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le Ven 26 Jan - 1:24
♫ Jours et nuits dans les haut-fourneaux,
Mère patrie n’a pas battu un cil,
Jours et nuits une âpre bataille nous avons livré,
Nous avons tenté d’en finir aussi vite que possible...♫


Bruissements métalliques. Crissement d’essieux sur les rails. Bruit de petites gouttes qui tombent sur le gravier de la voie. La draisine remonte lentement le long du tunnel, tracté par la force de deux soldats qui s’excitent sur la manivelle. On est six juchés dessus, à l’étroit, à se relayer pour économiser la force de tout le monde. Et depuis que nous avons quitté la station Okhotny riad, nous nous sommes plongés dans cette obscurité qui dévore les hommes. Le froid et l’humidité me crispent, me font avoir la chair de poule sous mon uniforme pourtant épais. Dans le noir, le silence est troublé par notre wagonnet, cette draisine manuelle rouillée, qui crisse, qui claque, qui raye des rails endormis qui depuis bien longtemps ont oublié les rames remplies de voyageurs moscovites trop pressés qui empruntaient cette voie. Maintenant, cette voie silencieuse n’est plus parcourue que par des monstres, dont nous craignons à chaque seconde l’embuscade, et, de nombreuses rumeurs disent, des anomalies étranges, des manifestations surnaturelles du passé...

Superstitions et charabias ! répondit le camarade lieutenant en grimaçant. Voilà bien une manière de parfait rustre de craindre les fantômes !
Alors, pour nous faire combattre la peur qui nous gagne, qui empoisonne nos âmes au fur et à mesure que nous quittons la sécurité des barricades de notre station, nous chantons. Enfin. Je chante. À voix basse, sans cris, pour que ma voix ne se perde pas dans un écho rocailleux plus sonore que notre voiture l’est déjà, au risque de voir débarquer des monstres affamés nous sauter dessus. Mais mon petit air est vite fredonné sur toutes les lèvres, pincées pour nous cinq soldats, souriantes dans un grand rictus pour le lieutenant :

♫ Oh en ce jour de la victoire,
L’air pollué de poudre à canon,
C’est une célébration,
Avec ses temples tous de gris.
C’est la joie,
Et les larmes aux yeux,
En ce jour de la Victoire...
Ce jour de la Victoire...
Ce jour de-♪

– Chut !

Trutnev porte un doigt sur sa bouche pour signifier que nous fassions le silence. Il lève son pistolet, tout comme à côté de lui, Rogozin soulève nerveusement, tout tremblant, sa kalachnikov. Les deux mettent en joue les ténèbres.
Notre chanson se perd dans l’écho du tunnel. Mais la draisine continue de remonter, parce que les deux sur le levier continuent d’utiliser leurs bras pour l’activer. Normal qu’ils soient imperturbables : Les deux qui s’y collent, c’est moi et le Géant.

« Qu’est-ce qui se passe ? Je grogne un peu haletant, alors que je continue de pousser le levier en tandem avec le Géant.
– Je... Je crois que j’ai entendu quelque chose camarade sergent, répond Trutnev avec un ton bien peu assuré.
– Y a rien ! Tais-toi et reprends l’air ! Allez !
– Ah... Ahem... Je...
B... Bonjour, mère. Nous ne sommes pas tous rentrés à la maison... »


Le lieutenant ne peut pas s’empêcher d’éclater de rire. Les coudes posés sur la rambarde, ses lèvres se découvrent en un magnifique et grand sourire qui montrent toute sa dentition blanche et droite. Il jauge les deux peureux, Trutnev et Rogozin, avec un dédain certain :

« Quel manque de discipline chez tes hommes, Grisha !
– Ils sont alertes, camarade lieutenant... »


Et il ricane de nouveau, en donnant un coup de coude à sa voisine, le soldat Savinkova- L’infirmière, Savinkova, comme il aime le préciser depuis qu’il l’a vue juste avant-hier, pendant notre briefing.

« Vous leur avez pas donné quelque chose pour les détendre, camarade Savinkova ? Ah ! »

Je serre les dents en me concentrant sur le levier qui nous fait avancer. L’effort fait perler de la sueur dans mon dos et sous mes aisselles, c’est pas agréable parce que ça renforce ma sensation de froid. Quelle plaie de l’avoir avec la troupe. Il peut pas s’empêcher de faire des remarques et des sous-entendus grossiers, et par ses plaisanteries transpirent les accusations et les suspicions dont notre noble armée est victime ; Comme le fait que, il est vrai, des drogues disparaissent parfois des armoires pourtant fermées à clé des infirmeries, certainement pour que des soldats se dopent pour lutter contre la nervosité et la fatigue des gardes successives. Le problème c’est pas qu’il nous accuse de ça, hein ; C’est plutôt qu’il le fasse sur le ton de la blague, genre il est pas sérieux, alors qu’on sait tous qu’il est très très sérieux.
Vu que je suis en face de lui, sur ma manivelle, et malgré le fait que le Géant est devant moi ou que nous sommes dans le noir quasi-complet, j’arrive à lever la tête pour deviner le visage et les traits du lieutenant. Sa bouille de môme bien nourrie. Un jeune garçon, plein de vigueur et de vie. Pâle, comme tous les gens du métro bien sûr. Mais avec les joues creuses, les pommettes saillantes, des petites fossettes à la commissure de ses lèvres quand il sourit. Il est beau, ce qui contribue à rendre son apparente indolence encore plus insupportable. Je le foudroie d’un regard noir tandis que ses mirettes se perdent sur le plafond de pierre du tunnel.
L’horreur se saisit de moi, alors que je me rends compte que c’est peut-être la toute première fois que ce peigne-cul met les pieds hors de la sécurité d’une station.

« On est presque arrivés, camarade lieutenant, je me mets à dire pour casser la chanson qu’entonnent les deux nerveux de devant.
– Enfin ! Je commençais à avoir le cul endormi, à rester sur cet engin... »

J’acquiesce d’un simplement mouvement de tête avant de me lever maladroitement sur mes deux guibolles. Le Géant, avec sa masse et sa carrure, peut bien se démener tout seul pour nous faire avancer ; Vladimir Golodets est un buffle qui a bien mérité son surnom, et il s’active à faire marcher la machine seul.

« Restez alertes, mais avec sang-froid. Il est bon de se méfier, mais la crainte ne doit pas être remplacée par la terreur, camarades. »


Rogozin lève ses yeux pour me regarder, même si sa kalash pointe toujours devant, le canon posé sur la rambarde. Il acquiesce rapidement d’un mouvement de tête. Il est à peine plus jeune que le lieutenant. Sauf que Vitaly Arkadiovitch Rogozin a les dents jaunes et se chevauchant entre elles, les yeux entourés de cernes, des boutons sur le nez et le front. Lui aussi c’est sa première fois en surface. Mais contrairement au lieutenant, il suinte de son corps une trouille naturelle qui m’inquiète, qui m’inquiète autant que la nonchalance du lieutenant. Est-ce trop demandé d’avoir un entre-deux chez les gars qui m’accompagnent ?

« -et je vous interdis de faire une plaisanterie, camarade Savinkova. »

Je tourne lentement mes yeux pour regarder le toubib. C’est souvent dans les moments où on est les plus nerveux qu’elle trouve que c’est une bonne idée de sortir une pique ou une vanne, ce qui m’horripile. Face à l’appréhension, on réagit de façon différente, hein. Y en a qui se droguent. Y en a qui se marrent. Y en a qui font de l’humour noir. Moi je suis un être assez sain pour y aller léger après m’être déjà débarrassé de tout mon poids humain bien avant de devoir me réveiller et de mettre mon paquetage sur le dos.
Avant-hier j’étais dans les bras d’une prostituée. Hier j’étais à genoux les yeux levés vers mon plafond, en essayant d’en faire abstraction pour m’imaginer le ciel. Y a pas la place pour encore être nerveux alors que guette déjà tout ce que vous pouvez imaginer d’une sortie en surface : Les radiations, les monstres, les stalkers et pillards en tout genre qui peuvent vouloir vous flinguer. Les chances d’une mort douloureuse avec votre cadavre perdu sans sépulture. Eh, c’est bon. Dix ans que je suis dans l’armée rouge, je vais pas vous refaire le programme.

Je lève ma main, toute étendue, et la baisse vivement. Immédiatement, Godolets arrête de pousser sur le levier. Le véhicule continue encore un peu à avancer, avant de s’arrêter sur les rails.
Je me penche sur la rambarde et suit le premier à bondir. Vite suivi du lieutenant, puis de tout le reste de l’équipage. Comme prévu, nous laissons le véhicule ici, pour relier la station à notre retour.

On grimpe aidés des bras sur le quai, et je me retourne pour observer les cinq militaires qui me suivent. Ils allument leurs lampes-torches, et balayent l’entièreté du quai, tout autour, pour s’assurer qu’il n’y a ni monstres, ni fous psychotiques qui vont se jeter sur nous.

« Bien.
Camarade Godolets. Montrez que vous avez bien pris soin de votre Honneur. »


Le Géant enlève son sac. Il le fait basculer par-dessus son épaule et le pose à terre. Le fusil en bandoulière, il s’agenouille et tire sur la fermeture éclair, avant de trifouiller à l’intérieur, la lampe torche coincée dans sa bouche pour pouvoir bien observer le contenu du paquetage. Enfin, il tire un morceau de tissus. Avec grande précaution, il déplie cette toile de couleur rouge, sans la faire ne serais-ce que toucher le sol. Et il déplie, magnifique, un grand drapeau de la Ligne Rouge, sans une tache de graisse ou de saleté pour le maculer.

« Magnifique
, dit le lieutenant satisfait. Il est dommage que nous ayons à porter ces affreux masques à gaz à la surface, j’aurais aimé pouvoir montrer mon visage à côté de la Bannière. »

Instinctivement, je tourne ma tête vers Klara pour bien la foudroyer du regard. C’est généralement le moment où elle va lancer une pique, genre : Si vous y tenez, vous pouvez camarade lieutenant. Les sourcils bien froncés, je parviens à l’empêcher de sortir sa plaisanterie, tandis que le lieutenant continue dans son délire.

« Mais enfin, votre corps bien taillé de géant inspirera bien les prolétaires ! Regardez-vous ! On dirait un vrai Stakhanov !
N’est-ce pas, Grisha ?
– Oui camarade lieutenant. »


Pour je ne sais quelle raison, le lieutenant Alekseï Illitch Tkatchev ne peut s’empêcher de m’appeler « Grisha ». Il sort mon surnom comme si nous étions amis, parce qu’on s’est vus pour la première fois y a six mois et que j’ai fais l’erreur de jouer avec lui aux cartes deux ou trois fois. La grimace que je tire à chaque fois qu’il me sort mon surnom ne l’a pas piqué ; à l’inverse, voilà que Aliocha se met à sourire et parfois à me donner des tapes dans le dos. J’en suis arrivé à un point où je me contente de l’ignorer.

« Allez. Tout le monde met son masque et vérifie que le filtre fonctionne. Check-up de vos fusils, que rien ne soit enrayé. »

Avant de monter dans la draisine, bien sûr, nous avons tous pensé à graisser nos fusils, à mettre des gants, à charger la batterie de nos lampes torches, toutes ces petites choses communes qui peuvent nous sauver la vie au détour d’un mur ou d’un carrefour. Et voilà que, d’un coup, nos visages disparaissent derrière les gros masques, et que l’air humide et renfermé du métro est remplacé par celui étouffant et pesant d’un gros filtre qui va transformer nos voix. Nos trognes ne sont maintenant plus que limités à nos yeux, devant des petites visières poussiéreuses ou même un peu fissurées. Petits cliquetis métalliques alors que nous préparons nos armes, et enfin, la manœuvre commence vers les marches de la station abandonnée, qui doit nous mener à l’extérieur.

Alors que le camarade Savinkova s'avance, je l’arrête en mettant ma main devant elle.

« Hey. »

J’essaye de bien mesurer ma voix pour pas qu’elle soit trop forte, et que ça tilte le lieutenant qui s’éloigne.

« Je sais que le lieutenant peut être vraiment emmerdant... Mais prends pas la mouche. « Tkatchev » ça te dit rien. Mais c’est le filleul d’un certain Silouanov. Genre, le Silouanov, le type du Politburo... J’sais pas trop c’est quoi leur relation, mais... ‘fin tu vois quoi. »
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Soldat-infirmier
le Sam 27 Jan - 3:22

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Surnom :: Klara
Un chant était fredonné, initié par notre camarade sergent. L'homme qui avait su gagner le respect de ses soldats avait rapidement contaminé ses troupes, alors que nous, les soldats, chantions vers notre salut. Tous étaient tendus, sauf cet idiot de lieutenant. Idiot qui souriait paisiblement, alors que les soldats se relayaient sur la manivelle. J'avais passé mon tour depuis un moment sur celle-ci et j'attendais maintenant qu'on atteigne notre destination. Calme comme à mon habitude et discrète. Je fredonnais l'air de ma voix cristalline, paisiblement sans chercher à lever le ton. Je ne voulais point attirer les foudres des créatures... Créatures et monstre pouvant sortir des ténèbres à tout moment pour s'en prendre à notre groupe.

Je tenais mon AK47 dans mes mains. Observant les ténèbres et continuant de chanter calmement. Je ne pouvais m'empêcher de jeter de petit coup d'oeil au camarade lieutenant qui semblait bien trop... Nonchalant... Comme si l'homme croyait qu'il n'y avait aucun risque sur les rames anciennement tant utilisées par ses habitants. J'avais envie de lui rappeler comment le camarade sergent bossait fort pour assurer cette sécurité au quotidien sur nos lignes. Mais ô comment notre sécurité n'était jamais certaine non plus.

Je frissonnais sous mes habits. Mon Kevlar pourtant avait le don de me tenir au chaud en temps normal, mais... L'ambiance des plus lugubre s'emparait de mon corps. J'étais tendue et sur le qui-vive, fredonnant pour réchauffer mon coeur. Chant unissant notre groupe autour d'une même peur. Un sentiment collectif qui créait un certain sentiment d'appartement et d'empathie envers autrui.

-Chut!

Je me taisais automatiquement et levais mon AK dans la même direction que mes deux collègues. Je remarquais aisément les tremblements de Rogozin. Le pauvre. Il était le plus nerveux de notre groupe. Trutnev l'était aussi, mais il avait le mérite de ne pas trembler des mains en pointant son pistolet vers les ténèbres. Ce n'était pas ma première mission en surface pour ma part. J'avais en de rares occasions accompagné les Stalker également. J'étais loin de me considérer comme une habituée, mais c'est à ce moment que je remarquais la différence entre les nouveaux et les familiers du milieu. Mon regard se posait sur le camarade lieutenant. Toujours bien trop calme à mon goût.

