque et le chargea contre lui, signant la fin de l’effort dans un grondement étouffé. De sa main gauche, il tenait la lampe et le poignet d’Andreï, qui pendait par-dessus son épaule. Son bras droit était passé autour de la taille de son ami. Si une quelconque créature venait à les attaquer, ils étaient foutus. Il avait conscience d’être intoxiqué, le sol et l’horizon étroit bougeaient vertigineusement, se rapprochant et s’éloignant de lui, instables. Il avait également conscience d’avancer, son équilibre bousculé de coups de béliers formidables, comme si quelque chose tentait de défoncer les parois de la galerie et de son esprit dans le même procès. A moins qu’il ne s’agisse de l’écho assourdissant de ses propres pas, ses déplacements pesants n’ayant plus rien de furtif. La respiration difficile d'Andreï, l’odeur de son cuir chevelu, sa tête brune reposant contre sa mâchoire. Une violente sensation de déjà-vu le traversa.
Mais cette-fois ci, Andreï avait tenté de faire demi-tour. Il s’était battu contre l’appel des abysses. Dans la confusion et l’égarement mental, Alexandre songea à couper les ponts pour de bon dès qu’ils se seraient tirés d’affaire, pour son propre bien.

En réalité, quarante minutes s’étaient écoulées depuis le moment où ils empruntaient le premier passage cartographié et l’instant où les faisceaux de trois lampes-torches balayèrent leur figure, à une centaine de mètres de la première issue. Alexandre plissa les yeux et gronda, tournant brusquement la tête pour se protéger de la lumière violente. Une migraine ophtalmique terrassante succéda à la nausée. Disciplinés, les soldats dépêchés depuis le poste SO-1C évitèrent de l’assaillir de questions, se contentant d’abord de lui demander s’il y avait d’autres hommes à l’intérieur. « Un cadavre, » croassa-t-il tandis que deux ksatriyas tentaient de le dégager du poids d’Andreï. Celui-ci reprenait conscience. Avec latence, il réalisa qu’il n’avait pas desserré son étreinte, et le libéra d’un soudain, vaguement embarrassé, au milieu d’un maelstrom de considérations prioritaires. L’oxygénation irriguait de nouveau son cerveau. L’un des soldats le soutenait également, tandis qu’ils se dirigeaient vers la sortie, et il s’en dégagea à son tour, montagne de fierté entourée de hautes murailles.

Il se souviendrait ensuite d’avoir fourni un rapport concis pendant que le groupe rejoignait l’artère qui débouchait sur la place principale de Smolenskaya-la-marbrée.
« Isolez la zone, pas de civils sur 50m à la ronde. Envoyez du contingent pour surveiller la place. » Ses consignes partaient comme des coups de vieux fusil à pompe. Il avait des haut-le-cœur, l’envie de vomir revenait par moment. Vais être malade, putain, songea-t-il en toute lucidité. Il faisait de son mieux pour n’en rien montrer, l’air d’un ours mal léché, grogui au possible. Une fois n’étant pas coutume. Il s’éloigna alors du groupe pour aller respirer, sans entrave, l’impression d’étouffer en dépit du grand espace, ouvert et ventilé. Il était près de six heures du matin à l’heure de Polis. Pendant ce temps, le sergent Volkovar prenait la relève des opérations face aux six soldats, le RTO était revenu avec le détachement demandé par le lieutenant.

Le caporal jeta un coup d’œil dans la direction de Stena qui faisait les cent pas. Il l’attrapa au vol et hocha la tête, un regard intense en réponse. Oui, faites exactement comme il vous dira, semblait-il confirmer. Les guerriers ksatriyas de Polis était de loin la caste qui obéissait à la hiérarchie la plus rigide de Moscou. Court-circuiter l’autorité du commandement sous le nez de son représentant direct s’apparentait à de la trahison. Et c’était pourquoi son meilleur ami d’enfance et lui-même ne pouvaient opérer au sein d’une même section.

