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le Mer 31 Jan - 18:54
Au XVIIe siècle, lorsque le parc Sokolniki fut créé par le Tsar du moment, il servait essentiellement de hameaux de chasse pour le souverain et ses proches. Il ne disposait pas encore des installations modernes de loisirs, fast-food, labyrinthes et autres parcs d'attraction du XXe siècle, mais abritait déjà une faune et une flore typiques de la région ainsi que les étangs Olyeni, vaste étendue d'eau claire propice à la baignade des plus aventureux lors des périodes estivales. Trente-trois années après la fin du monde, cette terre arborescente et idyllique avait su s'adapter à son époque : la faune et la flore étaient toujours aussi typiques, devenu un repaire pour les hurleurs et les démons comme en chaque endroit de la surface, tendis que qu'Olyeni se faisait dorénavant surnommée par les stalkers la Grande Flaque Luminescente tant les radiations y était intense et la survie utopique. En effet, à la chute des bombes, la géographie moscovite avait été radicalement défigurée par la violence des explosions. Depuis ce jour, la nature reprend péniblement ses droits sur l'ancienne cité humaine ; c'est ainsi qu'au printemps 2029, une portion du parc s'effondra sur elle-même et provoqua une déviation dans le cours de la rivière Yaouza. Les flots déchaînés formèrent de véritables torrents devenus avec le temps les affluents d'une nouvelle rivière souterraine.

Les Rouges la baptisèrent le Styx en référence à l'un des mythiques fleuves de l'enfer. Bien que celui-ci drainait ses milliers de litres d'eau polluée non loin des tunnels du métro, il fut longtemps délaissé, car jugé trop dangereux. D'autant parlaient de fantômes, d'autres d'anomalies insondables et certains de mutants humanoïdes manipulant les esprits pour d'obscures desseins. Depuis peu, le Styx avait regagné de l’intérêt pour les habitants de Sokolniki et de VDNKh car avec le partenariat qui se renforçait entre VAR et la Ligne Rouge, des aménagements se mettaient peu à peu en place pour permettre de relier les deux stations. Cela avait commencé par une exploration au lance flamme du réseaux de grotte au sein du quel le fleuve s'écoulait paisiblement, on avait pu y exterminer bon nombre de nosalis et d'araignés. Malgré cela, il restait encore de nombreuse galeries inexplorées d'où s'échappaient régulièrement d'horribles créatures venues des tréfonds de la planète, c'est pourquoi les autorités communistes déconseillaient encore ce passage aux voyageurs solitaires.

Nika n'était pas de ceux-là, elle disposait de par son statut de toute les ressources qu'elle jugeait raisonnablement nécessaires à l'accomplissement de sa mission. Elle avait sélectionné par défaut la jeune Nina Platonova pour l'accompagner sur la route ; de son côté, sa hiérarchie lui avait adjoint le sergent Grigorij Lavrov. La première avait attirer l'attention de Nika par sa réputation et son caractère, le second était un illustre inconnu, soldat de l'armée rouge du genre de ceux qui obéissent aux ordres sans broncher. De plus, on avait affrété pour eux une embarcation qui les attendait sur le quai de la rivière à quelques encablures au Nord de la station. La commissaire s'équipa en circonstance de son Makarov personnel et d'un Saiga tout droit sorti des manufactures communistes. Elle avait également rempli un sac à dos de l’attirail nécessaire à la survie en environnement peu sécurisé, voire hostile.

Après avoir passer la journée de la veille à préparer son entretien diplomatique avec VAR et à pousser plus loin son enquête sur Gadhzi, elle était fin prête devant la sortie Nord de Sokolniki. La lourde porte d'acier demeurait fermée derrière elle, patiemment plantée au milieu des gardes plus attentifs à ses courbes raffinées qu'à leur poste. Une odeur humide et puissante baignait la pièce tout juste éclairée par un feu de camp au centre. Les parois en béton avaient pris la couleur verdâtre de la moisissure qui suintait de fissures parcourant les murs à l'horizontal, et le plafond, celle noire laissée par la suif. Nika ne pu retenir une grimace indisposée et n'avait qu'une envie, quitter cet endroit. Son escorte n'avait pas intérêt à se présenter en retard...

Les ordres de mission avait été distribués en amont, les instructions étaient claires, chacun savait ce qu'il avait à faire, le briefing se ferait en cours de route. Nika gardait cependant une certaine appréhension : ses comprimés allaient venir à manquer sous peu, il devenait de plus en plus urgent de mettre la main sur Gadhzi et sa cargaison et ceux dans la plus grande discrétion. Les indices étaient maigres. La piste de l'attaque de mutants le long de la rivière n'avait rien donnée et impossible de se procurer le moindre nom sans informateur digne de confiance. Nika jeta un œil désabusé sur les soldats autour d'elle avant de se diriger dans le cabanon qui faisait office de poste frontière. A l'intérieur, un homme acariâtre était assis à son bureau à fumer la pipe. Uniforme impeccable, mine figée, teint blafard, le douanier était une parfaite caricature. Il leva lentement ses yeux sur la commissaire qui se tenait face à lui. Lorsqu'il reconnu l'uniforme, une sueur froide lui parcourut l'épine dorsale le faisant se dresser d'un bon sur sa chaise.

- C … camarade commissaire, bafouilla-t-il timidement. Je peux vous être d'une quelconque utilité ?

La peur se lisait sur son visage blême. Nika profita de cet instant pour asseoir son ascendant sur le pauvre homme en laissant volontairement s'alourdir le silence qui succédait à la question.

Je souhaite consulter la liste des entrées et sorties par cette porte des huit derniers jours. Vous relevez toujours les identités et les raisons du voyage n'est-ce pas ?

- Heu … Bien sûr camarade commissaire, tout est là. Tenez, si vous désirez une information en particulier, je peux vous aider à chercher.

- Ça ira ! lacha-t-elle en s'emparant du tas de feuilles que lui tendait le fonctionnaire.

Nika se rendit directement au jour qui l’intéressait pour y trouver l’occurrence de Gadhzi. Aucun nom n'y était associé, au lieu de cela, un symbole qu'elle reconnu très distinctement. Il s'agissait d'une rune viking qu'elle voyait tous les jours sans y prêter attention. C'était le sceau frappé sur chacune des pilules qu'elle consommait en secret. Elle plia soigneusement la page avant de la ranger précieusement dans la poche intérieur de sa veste et reprit :

- Quel est votre nom camarade ?

- Piotr Grestin, répondit-il, fébrile.