Le rire de celui-ci me donnait envie de grimacer avec dégoût. J'aurais presque eu l'envie qu'un mutant sorte des ténèbres, pour lui apprendre à rester en alerte. Penser que je ne désirais pas réellement... Il restait un collègue, un supérieur et quelqu'un défendant notre cause... Mais il était toutefois plaisant d'imaginer son teint devenir blanc comme un drap en le voyant se redresser en quête de son arme vivement. Je haussais un sourcil à son coup de coude et secouait paisiblement la tête à sa question. Répondant d'une voix suave en baissant mon arme de nouveau vers le sol,

-Non, car vous n'êtes pas sans savoir, camarade lieutenant, que je n'ai point le droit de sortir du matériel sans autorisation. Normalement, il me faut l'accord d'un camarade ayant un grade supérieur au mien...

Petit regard en coin vers l'homme en question, alors que je gardais un ton diplomatique et doux. Je regardais également mon camarade sergent. Lui montrant un petit sourire en coin. Le brun qui assurait la continuité de notre avancement accompagné du géant me connaissait assez pour savoir que je restais tranquille présentement... Je reconnaissais le chemin, nous étions bientôt arrivés à notre première destination. La station de métro qui nous permettrait ensuite d'aller à la surface. Je serrais la main sur mon arme et fronçait légèrement un sourcil à la répondre de notre cher camarade lieutenant. Savait-il réellement les risques que nous courrions en allant à la surface? Il ne devait normalement pas avoir hâte de descendre en bas du dit engin... Mon regard se posait sur Rogozin et Trutnev. Leurs épaules étaient encore plus contractées. Je pouvais voir leurs veines bien gonflées dans leur cou, signe évident de l'état de panique contre lequel ils luttaient.

Le camarade sergent savait toujours quoi dire toutefois. Son discours n'avait pas complètement apaisé les deux trouillards, mais il les avait quelque peu apaisés. Du moins... Le canon de l'arme de Rogozin tremblait moins désormais. Brave petit. J'observais mes deux camarades... Et je pensais rapidement qu'il serait bien de donner un peu de l'anxiété de Rogozin au lieutenant. Question d'équilibrer le tout. Les deux étaient de complets antipodes, créant un contraste des plus déstabilisant dans notre petite équipe. Comme si Grisha avait deviné mes pensées, ils m'interdisaient de faire une pique à l'instant même. Je lançais un regard en coin amusé à l'intéressé, calme alors que je soufflais,

-Comme ci le contexte le permettait réellement...

Finalement, j'avais tout de même lancé une petite vanne... Alors que je retournais rapidement mon regard vers les deux opposés. Signifiant clairement ma pensée. Il allait falloir être doublement vigilant pour compenser l'inexpérience de certains membres du groupe. Toutefois, je n'en voulais point aux deux hommes. Après tout, il y a une première fois à tout. J'avais moi-même expérimenté l'angoisse d'aller à la surface pour la première fois il y a quelques années. Tout comme le camarade sergent. Cela me donnait donc une grande tolérance envers mes coéquipiers. Leur anxiété démontrait leur conscience du danger qui planait sur nous, contrairement au lieutenant, qui semblait se croire dans un défilé avec son équipement sur le dos.

Godolets cessait de pousser sur le levier. Le géant avec la force des plus impressionnante et la capacité de pousser le levier seul, pour toute l'équipe. Notre véhicule s'immobilisait en grinçant après quelques secondes et tous, nous montions sur le quai. J'allumais ma lampe de poche comme les autres hommes, parcourant l'obscurité de son faisceau lumineux. Rien. Pas de monstre, pas de voleur, pas de danger... Je soupirais inconsciemment, un peu comme nous tous je crois.

Fut ensuite le moment où nous pouvions admirer la raison de notre présence ici. Le drapeau qui permettrait de faire de la propagande une fois qu'il serait photographié à la surface. Le commentaire de notre cher lieutenant me faisait alors sourire de façon amusée. Plusieurs réponses me venaient automatiquement en tête. Cela détendrait l'atmosphère des plus... Tendu non? Mon choix s'arrêtait sur '' Ne souillez pas l'image de la Ligne Rouge et portez votre masque, je vous pris ''. Alors que j'allais me lancer dans ma réplique, je sentais le regard du sergent sur moi. Un regard insistant et qui me foudroyait. Je soupirais donc légèrement, oubliant ma réplique qui aurait été bien amusante à formuler...

La suite me faisait hausser les sourcils, alors que je regardais les autres hommes du groupe. Étais-je la seule qui avait envie de lui balancer une pique mortelle pour lui faire fermer le clapet? Rogozin et Trutnev se contentaient d'écouter sagement et de façon alerte, comme de bon soldat. Ou peut-être était-il seulement trop nerveux pour écouter toutes les conneries du camarade Tkatchev...

Évidemment, mon équipement était en ordre. Je m'étais assuré qu'il le soit la veille, avant notre départ. J'avais également fait l'inventaire de mon sac à dos, rempli d'équipement médical de tout type. J'avais le nécessaire pour stabiliser des blessures graves et c'est ce qui m'importait. Je ne pourrais faire des traitements sur le terrain, mais je pourrais stabiliser l'état d'un soldat le temps qu'on rejoigne la station d'Okhhotny Road. J'enfilais le masque et une fois que j'eu vérifier une seconde fois mon équipement, avançait d'un pas. Je m'immobilisais alors en voyant la main du sergent.

Je posais mon regard sur le brun. L'observant à travers les petites lentilles sales et poussiéreuses. Je tournais la tête curieusement sur le côté à ces mots. Il aurait pu observer un sourire amusé si mon masque ne l'avait pas caché. Je soufflais alors, ma voix prenant une octave plus grave que normalement, alors que ma respiration était plus difficile à travers le filtre.

-Emmerdant n'est pas le mot... J'aurais plutôt dit Impertinent...

Nouveau soupire, alors que je rajoutais d'un ton calme et contrôlé,

-Je vois où tu veux en venir camarade sergent. Je vais retenir mes ardeurs...

Je rejoignais ensuite le groupe. Me trouvant derrière notre géant avec le sergent derrière moi. Pour tout vous dire, l'homme en qui j'avais le plus confiance dans notre groupe protégeait mes arrières, ce qui me permettait de me concentrer sur l'avant paisiblement. Notre petit groupe passait alors devant une porte de maintenance sur notre droite. Rouillé et à la peinture ternie avec les années. Quelques pas supplémentaires nous menaient finalement au point de départ. La station abandonnée.

Rogozin et Trutnev guidaient le chemin. Assurant les devants pour le moment. Chacun avait leur arme levée et tous leurs sens étaient en alerte. Au cas où des misérables se cacheraient derrière les poutres pour nous prendre par surprise... Ou encore pire... Des monstres qui pourraient être parmi les décombres. Ils étaient suivis de Tkatchev puis Godolets. Bien franchement, derrière le géant je venais de complètement disparaître! J'avançais donc également, mon arme pointée dans une direction opposée pour élargir le champ de recherche de nos armes. L'escalier menant à la surface se trouvait enfin devant nous, tout près sur notre droite. Rogozin dandinait d'un pied à l'autre nerveusement, alors qu'il s'immobilisait près de la sortie vers la surface. Trutnev posait une main sur l'épaule du jeune homme et demandait de sa voix rauque avec le masque,

-Quel sera l'ordre de marche, camarade sergent?

Très bonne question... Je posais mon regard sur Grisha. Tournant légèrement la tête sur le côté avec intérêt. Comment allait-il placer ses soldats? Il avait en sa possession, une infirmière, un emmerdeur de première, deux soldats braves, mais au combien nerveux et un géant... Je pouvais imaginer que son choix allait se faire en lien avec les forces et faiblesses de chacun. Pour ma part, je me contentais de rester silencieuse, je me faisais discrète comme toujours et laissait l'homme de la situation gérer cette mission.
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le Dim 28 Jan - 14:39
Six paires de bottes battent le pavé de la gare. Les semelles cloutées couinent, les lampes-torches balayent l’obscurité, alors que nous nous élevons grâce à un vieil escalator en panne depuis quelques décennies jusqu’au sommet de la gare.
Lorsque nous arrivons jusqu’au bout des marches, nous entendons des crissements de pattes et l’on peut sentir des ombres qui se profilent. Il doit y avoir des monstres. Pas des gros. Quelques nosalis qui fuient en nous voyant débarquer. Il n’empêche que ça provoque l’arrêt de Trutnev, qui retire la main gauche tenant son arme pour former un poing et nous indiquer silencieusement, par cette mimique, le danger. Il faut pas trop s’en occuper, et on se dépêche de gagner la surface, où déjà on peut voir la lumière du jour qui se profile non loin.

Il faut vous imaginer un peu la vision que ça représente. Le masque vissé sur le crâne, vous pouvez entendre votre respiration, et vos yeux peinent à observer par les petites visières sales et poussiéreuses du masque. L’air renfermé qui entre dans vos naseaux, l’uniforme NBC qui colle au corps, vous approchez d’un grand rideau métallique et à partir de là, alors que vos pupilles ont été habituées à rester dans l’ombre, vous êtes éblouis par une puissante lumière blanche. Je fais un signe de main à Godolets, qui s’approche du rideau. Il pose la kalash à terre, et, alors qu’il tient à gauche, il commence à la remonter. Vite aidé du lieutenant, qui s’agenouille lui aussi pour soulever. On entend leurs grognements d’efforts, alors que derrière Trutnev et Rogozin sont retournés et visent l’obscurité de la station, prêts à couvrir si des nosalis attaquent. Une fois le rideau à mi-hauteur, on passe en courbant le dos en dessous, par deux, puis on est tous de l’autre côté et on peut le rabaisser.
Cette mince protection, tacite, sert au métro en général ; Et ni les rouges, ni les quelconques stalkers, ni même les bourgeois de Polis n’oublient de le soulever et de le rabaisser lorsque, pour une quelconque raison, ils se doivent de passer par là.

Et c’est comme ça qu’on arrive à mettre les pieds dehors. Et je suppose que vous avez envie que je vous décrive un peu la surface, hein ? À force de passer sa vie dans le métro, c’est difficile d’imaginer à quoi ressemble l’extérieur, ce qu’il y a au-dessus de nos têtes. Les vieilles cartes postales et photographies, que vous croisez avec les récits de voyageurs et les rumeurs plus-ou-moins réelles ne peuvent que vous donner une image mentale tronquée, et j’ai du mal à utiliser les bons mots pour retranscrire le Moscou que la lumière du soleil éblouit encore et que le vent balaye.
Des tas de bâtiments arrachés. Pas écroulés ; Arrachés. Comme si un géant les avaient brutalement coupés en deux avec un grand sabre, ou un fléau. L’asphalte des rues, recouvert d’un long manteau de neige, est parcouru de carcasses de bagnoles rouillées. Le ciel, nuageux, déverse des flocons sur des flaques d’une eau qui gèle près des trottoirs. Il fait froid, et je me mets à souffler un peu plus fort dans mon masque.
Ce n’est pas la première fois que je sors à la surface. Mais à chaque fois, cette vision d’une Moscou arrachée me serre le cœur. Par instinct, je me suis retourné vers le lieutenant, qui observe la tête dans les nuages tout ce qu’il voit autour de lui. Sans un mot. Sa tête tournoie, alors qu’il étudie les grands bâtiments pilonnés, les tas de pierre, le pont effondré au loin, les quelques monuments qu’il essaye de reconnaître, en comparant avec son souvenir mental des images qu’il a peut-être lues dans un vieil album photo, peut-être sur les genoux de sa mère, comme moi je l’ai fais.

« C’est le Kremlin ça ? »

Trutnev pointe du bout du doigt un grand bâtiment près de la place rouge, qui s’étend à perte de vue, entourée de murailles. Mais le bâtiment qu’il pointe du doigt, une sorte de construction assez bizarre, avec des tours en forme de coupoles, colorées et qui n’ont rien de symétrique.

« Nan, je réponds. Ça c’est Saint-Basile. Le Kremlin ça désigne la forteresse, les briques rouge, tout ça, je corrige en désignant du bout de la main.
– Oh... C’est moins impressionnant. »

Le lieutenant se retourne et foudroie du regard le jeune soldat, qui détourne vite le regard et fait semblant de n’avoir rien dit.

« Et, heu, donc... Le mausolée de Lénine, il se reprend bien vite, c’est... Où exactement ? »

La Place Rouge n’est pas entièrement dégagée. Il y a, rouillées, de vieilles carcasses de véhicules blindés, des petits bâtiments démontables de ce qui devait être un marché. J’essaye plus-ou-moins de deviner où ça se situe, mais au final, je n’ai pas tellement à le savoir. Il faut que je note vite quelque chose :

« Nous ne sommes pas ici pour nous approcher du Kremlin. Les rapports font état de... Présence hostile.
On est juste ici pour faire une photo. »


Le lieutenant acquiesce d’un mouvement de la tête. Mais il est bien silencieux depuis tout à l’heure. Il ne peut pas s’empêcher de regarder partout, comme une volaille.

« Il faut qu’on investisse l’un des bâtiments encore debout, qu’on ait une vue bien dégagée de la Place Rouge, et la Moskova... Je pense que le sommet du musée d’archéologie conviendra, mais ça va faire une bonne montée.
Vous en pensez quoi, camarade lieutenant ? »


Le musée est surtout un peu éloigné de cette maudite place rouge, où je crains bien des choses. L’état de conservation du Kremlin est inquiétant. C’était tout de même le centre politique de la mère Russie, et pourtant il a pas été atomisé jusqu’à devenir un petit tas de ruines fumantes. C’est pas logique. Peut-être qu’il y avait un bouclier anti-missiles ou je ne sais quoi, mais je suis assez superstitieux pour ne pas essayer de me mettre inutilement en danger.
Le musée en revanche a bien dégusté. La moitié de sa façade de briques rouges et une bonne partie de son toit a été soufflé. Ce qui tient debout, c’est un squelette de bâtiment, où on peut voir les étages dont certains pans de sol s’affaissent les uns à la suite des autres, comme un mille-feuille. Le seul intérêt du bâtiment c’est qu’il monte encore assez haut dans le ciel pour que, juché tout au sommet, on puisse faire un cliché parfait du Kremlin toujours debout. Avec la bannière. Et le corps stakhanoviste du Géant.