Lorsque le rassemblement s’éparpilla, tous ayant reçu leurs ordres, Alexandre revint vers Andreï. Il se plaça côte à côte et croisa les bras, faisant mine d’observer l’agitation du marché d’un air détaché. Il aperçut le vieil iranien, devant son étal, son œil brillant sous ses sourcils blancs, fiché sur lui. Il tourna à peine la tête devant le constat rhétorique de son ami.
« Qu’est-ce que tu as vu, là-bas, » lui demanda-t-il sans pression, le timbre de sa voix, bas et enroué. Ce n’est qu’à ce moment qu’il déporta son regard d’ambre mordorée sur lui, prêt à fossiliser la première micro expression qui se formerait sur son visage.
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le Mar 20 Mar - 4:41

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Le souffle rauque et la tête encore dans les vapes, l'esprit embrouillé, le cœur battant la chamade dans sa poitrine. Il efforçait de maintenir son visage le plus neutre possible afin de ne pas laisser cette peur s'introduire dans le reste de ses remparts comme un serpent qui rampait en laissant sur son passage un sillage de mauvais souvenirs, d'émotions refoulés, de cette folie qui aurait pu le prendre en ayant vu l'apparition de sa femme. Il était un Stalker chevronné. Andrei avait une bonne dizaine d'années d'expérience en lui, une excellente maîtrise de l'arme longue distance qu'était son Dragunov ou tout autre fusil de précision du genre. Mais pourtant, lui qui avait vécu et côtoyer près de la mort, même danser, il ne pouvait s'empêcher de revoir encore et encore cette apparition.

Son passé le hantait chaque jour. Chaque heure. Chaque minute. Chaque seconde. Chaque instant. Dans la plus sombre des nuits ou dans la plus monochrome et froide des journées en surface, il est poursuivi par le spectre de Sevastiana, cette si belle femme. La plus belle qu'il n'ait jamais vue. Son regard d'acier, son doux sourire, ses longs cheveux noirs. Mais l'abysse avait remplacer ses belles orbes, sa bouche était grande ouverte, ses cheveux sales, et du sang maculait son corps. Plongé dans un autre monde, Andrei en fut sorti soudainement lorsqu'Alexandre s'adressa à lui.

Lentement, comme une sorte de jouet ou de machine, Andrei tourna sa tête, et son regard vers son meilleur ami d'enfance. Il répondit, au bout d'une dizaine de seconde, sans changer son expression facial.

-Quelqu'un que nous n'aurions pas aimé voir dans cet état.
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le Mar 20 Mar - 16:28

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Qu’ils n’aient pu réaliser la situation à temps le laissait perplexe. Nombreux étaient les signes avant-coureurs d’une contamination aux gaz toxiques, signes qu’ils avaient irrémissiblement loupés. Le mal de crâne qui l'avait assiégé avec les faisceaux des lampes torches était en train de s’étendre, parti pour durer. Sa gorge était irritée, ses yeux le brulaient. L’ambre héliodore de ses prunelles, noyée dans une constellation de vaisseaux éclatés, donnait à son regard une lueur démente. D’ailleurs, il doutait de sa santé mentale : la terreur sourde, l’air frigorifiant, les interférences magnétiques et le dysfonctionnement de leurs lampes torches ne trouvaient jusqu'à présent aucune explication plausible.

Tout s'éclaircirait de manière rationnelle et physicaliste, s’en persuadait-il, oscillant entre raison et réaction épidermique. Et cette étonnante distorsion visuelle apparue dans un cri, vortex perceptuel ouvert devant eux, tel un trou noir aspirant les corps célestes vers les chutes infinies de son horizon d’évènement. Ainsi lui était apparu Andreï, figé dans un instant d'indicible horreur, dont il fut encore une fois l’unique témoin, condamné à observer son ami s'échapper vers quelques dimensions inaccessibles et de lui seul connues. Alexandre comprit qu’ils n’avaient pas vu la même chose. Il n’existait rien de tel qu’une hallucination consensuelle, sauf peut-être l’historique et défunte démocratie occidentale.

De longues secondes s’écoulèrent, secondes pendant lesquelles il eut tout le loisir d’observer son ami. Un masque de glace taillé à la serpe, ses yeux polaires irrités par le poison volatil, paraissant de vif-argent dans la rougeur maladive. Il vit le torrent d’émotions qui dévalait sous la banquise et l’acuité de son empathie ne l’épargna en rien. Dévotion, mélancolie, amour inconditionnel. Colère, désespoir, terreur et blizzard. Le blizzard bleu soufflait enfin en sa direction. A nouveau, il verrouilla sa focale d’or sur le regard du stalker, soutenant sans flancher d’une once, ce qui en dérangeait plus d’un. Quelqu’un que nous n’aurions pas aimé voir dans cet état.