L'homme dégluti peureusement comme une proie qui sent son heure venue, Veronika lui jeta un dernier regard appuyé, puis tourna les talons et regagna le sas.
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le Ven 2 Fév - 14:21
« T’as un conseil pour moi si jamais je tombe sur un nosalis ?
– Bien sûr camarade
, répond le vieux soldat, son seul œil encore sur sa face brillant d’un léger éclat alors qu’il s’apprête à me lancer sa plaisanterie. Faut toujours garder une balle, pour toi-même. »

Je souris. C’est pas comme si c’était la première fois que je l’avais entendu. Et surtout, j’aime pas son air. La lèvre retroussée, sa face mal rasée, un peu sombre comme s’il avait des origines de maure, il pense, parce que je suis bien rasé de près, et que je n’ai pas de grosse éraflure sur ma trogne, que je suis un petit peigne-cul sorti des jupes d’un patrice du Politburo. C’est de bonne guerre. Toujours de bonne guerre.

« Et avec ton accordéon, t’as pas peur de justement les attirer d’à travers le styx, tes monstres ? Je lui demande à mon tour, en notant l’instrument qui est posé sur ses genoux.
– Si c’est ça on a une surprise pour eux. On a pas d’eau qui ait pas un goût de chiotte mais on a encore assez de diesel pour nos lances-flammes. »

Tout fier de lui, il indique derrière moi une magnifique arme entreposée sur une table. Lourde, encombrante, un vénérable artefact qui a dû sauver ce petit poste-frontière plus d’une fois ; Mais c’est pas l’essence dont je redoute le manque, c’est plutôt le crache-incendie lui-même. Rouillé, rafistolé avec de la rustine de part en part, je me demande quand viendra le jour où l’accordéoniste, s’en saisissant va flamber comme une allumette.

« Mais toi camarade sergent, tu vas faire quoi avec deux femmes à travers le Styx ?
– C’est pas évident ?
Je suis leur chaperon. »


Je lui fais un vif clin d’œil entendu, qu’on confondrait avec un tic, mais qui ne provoque pas de réaction chez le garde-frontière avachi par terre contre son mur.
Son collègue, debout, fusil à verrou derrière l’épaule, et beaucoup plus jeune que lui, est soudain plus bavard :

« Elles sont bien fraîches pour des pouliches en tout cas ; Pas tous les jours qu’on voit des lots comme ça.
– Pour des agents de l’État, Alliocha.
– Fait gaffe à tes paroles
, camarade, j’ajoute au commentaire de l’accordéoniste. C’est dangereux un commissaire politique. Plus que tous les putains de nosalis qui peuvent se terrer le long du styx.
– Mon conseil c’est de surveiller le plafond, camarade sergent
, m’explique l’accordéoniste en étant soudain bien plus volontaire. C’est pas des animaux marins, mais y sont agiles et y savent bien bondir. Y a des moments où le plafond est vraiment bas et faut se pencher sur la barque ; Sauf que, au-dessus c’est pas que du béton armé, y a aussi des passerelles, et y font leur nid.
– C’est pas des nids, c’est pas des oiseaux
, dit Alliocha.
– Décidément t’as vraiment décidé de l’ouvrir aujourd’hui ! Bon sang, c’est pas parce que t’as eu ta Certification que t’es un intellectuel ! »

En même temps c’est pas forcément moins risqué d’être intellectuel qu’être garde-frontière du Styx. Mais j’ai pas le temps de balancer ma vanne. Parce que la porte du douanier responsable de l’avant-poste s’ouvre, et voilà que le camarade commissaire s’en va d’un pas pressé.
Dans un parfait réflexe militaire, je claque mes bottes entre elles et me met au garde-à-vous, le menton en l’air et le buste droit. Alliocha déjà debout, et portant un casque, fait un salut de la main, tandis que l’accordéoniste se presse de se relever tout droit, comme un diable, ce qui fait que son instrument lance quelques notes désaccordées à la volée.
Le commissaire ne nous donne même pas d’un regard alors qu’elle s’en va vers la barque. J’attends d’être bien dans son dos pour tourner mes talons et trotter jusqu’à elle, comme le chien d’un grenadier qui fait des petits sauts pour suivre son maître.

« Camarade commissaire ! Je, heu... Eh bien...
Ahem.
Camarade commissaire, je voulais vous demander quelque chose. »


Grigorij, vous avez de nouveaux ordres.
Oui camarade capitaine ?
Bordel de merde.
On m’a dit qu’il fallait que j’escorte une délégation jusqu’à une station voisine. C’est pas la première fois que je fais ça. Et moi, ça m’a toujours plu. C’est tellement rare ce genre de mission. En fait, c’est pas la première fois, mais c’est genre la deuxième fois, de toute ma carrière qui a quand même une bonne décennie. D’habitude mes affectations consistent plus à garder des barricades avec une escouade, ou de patrouiller les quais des stations de la Ligne. Mais là, mon ordre c’était de suivre une personne chargée d’être ambassadeur de notre Interstationnale auprès d’une faction qui n’était pas – encore – soumise à notre autorité.
Mais de la suivre seul.
Et la délégation en question n’était pas faite de quelques messieurs affables, aux lunettes carrées, au costume étriqué, un peu bouboules ou un peu trop minces. Non.Y s’agissait de deux jeunes femmes, tout droit sorties des publicités de propagande affichées sur les murs sur comment tout le monde dans la Ligne est athlétique et obéissant. Quand on a dit « commissaire politique » au lieu de « délégué interministériel aux questions de défense et de ravitaillement » ou un autre titre fumeux de ce genre, j’ai su que c’était vraiment grave. Comme je suis pas un type qui a l’habitude de l’ouvrir – et c’est sûrement pour ça que c’est moi qui me colle à cette tâche – j’ai rien dis, et je me suis contenté d’embarquer une jolie carabine AKS-74 et mon gilet pare-balle encombrant et avec encore dans le kevlar la trace de quelques projectiles qui ont été miraculeusement arrêtés.
Mais là, tout de même, je veux bien être serviable. Mais traverser le styx à trois sur un vieux rafiot pourri c’est pas la même chose.

« Pourquoi le camarade commissaire n’emprunte-t-elle pas une voie terrestre pour rejoindre le VAR ?
Est-ce que le camarade commissaire est uniquement ici pour poursuivre un objectif diplomatique ? »
je demande avec une toute petite voix, la gorge un peu serrée.
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le Ven 2 Fév - 16:56
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Accroupie, le dos appuyé contre un mur, je portais la cigarette à mes lèvres. Je crois que j’en étais à ma deuxième. Celle-ci pendait à mes lèvres, à moitié consumée et j’envisageai déjà d’en préparer une autre. Les yeux plissés, les traits tirés, j’observais les alentours. D’ici, je pouvais apercevoir le sas qui donnait sur le Styx ainsi que la rue principale qui le desservait. Quelques hommes se trouvaient près de la porte mais je ne parvenais pas à saisir la nature de leur conversation. Dans un claquement un peu sec, je refermai la boite en aluminium qui me servait de blague à tabac. Je la rangeai dans mon sac puis, plus par habitude que par nécessité, j’en vérifiais le contenu et l’ordonnancement. Mentalement, je faisais le tour de mes préparatifs. Comme je parvenais à la conclusion que je n’avais rien oubliée, je posai machinalement une main sur la lunette de mon AN 94 que je caressai alors doucement. Pour tout survivant qui ne se serait pas aventuré à la surface ou dans les coins les plus reculés du métro, le geste aurait paru obsessionnel, sinon étrange. Pour ma part, c’était un point d’ancrage dans ce monde qui menaçait de se dérober sous chacun de mes pas.