« Camarade lieutenant ?
– Hmm ?
Oué... Oué, faisons ça.
– Bien, allez, on se dépêche, on va pas rester à se cailler ici ! »


Je fais un grand mouvement de main, et Trutnev se dépêche de traverser la rue en courant, vite poursuivi par Rogozin. Pendant ce temps, le Géant va se mettre près d’une carcasse de bagnole, et couvrir la rue, tandis que je fais de même en allant me coller à une camionnette pour viser l’autre angle. Je fais attention en marchant sur l’asphalte : On peut glisser sur la neige qui tombe. Mais il faut surtout rester alerte, et si je n’aime pas trop rester à découvert en pleine rue, il faut bien faire attention à faire le tour des voitures, afin qu’un hurleur ou un nosalis ne se cache pas derrière. Généralement, les mutants sont assez intelligents pour se tenir éloignés des humains, surtout des groupes d’humains. Mais quand ils sont en meute c’est pas la même chose. Pour ça qu’il ne faut surtout pas se séparer, et arriver à toujours couvrir les 360° et les divers obstacles sur notre voie.
On se répartit en trois duos. Un qui bouge, deux qui couvrent, en se relayant. Comme ça qu’on arrive à traverser la grande rue, à arriver jusqu’au bâtiment, puis à longer dans une file indienne écartée jusqu’aux portes du vieux musée. On se place autour des marches, Rogozin et Klara mettent le genou à terre pour couvrir derrière nous, tandis que le Géant s’avance pour aller ouvrir la porte.

Un hurlement de monstre rugit dans un écho sorti tout droit de l’Enfer. Tout le monde se retourne, alors qu’on voit, haut dans le ciel, aller de gauche à droite, près des nuages, une grosse tâche sombre avec des ailes.

« Putain de merde ! Fait le lieutenant en voyant ça.
– Un démon, je note avec un ton plus calme. Grouillons de rentrer à l’intérieur. »

Le Géant ne se fait pas prier. Au mépris du danger qui peut se trouver dans le musée, il sort un grand marteau avec lequel il brise à grands coups les lattes d’ébène, jusqu’à parvenir à faire une ouverture dans laquelle on doit se faufiler un à un. Trutnev y fonce le premier. Moi je fais un signe de main à Klara pour indiquer que je suis le dernier à partir. Je pose un genou à terre et lève ma kalash vers le ciel, pointant le monstre géant avec ma mire.

J’ai peur.

Ces démons y méritent bien leur nom. D’ailleurs même les très cartésiens communistes leur donnent ce nom, « démon ». Ou bien parce qu’ils imitent les autres stalkers, ou bien parce qu’ils trouvent pas d’autre mot dans leur vocabulaire pour désigner ces monstres. Franchement je les comprends. Comment ne pas devenir subitement chrétien quand on voit ces trucs-là ? Des espèces de... De prédateurs, longs et larges, avec des serres et des dents qui couperaient à travers un gars comme Godolets comme s’il était une motte de beurre. Même si les balles de ma pétoire, que je vide pourtant avec la vitesse supersonique propre à arracher des hommes, lui criblaient ses ailes, eh bien je ne suis pas sûr que ça le gênerait pour fondre sur moi et m’anéantir. Ils sont souples, en plus d’être gros. On dirait qu’ils sortent tout droit de vieux vitraux d’une église, vous savez, ceux qui parlent d’où vous allez finir si vous vous êtes pougné et que ça a fait pleurer petit Jésus. Vu que, haut dans le ciel, il peut observer toutes les allées de Moscou, je ne suis pas sûr qu’il m’a vu...

« Dégagé ! »

Mais le cri de Trutnev qui résonne de l’intérieur du bâtiment provoque chez moi un profond soulagement. Je me lève, je me retourne, et je sprinte vers la porte pour entrer par effraction dans le musée d’archéologie.
À l’intérieur il fait assez sombre ; Mais beaucoup moins que dans le métro, vu qu’il y a des ouvertures provoquées par la destruction du bâtiment, et que de toute façon les murs sont percés de fenêtres. Les beaux murs ont la peinture rouge qui s’écaille, les vitrines qui exposaient des vieux fossiles sont cassées et certaines pièces disparues – peut-être que des vilains érudits de Polis ont mit la main dessus, ou alors juste des chasseurs d’art du métro qui pensaient en tirer des munitions – mais il n’y a pas de trace de présence mutante. Pour l’instant.

« Bien ! Je me mets à crier d’une voix qui résonne pour me fouetter le sang. On va faire le tour du rez-de-chaussée pour s’assurer qu’il n’y a aucune présence hostile. Vous approchez pas trop des fenêtres ou des ouvertures, et restez bien ensemble.
Ensuite on va devoir commencer l’ascension du bâtiment. »


Je lève mon bras et tire un peu ma manche pour regarder ma montre.

« Les filtres de nos masques à gaz dureront pas éternellement. Veillez à économiser votre air ; ça veut dire ne pas paniquer ou respirer trop vite. On marche calmement et on reste concentrés, même si on tombe sur un os.
Allez, davaï ! »
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Soldat-infirmier
le Mar 30 Jan - 4:55

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La surface est toujours aussi impressionnante à regarder. Je n'y suis sortie qu'en de très rares occasions, mais je suis toujours aussi ébahie devant le changement en comparaison des stations de métro. La première chose qui se remarque est évidemment la lumière. Vive et presque aveuglante sur le moment. Nos yeux s'habituent, mais seulement après quelques secondes. Pénible pour la vision alors qu'on cligne des yeux pour essayer d'habituer plus rapidement à la clarté et ainsi éviter de se faire surprendre au mauvais moment. Je passais rapidement la manche de mon manteau sur les visières de mon masque pour retirer la poussière un peu. Maintenant que j'y voyais plus clair, je voyais également beaucoup plus facilement les saletés sur mon équipement et sur les lentilles de mon masque.

Lorsqu'on prenait la peine de regarder. On pouvait observer un paysage ravagé. Une ville détruite et abandonnée de l'homme. Les véhicules immobilisés dans les rues depuis des années avaient rouillé et pour la plupart, ne devaient plus être utilisables. Je m'étais toutefois toujours posé la question... Arriverais-je à démarrer une voiture avec ma mutation? Celle-ci me permet de faire des décharges électriques et si je comprenais bien, les voitures avaient une batterie? J'étais loin d'être mécanicienne et je ne pouvais dire si cela suffirait à démarrer l'une de ses épaves, mais j'avais toujours eu le questionnement en tête.

Le deuxième élément difficile pour notre avancé également était la température. Le froid était agressif, mordant, surtout pour des individus qui n'ont pas l'habitude de ressentir le vent frais sur leur corps. Le masque limitait un minimum l'entrée d'air froid dans nos poumons, ce qui rendait le choc moins brutal pour notre organisme. Un point positif avec ce masque lourd sur la respiration était qu'il limiterait les risques de maladie reliés aux subits changements de température. C'était sans parler des risques de chutes à cause de la neige et de l'eau gelée. Il fallait faire gaffe de ne pas glisser sur des plaques de glace. Nos bottes faisaient le boulot dans les stations, mais ce n'était point des bottes destiné à marcher sur de telle surface. Le seul avantage? Les traces dans la neige... En observant le sol, nous pouvions savoir si des monstres étaient passés il y a peu de temps.

Le camarade sergent expliquait aux nouveaux où était le Kremlin. Un endroit qu'il ne faut pas approcher on m'avait souvent répété. Il y a des présences hostiles et un danger imminent qui plane sur cet endroit. À éviter à tout pris, sauf sous confirmation des Stalkers. Je ne pouvais m'empêcher de foudroyer Trutnev du regard avec le camarade lieutenant. La première chose pour laquelle j'étais d'accord Tkatchev. Comment pouvait-il rabaisser le Kremlin? La forteresse située au cœur de Moscou. Forteresse qui a longtemps été d'ailleurs le centre politique de la Fédération de Russie.

Je laissais les hommes réfléchir, puisqu'on le sait tous, ils ne peuvent faire qu'une chose à la fois. Ou peut-être étais-je trop exigeante envers eux. C'était la première visite en surface pour la moitié d'entre nous. J'avais probablement agi de la même façon ma première fois également. J'avais dû observer le paysage détruit comme une poule sans tête. Tentant de faire des liens et des scénarios alors que mes camarades discutaient entre eux. J'assumais donc le rôle de la surveillance durant ce temps. Me faisant discrète alors que je restais alerte à l'environnement autour de nous. Nous étions en territoire ennemi désormais, il fallait faire encore plus gaffe. D'autant plus qu'avec ce masque, notre ouïe et visibilité était grandement diminuée.  Je bougeais, passant mon poids d'une jambe à l'autre pour me réchauffer. Rester stationnaire n'était pas une bonne idée, nous allions nous refroidir et le froid est bien connu pour diminuer l'état de vigilance.

Le sommet du musée d'archéologie? Je n'y étais jamais allée, je crois, mais j'avais confiance en Grisha pour prendre de bonne décision. Le sergent ne prendrait jamais une décision qui peut mettre son groupe en danger. Il est connu sur la ligne rouge pour son professionnalisme et sa dévotion. Il se donne à la cause et est discipliné. C'est donc un homme de confiance et sur qui on peut compter.

Malgré le manque d'expérience à la surface de Trutnev, Rogozin et Tkatchev, ils monteraient avoir de bonnes compétences sur le plan militaire. Nous avions traversé la grande rue prudemment en avançant en duo. Technique permettant de se couvrir mutuellement et d'assurer une surveillance sur tous les angles. Après avoir longé le musée à la fille indienne, les portes de celui-ci étaient finalement visibles. Je posais un genou sur le sol, l’AK relevé pour protéger nos arrières pendant que Godolets s'attaquait à la porte. Tout semblait aller pour le mieux, lorsqu'un cri retentit.

-Bordel...Un Démon...

Ma voix fait écho à celle Grigorij. Je continue d'assurer nos arrières, gardant mon regard rivé sur le démon. Gardant une vision périphérique. Je jette un regard en coin à Rogozin qui tremble comme une feuille. Je ne peux voir les traits de son visage, mais je pouvais clairement imaginer la peur dans son regard. Seulement par l'allure de ses épaules tendues et le canon de son arme qui tremblait dans le vide. Je remarque aisément le signe de main de mon camarade sergent et hoche la tête tout simplement. Continuant de viser le démon de mon arme, discipliner malgré l'effroi en le voyant approcher de plus en plus. Je laissais Rogozin passer avant moi, le pauvre courait vers l'ouverture sans se faire prier. Lorsqu'il fut entré à son tour, je mentirais en disant que je ne l'ai pas imité... Je baissais mon AK vers le sol et courait aussi rapidement que je le pouvais vers l'intérieur du musée.

Soulagement d'être à l'intérieur et hors de la vue du démon. Mais toute ma tension disparaissait uniquement lorsque notre collègue nous rejoignait. Notre équipe était complète et sans blessé pour le moment. Je sentais une goutte de sueur me couler dans le dos malgré le froid, signe de la tension qui régnait en moi. Le métro est effrayant... Mais parfois je me dis que l'obscurité est moins terrifiante que la surface... Surtout lorsqu'on voit un Démon foncer vers nous.

Mon souffle était de nouveau calme, mais je ne pouvais plus dire que j'avais froid. Mon corps dégageait assez de chaleur pour me garder au chaud. Tout comme mes collègues, je hochais la tête au discours du sergent. Commençait alors notre fouille du musée. Du moins, du rez-de-chaussée. Le musée se caractérisait par de grandes pièces, très hautes. Rogozin et Trutnev avançaient donc en premier. Couvrant chacun des angles diffèrent. Suivit de Godolets et le lieutenant, puis de ma personne accompagnée du sergent. Nous avions tous les genoux légèrement fléchis, alors qu'on avançait dans le musée en faisant gaffe de ne pas approcher des fenêtres et ouvertures dans les murs. Cela serait comme jouer avec le feu et quémander à ce qu'un mutant nous attrape le bras. Tous essayaient de se cacher derrière des meubles où de se mettre a couvert lorsque possible. Mais le musée ne nous offrait point la meilleure des protections à l'intérieur.

Notre tactique pour entrer dans les pièces étaient toujours la même, nos deux meneurs y entraient en premier et signalaient lorsque le tout était sécuritaire. Le soulagement à chaque fois que le mot ''Dégagé'' était prononcé était palpable dans l'air. Dans une pièce, nous trouvions plusieurs meubles aux vitres brisées. Ils étaient vides et avaient été pillés depuis bon nombre d'années. Dans une autre pièce, des statues. Un homme sur son cheval et un étrange carré en pierre. Ils étaient abîmés avec les années, mais n'étaient toutefois pas moins impressionnants à regarder. Je jetais un regard vers les trois nouveaux qui avançaient, mais regardaient de gauche à droite les diverses pièces dignes de leur patrimoine historique.

Dans une autre pièce, une statue d'un monstre tombé sur le côté au sol. Un homme cheval, mais aux cheveux de serpent. Je haussais les sourcils à travers mon masque, me demandant ce que cela aurait pu représenter... Un ami de nos chers Démons et mutant? Le pauvre Rogozin tombait alors dans ma mire de tire. Nous étions dans la dernière pièce du rez-de-chaussée et il observait avec beaucoup trop d'intérêt une œuvre. Une statue d'un cavalier sans tête avec un arc à flèche dans les mains, chevauchant un cheval monstrueux. Le jeune homme posait le canon de son arme sur la statue, comme pour tâter si elle était vivante.

Je lançais un regard en coin au camarade sergent et avant même qu'il ait le temps de réagir, je posais mes deux mains à la taille de Rogozin et lui soufflait fortement à l'oreille pour le faire sursauter,

-Que regardes-tu?

Le jeune homme sursautait vivement et entrait en collision avec l'œuvre historique. Soufflant les yeux écarquillés, comme s’il avait passé près de la crise de coeur

-Bordel de merde! Klara!

Je souriais derrière mon masque. Cela venait de me remettre un sourire au visage. Je ne regardais pas Grisha, mais je pouvais clairement l'imaginer en train de soupirer de façon exaspérée. Quoi? Il fallait bien détendre l'atmosphère après avoir vu ce démon non? Trutnev et Tkatchev secouaient leur tête en riant très légèrement. Le pauvre petit Rogozin avait réussi à tous nous amuser par sa nervosité. Enfin tous... Sauf notre sergent et le géant qui restait de glace. Notre camarade lieutenant prit alors la parole,

-Aucune présence hostile au rez-de-chaussée. Nous allons donc pouvoir commencer l'ascension, n'est-ce pas Grisha?