Anna ? Il en écarta instantanément la supposition, conscient de sa mauvaise foi. Il savait parfaitement de qui parlait Andreï et pouvait encore le lire sur le visage de marbre, les traits de Sevastiana, superposés à ceux de l’aimé. Obstacle à jamais insurmontable, sa beauté et l’amour qu’Andreï lui vouait, éternisés dans la mort.
« Je vois, » souffla-t-il tout bas. Il reporta son attention sur la place et couvrit une quinte de toux sous son cowl. Le mayor Lobachevsky fendait le marché comme Moïse avait fendu la mer rouge, escorté du Mladchyï leïtenant Burov et du Starchina Kashirsky.

Le lieutenant Prokhorenko se déploya de toute sa stature, masse herculéenne sous le fin tissus technique de son polo de combat, anticipant la confrontation hiérarchique. Il comptait sur le jugement du major pour ne pas avoir à dissuader Andreï. Au vu de leur état, ils seraient probablement écartés du théâtre des opérations. Il ajusta sa ceinture tactique dans un bruit de friction et brossa machinalement le haut de son cargo noir : à demi-mort sur un brancard, le Mayor aurait toujours été fichu de lui faire remarquer que sa mise n’était pas réglementaire et qu’il causait du tort, de ce fait, aux standards de sa caste. Le moindre laisser aller ouvrait la porte à la mutinerie, leur avait-on martelé lorsqu’ils n’étaient qu’aspirants ksatriyas. Le trio venait à leur rencontre et leur ferait face incessamment sous peu.

« Hey, » l’interpela-t-il dans un vrombissement presque inaudible, avant que les autres n'arrivent. Il n’avait pas bougé, roide aux côtés d’Andreï, coude contre coude. Les mots qui suivirent se chargèrent d’intensité, le timbre de sa voix se fit plus profond. « Je suis désolé. » Il regardait toujours droit devant lui, un sérieux religieux forcissait les traits de sa figure, résolument beau, dans la gravité de son expression. Désolé pour la tragédie qui avait frappé son meilleur ami. Désolé que celui-ci ait connu le bonheur pour le perdre aussitôt. Désolé de ne pas le lui avoir dit avant, de l’avoir vu sombrer, d’avoir été impuissant. Et de l’aimer au point de devoir reprendre le large. Car Andreï avait surmonté le pire et n’avait plus besoin de lui. En le tirant d’affaire une seconde fois, il avait réglé sa dette implicite, et une foultitude de considérations similaires mitraillaient le champ de ses arrières-réflexions, tandis qu’il préparait son rapport à destination du major.

Lobachevsky et Burov avaient l’air d’être tombés de leur banquette, malgré la roideur martiale avec laquelle ils venaient de se poster. Le sous-lieutenant était en service depuis 3AM, Prokhorenko l’avait croisé avant d’entamer son parcours.

« Lieutenant, sergent, vous avez des têtes de merde, tonna Lobachevsky, manifestant un soulagement certain de ne pas avoir à déplorer deux morts.
« Merci major, rétorqua Prokhorenko, un sourire ironique flottant au coin des lèvres. La banalité de l’échange avait un effet revigorant.
« Votre version », aboya le major, fixant le géant droit dans les yeux, sans se formaliser le moins du monde de devoir lever la tête.

Alexandre lui servit l’interprétation la plus rationnelle possible en omettant sciemment l'épisode ectoplasmique, ineffable. Rien ne fut laissé au hasard : témoignages, poursuite, galeries cartographiées et connues, cadavre, hallucinations quelconques dues à l’intoxication, malaise, niveau de dangerosité. Il récapitula les mesures que le sergent et lui-même avaient mises en œuvre pour sécuriser le périmètre et l'envoi d'une équipe mixte d’ingénieurs et d’éclaireurs. Le major confirma que les hommes se préparaient et que le matériel demandé avait été débloqué.
« Faites-vous examiner, c’est un ordre », assena-t-il en conclusion, la focale de son regard implacable passant de l’un à l’autre. Puis il arrêta son attention sur Andreï, dans l’expectative. Lobachevsky flairait un loup et donna la parole au stalker. L’imbittable rivalité entre les deux ksatriyas était bien connue du major : il avait été leur instructeur et ne s’y laissait pas prendre.
« Sergent Volkovar, quelque chose à ajouter ? »