Une silhouette passa. La démarche était dynamique, efficace. A aucun moment elle ne jeta un regard dans ma direction. Accroupie dans un angle, à moitié dissimulée dans l’obscurité, je bénéficiai d’une certaine discrétion. La jeune femme semblait avoir de toute évidence d’autres préoccupations. Quelques mots furent échangés puis elle passa le sas, un homme la talonnant de près. Je me levai, écrasai la cigarette de la pointe du pied puis quittai mon observatoire. Le devoir m’appelait. Et ce fut l’esprit lavé de toute pensée que je rejoignis la responsable de cette nouvelle mission. Je saluai les hommes qui se trouvaient toujours à l’entrée du sas et déclinai mon identité ainsi que la raison de ma présence. Ils prirent quelques secondes pour se décider puis me laissèrent passer. Visiblement, le nom de Veronika Chanina leur semblait suffisant. Dans la plupart des oreilles de mes camarades communistes, il devait sonner un glas mortel et dangereux. Pour ma part, j’en éprouvai à la fois de l’appréhension et de la méfiance. Ce n’était pas véritablement le savoir qu’elle détenait qui me dérangeait mais plutôt ce qu’elle était en mesure d’apprendre.

Avec ce genre de femme, il était bien impossible de ne pas se trahir.

Et ce fut sur cette pensée que je rejoignis la barque où m’attendaient la commissaire politique ainsi qu’un soldat dont le visage ne m’était pas familier. J’avais en revanche lu son nom dans l’ordre de mission qui m’était parvenu. D’un rapide coup d’œil, j’ancrais ses traits dans ma mémoire et y associais un nom. Je m’étais renseignée un peu sur ses faits d’armes et devais reconnaître que son passé semblait tout aussi irréprochable que le mien. Peut-être un peu moins fulgurant et brillant, certes, mais pour être honnête je me serais bien passée de ce détail-là. A briller trop vite et trop fort, on finit par attirer l’attention. Le regard de la commissaire politique se posait sur moi tandis que je m’approchai, je me raidis légèrement et la saluai d’une inclinaison de la tête. Cette dernière reporta bien vite son attention sur le sergent.

Si je trouvais la curiosité du soldat bien mal placée, je n’en fis rien paraître. Mon regard allait de l’un à l’autre, toujours silencieuse. Par habitude, je réajustai la bretelle de mon sac sur mon épaule gauche avant de détourner le regard en recherche d’une excuse pour échapper à la conversation. Tout en vérifiant les amarres de la barque qui devait nous permettre de traverser le Styx, je jetai un regard à la Veronika puis au sergent qui devrait nous accompagner. Ces derniers se tournèrent alors vers moi et je me redressai. Inclinant une nouvelle fois la tête, je saluai le sergent qui venait de noter ma présence. Un fin sourire étirait mes lèvres tandis que je m’approchai pour les rejoindre.

- Nina Gadzhievna Platonova.

Je jugeai inutile d’en ajouter davantage. Le sergent devait avoir sans doute lu le même ordre de mission que moi. Et quand bien-même n’eut-il pas poussé la curiosité de connaître ceux qui l’accompagneraient pour cette mission, le nom saurait l’aiguiller. Il fallait bien trouver un avantage à la réputation qu’on vous affublait non ? Je me tournai vers Veronika puis observai un léger silence avant d’enchaîner :

- A vos ordres, camarade commissaire.
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le Mar 6 Fév - 0:41
Nika leva un sourcil interloqué en direction du soldat. Cette question bien prosaïque trahissait dors et déjà la peur qui somnolait au fond de lui. La peur est un super-pouvoir : elle fait courir plus vite, augmente les reflex, atténue la douleur et stimule à l'extrême l’amygdale. A l'instar des effets du Mentat, la peur est un allier précieux, à condition de garder le contrôle dessus. En vérité, Nika admettait que cette escapade fluviale était une folie, mais c'était la seule façon qu'avait trouvée l'humanité pour survivre dans ce métro, la folie. A sa manière, chaque citoyen du glorieux métro moscovite avait développé sa propre névrose, sorte d'exaltation psychotique dont l'esprit humain à le secret. D'autant appelèrent ce phénomène le courage ou la bravoure pour se donner des aires de conquérants, c'était avant tout le mécanisme de survie ultime qui avait permis à la race de s'élever au niveau du rat et du cafard sur l'échelle de l’opiniâtreté. Ce parfait équilibre entre terreur et espoir était le fondement de la société homo sapiens sapiens. Nika ne prit pas le temps de répondre a à la question. Elle salua Nina, puis enjamba le bord du quai. Se dressant à l'arrière du bateau, les pieds légèrement écartés pour garder l'équilibre, elle invita d'un geste de la main ses subordonnés à monter à bord du Tarentul.

- Bienvenue à bord du Tarentul camarades ! Je ne peux que vous conseiller de vous familiarisez avec cet engin le plus rapidement possible car il sera notre plus précieux compagnon pour les prochaines heures.

L'embarcation, loin d'être un navire de combat, n'en était pas moins un beau véhicule. Profilé pour maintenir une bonne vitesse de croisière, sa large coque en bois était renforcée tout autour par des tubes d'acier qui luisaient sous l'éclairage combiné des champignons et des lampes à huile. A la poupe, se trouvait une turbine en forme de grosse vis, accrochée au gouvernail. Celle-ci était entraînée par un moteur électrique lui-même alimenté par une grosse dynamo reliée à un pédalier situé au centre. Le tout était bardé d'ampoules à incandescence dont la puissance variait avec l’endurance de son machiniste. Enfin une mitrailleuse sur pied s'érigeait en tête de prou équipée d'un puissant projecteur.
Le poste de chacun ne faisait aucun doute pour Nika, elle laissa les autres s'installer avant de s'asseoir elle-même à côté du gouvernail. Lorsque le moteur démarra sous l'impulsion des mollets de la stalkeuse et que le Tarentul prit le large, Nika reprit :

- Notre voyage durera deux heures et trente minutes, il s'achèvera à VDNKh où un entretien diplomatique aura lieu avec les dirigeants de VAR. Vous le savez peut-être, la Ligne Rouge entretient des relations amicales avec cette jeune alliance qui finira, à terme par rejoindre l'union communiste de façon tout à fait pacifique. La propagation des idées de Marx est essentielle à la paix entre les hommes et, par voie de fait, à la préservation de notre espèce...