Ton étranglement... Joyeux et rêveur. Comme si le lieutenant croyait que c'était dans la poche. Que la photo serait prise dans les prochaines minutes et que d'ici une demi-heure, nous serions de retour dans une station sécurisée. Cette nonchalance me faisait froncer les sourcils. D'accord... Mes petites taquineries ne sont pas toujours faites au bon moment... Mais au moins, je reste alerte au danger!
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le Jeu 1 Fév - 13:35
« Trutnev, Rogozin, restez ici. Il serait suicidaire de monter dans l’immeuble sans avoir une voie de sortie ; Protégez la zone de tout hostile. »

Trutnev acquiesce d’un mouvement de tête, avant d’aller chercher Rogozin pour taper son poing dans son épaule.

« On se les caille ici combien de temps, camarade sergent ? »

Ma tête pivote pour regarder le plan à côté de la cage d’escalier du musée. Malgré les traces d’éraflure et la poussière dessus, j’évalue rapidement le nombre d’étages, et essaye d’imaginer le sport que va représenter l’ascension jusqu’au toit.

« Cela prendra le temps que ça devra prendre, Trutnev. Je compte sur toi pour ne pas t’enfuir comme un couard si tu as un problème.
– Je ne ferai jamais ça, camarade sergent.
– J’espère bien. Parce qu’avec les démons qui volent dans le ciel il serait risqué de ta part de pointer ton museau seul dehors. »


Trutnev ricane en me regardant. Mais devant mon manque complet de réaction, il se met, au bout de quelques secondes, à douter que ce que j’ai dis soit une plaisanterie.

« Heu... Je... Je comprends camarade sergent. »

Et donc, alors qu’ils retournent vers la porte, je m’approche de la cage d’escalier. Les portes qui la protégeaient, bleues et avec une vitre transparente, ont été en partie soufflées, avec le mur bâti en face. Lampe-torche allumée, je m’accroupis pour tenter de voir à l’intérieur, et balaye de gauche à droite pour m’assurer qu’il n’y a pas d’hostiles. Je m’avance alors en avant, crosse du fusil contre l’épaule, ligne de mire dans l’œil, et fait plusieurs pas de côtés pour me mettre devant les hauts escaliers. Godolets fonce en avant en se retournant très vite, pour viser en l’air et couvrir le possible angle mort dans lequel peuvent se cacher des hurleurs. Il marche en arrière et attend tout fixe pour que quelqu’un le relaye et qu’on avance ainsi avec grande lenteur, étage par étage, le plus laborieusement du monde, jusqu’au toit.

« Éteignez les torches. »

On reprend.
Alekseï s’y applique avec caution. De nous quatre, avec l’infirmière, c’est lui qui s’empresse le plus, en montant les marches deux à deux, en se collant aux murs à chaque fois, en bougeant son fusil très vivement, comme une puce, à croire qu’il a fait une overdose de café. Quand on en arrive au quatrième, il se met à pouffer dans son masque à gaz, un peu essoufflé :

« Comme à l’entraînement ! »

Je lui fais « oui » de la tête. Si ça peut lui faire plaisir. Et je reprends aussitôt ma marche, une à une, avant de me figer et d’attendre le suivant.
Tout le long du trajet, il y a le stress à chaque fois que nous nous arrêtons à un étage avec les double-portes. Pas le temps de mettre le nez dedans. En fait, c’est pour ça que j’ai demandé à ce qu’on éteigne ces foutus torches. Parce qu’on est pas là pour libérer le bâtiment. Parce qu’on ne sait pas s’il y a une meute de je-ne-sais-quoi qui a pas fait son nid, avec une maman qui nourrit ses petits dans le coin. Je préfère que nous ne soyons que comme ces fantômes qui hantent certaines stations du Métro : De passage. Et pourtant, avec chaque étage, le risque augmente. Le risque de tomber sur un os, ou qu’un des enfers des étages en dessous se réveille et nous barre la route, ce qui serait le pire des cas possibles. Dans le doute, il serait de bon augure de lancer, du bout de mes lèvres, une prière pour Dieu. Ça marche le plus souvent.
Mais pas sûr que le très zélé Alekseï Illitch Tkatchev apprécie.
Je vous ai raconté comment il est devenu lieutenant ?

« Faites gaffe, on arrive au toit. »

Le musée n’est pas un building. Il ressemble plutôt à une grosse maison réduite en gruyère. Quand on arrive au dernier étage, on a pas le droit à une petite porte ou une échelle qui mène au toit ; Apparemment l’architecte n’avait pas prévu qu’on puisse venir y fumer une cigarette en observant la ville. Non. Ce qui va conduire au toit, ce n’est pas une plate-forme, pas même un balcon.
On s’arrête devant une petite fenêtre, une ouverture faite pour passer de l’air. Après avoir retiré le loquet et poussé la vitre, je me met à m’arrête un moment en regardant mon équipe.

« Bah c’est quoi le problème Grisha ?
– Le Géant.
Comment y va faire pour passer ? »


Godolets regarde la vitre. Il ricane alors.

« Je suis souple camarade sergent.
– Oui, malgré son gabarit le camarade Godolets est très agile, Grisha ; Tu l’as bien vu à la boxe.
– J’en doute pas. »


Quand le lieutenant s’obstine à comparer Godolets à Stakhanov, il a pas tort. Le type c’est vraiment l’archétype du bon camarade qu’on veut exhiber. Orphelin de père tué en service pour l’armée rouge, bon fils avec sa mère survivante qui se tue à l’usine en même temps qu’elle élève quatre gamins, engagé volontaire, vice-champion de boxe de l’armée, bon joueur d’échecs, tireur hors-pair, rieur et courageux. Ce Golem, cet Ogre, avec ses bras gros comme mes cuisses, on l’aurait envoyé dans l’espace au temps de la grande URSS. Il a aussi la chance d’avoir un nom de famille russe pur jus, de pas avoir de vieilles racines ukrainiennes, ou pire, polonaises, d’avoir jamais foutu le pied dans une chapelle, et de participer à toutes les cérémonies du Parti en donnant de sa personne.
Bordel, qu’est-ce qu’il fout à la surface ? Un communiste parfait ça existe pas. Le type y devrait passer sa vie en studio, parce que la vérité c’est que notre Ligne Rouge est polluée de dégénérés, de couards, d’opportunistes tournes-vestes et de contre-révolutionnaires à peine avoués. Ici dans notre équipe, ce qui a le plus de valeur, c’est pas le drapeau représentant notre station, ni l’appareil photo Zenit argentique, c’est lui, c’est le Géant.

« On a qu’à envoyer l’infirmière d’abord Grisha. Ou alors toi, t’as la stature. »

Je vous emmerde, camarade lieutenant, je voudrais dire avant de lui faire un doigt. Mais je me contente de me retourner. Allez. Putain j’ai pas pris assez de vodka pour cette merde.
J’enlève ma kalash qui tient par la bandoulière, ainsi que mon sac lourd sur mes épaules, et pose les deux délicatement contre le mur. Je place mes mains sur le rebord de la fenêtre, et donne une impulsion à mes cuisses pour me glisser dehors. Je souffle bruyamment dans mon masque tout le long. Le contact avec le vent du dehors me fait trembler, même s’il faisait pas tellement chaud dans le musée. Une fois la moitié de mon corps basculant dans le vide, je peux m’attarder sur la vision que j’ai en contrebas : Le trottoir couvert de neige, mais pas assez pour amortir ma chute si je tombe. Je pense que je me casserais la nuque ou les jambes. C’est peut-être assez haut pour tuer quelqu’un qui tombe sur les pieds, ou pas. Dans tous les cas, ça y est, j’ai le vertige. Les gens du métro ont rarement peur du noir, mais à force d’être enterrés, on oublie à quoi ça peut ressembler un environnement extérieur.
Je me retourne donc pour avoir le dos sur le rebord. J’attrape le sommet de la fenêtre, et parvient, comme un chat, à mettre mes pieds sur la gouttière. Je sautille dessus plusieurs fois, et sent la structure métallique trembler et se tordre.

« C’est franchement pas solide, vous ferez gaffe. »

Soufflant à nouveau, un peu transpirant, mais le corps rempli d’adrénaline, je commence à marcher sur les tuiles du toit. Un pas. Deux pas. Trois pas.
Je me rétame dessus. Dans un fracas, ma semelle glisse et je dois m’attraper à la structure de la fenêtre.

« Merde !
La neige a rendu le tout glissant... Vous ferez, super, super gaffe ! »


Une fois en haut, sur le dessus de la fenêtre, je me couche dessus. Je vois que c’est Klara qui s’y colle en deuxième. Vu que je suis assuré en haut, je peux la tirer par le bras et, en donnant des petites indications d’où elle doit mettre les pieds, je parviens à la hisser jusqu’au toit, et l’envoie s’asseoir vu qu’elle est encore fébrile.

« On a moins envie de dire des conneries hein camarade ? » je lui lance en pique avant de retourner aider le suivant.
Le suivant c’est le lieutenant. Brave comme tout. Mais trop brave justement. Comme un enfant un peu trop tête brûlée qui voudrait escalader n’importe quoi. Sauf que tomber d’un meuble c’est pas pareil que tomber du toit d’un bâtiment. Il sort avec, dans sa main, l’appareil photo qui n’est retenu que par une cordelette. Comme Klara et moi, il a laissé l’encombrant fusil et le gros sac à l’intérieur. Mais voilà qu’il contourne bien la fenêtre alors que je l’encourage à monter, au point où je ne le tire pas même si je me prépare à le rattraper. Allez. Deux pas, trois pas, quatre pas...
Il se fige quand on entend, dans le ciel, un cri satanique, perçant. Je prends une grande inspiration dans mon masque, alors que je regarde le lieutenant devenu catatonique.

« Chuuut... On économise l’air camarade. Allez, plus vite on peut prendre la photo plus vite on peut rentrer.
– Oui, oui... »

Une fois monté, je l’envoie s’asseoir à côté de Klara. Les deux peuvent maintenant observer comment, au-dessus du Kremlin, deux démons prennent leur envol et vont s’envoler vers les nuages.

« Y sont un peu plus petits que la moyenne ces deux-là. C’est peut-être des enfants un peu joueurs !
– Ta blague n’est pas drôle Grisha ! »


Moi elle me fait trop rire.

Tandis que le lieutenant prépare son appareil photo, je m’attelle enfin à la grosse œuvre. Allongé sur mon toit, je toque contre la vitre et fait un grand signe à Godolets.

« Allez mon plein de bortsch ! Baume au cœur !
– Je... Je crois que j’ai un peu peur du vide camarade sergent.
– Pas de conneries Godolets. Faut que tu viennes voir Moscou de là-haut, c’est magnifique. »


Il s’approche de la fenêtre, et penche la tête.

« Viens, attrape-toi à là...
Allez mon tout beau. Hisse ! »


Avec ses gros bras, il n’a aucun problème à soulever son corps. Mais malgré tout, je me permets d’attraper son treillis afin de l’assurer. Parce que lorsqu’il pose ses pieds sur la gouttière, fragilisée par le passage de trois paires de bottes avant les siennes, je l’entends qui se tord un peu.

« Reste pas trop dessus... Répartis mieux le poids... »

Il a pas l’air de comprendre ce que je dis, avec un ton très calme, pendant que Godolets suinte un peu la trouille.

« Attrape ça... Non pas les tuiles c’est fragile. Ton pied, tu le mets ici...Allez... Allez...
C’est bien ! Courage ! Bien camarade ! »


Et c’est comme ça qu’il se retrouve, tout en haut, avec nous trois. Je rigole et saute sur la pointe de mes pieds pour l’enlacer. Je le retourne, et je lui montre la Moscou que nous pouvons observer.

Et franchement, y a de quoi être terrifié.

Imaginez. La Moskova, grande et impérieuse, qui longe la vieille basilique de Saint-Basile. Au loin, des squelettes de bâtiments, des centres-commerciaux, des maisons historiques, de magnifiques églises orthodoxes qui ont été ouvertes par un géant. Un long et épais manteau de neige qui recouvre le tout. Une flore, et malheureusement, une faune que l’on peut deviner. Une faune de démons sortis des enfers déchaînés par Satan ; Mais même dans l’Apocalypse divine, alors même que Jésus a peut-être déjà rappelé à lui ses fidèles, la Terre ouverte et infernale qui nous est laissée vit toujours.
Et sous nos yeux, loin, loin en contrebas, les briques rouges du Kremlin. Impérieuses. Solides. Invincibles.
Et le lieutenant de dire :

« Ici toutes les armées du monde sont mortes. Les hordes de mongols païens qui brûlaient les monastères et massacraient par villages entiers. Les chiens turcs qui arrivaient en violant sans aucune vergogne. Les cul-bénis du Pape de Pologne et de Lituanie, déguisant leur haine avec une pseudo-chevalerie et foi religieuse. Les barbares français de Bonaparte, lâchés par un monarque mégalomane sur les foyers de nos ancêtres. Les fascistes d’Adolf Hitler, qui avaient fait de notre anéantissement leur seul but.
Même les bombes nucléaires lancées par la Grande Pieuvre capitaliste n’ont pas su nous renverser. Nous survivons. Et, à nouveau, nous vaincrons.
C’est ça, que le peuple de la Ligne Rouge doit voir et comprendre. »


Tout un programme.

« Camarade Godolets, le drapeau. »

Et le Géant de sortir de l’intérieur de son uniforme le tissu qu’il déploie fièrement. Avec le vent qui souffle, il vole très vite dans sa main.

« Hmm... On aurait pas dû le plier de cette manière, il est froissé... Fait le lieutenant avec sa moue derrière son masque.
– On a pas de fer à repasser sous la main, camarade lieutenant ! On fera bien avec !
Allez, on va l’attacher là. »


La petite alcôve n’a pas été faite pour attacher un drapeau. Il va falloir faire du bricolage rapide, à défaut de trouver un poteau. Du fil de fer fait rapidement l’affaire. À défaut de pouvoir afficher fièrement le drapeau en l’air, le lieutenant trouve très vite une autre solution artistique. Il a l’œil. Et tel un metteur en scène, voilà qu’il dirige Godolets pour qu’il se mette bien en vue du Kremlin et de la Moskova au loin, Saint-Basile atomisée dans le coin à gauche – c’est un important lieu de la culture russe alors faut le montrer, mais c’est une église alors faut pas non plus que ce soit au centre hein – et le drapeau, non pas fier sur un poteau, mais volant dans le vide, sous le camarade, meurtri mais prêt à se relever. C’est beau ! Beau comme l’Antique !
Je serais peut-être plus respectueux de la mise en scène du lieutenant si seulement elle ne prenait pas autant de temps. Je n’arrête pas de regarder nerveusement ma montre en comptant dans ma tête qu’il nous reste assez pour nos filtres.