Alexandre se mit à prier intérieurement pour qu’Andreï la garde en veilleuse. Qu’il ne demande pas à rejoindre l’unité en route. Mais en tant qu’athée impénitent, il se sentit soudain foutrement stupide.
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le Mer 21 Mar - 5:15

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Le Russe avait toujours été un homme qui se souvient des choses avec une certaine facilité. En tant que Stalker, aidée par les apprentissages de son paternel sur les différents moyens de se déplacer au sein du Métro et de par la surface, Andrei avait été obliger en un sens de tout retenir, pour ne pas trépasser et finir dans le ventre de Charognards, ou de Nosalis. Voire de Démons. Il préférerait davantage mourir aux mains des Nosalis que de ces créatures ailées. Le grand brun avait été confrontés en bien des situations affreuses. Tués de nombreux bandits et bien d'autres. Mais l'horreur l'avait frapper en voyant sa Sevastiana sous cette forme intangible et corrompue. Pourrie.

Se relevant en voyant le Major se rapprocher, prenant aussi une posture raide et droite, il se tint en silence. Andrei n'avait pas l'habitude de parler autant, sinon avec un ton acide et tranchant, mais en présence d'autorités supérieures, il ne lésinerait pas sur une discussion si discussion, il y aurait. Rien n'était sûr avec les hauts-gradés. Certains pourraient se montrer avoir un comportement dit 'laid back' sur ce genre de sujet et créer ainsi un danger. Mais Alexandre devait visiblement ajouter un mot. Il en aurait presque souri d'amertume en l'entendant. Si tout pouvait se régler d'un simple désolé... Ce monde aurait été davantage paisible.

Ce fut néanmoins Alexandre qui prit le dessus au niveau des propos, l'écoutant calmement. Comprenant qu'il ait laissé l'anormalité de cette... Rencontre sous silence. Peu de gens pouvaient croire aux événements surnaturels.

Ou tout du moins, ne voulaient-ils pas y croire.


Le Major finit par s'adresser au sergent, et celui-ci répliqua de son ton habituel lorsqu'il s'adressait aux supérieurs.

-Je désire participer dans cette opération pour aider Prokhorenko dans l'affaire. Au vu de mon expérience au sein de l'armée et mes talents, je juge qu'il est nécessaire d'avoir toute l'aide disponible. L'on n'a pas envie de ramener davantage de cadavre, non ? Un suffit déjà.
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le Mer 21 Mar - 12:51

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Un échange silencieux eu lieu entre Burov, Kashirsky et Prokhorenko, tandis que le major Lobachevsky grognait d’approbation à chaque micro-pause marquée par le sergent. Le sous-lieutenant et le maître principal ne pouvaient réprimer leur curiosité, une grimace subtile et un sourire dubitatif tiraillant respectivement leur fier clapet. Le rapport du lieutenant fleurait le montage officiel, et bien que la déclaration du sergent corroborât ses dires, quelque chose manquait décidément au tableau. Tous ici le percevaient. Que le stalker et l’instructeur se soient mis en danger ne faisait aucun doute : leur teint maladif ne mentait pas. Mais l’un autant que l’autre se trouvait dans un état inhabituel d’ébranlement. En état de choc. Peu importait la droiture de leur posture et la nonchalance de leur expression, composée d'aménité maîtrisée pour l’un et d'impatience contenue pour l’autre. Lobachevsky n’était pas né des dernières retombées radioactives.

Le regard d’Alexandre s’assombrit d’un soudain et les traits de sa figure bienveillante forcirent. Les deux officiers baissèrent aussitôt les yeux tandis que le major joignait les deux mains dans le dos.
« Bien, bien, » rouspéta-t-il de satisfaction, l’air grave derrière le pantomime qu’il leur jouait. C’était un homme énergique et robuste qui approchait la cinquantaine mais qui en paraissait bien plus. Ses cheveux argent coupés en brosse, son nez d’aigle et ses traits nerveux immuablement tirés devaient y contribuer.
« Vous avez entendu Lieutenant ? » jappa-t-il en relevant le menton vers Alexandre.
« Affirmatif, major, » répondit-il en trainant admirablement la voix. La perspective de déléguer l’inspection des postes de contrôle de la cité lumière ne l’ennuyait pas tant que de devoir retourner dans l’indescriptible atmosphère des galeries qu’ils venaient tout juste de quitter. Quelque chose de malsain guettait, tapis dans l’obscurité, à moins qu’il ne s’agisse de ses propres peurs, de ses doutes et du besoin viscéral de s’éloigner d’Andreï. Il lui était maintenant évident que son ami le détestait. Soit. Il était vivant, en colère et combatif. Il finirait par surmonter la tragédie, dût-il devenir un autre, un étranger. Alexandre s’en tenait à l’essentiel et ne se permettrait pas de perdre de vue l’ensemble pour des détails qui le contrariaient personnellement. Le devoir était un refuge et il s’y réfugierait entièrement.