Veronika interrompit son briefing qui commençait doucement à sombré dans la laïus prosélytique. Le bateau n'avait à peine parcouru que quelques dizaines de mètres, qu'il s’engouffra dans un resserrement de la grotte forçant ses passagers à se baisser. Une poignée d'ouvriers lorgnèrent avec indifférence le curieux trio qui passait sous l’échafaudage sur lequel ils se tenaient puis reprirent leur travaux d'excavation. On entendait les chocs sourds des pioches sur la roches se distordre et s'éloigner à mesure que le Tarentul se glissait dans la conduite.

- Le Styx est la voie la plus direct et la plus rapide entre VDNKh et la ligne Sokolnitcheskaya, elle représente un véritable atout dans les événements à venir. Son aménagement est loin d'être terminé et ne pourra pas l'être sans une main d’œuvre conséquente. C'est pour cela que nous empruntons ce chemin plutôt qu'un autre, sergent Lavrov. La portée symbolique de cette action est une démonstration de force qui donnera, d'une part, aux ouvriers le courage d'apporter leur force de travail, et de l'autre, à nos allier, l'assurance de notre efficacité.

Un grincement métallique vint couvrir le ronronnement mécanique du moteur. L'étroitesse de la galerie rendait la navigation plutôt délicate pour Nika, scrutant les gardes-fou en acier du bateau qui frôlaient dangereusement les bords de la crevasse. La navire continuait péniblement sa course au fond de cette ravine vertigineuse dont les sommets échappaient à la vue, plongés dans les ténèbres. Parfois, de fines raies de lumière grise filtraient  au travers de l'obscurité épaisse à des dizaines de mètres au dessus du niveau de la rivière, le reste du temps, le corridor était éclairé de quelques torches ponctuelles. Au milieu de cette ligne de pénombre tamisée, le Tarentul paraissait comme un phare brillant de mille feux.

- Aussi, il est crucial que vous sachiez que la route n'est pas entièrement sécurisée. Nous n'attendons pas à rencontrer de difficulté majeurs, mais restez aux aguets, toutes les galeries qui bordent la rivière n'ont pas encore été explorées ; qui sait quels monstres les hantent encore !

… qui sait quels monstres les hantent encore … hantent encore … core
L'écho s'était soudainement amplifier alors que le groupe pénétrait dans une cavernes aux proportions de cathédrale. Point de colonnes de pierre formées par des millions d'années d'écoulement de l'eau, juste les entrailles déchirées du parc Sokolniki dans une immense cavité raisonnante. La lumière produite par l'éclairage du bateau qui voguait sur l'eau calme faisait se mouvoir les ombres de manière inquiétante. Le voyage serait court, mais ne faisait que commencer.

- Avez-vous des questions camarades ? Lança Nika pour conclure son briefing.

Elle ajouta à l'écho qui répercutait sa voix tout autour du Tarentul un sourire en coin emprunt de malice.
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le Ven 9 Fév - 21:58
Pas de réponse.

C’est déjà une réponse.

Le camarade commissaire s’élance à bord de son rafiot, toute altière, et nous enjoint à monter à bord. Je dis « nous » parce qu’il y a quelqu’un d’autre, je vous en ai parlé ; Vu comment la jeune fille est aussi une gravure de propagande, avec les gambettes sculptées, je me doute qu’elle doit faire partie de la clientèle du camarade commissaire, une subalterne quelconque, une cadette du commissariat, un truc dans ce genre ; Bref, une personnalité qu’il faut appréhender avec toute la déférence servile dont je suis capable. Quand elle me dit bien tout son nom, je me contentais de faire un sourire niais en coin, avant de me mettre à dire d’un ton rieur :

« Tu peux m’appeler Grisha camarade. »

Paf. Aucune courtoisie, et direct je lui propose mon surnom. Je suis à deux doigts de sortir une clope de contrebande pour lui en proposer une. Mettre la main aux fesses ce serait un peu trop par contre ; Le but c’est d’avoir l’air suffisamment débile pour qu’on m’ignore. C’est ça la beauté de la Ligne Rouge. Les garçons qui ont l’air d’avoir un peu trop de volonté mais qui sont pas suffisamment gradés, c’est eux qu’on envoie crever en masse. Remarquez les garçons un peu trop stupides et incompétents, on les envoie aussi en première ligne. D’où l’adoption de la stratégie qui m’a permit de survivre dix ans : être utile, mais pas trop.

Vu que Platonova manœuvre, et que le commissaire commande, moi je me dirige avec mon utilité virile vers la sulfateuse qui est en proue. Je dépose mon sac, un peu lourd et encombrant, sur un siège en cuir émoussé du « navire », puis enjambe une barre métallique pour prendre à pleines mains l’arme à feu. Je vérifie tout de même que la mitrailleuse soit bien chargée, au cas où, puis je m’installe bien en position.

Le trajet va devoir durer deux heures. Ça veut dire que, à moins que j’aie envie que mon dos soit morflé, je peux pas juste rester alerte comme ça trop longtemps. Alors, sitôt que j’ai entendu cette partie du briefing du commissaire – à défaut de relever tout le reste – je me mets à poser mes fesses sur le bord du navire, ma main droite tenant la crosse de l’imposante mitrailleuse.

Et voilà que nous traversons donc le Styx. Pour les idées de Marx et pour envoyer un message. C’est ce que le camarade commissaire dit donc ça doit forcément être vrai. Je m’empresse bien sûr de faire des petits mouvements de tête pour indiquer mon approbation à chaque fois, et à la fin de son discours je répète machinalement :

« Non camarade commissaire.
Je n’ai pas d’autres questions camarades commissaire.
Je veillerai à ce qu’aucun monstre ne nous attaque camarade commissaire. »


Est-ce qu’il existe des monstres dans l’eau, tiens ?
J’ai vu des monstres dans les airs, dans les tunnels, dans les rues, petits et grands, variés et en tout genre, mais je n’ai pas encore vu de monstres sous la mer. Pourtant qu’est-ce qui empêcherait ? L’idée me prend soudain alors que j’observe l’immensité glaciale qui compose le Styx. Malgré le fait que notre bateau soit un vrai sapin de Noël, l’eau est si noire qu’on ne peut pas observer ne serais-ce que la surface, encore moins le fond.
Je tressaillis.