« Camarade Godolets... Je veux que vous ayez l’air... Impérieux. »

Le lieutenant dirige son acteur. Godolets se place devant le drapeau, et ne sait pas trop quoi faire.

« Hm... Mettez... Une main sur l’alcôve. Oui, comme ça.
Ne regardez pas la caméra ! Regardez au loin ! »


Il lève l’appareil et prend un cliché.

« Plus... Mh... Non, pas dans le vide Godolets ! Regardez le Kremlin. Oui, voilà. »

Il en prend une à nouveau.

« Attendez... Mouais... Essayez de mettre un poing sur la hanche pour voir ? »

Moi je reste en arrière avec Klara. Au bout d’un moment je me mets à me poser le dos contre la charpente en croisant les bras, tout en pestant :

« On peut même pas fumer de cigarette pour patienter... »

Photo. Photo. Godolets doit bouger. Un coup il regarde au loin, fier comme un paon. Un autre il est juché sur l’alcôve, l’air fatigué. Trop pathétique. Trop téméraire. Trop prétentieux. Ou pas assez. Le lieutenant n’est jamais vraiment satisfait ; De toute façon, il ne peut pas voir le résultat de ses photos, car l’appareil n’est pas en numérique mais à l’argenterie. Il faudra attendre le développement de la pellicule pour voir le résultat, ce qui fait qu’il a bien raison de prendre autant de photos que possible, quitte à choisir plus tard. Moi ça me dérange pas. Mais je suis surtout nerveux et un peu pressé.

« C’est fini camarade lieutenant ?
– Heu... Encore quelques clichés. Je peux ?
– Vous avez pas besoin de me demander l’autorisation camarade lieutenant
, je fais en me remettant contre mon mur.
– Oui ‘fin... C’est vous l’expert, je-
– Prenez vos photos. »


Il me lève son pouce en remerciement et reprend ses clichés.
Le pire c’est que je l’aime bien cet abruti.

Dommage qu’à cause de lui, dans le ciel, les deux démons adolescents de tout à l’heure se mettent à faire des cercles dans le ciel. Autour de nous. Comme des vautours.
Au départ je ne les remarquais que du coin de l’œil, sans vraiment être inquiet. Mais là c’est pas tellement la même chose. Au bout d’un moment je commence à être franchement inquiet. Et me détachant de mon mur, je me mets à parler d’un ton bien moins assuré.

« C’est bon t’as épuisé ta pellicule ?
– Non je...
Attends presque !
– D’ac, ne stresse pas. Fais fais. »


Je prends une grande inspiration, et regarde les deux démons. Petit à petit, y ont descendu d’altitude. Y nous regardent, évaluent notre menace. Y sont en bonne situation de prédateurs.
Je soupire. C’est peut-être trop tard pour descendre du toit. Il faut retourner dans la fenêtre un par un, et si on bouge les monstres vont peut-être se décider à agir. Pour ça que j’encourage le lieutenant à faire ses tofs’, malgré Godolets qui tremblote, ce qui va rendre moins bien sur les clichés, et Klara qui arrête pas de lever les yeux en l’air comme une poule.

Et puis, vous devinez la suite.

« SALOPE !
COUCHEZ VOUS MERDE ! »

Un des démons adolescents file en piqué directement vers nous. Je me colle contre le mur et m’étale sur mes fesses, mes mains protégeant mon visage alors qu’il passe au-dessus de nous. Le lieutenant sort son pistolet du holster, et se met à tirer en l’air vers la bête, qui tangue vivement à droite et s’éloigne.

« Merde ! Faut qu’on se casse ! »

Le lieutenant marche vers les tuiles alors que Godolets se retourne pour s’emparer du drapeau. Thatchev l’engueule aussitôt :

« Mais tu fais quoi imbécile ? Laisse-le ! »

Le Golem lâche l’étoffe et se retourne pour suivre le camarade lieutenant. Moi aussi j’ai sorti mon pistolet Tokarev du holster et vise le démon qui s’enfuit et remonte au ciel.
C’est sans compter sur son frérot. Qui fait le tour de la structure sur laquelle on est, contourne, et vole au-dessus des tuiles où nos camarades sont en train de s’enfuir.

Sous mes yeux, les pattes du monstre s’emparent des épaules de Godolets. Celui-ci se débat. Avec son gros bras, il attrape le poignard qui est accroché à son torse, et l’enfonce dans les tissus musculaires de la bête.
Le monstre satanique ne fait que crier. Et ouvrant grand sa gueule de dents tranchantes comme des rasoirs, il les enfonce dans la joue gauche de Godolets. Sa face se déchire comme la peau d’une clémentine, avec l’œil qui s’enfuit de l’orbite, le petit fil le retenant qui saute. Je ne tire même pas une balle, alors que mes yeux grossissent à voir ce spectacle.
Godolets hurle. Hurle d’un cri d’enfant, aigu, l’écho de son hurlement se faisant entendre avec la hauteur et le vide. Le démon se retourne comme un gymnaste, et emporte sa proie sont les épaules sont encore dans ses serres. Le lieutenant tire sur le monstre, contrairement à moi. Il vide son chargeur, crache les balles qui touchent toutes le monstre et le fait saigner.
J’ai pas tiré, parce que ça sert à rien.

Quand le démon a enfin trop mal à cause des balles du Tokarev du lieutenant, il lâche Godolets. Mais il lâche Godolets dans le vide. Le corps du Géant est lâché et fait une chute de, je pense, quelque chose comme quinze mètres. Et le hurlement du Géant n’est arrêté que quand il s’éclate sur l’asphalte.
Je me soulève de ma position pour regarder en contre-bas. En serrant ses serres, le démon a sectionné les deux bras de Godolets. Le contraste de sa perte de sang, dans un geyser, est saisissant avec le manteau blanc de la neige. La moitié de la face arrachée, manchot, le Géant est avachi par terre au loin.
Et sa jambe droite a un spasme.

« Bordel ! Le fils de pute est encore en vie ! » Je hurle nerveusement dans mon masque, plein de détresse.
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le Lun 5 Fév - 3:41

Passeport
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Nos deux peureux restaient à l'arrière pour surveiller l'escalier et ainsi éviter de mauvaise surprise. Trutnev et Rogozin s'installaient alors chacun d'un côté de l'escalier, restant alertes aux bruits et mouvements. Les deux hommes restaient loin des murs également pour ne prendre aucun risque inutile. Soit se faire attraper ou voir à travers l'un des trous dans le bâtiment par un mutant. Le tout serait bien problématique, surtout en sachant que nous nous divisions. Il ne serait que deux et devait donc veiller l'un sur l'autre. J'observe la cage d'escalier pendant que le sergent prépare nos hommes mentalement. Leur retirant automatiquement l'envie de fuir par ses paroles remplit de sens et... D'effroi. Un petit sourire en coin glissait sur mes lèvres. Je me retenais alors de rajouter que même les démons ne voudraient pas de viande avariée comme Trutnev mais... Je laissais une pause à mon équipe de mon humeur déplacée après avoir fait hurler le pauvre Rogozin de peur un peu plus tôt.

Nous nous aventurions ensuite dans la cage d'escalier. Laissant nos deux collègues à l'arrière. Nous montions laborieusement les étages. Une lente ascension, très lente... Mais sécuritaire! Alors que nous couvrions tous les angles, prenant la place d'un camarade lorsque celui-ci progressait un peu plus en avant. Nous avions également fermé nos lampes de poche, question d'être un peu pus discret durant notre avancé. Je souris en observant le lieutenant. Montant les escaliers comme un bleu. Deux à deux, puis se collant brusquement contre le mur ensuite. Les techniques qui nous sont montrés en entraînement, mais qu'on adapte à notre façon sur le terrain. Cela confirmait mes dires. C'était sa première fois en surface et il s'appliquait à ce que cela ne soit pas la dernière vue l'effort qu'il mettait!

J'avançais rapidement également. Non pour faire comme en entraînement... Mais parce qu’en tant que femme, je me devais de suivre la cadence de mes partenaires masculins. Sans parler de leur avantage en terme de grandeur... Avec mes petites jambes, du haut de mes 163 centimètres, je devais donc faire plus de pas pour les égaliser. Contrairement à Alekseï toutefois, je ne collais pas mon dos au mur. Enfin... Je faisais gaffe de ne pas être aussi brutale. Car mon sac était rempli d'équipement médical, je devais donc y faire attention! De plus, je ne voulais pas m'épuiser en mettant plus d'effort que nécessaire en égalisant notre lieutenant. Je préférais l'économiser et éviter de trop en mettre, cela pouvait également m'éviter une foulure de cheville en ratant une marche par exemple!

On arrive au quatrième étage et seul le camarade lieutenant semble un peu essoufflé. Je secoue ma tête de gauche à droite. Je savais qu'il dépensait de l'énergie inutilement! Sans parler de sa quantité d'oxygène qu'il consommait alors en plus grande quantité. Je me permets alors de souffler d'une voix suave, quoiqu'un peu rauque avec le masque

-Doucement, rien ne sert de courir non plus... Cela vous fait utiliser plus d'oxygène dans votre bonbonne que vous devriez réellement en consommer.

À chaque arrêt d'étage, j'observe le sol devant les doubles portes. À la recherche de traces fraîches ou d'un signe qu'il y aurait eu du mouvement près de celle-ci récemment. Pour le moment, rien d'anormal. Aucune marque de griffe, aucun os et aucune goutte de sang. Il ne fallait toutefois pas baiser notre garde. Une meute d'hurleurs pouvait très bien avoir créé leur nid au quatrième étage et avoir une autre entrée que la cage d'escalier. Ne sait-on jamais.

Nous arrivions enfin au toit. Enfin... À la fenêtre qui nous donnerait accès au toit ensuite. J'observe en effet le géant et la petite fenêtre. Penchant dans le sens de Grisha en me demandant comment il allait faire pour passer. Je laissais encore les hommes argumenter entre eux. Restant plutôt attentive à notre environnement. Je ne voulais pas qu'on se fasse surprendre par un groupe d'hurleur en pleine argumentation sur l'agilité du géant. Si le problème était que le sergent avait considéré envoyer le géant en premier, j'allais me coller à la tâche pour nous économiser du temps. Chaque mot qu'ils prononçaient prenait un peu plus d'oxygène et réduisait la quantité dans leur bouteille. Surtout que maintenant que je les écoutais...C'était des paroles bien futiles!

À la proposition du lieutenant de m'envoyer en premier, je fais un pas vers la fenêtre. Je suis surprise de constater que Grisha se lance finalement. Juste à l'observer, je sens un nœud se former dans mon ventre. Le stress. La peur de voir mon camarade tomber et s'écraser au sol comme une crêpe. Une chute de cette hauteur serait probablement mortelle. Je me détends légèrement lorsque le sergent arrive à destination. Détente de très courte durée alors qu'ensuite je suis celle qui grimpe sur le toit.

Mon AK accompagne mon sac à dos sur le mur, près de l'équipement de Grigorij. Tout comme le sergent, j'agrippe le bord de la fenêtre. Et alors que la moitié de mon corps bascule dans le vide, je frissonne de tout mon corps. Froid... Le vent était glacial même. Je regarde le vide, et regarde rapidement ailleurs. Non... Je ne devais pas continuer de regarder en bas, sinon j'allais figer et cesser de bouger à cause de la peur. Il fallait continuer pour la cause! Et, plus principalement pour mon orgueil. Je ne pouvais montrer de faiblesse devant les mecs!

Étant bien plus agile et légère que mes collègues masculins vu mon petit gabarit, je m'accroche sans difficulté à la gouttière. Celle-ci semble tenir bon sous mon poids, mais j'avais déjà peur de voir le résultat avec le géant... J'attrapais le bras de Grisha pour le laisser m'aider à marcher sur les tuiles de façon sécuritaire. Ne voulant admettre à voix haute que j'avais la trouille. Je vais m'assoir sans demander mon reste, n'ayant même pas l'envie de dire une connerie à cet instant. Une fois assise et stable, je me sentais déjà mieux, mais... Je n'avais toujours pas envie de placer une réplique inadéquate. Cette petite ascension avec le vide comme compagnon m'en avait coupé l'envie. La pique du sergent m'arrachait toutefois un sourire et je lui répondais sur le même ton, celui de la plaisanterie

-Tssssk... C'est pour te faire parler mon enfant... Ne t'inquiète pas... J'en retrouverais l'envie une fois de retour dans le musée...

Un cri satanique résonne alors. Un démon. Pendant que le sergent rassure le lieutenant, j'observe le ciel. J'assure nos arrières sur ce plan, restant alerte au moindre Démon qui voudrait fondre sur nous pour nous utiliser comme casse-croûte. La blague de Grisha me fait glousser légèrement, alors que deux jeunes Démons rejoignent le ciel en quelques battements d'ailes. Vint ensuite le tour du Géant... Pauvre Godolets... Si brave, fort et impressionnant de sa stature. Mais nous pouvions tous comprendre sa peur du vide à cet instant. Sans aucun jugement, j'attendais avec le lieutenant qu'il soit en haut avec nous avant de réellement me permettre d'observer la ville du haut du toit. Comme si ce spectacle était une récompense pour notre groupe entier et que sans lui, l'œuvre ne serait pas complète. Sans parler de notre inquiétude pour notre camarade qui était encore plus effrayé que nous trois en apparence.

Une fois tous sur le toit. Mes épaules se détendaient légèrement. J'observais la ville ravagée par l'explosion, les monstres et le froid. Plusieurs niveaux des enfers combinés en un seul monde. Le nôtre. Les bâtiments troués et ravagés, les carcasses de voiture rouillées avec les années, la flore qui selon certains aînés ne serait plus la même. Mais ce qui nous rappel constamment le régime de terreur dans lequel nous vivons est le nouveau qui perçant le ciel. Un cri presque douloureux aux oreilles et monstrueux. Je lève mon regard vers le ciel, essayant de retrouver nos deux gamins qui cherchaient à jouer plus tôt.

Le discours du lieutenant aurait pu me mettre la larme à l'oeil, si ce n'était de mon inquiétude de nous faire surprendre par les deux monstres. Ses mots avaient quand même eu le don de réchauffer mon coeur. Des mots qui accordaient alors toute l'importance de notre mission, un message d'espoir pour les membres de la Ligne Rouge. Redonner du courage aux troupes dans ses moments difficiles. Sa belle verve lui redonnait des points dans mon livre et me faisait alors un peu plus comprendre pourquoi il était notre supérieur. Il était un idiot, trop confiant et pas assez effrayé. Mais un idiot avec des qualités de meneur.

