Noir dehors, rouge dedans [PV Val]
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Ex-nettoyeuse en reconversion
le Mar 13 Fév - 6:55

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Age :: 31 ans
Patronyme :: Mikhaïlovna
Surnom :: Sasha
Elle écoutait, sans l'entendre lui. Comment l'aurait-elle pu, avec les cuivres qui s'endiablaient dans ses oreilles, les caisses qui les suivaient de si près qu'elle en aurait presque confondu les notes, et l'insolente intrusion des cymbales qui, à peine les oubliait-elle, se rappelaient à son bon souvenir ? L'homme en face d'elle parlait, parlait, et parlait encore sans qu'elle y prête autre chose qu'une attention de façade. La musique était plus importante que ce qu'il avait à dire.

Qu'Alexandra n'aimât guère les gens ne la rendait pas idiote pour autant. Elle avait même développé une certaine acuité pour détecter ce qui relevait de l'agacement chez autrui. Le rythme des lèvres qui s'accélère, le froncement intermittent des sourcils, les petites crispations indiquant que l'autre ravale son énervement. Dès qu'elle les voyait, la nettoyeuse lui faisait grâce d'un : « Hin hin » solennel, qui se voulait encourageant. Prenez n'importe quel idiot content de s'écouter déblatérer, satisfait de l'importance de son discours, et il sera vite persuadé que vous lui accordez ce qu'il pense mériter.

« Nom de Dieu, Kitsetskaya ! »

Enfin, presque n'importe quel idiot.

« Bas les pattes, c'est pas à toi ! » protesta la Russe lorsque l'autre lui chipa ses écouteurs. Les bottes enlevées de la table, le dos redressé et une main sous le manteau. Alexandra ne déconnait pas avec la musique.
« On parle affaires là, je te les rends si t'ouvres tes oreilles et si tu fermes ta gueule. »

Elle avait déjà accepté des marchés plus alléchants, mais il fallait bien admettre que celui-ci était d'assez bonne guerre. Avec un marmonnement de blaireau contrarié l'ancienne tueuse lui accorda un signe d'assentiment qui secoua le bazar de ses mèches goudron.

« Valentina Nikolaïeva, ça te parle à la Hanse ? »
« Et ta mère ? » grogna-t-elle en retour, histoire de bien signaler son changement d'humeur. Elle aimait bien être claire et sans ambiguïté dans ses rapports professionnels. « Oui, ça me parle. La petite minette qui a dû se faire sauter une main avec une grenade quand elle était petite, il paraît, mais je l'ai jamais rencontrée personnellement. »
« T'as jamais vu de grenade te péter dessus, fais pas la maligne. Et c'est surtout une petite prodige des armureries. On voudrait lui passer une commande de groupe, si tu vois ce que je veux dire. »

Elle voyait, oui. Alexandra trempait dans les bas-fonds du métro depuis gamine, et les choses n'étaient pas allées en s'arrangeant avec le temps. Si certains marchands d'armes avaient encore de maigres scrupules à refourguer leurs pétoires à des criminels supposés, leurs hésitations avaient tendance à fondre devant l'importance de la demande. Et la perspective de futures transactions juteuses.

Les rats de Moscou étaient rarement à court de poulettes, et ils avaient un amour immodéré des flingues.

« Et bien sûr vous avez pensé à moi pour jouer les messagères ? Comme c'est mignon » ironisa la femme, la bouche en cœur. « C'est pas comme si j'avais tourné la page, hein ? »
« Arrête ton char, t'as autant tourné la page que tu pisses debout. »
« Et bah figure-toi que... »
« Je veux pas savoir, Kitsetskaya. Tu ramasses un quinzième des cantines de munitions à l'arrivée. Et je précise bien : à l'arrivée. »

Elle fit la moue, étudiant l'offre. Ce n'était pas faramineux, mais c'était honnête. Juste assez pour que quelqu'un dans la merde accepte.
Et il fallait bien avouer que ça n'allait pas fort pour elle, dans l'Alliance Nord-Est.

« T'as intérêt à payer le verre, corniaud. »

L'homme se contenta d'un sourire mauvais, plaquant sur la table la liste des fournitures.