« Mais camarade commissaire, je me demandais...
Est-ce que le VAR n’aurait pas été plus impressionné avec une délégation légèrement plus élargie ? Sauf votre respect, camarade commissaire, simplement plusieurs officiels avec une escorte d’honneur plus fournie aurait bien marqué les esprits, non camarade commissaire ? »


Je lâche pas le morceau hein. J’ai le cigare aux bords des lèvres tellement j’ai la frousse, j’ai pas envie de souiller mon pantalon pour qu’on me fasse croire que c’est qu’une rencontre dans un salon de thé hein.
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le Dim 11 Fév - 19:14
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Grisha.

Un semblant de sourire naquit sur mes lèvres. Il n’était pas courant de donner son surnom, certes, mais j’avais toujours été un peu mal à l’aise avec la rigidité du protocole guerrier. Une exception dans le cas d’une mission aussi nébuleuse me convenait amplement. Démentant la familiarité avec laquelle il m’avait répondu, le sergent répondit ensuite à la commissaire avec un peu trop de zèle à mon goût. Quel rôle essayait-il de jouer au juste ? Ma méfiance habituelle m’empêchait de le considérer simplement trop fervent et enthousiaste. La présence de Veronika en imposait certes, tout comme la teneur officielle de la mission mais je n’adhérais pas spécialement au rôle du bon soldat loyal et dévoué. Si je me fiais aux faits d’armes du sergent, j’avais affaire à un combattant expérimenté. Et si je me fiais à ma propre expérience des types de ce genre, ils étaient plutôt du genre à aborder ce type de mission avec détachement et méthode.

A dire vrai, je n’eus pas vraiment l’occasion de m’attarder sur le sujet. Le fin trio que nous formions embarqua sur le prénommé Tarentul. L’embarcation ne me disait rien non plus mais on devait lui reconnaître un état remarquablement bien conservé. Si on l’observait avec attention, on remarquait les soins et les réparations qui avaient été apportées au fil du temps, rajoutant encore un peu d’allure au rafiot. Sur une décision tacite pour laquelle je n’eus absolument aucun mot à dire, je fus affectée à l’alimentation de la satanée machine. Comme je m’installai dans le fauteuil et commençai à pédaler, je décidais que je ne la porterai pas dans mon cœur. Par moment, je jetai un regard mauvais en direction de mes deux compagnons, me demandant quelles raisons avaient bien pu les convaincre que ma place était la plus adaptée derrière les pédales. Si je me fiais une fois de plus au dossier concernant le Sergent Lavrov, rien ne le prédestinait plus que moi à manœuvrer la sulfateuse en proue du navire. Rien hormis une paire de testicules.

Et ce fut donc sur cette idée que j’essayais de me ranger sur l’avis général. Ma place était donc derrière ces pédales, répétai-je mentalement tandis que je caressais du bout des doigts la crosse de mon fusil d’assaut. Je l’avais disposé à ma gauche de manière à pouvoir le prendre et l’épauler rapidement. Et si l’exercice que nécessitait le pédalage requérait une partie de mon attention, je ne pouvais m’empêcher d’observer les voûtes qui s’ouvraient sous nous, tentant de percer l’obscurité pour y deviner les potentiels dangers. D’une oreille, j’écoutais également les instructions de Veronika. Ces dernières ne m’apportaient aucune information que je ne sache déjà ou que je ne puisse deviner. Rapidement désintéressée, je finis par reporter l’essentiel de mon attention sur les ténèbres qui s’ouvraient au-dessus de nous. Une question ne cessait de rouler dans mon esprit : si un démon surgissait de là-haut, serais-je en mesure de l’abattre avant qu’il nous atteigne ?

-…respect, camarade commissaire, simplement plusieurs officiels avec une escorte d’honneur plus fournie aurait bien marqué les esprits, non camarade commissaire ?

Je clignais à deux reprises des yeux, retenant de justesse un petit rire. Incapable de dissimuler vraiment mon amusement, je me contentais d’un léger sourire tout en observant tour à tour le sergent puis la commissaire. La question était pertinente, certes, mais elle me paraissait complètement déplacée. Veronika prendrait-elle seulement la peine de répondre ?

- Peut-être pas si la véritable nature de la rencontre nécessite une certaine discrétion.

Je venais de mettre les pieds dans le plat. Je poussai un soupir puis reportai le regard devant moi, me concentrant sur la meilleure façon d’optimiser mon pédalage. Intérieurement, je regrettai déjà d’être intervenue. Je ne t’avais pourtant pas dit de faire profil bas gamine ? La voix de Gadzhi résonnait dans mon esprit comme un refrain, me rappelant amèrement que la discrétion restait encore ma meilleure arme pour ce genre de mission foireuse.
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le Mar 13 Fév - 14:31
Sur l'immensité plate et silencieuse d'eau noir étalée dans la grotte, seul le sillon de vague traînant derrière le vaisseau venait perturber le calme qui régnait dans ces profondeurs insondables. La présence incongru des humains provoqua quelques envolées de chauves-souris mécontentes qui disparurent aussitôt dans l'ombre en quelques battements d'ailes furtifs, en amont de la rivière. L'atmosphère était sinistre, mais la curiosité naïve du sergent et la tentative maladroite de la stalker pour y répondre réchauffaient l'ambiance d'une pointe d'humanité. La conversation qui pourrait en résulter rendrait probablement le voyage moins pénible que prévu.

- Je comprends vos inquiétudes camarades, et vous vous demandez certainement pourquoi c'est vous qui êtes ici et pas n'importe qui d'autre. Vous avez appris durant des années à vous méfier de la hiérarchie, à vous fondre dans la masse pour ne pas être mêler de trop près aux intrigues. Et aujourd'hui, voilà que ces intrigues vous rattrapent malgré tout.
Nika quitta quelques instants des yeux la trajectoires qu'elle suivait entre les amas de pierres éboulées pour les tourner vers ses deux adjoints. Elle ne voyait que l'arrière de leur tête dans cette position, ils guettaient tranquillement le moindre mouvement aux alentours.
- Il ne s'agit pas tant de discrétion que de pondération. Lorsque le temps des honneurs sera venu, ils ne seront pas pour nous. Notre rôle est de préparer le terrain politique de VAR à l'ingérence de la Ligne Rouge, comme les dockers ont affrété le Tarentul pour notre équipe avant notre départ. Nous souhaitons obtenir leur confiance, pas les effrayer.
Il y eut un cours silence comme après chaque intervention de la commissaire. Manifestement, Grigorij et Nina pesaient chacun de leurs mots avant d'oser prendre la parole. Leur malaise était évident et justifier, alors Nika reprit :
- Peut-être cela vous aidera-t-il à mieux comprendre les raisons de votre participation à cette mission.