Je retirais presque mes mots lorsqu'il mettait en scène la prise de la photo. Il attendait quoi pour prendre sa putain de photo?! Grisha regardait sa montre et moi le ciel. Je n'avais toujours pas oublié les deux démons. Traitez-moi de paranoïaque si vous le voulez, mais... Je trouvais étrange qu'ils aient seulement décollé lorsque nous sommes montés sur le bâtiment. Je serrais la mâchoire alors que le lieutenant jouait à la poupée avec le géant. Le faisant prendre diverses positions, posture, exprimant plusieurs émotions différentes. Le tout était très artistique, mais peu approprié vu le contexte. Je répondais à Grisha,

-La cigarette ce n’est pas bon pour tes poumons...

En fait, c'est mon père médecin qui me l'avait dit. Lorsqu'il avait 30 ans, il avait vécu à la surface, avant que Moscou ne soit ravagé. La cigarette selon des experts créait des maladies aux poumons... Mais je n'en savais pas plus toutefois... Je croyais qu'on allait avoir la paix avec les clichés, mais... Il en prenait de nouveau. Je croisais mes bras sur ma poitrine avec un air impatient. Rapidement, je décroisais les bras et tirait sur le chandail de Grisha en lui montrant le ciel. Les deux démons tournaient autour de nous. Comme des prédateurs évaluant leurs proies.

Il lui donnait encore du temps pour prendre ses saloperies de photos?! Je tirais de nouveau sur sa manche lorsqu'ils descendaient d'altitude, soufflant finalement au bout de quelques secondes vu la continuité de leur descente, lente et dangereuse

-Il faut partir, maintenant...

C'est ensuite que les choses ont dérapé et sont devenues chaotiques... L'un des jeunes démons piquait alors vers nous. Je me couchais près du mur pour me protéger. Je dégainais ensuite mon pistolet et me remettait à genoux. Prête à tirer moi aussi. C'est ensuite que le spectacle est devenu sanglant. Que nous avons réellement perdu le contrôle sur la situation. Les épaules du pauvre Godolets se retrouvent alors prisonnière des griffes du monstre. Celui-ci se débat comme un ours et s'acharne, mais...Il n'y avait rien à faire... Une moitié du visage tant charismatique est alors arraché par les dents de la bête. Le hurlement me fait alors mal au coeur. Un hurlement douloureux et désespéré. Comme un enfant qui voit finalement le monstre sortir de sous son lit après tant d'années à l'avoir ignoré.

Pendant que le lieutenant vide son chargeur sur le monstre qui s'envole avec notre compatriote. Je tourne mon regard vers le ciel, à la recherche du deuxième démon. Mon arme est levé et mon doigt tout près de la gâchette. Il ne fallait pas l'oublier non plus... Sinon, un deuxième se ferait attraper. Le hurlement du géant tombant dans le vide ne me distrait pas. Je reste concentrée avec un calme étonnant sur le possible danger dans le ciel. Le démon à la gueule ensanglanté reprend son envol pour remonter en altitude. Recommençant ses cercles autour du musée en criant. Un cri à nous glacer le sang, terrifiant et provoquant. Comme s’il nous défiait. Il fallait se grouiller avant que le 2e ne revienne. Sans certitude de ce que j'affirmais, je posais une main sur l'épaule de Grisha,

-Il est mort à cette hauteur, c'est un spasme... Vite putain! Rentre à l'intérieur avant que l'autre ne revienne!

Je donnais un autre petit coup de coude au sergent. Nous n'avions pas le temps d'attendre. Le démon criait de nouveau, posant ses yeux sanglants sur nous

-Vite! On te couvre!

Le lieutenant ne parlait pas. Terrorisé. Nous étions tout terrorisés et moi la première... Mais ma capacité de gestion de mes émotions a toujours été excellente. Je sentais toutefois en moi un courant électrique commencer à se former. Si je ne retournais pas au calme rapidement, je perdrais le contrôle de ma mutation et le moindre contact me ferait utiliser ma puissante décharge, sans que je ne le contrôle... Entrainant une perte de connaissance... Ce qui n'était réellement pas approprié vu les circonstances.

Respire Klara... Respire... Le sergent était presque à l'intérieur, lorsque le deuxième démon revenait à la charge. Piquant toutefois vers le pauvre Godolets. Déjà inerte au sol, mort... La créature reprenait le corps ensanglanté entre ses griffes et volait en direction du Kremlin. Plus qu’une... Mon pistolet ne cessait de la viser, tout comme le lieutenant. Nous faisions attention en bougeant nos pieds sur les tuiles de ne pas glisser. Glisser et tomber dans le vide se résumait à mourir également. C'était ce démon qui avait reçu quelques balles et ils semblaient plus hésitants à reprendre l'attaque. Attendant une opportunité pour nous attaquez sans risque pour lui. La voix du lieutenant résonnait. Courageux et autoritaire,

-À toi l'infirmière!

Mon tour venait et j'avançais prudemment jusqu'à la fenêtre. Un pas à la fois, lentement. Mon arme continuant de viser le démon jusqu'à ce que je n'ai réellement plus le choix de la ranger pour retourner à l'intérieur. Le lieutenant me suivait. Lentement aussi. Un pas à la fois. Nous avancions au même rythme, afin qu'il ne soit pas trop loin de la fenêtre lorsqu'il allait être seul sur le toit. Homme courageux qui pensait au bien-être de son groupe avant le sien. Son courage... Une qualité et un défaut en même temps... Mais je n'en allais pas m'en plaindre! Je rangeais mon pistolet nerveusement et faisait le chemin inverse, posant mes pieds sur la gouttière qui tremblait, mais tenait encore bon... J'entrais dans le musée avec un soulagement bien visible. L'appareil photo pendant au bout de mon poignet. Le lieutenant me l'avait remis pour que notre mission ne soit pas en vin s’il y restait.

-Bordel de merde...

Soulagement qui me quittait rapidement. Le lieutenant... J'espérais qu'il allait s'en sortir! Grisha avait déjà son sac sur le dos et son arme en main. Surveillant la cage d'escalier en vue de possible hurleur où nous ne savions quoi qui pourrait sortir de l'obscurité. Un autre cri brisait le silence. Un cri sorti des enfers. Ho non... Le démon devait s'en prendre au lieutenant... Nous entendions au-dessus de notre tête un frottement sinistre, se déplaçant le long du toit. Comme un ongle sur un tableau. Un grognement douloureux également, puis le bruit du battement d'ailes qui s'éloigne. Les prochaines secondes semblaient durer des heures. Mon regard fixait le sergent, puis la fenêtre alors que j'enfilais mon sac à dos et reprenait mon AK.

Quel ne fut pas notre soulagement lorsque le lieutenant nous rejoignait à l'intérieur. Ayant évité de peu la griffe qui avait essayé de l'attraper à l'épaule. Son épaule saignait, alors qu'une profonde entaille se trouvait entre l'épaule et le cou. Griffe acérée du monstre qui l'avait presque emmené avec lui. Il allait falloir faire un bandage temporaire et rapidement... Lieutenant qui fière comme un paon grognait en regardant vers la fenêtre,

-Il ne m'a pas eue le salaud! Comme je disais, la Ligne Rouge vaincra!

On pouvait toutefois entendre la peur qu'il avait eue dans sa voix. Il avait eu chaud sur ce coup. Je répondais rapidement, professionnelle

-Il va falloir faire un bandage... Rejoignons les deux autres pour avoir une protection pendant que je le ferais.

Grisha seul ne pouvait surveiller adéquatement tous les angles dans la cage d'escalier. Il ne contestait pas, je me doutais donc que mon résonnement était bon. Très rapidement, j'appliquais une compresse sur la blessure, pour réduire les risques d'infection alors que le blessé remettait son sac à dos. Comme un vrai homme, il ne se plaignait pas. Grimaçant fort probablement sous son masque par contre. Avantage du sac toutefois? Cela ferait une pression sur la blessure pour limiter le saignement... Je rangeais précieusement l'appareil photo dans mon sac d'ailleurs, puisque c'était la raison de notre présence ici... Puis un souvenir de Godolets s'y trouvait à l'intérieur.

La descente de la cage d'escalier se passait sans soucis. Aucun monstre ne sortait des ténèbres et nous avions adopté la même technique qu'au départ. Avançant un à la fois en couvrant tout les angles. Descendre était d'ailleurs plus rapide et moins épuisant que monter. À notre arrivée, Rogozin et Trutnez nous fixaient. Leurs yeux étaient écarquillés sous leur masque,

-Il s'est passé quoi ?!
-On a entendu crier! Puis crier! Puis... Plus rien...
-Où est Godolets?
-Vous êtes blessé lieutenant?


Le lieutenant levait la main après un moment. Demandant le silence. Il leur expliquait rapidement ce qui s'était passé et durant ce temps, je m'occupais sommairement de la blessure. Je la lavais rapidement avec de l'eau et un tissu propre, pour ensuite poser une compresse stérile sur la plaie. Je bandais ensuite la blessure, de l'épaule à sous le bras, maintenant ainsi la compresse en place. Je soufflais calmement,

-Ça va faire le boulot juste dans une station... Aller on se casse...

Je me retenais de rajouter que je ne voulais pas terminer en casse-croute comme le géant. Le lieutenant se relevait alors, un vrai leader. Il prenait son arme, son sac sur son épaule et marchait en premier dans le musée, guidant le chemin jusqu'à la sortie sans qu'il n'y ait d'embrouille. Je soufflais en passant près du camarade sergent à voix basse,

-Je l'ai peut-être mal jugé finalement... C'est un type bien...
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le Mar 13 Fév - 16:43
Satan hurle. Ses démons sortis des ténèbres de l’Enfer volent maintenant dans des cieux dépourvus des archanges de Dieu. Sans aucun doute embarrassé de notre présence aux pieds d’un monument tant convoité, il a décidé de nous marquer et d’ordonner à ses créations de bien vouloir rappeler à lui nos âmes. L’enfer ne m’a jamais semblé si proche, j’en ai le feu aux fesses, celui qui me motive à reprendre mon barda avant de m’élancer à toute vitesse dans la cage d’escalier, sans une pensée pour Godolets ; Imaginer le brave géant subissant un supplice me fait trembler d’effroi. Quel genre de monstruosité est-ce que les démons peuvent faire à leurs proies capturées ?

On se retrouve vite avec le reste de l’escouade en bas de l’immeuble. Le temps de faire un bandage rapide au camarade lieutenant, je me tourne vers nos deux comparses qui tiennent le rez-de-chaussées, en armes, un peu tremblants dans leurs uniformes kakis.

« Soyez prêts à sortir. Il faut qu’on gagne la station le plus rapidement possible.
– Oui camarade sergent ! »


Je lève mon poing gauche pour regarder la montre. Et je calcule, dans la tête, le temps de claquage de nos filtres de masque à gaz. Ce qui m’inquiète, c’est également nos corps, la peau surtout, celle du lieutenant qui s’expose alors qu’on lui change le bandage. Les médecins de la Ligne Rouge n’ont pas de recommandations particulières à faire, mais mon ami qui vit à Polis dit que les gars sont quand même vachement plus regardants sur le contact en plein air. Nos filtres sont-ils ne serais-ce qu’assez puissants ? Mon oncle est mort assez jeune d’un cancer, il était soldat aussi... Ces pensées m’occupent l’esprit alors que j’essaye de savoir si on risque de mourir assez rapidement d’empoisonnement aux radiations en surface. Je m’occupe l’esprit avec ça, parce que, je n’ai pas envie de penser à autre chose.
Je n’ai pas envie de penser aux démons.

Une fois le lieutenant prêt, il nous fait signe de partir, sans un bruit, et je reprends son ordre de façon beaucoup plus sèche et nerveuse :

« EN ROUTE ! ALLEZ ! »

Mes bottes écrasent le sol. Le sol poussiéreux et couvert de bris de glaces d’exposition. Je me dirige vers la sortie, d’où vient un peu de luminosité malgré le ciel blanc qui couvre le soleil. Il y a tellement de neige, à perte de vue, quand Trutnev et le lieutenant ouvrent les doubles-portes. Dans mon dos, l’infirmière piaille un peu. Alors que je fais sauter la sécurité de ma kalashnikov, je me permets une réflexion agacée à voix basse :

« Bien sûr que le lieutenant est un type bien.
Y a des tas de types biens qui envoient d’autres types biens à la mort. »


Je grogne alors que je rejoins la sortie, devant laquelle tout le monde est cloîtré.

« Qu’est-ce qui se passe, pourquoi vous sortez pas ?! »

J’ai très vite la réponse à ma question en mettant le museau dehors. Je prends une grande bouffée d’air asphyxiante dans mon masque, alors que je vois, au-dessus, dans les flocons, un grand démon qui vole et qui hurle. Il tournoie autour du musée. Impatient que nous sortions.

« Putain de merde, hors de question que je foute les pieds dehors ! Se met à hurler Trutnev.
– Tu préfères qu’on attende ici de façon sempiternelle ? T’as pensé à fouiller tout le musée ou bien tu penses qu’il y a quelques nosalis qui viennent de se réveiller ? »

Trutnev me foudroie du regard. Je suis très fort pour jouer avec ses peurs, c’est souvent bien plus motivant que d’en appeler à son patriotisme – inexistant – ou son honneur – encore plus rare que le diamant. À le voir zieuter la sombre cage d’escalier, l’idée se met à lui trotter l’esprit, même s’il agite vivement la tête de gauche à droite comme un chat, tentant d’en démordre.

« C’est possible, mais je préfère retourner en arrière et sécuriser le bâtiment que de sortir dehors !
– Et camper ici le temps que les démons partent, hein Trutnev ? Mais ton filtre il en a pour combien de temps, hein ?
– Plutôt crever dans six mois en perdant mes cheveux que dans cinq minutes en étant bouffé vivant ! Je vais pas me faire étriper comme le brave Godolets, camarade ! »


Le problème de la peur, c’est que ça lui fait dire des choses débiles. Comme contester l’autorité d’un supérieur hiérarchique. C’est le problème avec les gars comme Trutnev. Faut savoir qu’il s’est engagé juste pour échapper à des mafieux parce qu’il avait des dettes de jeu. C’est pas un gars débile, ni incompétent, mais c’est juste qu’il suinte la trouille de partout. Et là c’est pas le moment. Je suis tout aussi nerveux que lui, mais moi j’ai au moins l’audace de pas le montrer et infecter les autres avec ce poison qu’est la trouille. J’ai jamais eu autant envie de le faire souffrir. Malgré le fait que Trutnev fasse deux têtes de plus que moi, je me retourne, prend mon fusil par la garde, et met bien mes épaules en arrière. J’essaye de me donner un air massif d’aigle, alors que je fais un pas en avant pour me coller à lui, levant ma tête pour bien le regarder dans les yeux.