La diction astringente du major le ramena dans l’immanence, le timbre de sa voix semblable à une démangeaison auditive. Lobachevsky venait d’énoncer les modalités de la mission. L’opération démarrerait à 8AM, soit dans deux heures. La permission de Volkovar était révoquée, le service de Prokhorenko, réaffecté. Leur participation était soumise à la condition de l’avis délivré par le médecin de garde, qui n’était autre que la sœur brahmane du sergent. Son diagnostic serait indiscutable et tout refus d’obtempérer entrainerait un blâme. Le cas échéant, le sous-lieutenant Burov et le maître principal Kashirsky mèneraient l’unité en tant que Squad leader et Team leader.
« Un cadavre suffit, » répéta-t-il en appuyant un regard intransigeant sur Volkovar.  

Après avoir reçu ses ordres Alexandre s’attarda quelques instants sur place. Derrière lui, la zone d’isolation avait été définie. Devant lui, la vie continuait et les chalands noircissaient la place du marché. Leurs mouvements spontanés formaient un étrange balais, ils tournoyaient autour des étals comme guidés par d'irrésistibles forces de Coriolis. C’était pour cela, qu’il se battait. Pour les citoyens de Polis, pour tous ceux qui étaient aptes à vivre et à aimer. Lui ne savait que survivre, protéger et servir. Il prit une grande inspiration, qu’il paya aussitôt d’une quinte de toux. Les yeux brillant de larmes physiologiques, il se prit à sourire pour personne, de tout, de lui-même et de rien. Andreï était peut-être déjà parti ou pouvait tout aussi bien être resté à ses côtés, cela n’avait aucune espèce d’importance. Une sensation de chute vertigineuse le saisit à nouveau et il ferma fortement les yeux, afin de garder l’équilibre.
Le malaise s’estompa et il décida de rentrer en courant pour avoir le temps de prendre une douche et d’embarquer ses affaires, avant de se rendre au centre médical. L’idée d’avaler quoi que ce soit de solide lui était pour l’instant révoltante.
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le Ven 23 Mar - 5:51

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Le Russe se tenait en silence dans cette position. Oh que non, il savait que l'œil de cet homme était bien trop pénétrant pour pouvoir ne serait-ce qu'espérer le tromper malgré son ton sérieux et son regard de glace. Regarder Andrei et Alexandre serait comme regarder deux bonhommes de neige. Pales et visiblement frigorifiés par le serpent vicieux qu'était... La peur. Le doute. Qu'avait-il vu ? Alexandre avait-il vu quelque chose ou bien avait-il été davantage troublé par la vue du cadavre ? Il n'allait pas le demander. Il n'allait pas chercher dans la vie privée de celui-ci. Il espérait qu'il allait en faire de même pour lui dans le futur.

Et en espérant sincèrement qu'il n'irait rien dire envers Anna. Il n'avait aucune envie, aucune, de devoir l'affronter, elle ou qui que ce soit d'autre sur la manière dont il devait faire son deuil, dont il devait vire. Aucune excuse, aucune empathie, aucune condoléance. Le Stalker ne souhaitait rien de tout cela. Ce qu'il souhaitait par-dessus tout était la paix. Le faire tout seul. Vivre dans son devoir. Les derniers mots du supérieur entrèrent donc dans son esprit aisément comme un couteau chauffé dans du beurre, l'inscrivant dans sa conscience comme priorité numéro une pour cette opération. Il resta silencieux longtemps. Assez longtemps pour ensuite partir dans son coin pour s'équiper un peu avant de rejoindre un lieu qui lui avait personnellement était attribuée personnellement pour son équipement de Stalker.