Danger:
 

Nika posa son regard quelques secondes sur la vis d'Archimède qui tournait pour faire avancer le bateau. Un ruban de lucioles vertes fluorescentes scintilla au fond de l'eau. Nika plissa les yeux pour mieux voir, puis la lueur disparu. Elle se redressa sur son siège, ses doigts se contractèrent sur la barre du gouvernail. Elle ne pu s’empêcher de prendre d'un geste de son autre main une pilule de Mentat qu'elle englouti sans attendre. Une autre trace lumineuse remonta rapidement le courant face au Tarentul avant de dépasser le niveau de l'eau dans un écoulement fluide. Une masse squameuse gigantesque roula à toute vitesse contre l'embarcation, avant que quiconque ne puisse réagir. Le choc ébranla le navire et ses occupants qui durent s'agripper pour ne pas passer par dessus bord. Le Tarentul tint bon, il resta à flot, mais le calme ne revint pas. Autour de lui, des milliers de glapissement résonnaient dans la caverne dans un vrombissement assourdissant. Alors que le son s’amplifiait à la limite du supportable, des ombres, vives et menaçantes, bondissaient d’îlots en îlots et des corps monstrueux aux yeux perfides rampaient le long des parois.
- Ne tirez pas, ordonna Veronika en poussant la voix pour se faire entendre dans ce vacarme infernal.
Elle enclencha une manivelle sur le moteur dont la cadence s'accéléra. Immédiatement après, l'aiguille de la jauge qui indiquait la réserve d'énergie des condensateurs commença à descendre. Jusque là le rythme régulier du pédalier qui produisait l’électricité de la machine avait suffi à maintenir une vitesse constante et une batterie pleine, ce n'était plus le cas. L'engin de tiendrait pas longtemps, il était conçu pour l’endurance, non pour le sprint. Nika espérait que cela suffirait à faire quitter les lieux à l'équipage avant que les nosalis ne passe à l'attaque.

Parfois, la lumière du bateau permettait de distinguer un instant un de ces vampire posté sur un bloc de pierre émergeant. Les créatures se dressaient furieuses de part et d'autres du trio de voyageurs imprudents, et poussaient leur cris de mort. Elles restaient sur leur perchoir, préparaient leur assaut, attendaient le moment propice. Le Tarentul continuait sa course slalomante à travers le tombeau souterrain, puis soudain, le moteur toussa quelques gerbes d'étincelles et s'éteignit plongeant les lieux dans le noir absolu. Seuls les yeux jaunes des mutants nyctalopes constellaient la voûte de centaines d'étoiles maléfiques.
Le silence se fit. Il ne dura certainement pas plus d'une seconde, pourtant il fut perçu comme une éternité par Grigorij, Nina et Veronika ; assez de temps pour voir leurs vies défiler sur la toile de leurs esprits, c'est ce qu'il fait quand il sent que la mort est proche. Le silence et l'obscurité se déchirèrent d'un cri strident qui rebondit dans la caverne et provoqua une vive douleur chez les êtres humains pris au piège.
- Ne les laissez pas monter à bord ! Feu à volonté !
Le flash enflammé qui suivit la détonation du Saiga de Nika éclaira toute la pièce durant un bref instant... Le concert des coups de feu débuta timidement, puis s'intensifia. On voyait par intermittence les monstres se jeter sur la frêle embarcation. Image par image, comme sous la lumière d'un stroboscope, la masse grouillante des nosalis s'abattit sur le Tarentul et ses occupants dans un rugissement terrible.
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le Mar 13 Fév - 20:26
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Mes oreilles sifflaient. Le regard planté droit devant moi, je contractais un peu les épaules en attendant le coup décisif venir. Il n’en fut rien cependant. S’il y avait de l’impertinence dans les propos de ses deux accompagnateurs, Veronika n’en releva rien et se permit même de donner quelques éléments d’informations. Je les rangeai dans un coin de ma mémoire sans me faire de grandes illusions à leur sujet. Tout cela ne me concernait pas et si je pouvais les éviter, cela valait mieux pour moi. Je pédalai donc avec entrain, imprimant un rythme régulier et volontaire afin de faire avancer notre embarcation.

Evidemment, le trajet n’aurait pu se dérouler sans encombre. C’était pour cela se montrait trop optimiste voir même carrément stupide. A peine la commissaire terminait sa diatribe que nous tombait dessus une horde de mutants. Peu agressifs sinon intéressés au premier abord, nous options, sous les directives de Veronika, pour une attitude placide. Lorsqu’elle se mit à augmenter le régime de propulsion du Tarentul, j’émis un léger grognement. Pour ce que j’en connaissais, le système de propulsion possédait un rendement minable ; suffisamment mauvais pour que grande partie de mes efforts physiques soient perdus entre la transmission des efforts et la décharge des condensateurs. En accélérant ainsi l’embarcation, je devais redoubler d’efforts pour espérer suivre la cadence et permettre aux condensateurs d’exercer leur fonction principale.

Et c’était peine perdue.

La course ne dura que quelques minutes avant que les condensateurs, essoufflés, rendent l’âme dans un dernier soupir. L’embarcation se figea, dérivant légèrement sous l’effet de l’inertie avant l’extinction complète du système. Cette fois-ci, je ne ravalais pas le juron qui flottait sur mes lèvres depuis le début de cette maudite histoire. Et alors que l’embarcation s’arrêtait totalement, se trouvant soudainement entourée d’une bonne tripotée de Nosalys, Veronika donna enfin ses premières consignes dignes de sens. Du moins, elles se voulaient sensées. Je quittais alors les pédales et plongeais vers mon sac. J’en sortis une fusée éclairante et mon briquet à gaz puis l’allumai sans marquer d’hésitation. La seconde suivante, la fusée se trouvait projetée dans l’eau à une dizaine de mètre à tribord. Cette dernière émettait une lueur rouge blafarde et discontinue, éclairant les alentours et révélant bien plus de monstres que je m’y étais attendue.

De leur côté, Veronika et Gregorij arrosaient joyeusement toutes les créatures qui s’approchaient d’un peu trop près. Tout en saisissant mon fusil d’assaut et allumant le point rouge de ma lunette, je jetai un regard critique aux alentours. Il me fallait analyser rapidement la situation et en tirai le meilleur parti. Mon regard s’attarda sur le tableau électrique qui s’étalait sur ma droite. Je changeai alors de position l’interrupteur correspondant au système d’alimentation et me levai souplement. Le dos voûtés, l’arme épaulée, je rejoignais en deux enjambées la commissaire et d’une main sur son épaule l’intimait de cesser le feu. L’arme qu’elle tenait en main, légendaire et rarissime dans ce coin ci du métro, n’était pas vraiment adaptée pour l’exercice.

- Ca suffit, notre mission est de vous mener à bon port commissaire et vous avez intérêt à écouter nos consignes pour la suite. Prenez mon poste aux pédales et pédalez pour recharger les condensateurs, utilisez plutôt votre pistolet pour les cibles qui s’approchent de trop près.