« Pour la Ligne tu te feras étriper, si je le demande, camarade ! Je peux aussi te tirer une balle dans les genoux et te balancer dehors, tu serviras bien d’appât pour occuper les démons le temps qu’on s’enfuie !
– Vas-y ! Vas-y, essaye !
– Me tente pas, Trutnev !
– Bon sang personne ici ne va tirer sur personne !
Se met à récrier le lieutenant d’une petite voix. Du... Du calme !
Camarade Trutnev, nous allons tous nous en sortir vivant, si seulement nous agissons comme une équipe !
– C’est ça ouais, j’ai déjà vécu ce genre de situation.
Le camarade sergent sait quelle est la valeur de la survie... »


Oh le fils de pute. La merde. La salope. On s’était pourtant promis, lui et moi, de ne plus jamais parler de cette histoire. Qu’elle était enterrée. Qu’elle était oubliée. Comment est-ce qu’il ose la balancer maintenant, sans aucune raison ?
Sans lui laisser le temps de cracher une autre connerie, je l’attrape la gorge et le pousse contre la porte.

« Et je t’ai permis de survivre aussi, t’as intérêt à bien m’écouter si tu veux survivre maintenant également ! »

Ayant dit cela je me retourne, reprend mon fusil à deux mains et regarde vite la situation dehors.

« Va falloir qu’on traverse la rue. Je vais sortir en premier avec Savinkova jusqu’à une position de couverture. Trutnev et le lieutenant juste après. Rogozin tu peux rester ici et nous couvrir ?
Rogozin, tu m’écoutes ?
– Oui camarade sergent
, fait le plus jeune soldat de l’escouade comme s’il venait de se réveiller.
– C’est pas le moment de flancher gamin. Je vais avoir besoin de toi pour tirer et pour courir. Sers-toi de ton adrénaline. Tu piges ?
– Oui camarade sergent.
– Bien. On y va... »
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Soldat-infirmier
le Dim 18 Fév - 4:29

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Que se passait-il encore... Pourquoi on n'avançait plus?! Sans même regarder, j'avais ma réponse. Le sergent reculait rapidement, revenant à l'intérieur du musée. Le cri me confirmait ce que j'avais redouté. Le salaud de démon nous attendait. Il volait autour du musée dans l'attente qu'on sorte. Prédateur avec un minimum d'intelligence qui savait que ses proies devraient sortir à un moment où un autre. Mais ce qui m'effrayait, était que l'autre pouvait revenir à tout moment et que... Son cri pourrait attirer d'autres monstres... Nous ne pouvions attendre ici sans bouger... Cela serait comme attendre notre mort les bras croisés.

C'est ensuite que j'assistais à la petite crise de Trutnev. Je levais les yeux au ciel avec agacement. Ce qu'il pouvait être con quand il s'y mettait! Le sergent au moins avait des arguments logiques et vrais. Nous ne pouvions attendre ici. L'air allait bientôt manquer dans nos masques et déjà que le bras du lieutenant avait été en contacte avec l'air lors de sa blessure sur le toit... Cela serait bien le comble qu'il respire l'air! En temps normal, j'aurais essayé d'épargner à sa peau le contact avec l'air pollué, mais le contexte actuel m'avait laissée comme choix... Le laisser s'affaiblir avec la perte de sang... Nous ralentir et mourir possiblement, laissé derrière comme repas à des mutants... Le santé serait probablement affectée, mais au moins il vivrait le temps de retourner dans une station de la Ligne Rouge. J'allais toutefois informer les médecins pour les garder bien alertes aux symptômes et à la blessure de notre camarade.

Le sergent et Trutnev continuaient de s'engueuler. Quel mauvais moment pour le faire! Je restais alerte à l'environnement autour de nous durant ce temps. Comme le camarade lieutenant. Le plus jeune de notre groupe quant à lui semblait ne pas savoir où se mettre. Il écoutait, mais regardait les œuvres d'art distraitement. Comme s’il était en état de choc. Je fronçais les sourcils. Il faudrait faire une note pour lui aussi à un médecin une fois en sécurité. Le problème toutefois, c'est qu'avec ce type de problème, c'est complexe. Tout ce qui touche la santé mentale, il n'y a pas de moyen concret pour en venir à bout. Mon père me disait que lorsqu'il travaillait dans un hôpital, avant la guerre, il y avait des médecins spécialisées en santé mentale et des médicaments qui leur étaient donnés pour contrôler le tout. Mais bon... Nous n'avions pas de ses '' Médicaments '' et à part dire que le patient est dément ou en état de choc... Les noms sur les maladies manquaient tout comme les traitements.

Je soupirais vivement alors que les deux hommes se parlaient de se tirer dessus. Ensuite l'intervention du lieutenant qui les calmait verbalement... Le sergent poussait le soldat contre une porte en lui attrapant la gorge, tentant d'affirmer son autorité ou je ne sais quoi... Je restais calmement dans mon coin. Je ne pouvais me permettre de laisser la peur prendre le dessus... Sinon je perdrais le contrôle sur ma mutation et je ne verrais plus jamais la noirceur du métro. Alors que les deux hommes se toisaient, l'un contre l'autre, je soupirais,

-C'est bientôt fini les filles?! Je commence à avoir froid et plus on le laisse crier dans le ciel.. Plus on a de chance qu'il en attire d'autres...

Le pauvre Rogozin me regardait alors nerveusement. Écarquillant les yeux, comme s’il n'avait pas réfléchi à cette possibilité. Mais c'était pourtant la réalité! Maman démon n'était peut-être pas loin...

C'est ainsi que je me retrouvais à sortir en premier avec Grisha. L'arme levée devant moi, gardant un regard vers le ciel, alors que le démon hurlait de nouveau au nous voyant. Je gardais un visuel sur la droite et Grisha sur la gauche. Nous courions le plus rapidement possible, cherchant un point de couverture. C'est alors que je m'immobilisais derrière une vieille voiture rouillée, tout comme Grisha à une dizaine de mètres de la porte du musée. Nous levions tous les deux notre arme vers le ciel, tout en restant attentifs aux possibles cachettes autour de nous. Au cas où un Nosalis voudrait nous faire une surprise...

Le démon semblait avoir descendu en altitude. Je sentais une goutte de sueur me couler dans le dos. Mais le camarade sergent et moi tenions bien notre position, surveillant le mutant qui épiait nos mouvements. Attendait le bon moment pour plonger. Je soufflais dans mon masque avec dédain,

-Sale bête... Laisse-nous tranquilles... Dégage...

Je ne voulais me l'avouer, mais la peur me nouait le ventre. Je serrais un peu plus fort mon AK, continuant de pointer la bête, alors que c'était le tour du lieutenant et de Trutnev. Grisha leur faisait un signe de main, et les deux hommes à la course venaient trouver une position de couvertures un peu plus loin derrière nous... À environ 15 mètres de la porte du musée... Plus que Rogozin et nous allions pouvoir nous remplacer mutuellement dans les points de couverture et avancer prudemment jusque dans le métro d'où nous étions venus.

Tout semblait bien se passer... Le démon n'osait plonger pour le moment. Comme s’il n'avait pu se décider entre quelle proie attaquer lorsque nous étions deux à la fois. Cherchant laquelle était la plus appétissante, ratant sa chance d'attaquer dans le dilemme. C'est alors que nous comprenions ce qu'il en était réellement... C'était maintenant le tour du plus jeune d'entre nous de courir. Courir une bonne distance d'ailleurs et la créature tout droit sortie des enfers ne cessait de fixer le jeune homme. Elle avait fait son choix la salope. En plus d'être démoniaque, elle était capricieuse...

Le lieutenant et Trutnev relevaient également leurs armes vers le ciel de leur point de couverture. Nous gardions évidemment tous un regard sur les environs également, pour éviter une embuscade par d'autres mutants qui auraient pu être attirés par les cris. Nos quatre armes étaient dirigées sur le danger immédiat... Le démon qui volait au-dessus de nos têtes. Le camarade lieutenant levait alors la voix, faisant signe à celui-ci de courir vers nous pour rejoindre le groupe,

-Vite Rogozin! Venez nous rejoindre!

C'est alors que le jeune homme courait vers nous, que le démon choisissait son moment pour plonger, griffe vers l'avant pour agripper notre camarade comme le ferait un oiseau de proie. Le démon était rapide et agile. Sans attendre, nous tirions tous les quatre sur le mutant. Sa peau des plus solides le protégeait de quelques balles et le jeune homme passait près de trébucher sous la nervosité. Il allait retourner son regard derrière lui, pour observer le démon qui fondait directement vers sa personne, mais j'entendais le cri du camarade lieutenant,

-Ne te retourne pas! Cours petit!

La scène semblait se passer au ralenti. Nous tirions tous au moins une dizaine de balles vers la créature. Qui agilement en avait évité une partie... Elle se rapprochait toujours dangereusement de l'homme qui courait à pleine capacité. Plusieurs de nos balles l'atteignaient, perçant finalement sa peau épaisse. Du sang coulait des blessures du jeune démon, qui dans un cri perçant changeait subitement de direction, volant plus loin de nous en retournant vers le ciel. Nous avions tous cessé de tirer, mais regardions nerveusement autour de nous, alors que le démon s'éloignait encore dans le ciel, criant de nouveau. À ce rythme, il allait alerter toute la ville!

Seuls les pas de course de notre camarade brisaient le silence. Il s'immobilisait près du camarade lieutenant. Haletant et épuisé. Le brave homme posait une main sur l'épaule de son soldat dans un geste réconfortant,

-C'est bien Rogozin.
-On se casse! Pas le temps de discuter! Il va revenir!

Trutnev qui paniquait de nouveau... Le pauvre était terrifié, mais avait su garder sa position pour couvrir notre camarade. Il venait de gagner des points de nouveau! Le cri s'éloignait de plus en plus et c'était un réel soulagement pour nos oreilles. Nous avancions comme lors de notre arrivée. Prenant des points de couvertures en avançant, couvrant nos camarades ensuite en prenant la leur. En équipe de deux et de trois. Il aurait été bien nul d'envoyer une personne seule au front évidemment. Nous progressions plus rapidement qu'à notre arrivée. L'adrénaline augmentant notre vigilance et vitesse d'exécution. Je me concentrais sur ma respiration pour garder le contrôle, alors que d'autre devaient se chanter des chansons, comme le sergent au début de la mission.

On voyait finalement notre billet de sortie. Quelques mètres plus loin se trouvait l'entrée pour le métro. J'étais avec Grisha, nous étions les premiers en tête présentement, suivi du trio. Alors que tout semblait aller pour le mieux et que nous étions tous à couvert, un cri strident résonnait. Un cri plus fort que les précédents... Plus agressif et vorace... Lentement, je tournais mon regard vers le ciel, par peur de voir la vérité en face. Un putain de gros démon était la... Volant en cercle dans le ciel, autour de notre groupe, criant de nouveau. J'aurais parié avec les autres que c'était la maman des deux petits... Je soufflais, le visage pâle sous mon masque

-Bordel de merde!
-Blyat!

Le ton du sergent m'indiquait clairement qu'il l'avait vu lui aussi. Tout comme nos autres camarades d'ailleurs... Trutnev se dandinait sur place, tout près de fuir en brisant la formation pour sauver sa peau. Alors que le lieutenant et Rogozin avaient figé.

-En route! Il ne faut surtout pas rester ici!

Si nos balles avaient difficilement blessé bébé... Je n'osais imaginer le peu de dégâts que cela ferait à maman... Et elle se rapprochait, nous observait...
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le Lun 26 Fév - 11:09
Le rideau métallique bloque l’entrée de la station. En terminant ma course planté devant, je ne peux pas m’empêcher, un peu de rage et de frustration, de lui filer un gros coup de talon qui le fait trembler. Le démon derrière nous c’est limite secondaire dans ce genre de situation, c’est la petite crotte de pigeon sur le pare-brise brisé voyez. Quand on s’attend déjà à crever c’est plus très important de quoi. Là j’ai les flammes infernales qui me rôtissent les fesses, je le sens comme un pédé dans les douches, c’est loin et je lui fais le dos rond, parce que je suis obligé de poser un genou à terre et d’attraper le loquet métallique qui n’est pas encore cadenassé. Je le soulève, de façon un peu gauche vu que j’ai des gants et des doigts gelés. Le rideau se replie sur lui-même dans un grand froissement de métal alors que derrière ça détone dans l’écho de la rue vide, des rafales de balles, et le lieutenant qui panique, qui se met à crier des ordres qui n’ont de sens que dans les manuels militaires :

« Feu de suppression ! Hostile à onze heure ! Rafales contrôlées ! »

J’allume la petite lampe torche montée sur mon flingue et balaye l’obscurité de la station. J’entre à l’intérieur en me voûtant vu que j’ai pas monté le rideau jusqu’en haut, et je me fourre jusqu’au niveau des grands escaliers qui sont censés nous mener à la surface.
J’ai même pas eu le temps de faire une petite douzaine de pas et de descendre quelques-unes des marches de l’escalator, que je découvre que c’est soudain une très mauvaise idée. Je me détourne et bondit, fusil en main, vers Savinkova qui se tient sous le rideau. Et je hurle, malgré l’air étouffant de mon masque :

« Dégage ! Dégage ! »

Dans l’escalier on entend un gros halètement d’animal vif et rapide, et des griffes qui détalent et qui remontent tout le long. J’ai déjà le cœur qui va lâcher, je suis à deux doigts de crever. Je glisse sous le rideau et bondit dehors, me retrouvant le ventre sur le sol, alors que derrière moi la bête se saisit de ma jambe et me tire.
Je me dégage d’un coup de pied et retourne sur le dos. Savinkova lui tire une balle en pleine tête et le monstre se retrouve plein de spasmes alors qu’il m’agite la cheville qu’il tient dans sa patte. C’est un putain de hurleur ; Normalement ils se cachent pas dans le métro, ils vivent en surface. Mais c’est une station abandonnée, probablement bastionnée comme un gruyère, alors ça m’étonne même pas qu’ils se planquent là. Je vous le dis avec le recul ça. Cette réflexion, c’est maintenant que je vous la donne. Parce que même si je sais que c’est pas illogique, j’ai pas pu m’empêcher de dire, mon cerveau étant occupé à autre chose :

« Mais putain y foutent quoi là-dedans y sortent d’où ?! »

Je regarde la grande avenue vide et je vois le démon faire un plongeon comme un avion de chasse. Trutnev se balance sur le sol en se tenant le casque, ce qui fait que le monstre ne parvient pas à l’attraper et remonte en l’air malgré nos balles. Le lieutenant fait tomber un de ses magasins et en insère un nouveau dans sa kalash, tandis que Trutnev s’empresse de se relever et de recharger son fusil à pompe ; Le stress fait qu’il fait tomber de la chevrotine sur l’asphalte.