Il fallait y retourner. Autant pour savoir ce qu'il s'y passe que pour... Espérer savoir pourquoi l'apparition si cauchemardesque de sa femme y avait fait son lieu. Se remémorant des histoires que l'on lui avait contés sur les spectres hantant les différents lieux de la station et des stations Moscovites en général, Andrei se disait que cette histoire ne faisait que débuter.

Et une fois l'équipement récupérée, le soldat se dirigea ensuite vers son médecin qui lui était attribué.

En aucun cas, cette peur ne devait se propager aux restes des habitants de la station.
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le Mer 28 Mar - 12:43

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DEUXIEME PARTIE

Ses pas le guidèrent dans le dédale des tunnels labyrinthiques, somnambulique et agité. La pesanteur du métro changeait encore une fois, perdant quelques dixièmes de gravité terrestre. Il se sentait léger et agréablement nerveux, l’effet du café et du comprimé de caféine pure sur son métabolisme vierge était foudroyant. Le sol et les plafonds d’Arbatskaïa se fondaient en un caléidoscope escherien dans sa vision périphérique, tandis qu’il hâtait le pas vers le point de ralliement. Sa combinaison tactique était ajustée et verrouillée, ses chargeurs en place, sa lampe dynamo était accrochée à sa ceinture, et une lunette-lampe customisée était clipsée à son AKS 74U, fusil d’assaut modèle réduit prisé pour les missions en espace confiné. Il portait son masque sous le bras. La pensée d’Anna était sédimentée au plus profond, sous les nombreuses strates réflexives remontées en surface. Erosion différentielle de l’attention, géomorphologie d’une psyché en pleine évolution. Il aperçut le groupe devant le poste de garde de la porte Sud-Ouest 1C, jonction entre la zone de la petite Versailles et Smolenskaya-la-Marbrée.

Le mayor Lobachevsky discutait avec les deux ingénieurs qu’Alexandre ne reconnut pas. Burov n’était pas là, le remplaçant aux opérations civiles. Kashirsky était déjà entièrement équipé et assistait Murugan avec la lanière de son fusil lance-grenade. Gruzdev et Dordevic s’impatientaient et observaient les deux civils en se jetant des coups d’œil entendus et peu engageants. L’un des spécialistes était une femme. Alexandre n’eut pas à recenser le personnel, l’unité était déjà formée. Andreï irait en éclaireur, chef d’équipe Alpha, et prendrait en charge l’ingénieur, escorté du serbe Marko Đorđević. Celui-ci s’était détourné avec défiance des spécialistes, pour briquer inutilement son AKS 74. L’idée de porter une partie du matériel lui déplaisait et il le faisait savoir à sa manière. Le starchina Kashirsky prendait la position de chef d’équipe Bravo, chargé de l’ingénieure ou analyste, avec l’artilleur indien Murugan. Igorevitch Gruzdev fermerait la marche derrière eux avec son fusil automatique. Le kombat medic se déplacera à l’intérieur de la formation, décida-t-il, et lui-même, en position de chef du peloton pour délivrer les consignes, derrière Andreï.

Le lieutenant connaissait tout ces ksatriyas. Ranvir Murugan, l’accueillit d’un regard franc, le blanc de ses yeux adamantin détonant de sa figure basanée. Métroïde de naissance, sa famille entière traversait la capitale pour fuir en Europe de l’ouest, lorsque le sort de la planète fut décidé. Lorsqu’il s’énervait, l’accent indien transparaissait. Ranvir questionnait la femme au sujet des instruments de mesures qu’elle avait apporté. L’expression de la quadragénaire s’animait tandis qu’elle énumérait les composantes de son équipement. L’indien n’y comprenait probablement rien mais n’en montrait pas moins de fascination, l’air amène.  Marko Dordevic, laconique et fidèle à l’ethos de son peuple, cracha une salve de salive gluante avant de saluer Prokhorenko d’un hochement de tête officieux. Yuriy Igorevitch Gruzdev lui flanqua un coup de coude sec et Dordevic hoqueta au-dessus de sa kalash, se faisant violence pour ne pas lui enfoncer le canon de son fusil dans les dents. Le grand blond, tout droit sorti d’une vieille affiche de propagande stalinienne, prenait très au sérieux les comportements réglementaires.
Tous se rangèrent aussi soudainement pour le salut martial, officialisant la présence du lieutenant. Ne manquaient plus à l’appel que le sergent Volkovar et le soldat Kraïevsky.