Je n’avais toujours pas retiré la main de son épaule, d’une poussée ferme je lui indiquai mon poste. A aucun moment je ne m’interrogeai sur le changement des rôles. Chacun exerçait la fonction pour laquelle il était dument entraîné et, pour l’occasion, Grisha et moi étions bien plus expérimentés en la matière. Ce dernier avait d’ailleurs pris son poste derrière la sulfateuse et allumait toutes les créatures imprudentes. Je me rapprochai du poste de pédalage et de Veronika puis mis un genou à terre avant d’épaule mon arme. Ainsi placée, je pouvais la couvrir. D’une main, j’ajustais le bouchon anti-bruit de mon oreille gauche puis commençai à mettre en visée les mutants les plus proches. Je tirai au coup par coup, ajustant soigneusement chacun de mes tirs afin de maximiser leur efficacité, comptant essentiellement sur Grisha pour assurer le tir de barrage.

- Pédalez, il faut qu’on puisse redémarrer le système avant que la fusée ait terminé de brûler, commissaire ! Et surveillez la zone au-dessus de nous pour que rien nous tombe dessus, criai-je entre deux tirs.

Ici la voûte n’était pas très haute mais l’espace était suffisant pour qu’une créature puisse s’y glisser et nous tomber dessus. Le calibre du pistolet de la commissaire serait beaucoup plus efficace dans ce cas-là, minimisant les risques d’éclats et de ricochets des balles.

Spoiler:
 
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le Jeu 15 Fév - 12:21
♫ « Une nouvelle fois, en avant !
Une nouvelle fois, le clairon nous appelle !
Une nouvelle fois, nous grossirons les rangs
Et marcherons tous vers la sainte bataille.
Lève-toi, Terre Russe, défends ta Foi ! » ♪


Bon. Je vais pas à nouveau vous décrire ce que vous savez déjà. Le bateau perdu au milieu de l’eau. L’obscurité qui nous recouvre d’un voile de ténèbres. Les yeux jaunes de milliers de monstres qui nous entourent. Sur le coup, j’ai même pas eu le réflexe de soupirer, même si j’ai eu l’envie mordante de me mettre à rire et de hurler un petit « Essayez de leur parler de Marx, camarade ! » au commissaire, histoire que ce soient bien les derniers mots sur lesquels elle réfléchit avant qu’on se fasse tous trois bouffer par une horde de nosalis. Mais ma fierté et mon ego disparurent bien rapidement, dans un tressaillement d’échine. J’ai sué. J’ai sué tellement que je pense que j’ai perdu deux kilos instantanément, et peut-être que ma peau blanche est devenue encore plus diaphane face au danger. Devant la terreur de la mort, il aurait peut-être été intelligent de ma part de me mettre à genoux sur le Tarentul et de lancer une petite prière bien orthodoxe pour me réconcilier avec le Christ, à défaut de ménager la douleur que j’allais ressentir ; Le suicide c’est un péché pour nous chrétiens, j’ai même pas le droit de me tirer une balle dans la tête comme Platanova ou le commissaire auront sûrement le réflexe.

Sauf que le commissaire a pas eu l’intelligence de se disperser sa jolie gueule partout dans la flotte. Oh non. La chienne a préféré tirer sur les monstres, et m’ordonner d’un « feu à volonté ! » de me mettre à allumer les bestioles qui nous menaçaient. L’entraînement, ou plutôt le dressage que l’armée de la Ligne Rouge m’a inculqué a fait le reste. Christ peut attendre, comme la moindre remarque pseudo sarcastique comme si on était dans une pièce de théâtre : Dans mon cerveau, je n’avais plus que la putain de chanson de marche, pas super communiste vu qu’elle date de l’époque du Tsar, et mon doigt se mit à presser la détente.

Rassurez-vous. Dix ans de bail à arpenter le métro et ses démons. Je suis nerveux mais pas paniqué non plus. Je sue mais mes sphincters se sont pas détendus comme ça a pu être le cas quand j’étais une jeune bleusaille. Je tire. Oui. Mais je tire par petites rafales de quatre ou cinq balles, intermittentes, de manière à ne pas cramer les munitions ou faire surchauffer le canon ; Ce serait un putain d’arrêt de mort vu la cadence que représente cette artillerie de proue que j’utilise pour tenter de massacrer, avec hasard, les monstres planqués au sec. Aucune idée de si j’en tue zéro ou des dizaines en fait. Si les tirs illuminent le tunnel dans lequel on est coincés, c’est pas ça qui m’assure une visibilité parfaite.
Du coup bah j’ai juste tiré. Tiré comme un malade. Mes oreilles se mettent à trembler d’acouphènes alors que les détonations se répercutent dans un écho horrible, qui couvre les cris des monstres, même si j’entends encore les douilles de l’arme qui percutent le navire, allant sous le métal, les sièges, ou tombant dans un ricochet à la surface de l’eau. Mon bras tremble à cause du tir de la mitrailleuse. Mes narines sont vites envahies par l’immonde odeur de poudre.
Je dois avouer que j’ai peut-être juste hurlé quelque chose sous la panique :

« Priez pour pas qu’elle s’enraye ! Braaaah ! »

Je sais pas ce qui se passait derrière moi pour tout vous dire. Mais à un moment, le tunnel s’est retrouvé dans une teinte rouge pas très lumineuse, mais déjà bien plus efficace pour voir que le noir complet digne des enfers. Je me retrouvais à plisser les sourcils, et maintenant, j’arrivais à identifier un minimum les nosalis qui s’offraient à moi. Toujours, rafales contrôlées, alors que je tournoyais l’arme à gauche ou à droite sur le trépied qui la retenait, bougeant vivement mon corps du côté inverse pour pouvoir acquérir l’une ou l’autre des cibles.
Et devant moi, la fumée du flingue qui s’élève comme une cigarette, et les douilles qui glissent, tombent et sautillent sur le navire alors que les munitions s’amenuisent petit à petit. Je crois que ça s’engueule derrière, pour savoir comment on va redémarrer. Pour tout vous dire je m’intéressais beaucoup plus à ces saletés qui marchaient sur la coque et fonçaient vers notre petit trio pour pouvoir me concentrer sur des questions plus importantes, comme le fait de pouvoir vite filer d’ici.
Dernière balle crachée par mon canon. Soudain, le fait que j’appuie sur la détente ne provoque plus qu’un minuscule « clic » pas très encourageant. J’ai les oreilles qui sifflent, j’entends plus grand chose, et je suis un peu inquiet des singes immondes qui chargent vers nous.