*

« Un AK, deux AK, un semi-auto Makarov, huit grenades à main, un Zastava... ça existe encore ce truc ? Bah ! »

Levant les yeux au ciel invisible, Alexandra déambulait dans le cœur marchand de la Hanse. Et plus particulièrement, tant qu'à conserver la métaphore cardiaque, dans son artère dédiée à son shopping favori : celui des armes. Elle en aimait la mécanique simple, y avait pris goût comme l'amateur de vodka découvre les miracles de la distillation artisanale. Pas grand-chose ne lui échappait, et elle avait depuis longtemps compris que peu de flingues étaient véritablement meilleurs que d'autres. Il y avait juste des particularités, et dans son métier - ancien métier, se corrigea-t-elle à retardement - il fallait juste choisir le bon outil, celui adapté à la situation. Un peu comme un serrurier doit trouver la bonne clé ou le bon crochet.
Ses crochets à elle faisaient juste des trous dans les gens.

« Oh et puis merde. »

Elle faisait face à un dilemme : le prochain convoi en direction du V.A.R. (il fallait être suicidaire pour repartir toute seule au bercail), c'était pour dans quelques heures. Deux-trois, à tout casser, sauf que les négociations en dureraient au moins une. C'était autant de temps perdu à ne pas lécher les vitrines inexistantes des rames commerciales, et quitte à remettre les pieds dans la Hanse, elle comptait bien en profiter.
Alexandra avait l'esprit à la fois pratique et déraisonnable, et trouva une solution à sa mesure.

« Hé, le mioche ! »

Le mioche en question avait bien dix-huit ans passés, mais il s'arrêta tout de même.

« Nikolaïeva ça te parle ? Oui ? Parfait ! » Et ni une ni deux, elle lui plaquait la liste sur le torse comme son associé l'avait fait sur la table. « Un chargeur si tu lui amènes ça en mains propres. Elle est réglée à la livraison, c'est une pro', j'accepte son prix. »

Elle pouvait bien, ce n'était pas elle qui s'occupait de la facture.

Le môme opina du chef et disparut rapidement au coin de l'allée, la laissant s'aventurer d'étal en étal en s'abreuvant les mirettes d'autant de trésors qu'elle se rappelait avoir utilisé, ou désirait manier. C'était ce qui se rapprochait le plus d'une grande récréation, et puis, ses partenaires devaient bien se douter qu'elle ferait quelque chose comme ça lors de son bref séjour. Ils savaient comment elle était.
Alors autant en profiter !





« Kagda my byli na vaynye... ♪ »
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le Mer 28 Fév - 10:03

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Age :: 22 ans
Patronyme :: Vladimirovna
Surnom :: Valya
Journée peinard, pas de grosse commande en vue mais du menu fretin en veux-tu en voilà dans les allées de la Hanse. Sans rendez-vous précis, Valya s'était calée dans un coin de la station avec une cantine de barda. De quoi faire la journée tranquillement quand c'était calme. Pour les grosses commandes, faudrait se déplacer sur une des planques mais bon, elle comptait pas trop dessus ce jour-là. journée peinarde, comme on avait dit. Perchée en hauteur sur un empilement de caisses de champignons et autres joyeusetés moisies, elle s'adonnait à deux de ses vices préférés après le bichonnage de flingues : fumer et ricaner. Une fumée verdâtre s'échappant de ses lèvres, elle retira le cône de papier de sa bouche pour réagir à l'histoire que venait de raconter Kolya.

- Ta pauvre mère t'aurais achevé elle-même, lui asséna-t-elle avec un éclat de rire grinçant et bas.

Une main sur son bras l'interrompit alors qu'elle allait poursuivre sur sa lancée. Un gamin du coin qui levait un regard mi-fier mi apeuré vers elle. Putain, elle mordait pourtant pas les gosses ! Enfin sauf s'ils cherchaient la merde quoi. Et puis elle le connaissait celui-là, c'était le fils de Katya, celle qui lui fourguait parfois un reste de soupe quand elle dallait en fin de journée. Son visage était redevenu instantanément de marbre quand elle interrogea le gamin d'un petit coup de menton. Il lui expliqua alors qui la cherchait, lui remit la liste et lui désigna la silhouette de femme qui déambulait entre les étals. Remettant sa clope au coin de ses lèvres, elle fuma un moment en observant l'inconnue de loin, les yeux plissés et les bras croisés. C'était quoi encore c't'embrouille ? Et puis de toute façon, elle était pas d'humeur à faire la bonniche. En plus de ça, dans la cantine sous ses bottes, y'avait de quoi faire mais pas de Zastava. Il lui faudrait pas long pour aller en chercher un dans une de ses planques mais elle le ferait pas à moins d'être sûre de son coup et que la tête de la gracieuse lui revienne.