Le major rappela rapidement l’objet de la mission et l’importance d’une action immédiate. Il désigna le cordon sanitaire mis en place et gardé par un contingent de soldats dépêché depuis deux heures, deux heures de trop déjà selon lui. Yegorov et Rozanov ici présents, annonçait-il en les désignant respectivement, ont estimé la durée de leur intervention à 50 minutes une fois l’unité en place dans la zone contaminée. Les temps de claquage des filtres de leur masque étant de 70 minutes, ils devraient faire en sorte de se bouger le cul afin d’économiser leurs rechanges. Yuliana Rozanov toussa dans son poing, ayant manifestement un autre avis sur le sujet.
Alexandre resta silencieux, attendant que Lobachesky s’en aille pour interpréter les requêtes du major du mieux qu’il le pourrait. Ce qui signifiait généralement opérer un léger changement dans le programme pour des questions d’ordre pratique et de faisabilité. Le mayor n’avait plus fait de reco en galeries depuis trop longtemps, songea-t-il, cherchant à croiser la focale de l’ingénieure avec un regard encourageant. Mais celle-ci s’était déjà réfugiée dans l’inspection de ses instruments.
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le Dim 1 Avr - 8:08

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En chemin, Andrei procédait aux vérifications en urgence dans son sac qu'il portait en bandoulière. Il portait une veste de Kevlar par-dessus une chemise blanche épaisse et salle, alors qu'il observait le contenu de son sac. Des munitions pour son pistolet en urgence, dans des chargeurs nettoyés, ainsi que de quelques objets dont un briquet artisanal – une douille aménagée faisant office de 'briquet' - tout comme d'un second masque à gaz en cas d'urgence qu'il avait récupérer sur le corps d'un ancien compatriote, et de quelques filtres, avant de remettre en place son sac sur son dos. Revérifiant de nouveau son fusil à pompe, notamment s'il ne serait pas enrayé ou non.

Tout pouvait servir dans le Metro, et les situations imprévues se déroulaient rapidement. Allumant plusieurs fois sa lampe torche pour vérifier son fonctionnement, et fut content de savoir que celui-ci fonctionnait bien. Mais il avait des doutes. Une appréhension dans son esprit. Le doute. Comme une infection qui le rongeait comme la putréfaction qui s'emparait de tout un corps. Le sergent Volkovar se demandait comment un gaz pouvait-il détériorer un équipement électronique alors qu'il n'était censé qu'agir sur le corps. Double preuve du surnaturel, sauf si en vérité, le gaz avait un effet hallucinatoire amplifier. Mais ils seraient préparés. Et Andrei avait un atout dans son sac, un atout dont il n'en avait jamais fait part envers quiconque, même Anna.

Si la lumière des autres clignoterait, il aurait alors sa mutation pour faire office de vision nocturne naturel. Ainsi donc, il aurait une meilleure vision des choses. Amplifiée. En espérant tout simplement qu'ils n'auraient aucunement une occasion de refaire face aux... Choses qui se trouvaient en ces lieux. Marchant avec le Kombat Medic en silence, retournant vers la position, il nota que la zone était vide de présence civile, comme il en était de mise dans une telle situation, puis tourna son regard vers l'unité d'Alexandre. Pour remarquer le fusil avec le lance-grenade. Petite appréhension.

-Volkovar, présent.

Professionnel, sérieux, calme, se dirigeant vers l'unité. Dénotant chacune des personnes ici présente. Tenue, apparence, visage, armements. Puis son regard se reposa vers fusil possédant le lance-grenade.

-Fais attention quand tu utiliseras ceci, je n'ai aucune envie d'avoir une pierre tombale sur lequel sera gravé 'Andrei Volkovar, blizzard de morceaux humains'.

Il regarda ensuite Alexandre, poursuivant sur cette lancée froide.

-Autrement, tout me va, pour l'instant.

Andrei passa par-dessus le cordon sanitaire et observa par-dessus son épaule le reste du groupe, tandis qu'il préparait son masque, y installant un filtre.

-Considérez que tout ce qui se trouvera dans cet endroit hostile, étant donné qu'aucun humain ne peut survivre sans apport en oxygène avec un masque. Compris ?
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