« À sec ! »

Je pose une main sur le gros chargeur en boite et le retire, le laissant tomber lourdement sur le Tarentul. Faut que j’en attrape un nouveau, que je l’insère, avant de pouvoir à nouveau reprendre le carnage.
La pause de mon arme avait duré un peu trop de temps, malheureusement, pour que les monstres qui avaient pu éventuellement se tenir éloignés, terrifiés par notre concert de poudre et de petites explosions qui se répercutaient avec fracas sur toute la longueur des entrailles du tunnel, pour qu’ils trouvent une certaine confiance et agrippent leurs mains sur le pont.

« Trop tard, y sont sur nous ! » Que je hurle en avertissement avant d’à nouveau viser et tirer sur les clandestins.
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le Jeu 1 Mar - 1:39
Sans même y penser, Nika se hâta sur la place du bateau que lui indiquait Nina. Sa saïga en bandoulière tomba sur son flan gauche tendis qu'elle s’attela à pédaler vigoureusement. Pistolet au poing, elle profita de la lueur de la fusée éclairante pour se pencher quelques instants sur le tableau de contrôle du moteur du Tarentul. Une bête de quatre-vingts kilo couverte de poiles par endroit seulement s'abattu directement dessus nez à nez avec la Nika. Elle tressailli d'un bond sur son siège avant de pointer son arme des deux mains vers le museau du vampire qui l'attaquait. Une première balle sorti du Makarov pour se loger dans la mâchoire inférieur du monstre. La deuxième dans son thorax ne lui arrêta pas un coup de griffes qui fendit l'aire. Celui-là n'était pas passer loin, Nika se redressa de son esquive pour aligner un autre tire. Une gerbe de sang jailli de ce qui avait été l’œil de la créature et vint moucheter le visage de la belle commissaire. Celle-ci était la bonne, le nosalis s'effondra de tout son poids sur la tableau de contrôle avant de glisser vers les abysses en laissant une traînée poisseuse et chaude d'un sang marronnasse.

Sans perdre une seconde de plus, Nika repris son observation. Tout en pédalant, elle essayait de comprendre ce qu'elle avait sous les yeux. Le système de base semblait assez simple d'utilisation : il y avait quelques interrupteurs annotés, un voyant vert, un voyant rouge, une grosse poignée jaune et deux cadrans indiquant les niveaux de batterie.Visiblement, l'un des deux cadrans s'était brisé. La vitre ronde avait volé en éclat et l'aiguille à l'intérieure était tordu, une coulée d'hémoglobine avait même commencé à infiltrer les circuits. Toutes les étiquettes avaient été soit arrachées, soit rendues illisibles et aucun voyant ne fonctionnait. Pour finir, un arc électrique se forma au dessus du tableau et éclata au niveau des yeux de Nika.

Le tableau n'était pas encore tout à fait compléter. Après avoir libéré les feux de l'enfer, la sulfateuse de Grigorij se tu. Un rapide coup d’œil pour s'assurer qu'il était encore vivant et Nika tenta timidement de couvrir sa manœuvre. Elle tira trois coups successifs pour abattre un de ces mutants qui venait de bondir à la proue du navire. Puis deux autres coups en direction d'une paire d'yeux fixée au plafond. La cible de bougea pas. Nika rechargea prestement et repris son tir de plus en plus efficace à mesure que les ennemies se rapprochaient inexorablement du Tarentul.

La mitrailleuse reprit enfin son office. Nika vida un chargeur pour virer un dernier nosalis à bord, réapprovisionna son pistolet et profita d'un peu de répit pour plonger sa main dans le grésillement étincelant du tableau de contrôle et abaisser la grosse poignée. L'électricité s’apaisa et le voyant rouge s'alluma. Elle prit cela pour un bon signe dans les circonstances actuelles. L'aiguille du seul cadran encore fonctionnelle arrivait à la moitié des graduations, on pouvait espérer qu'il en était de même pour le second condensateur. Elle remonta la poignée. Un ultime coup de tonnerre résonna dans les entrailles de la machine et le voyant vert s'alluma lentement. Il ne restait plus qu'à essayer les interrupteurs l'un après l'autre pour trouver celui qui relancerait le système.

Les nosalis n'en démordait pas, le combat faisait toujours rage tout autour d'elle. Elle essayait de faire appelle à sa mémoire pour ne pas activer n'importe quel bouton au hasard. Les effets du Mentat lui ouvrirent l'accès à son hippocampe. D'abord la lumière, d'un claque retentissant, le Tarentul se remit à briller dans la caverne. Il laissa apparaître les milliers de monstres qui arrivaient en masse, éblouis un instant par l'intense lumière. Ensuite le moteur, le rotors se mit à tourner et la bateau à avancer. En gardant cette vitesse et ce rythme de pédalier, les batteries seraient vites remplies et il y avait une chance de s'échapper.

Chaque vampire tuer finissait sa chute dans un grand splash liquide, puis flottait entre deux eaux en remontant le courant vers l'arrière. Pourtant, et malgré l'allure du navire, l'attaque n'en finirait jamais et les munitions allaient venir à manquer. L'équipage était complètement désorienté par ce passage trop long d'obscurité absolue. Le Tarentul fila en avant toute et alla s’engouffrer dans un boyau juste assez large pour sa coque. Il finit sa course à l'aplomb d'une magnifique cascade grondante encastrée dans un maudit cul de sac. Cette fois s'en était fini !

Les hurlements de la horde résonnait jusqu'à leurs oreilles. Le dernier assaut aurait du être imminent, mais curieusement elle ne vint pas.
- Les monstres semblent éviter cet endroit, osa Nika en dépit du grondement de la cascade. C'est comme si quelque chose les effrayait.
La situation se stabilisait, cependant cela n'avait finalement rien de rassurant.

Les condensateurs, maintenant remplis, fournissait assez d'énergie pour éclairer parfaitement les environs. La cascade tombait d'une canalisation éventré à une douzaine de mètres au-dessus, le reste n'était que roche friable et végétation fongique. Soudain, un détail retint l'attention de Nika, à droite, au pied de la cascade un symbole était gravé, souligné d'une flèche en direction d'un passage étroit derrière les trombes d'eau. Cette rune apparaissait pour la deuxième fois depuis le début de cette enquête. C'était trop pour être une coïncidence...
- Il y a une issue par là ! On peut abandonner le navire et s'échapper à pied.

L'eau sur laquelle ils flottaient passa d'un noir d'encre à un vert radioactif iridescent. La surface des flots frétilla sous l'impulsion d'une guirlande fluorescente qui roulait sur les vagues. L'embarcation se mit à ballotter de tribord à bâbord, les choques se faisaient de plus en plus téméraire contre la cale en bois. Le bassin tout entier ne tarderait pas à bouillonner de ces choses aquatiques qui faisaient si peur aux vampires.
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