Sautant au bas de son perchoir, elle déchiffra une deuxième fois la liste pour être sûre de pas se planter, mata encore la gonzesse malpolie de loin, puis se décida à bouger. Elle ouvrit sa cantine pour en sortir ce qu'elle voulait, confia le reste à son pote Boris qui bougeait pas de là sinon elle lui ferait un deuxième nombril, et s'engagea dans une allée à l'opposée de la soi-disant cliente. Moins d'une demie-heure plus tard, elle était de retour avec le Zastava dans son dos et la mine encore plus renfrognée qu'au départ. Elle avait croisé ce gros con obsédé d'Ivan Nikolaïevitch et s'était retenu de lui péter la gueule vu qu'elle avait autre chose à foutre de sa journée. Mais du coup, elle était frustrée, une patate dans les starting-blocks au bout de ses doigts. Faudrait voir à pas trop la chercher, quoi. Bon en tout cas, si elle faisait le compte, elle avait de quoi montrer une bonne partie de la marchandise à la fameuse cliente grossière. Le reste serait pas trop compliqué à trouver, y compris dans ses propres réserves planquées. Elle pouvait proposer une livraison à quelques jours si elle était bien disposée, voire immédiate si la gueule de l'autre lui revenait.

Elle fit un signe à Boris en repassant devant son coin puis s'aventura dans le marché et en profita pour repérer une pièce qui lui faisait de l'oeil. Son objectif état clair pourtant et elle ne s'arrêta pas avant d'avoir approché de sa cible. De plus près, elle la détailla jusqu'au moment où elle put lui causer sans élever la voix. Elle présentait vachement bien en plus ce jour-là avec son treillis, ses bottes et un bandeau en cuir sous un truc en résille à manches longues. Grande classe. Elle aurait pu se présenter aux autorités compétentes avec des frusques pareilles. Mais elle se présentait pas aux autorités en général. La dernière fois, elle avait eu affaire à elles sans en avoir pleinement conscience après avoir embrassé un pied de biche et depuis, elle préférait rester à l'écart. Bref, tout ça pour dire qu'elle avait de la gueule aujourd'hui et que c'était bon pour les affaires en général.

- Paraît que tu cherches Nikolaïeva ? Aborda-t-elle donc l'inconnue avec toute la courtoisie qui la caractérisait.



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le Ven 23 Mar - 18:00
Narrateur
Il y eut comme un sifflement soudain dans l'oreille de Sasha. Quelque chose de diffus, de presque imperceptible, mais de bien présent. Un son qui en devenait même désagréable, douloureux, tant il était impossible d'en déterminer la provenance, et surtout, si ce son était bel et bien existant.

Puis la vibration de l'imperceptible son vint se propager jusqu'à la mâchoire de la jeune femme, la crispant soudain avec force. Les muscles faciaux de la mercenaire autour de sa bouche se tendirent tout à coup, et sa langue se raidit aussitôt. Et toutes ses tentatives de desserrer les dents pour en extraire un son résultaient en un ridicule mouvement de bouche de poisson cherchant de l'air.

Sa gorge devint sèche, et ses cordes vocales refusèrent d'obéir, même pour émettre le moindre grognement. Et si ses lèvres réussirent progressivement à bouger sans retrouver toute leur agilité initiale, Alexandra était devenue tout bonnement muette.

Furtivement, dans son champ de vision, elle crut alors apercevoir une vieille femme au loin la fixer dans les yeux, le regard torve et le sourire mauvais. Et le sifflement dans ses oreilles sembla alors prendre un curieux sens :

"Tu parles trop, gamine."

Malédiction pour les bavards !:
 



Spoiler:
 
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