Moi je me retrouve surtout assis sur les fesses maintenant que je me relève et que je remets vite ma chaussure. Et devant moi, le rideau métallique ouvert qui donne sur l’obscurité noir-bleutée de l’escalator, et les halètements et aboiements d’animaux mutants qui remontent. Savinkova, qui vient de me sauver la vie, me tend sa main, mais je l’ignore et bondit moi-même sur mes deux pattes en levant mon flingue, crosse contre l’épaule. Dès que je vois leurs museaux, je me mets à tirer une rafale, puis une deuxième, et une troisième, tout en reculant tout le long. Je tourne ma tête comme un hibou vers Savinkova et puis lui hurle le même mot que tout à l’heure.

« Dégage ! Dégage ! »

Elle dégage.

« Non pas par là !
Viens ! »


Je lâche ma kalash dès que j’entends le « clic » distinctif du manque de munition. Retenue par ma bandoulière, la pétoire voltige et pendouille sur mon torse. Je sors mon pistolet du holster et me met à tirer avec beaucoup moins de précision au hasard dans l’entrée du métro. Je sais que j’en ai touché deux ou trois, mais là je crois qu’ils se planquent et mes tirs de pistolet servent surtout à les empêcher, quelques précieuses secondes, de bondir.
Je tiens le pistolet que par une main alors que je tire le bras de Klara et l’envoie valser à ma gauche. Et alors je lui pousse le dos pour la faire courir, tend mon bras pour tirer sans regarder alors que je hurle au lieutenant de toute mes forces, avec tout l’air qui reste dans mes poumons, au reste de l’équipe :

« RESTEZ PAS DANS LES RUES MERDE ! »

Le pistolet fait « clic » lui aussi, le chargeur tombe alors qu’il reste plus une seule balle dans l’outil, juste l’odeur filtrée dans le masque de poudre et la main qui tremble à cause du tir, et les oreilles qui sifflent. Les hurleurs doivent suivre maintenant, mais moi je fonce surtout vers le trottoir tout en continuant de pousser Klara en lui tapant le dos pour la faire foncer plus vite. À un moment elle trébuche et roule à terre, mais je m’empresse de l’attraper par le plastron pare-balle et la tirer de toute mes forces pour qu’elle remette ses pieds à terre.

« Mais cours ! Cours ! Cours ! Cours ! Allez ! Cours ! »

En haut on voit le démon qui tourne alors je m’arrête et siffle pour que Klara s’arrête. Démon devant. Hurleurs derrière. Je sais même pas ce que fait le reste de l’équipe.
Mais à notre gauche, faute de mieux, y a un vieux magasin. Le toit est en miette, soufflé par des bombes, écrasé sur-lui même avec le reste des bâtiments qui tient maladroitement dessus comme un mikado. La porte, elle, a l’air solidement fermée à clé. Faute de mieux, vous savez ce qu’on fait ? Je tape l’épaule de Klara et lui dis :

« Tire là-dessus ! »

Elle lève la kalash et tire une rafale de balle. Je lui tape l’épaule pour qu’elle arrête. La vitre est protégée, comme presque tous les putains de commerce, par un putain de grillage métallique ; Mais l’apocalypse l’a fait morfler dans un coin. Alors je fonce dedans comme au rugby, et éclate à l’aide de mon épaule le verre fragilisé. Je dégage un coin et me retrouve à glisser, tel un chat un peu trop obèse qui veut entrer dans une chatière, sous le rideau. Mes bras se raclent contre du verre mais je parviens à être avalé à l’intérieur du bâtiment. Je m’écrase à terre tout en soufflant et en gémissant de façon très audible de douleur et de rage. Je glisse à droite pour laisser la place à Klara, et toujours couché, sur le dos, je lève ma Kalash pour la recharger.

« Grouille ! Fous-toi à couvert ! »

Je me mets maladroitement un peu sur mes guibolles, mais je me retrouve vite à m’asseoir de l’autre côté, sous la fenêtre brisée et le rideau embouté. Je tire Klara qui a du mal pour pas qu’elle se retrouve coincée dans le trou, elle crie un peu parce qu’elle a mal. Une fois qu’elle est à terre, en « sécurité », je lui crie dessus, encore niqué par l’adrénaline.

« On va rejoindre la seconde station ! Prie Jésus Christ pour que le lieutenant ait la présence d’esprit de faire pareil ! »

Je lève ma tête pour voir la rue. Le démon fonce sur les hurleurs, en chope un comme si c’était un sac de plumes, et monte en l’air avec, alors que le petit monstre poilu se dandine sur ses serres, tout en l’écrasant et en le réduisant en miettes.
L’horreur de m’imaginer à sa place, et de revoir le camarade Gorobets à cette place d’ailleurs, me fait trembler de peur et cacher à nouveau ma tête.
Je suis en train de paniquer et de m’asphyxier dans mon masque. Ça me ramène de mauvais souvenirs ça.

« T’es blessée ? Et ton casque, tu sens quelle odeur ? »
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Soldat-infirmier
le Sam 3 Mar - 5:41

Passeport
Age :: 25 ans
Patronyme :: Matveïeva
Surnom :: Klara
Courir, courir et toujours courir. C'était mes seules pensées alors qu'on fuyait des hurleurs et un démon. Deux pour le prix d'un! Magnifique la surface n'est-ce pas? Grisha courait plus rapidement que moi, merci à ses grandes jambes d'homme! Et il me poussait dans le dos pour que j'accélère la cadence. Une poussée de trop qui me faisait tomber et rouler au sol d'ailleurs, mais vif d'esprit, il m'avait relevée en agrippant mon gilet pare-balle. Courir encore de nouveau... Alors que mon coeur battait promptement... Boom boom boom... Les battements réguliers et rapides qui résonnaient fortement dans mes oreilles, alors que la sueur coulait le long de mon dos.

Rapidement, nous nous retrouvions coincés. Cette saleté de démon semblait nous avoir trouvé plus appétissants de l'autre moitié de notre groupe. Ou peut-être avait-il tout simplement eu plus d'intérêt envers le plus gros groupe, soit mon duo suivi de hurleur... Plus de mouvement et donc plus de stimulation visuelle... Quoi qu'il en soit, Grisha entrait dans le commerce dont nous avions forcé l'entrée par un petit trou. J'attendais nerveusement qu'il y entre, observant derrière nous les hurleurs qui couraient. Avec leur sale gueule et le bruit de leurs griffes sur le sol... Mon regard se tournait légèrement de l'autre côté, alors que le démon hurlait de nouveau. Un nouveau son perçant et foudroyant. Vite putain Grisha... Je me retenais de lui donner un coup de pied aux fesses pour qu'il y entre plus rapidement, de peur qu'il reste coincé au contraire...

Enfin, je me glissais à mon tour sous le rideau, passant mes bras et ma tête en premier, pour que le reste du corps y entre plus facilement. Grisha me tirait pour m'aider, m'éraflant profondément le bras au niveau du triceps sur la vitre brisée. Je laissais sortir un petit cri de douleur, puis une fois à l'intérieur roulait sur le côté pour ne plus être à vue du trou. Au cas où un hurleur déciderait de plonger son museau! Je m'assoyais ensuite, le dos contre des débris du bâtiment et laissait ma tête se reposer sur ceux-ci, fermant les yeux quelques secondes en soupirant. Avec le sac à dos, c'était loin d'être confortable, mais à ce point le confort était le dernier de mes soucis.

Rejoindre la seconde station semblait en effet être le plan le plus raisonnable. Je fronçais légèrement les yeux. Prier Jésus Christ... Voilà qu'il échappait un bien vilain secret... Je n'allais rien dire toutefois. Car Grisha a le don de m'offrir de bon moment avant les missions et j'ai mon propre secret... Je le sentais battre contre mes tempes d'ailleurs... J'étais à deux doigts de perdre le contrôle sur la panique et sur ma mutation également. Je devais me reprendre en main, car tomber inconsciente après une décharge présentement serait bien la pire chose. Mon coeur battait encore promptement et j'haletais encore après notre course folle. Je me concentrais sur ma respiration pour me calmer, le coeur suivrait ensuite... Calme-toi Klara... Respire...  Les hurlements du camarade me déconcentraient...

-Une minute Grisha bordel! On doit reprendre notre souffle et se... Calmer...

Mon ton était ferme et autoritaire. Je laissais ma tête de nouveau reposer sur les débris et gémissait doucement. Mon regard se posait alors sur mon bras que je relevais un peu. Du sang sur mon uniforme au niveau du triceps. Ce n'était qu'une petite douleur pour le moment, comme une légère brulure. Une vilaine blessure que l'adrénaline me cachait pour le moment. Je ressentais également un petit bourdonnement en provenance de ma cheville. Comme un muscle étiré, mais une douleur des plus tolérable. Probablement encore à cause de l'adrénaline dans mon corps, je me doutais fortement que si on s'en sortait... Mon corps me signifierait clairement que j'avais abusé une fois en sécurité...

-Oui je suis blessée... Et je sens encore cette putain d'odeur de renfermé... Calme-toi Grisha! Bordel de merde! Respire!

Un reflet de mes propres émotions que je lui adressais? En effet, on pouvait clairement se demander à qui j'adressais mon message... À lui ou à moi au fond? La vérité c'est que j'avais la trouille... Mais encore plus de perdre le contrôle sur cette saleté de mutation. Je me refermais sur moi-même quelques secondes, pour ne pas laisser la crise du sergent m'influencer. J'inspirais et j'expirais. De grande et longue respiration. J'haletais encore après avoir autant couru et je ne pouvais rien faire contre la sueur sur mon corps. Mais j'avais déjà l'esprit plus clair et je me sentais plus paisible. J'ouvrais finalement les yeux et regardait à l'extérieur. Le corps en charpie de l'un des hurleurs tombait du ciel, s'écrasant contre le sol dans un bruit immonde. Les autres hurleurs de sa meute grognaient, semblait provoquer le démon qui se contentait de plonger pour en attraper un autre dans un couinement plaintif. Les autres mutants du petit groupe reculaient alors d'un pas, en baissant la tête vers le sol, hésitant entre rester ou partir à présent. Bien... Mon regard se posait sur Grisha, alors que je soufflais d'une voix beaucoup plus calme et en contrôle,

-On va changer les filtres de nos masques, tu vas me bander le bras et on bouge...

Je ne lui laissais même pas la chance de contester. Je n'arriverais à rejoindre la deuxième station paisiblement sans accomplir ces deux tâches, nécessaire qui plus est. Mon camarade ne semblait point ravi de mes mots et semblait me traiter d'idiote mentalement, mais je n'en avais rien à foutre à ce point. Il faut parfois prendre une pause et remettre les priorités en place pour survivre. En retirant mon sac à dos, je fouillais rapidement à l'intérieur en sortant deux filtres. J'en tendais un à mon camarade et m'occupait de changer le mien. Retenant ma respiration assidument en changeant celui-ci. Un hurlement du démon me faisait presque sursauter et échapper mon souffle, mais je tenais bon. Une fois la pointe du masque avec le nouveau filtre bien en place, je respirais déjà un peu mieux. Le tout était psychologique évidemment... Car cela ne changeait rien physiquement réellement, hormis sentir encore plus le renfermer.

Je sentais du liquide chaud couler le long de mon bras. La blessure à mon bras me revenait en mémoire, alors que je grimaçais légèrement de douleur. Pas le temps de faire du premier soin, je voulais seulement arrêter le sang de couler un peu. En observant la plaie, à première vue, il ne semblait y avoir de verre brisé dans celle-ci. Nouvelle grimace, alors que je sortais de mon sac un morceau de tissus blanc et propre. En l'enroulant comme que je le pouvais autour de la blessure je grondais les dents serrées,

-Serre-moi ça autour du bras avec un nœud...

Il devait me rester environ la moitié de mon chargeur en balle. Je pointant le canon de mon arme sur notre entrée improvisée en attendant, au cas qu'une tête de mutant y apparaisse... Un petit gémissement franchissait la barrière de mes lèvres lorsque mon camarade serrait le tissu sur ma blessure. Mais ce n'était pas le temps de faire ma fillette et de me plaindre. Au moins, cela retiendrait le sang de couler un peu. Les éraflures sur les avant-bras de Grisha pour leur part pouvaient attendre jusque dans une station pour recevoir de l'attention médicale.

Le camarade sergent jetais alors un coup d'oeil par la fenêtre. J'en faisais de même quelques secondes après lui,

-Je ne vois plus les hurleurs, ce fils de pute doit les avoir chassés, ou les chasser présentement.

Je comprenais clairement qu'il voulait parler du démon. En effet, je ne voyais plus rien dehors, hormis le cadavre ensanglanté du hurleur au sol qui avait parfois quelques spasmes. Les hurlements d'ailleurs s'était fait de plus en plus lointain, un bon indicateur que la créature volante s'était éloigné. À cette pensée, je me léchais nerveusement les lèvres. Et si elle était allée embêter l'autre trio à la place? Ceux-ci étaient encore dans les rues quand nous avions pris la fuite...

-Allez on se grouille!

Je complétais sa phrase en le laissant prendre les devants,

-Pendant que la voie est libre.

La deuxième station en question se nomme Lubyanka. Une station appartenant à la Ligne Rouge. Nous allions en avoir pour environs 15-20 minutes à la marche et 10 minutes si on se grouillait. Grisha n'étant plus dans notre cachette improvisé, j'enfilais de nouveau mon sac à dos et inspirait un bon coup avant de sortir à mon tour. Relevant rapidement mon arme devant moi une fois sortit. Le chemin n'était pas bien compliqué, il fallait faire une ligne droite. Mais c'était également le danger, car il y avait moins de couvertures.

Nous avancions prudemment pour le moment. Étant moins nombreux, il fallait faire encore plus gaffe... Quoique nous étions bien plus discrets ainsi. Si on pouvait souvent ne pas être en accord, nous travaillions toutefois bien en équipe une fois dans l'action! Étant plus petite, j'avançais en premier, les genoux fléchissent pour avoir une meilleure stabilité et laissait Grisha me couvrir en profitant de sa grandeur. Utilisant encore les cadavres des voitures pour nous protégez. Contournant biens les voitures, progressant lentement, mais de façon sécuritaire.

Le cri du démon perçait encore le silence. Venant de loin dans nous dans le ciel. Enfin... J'espérais qu'il était bien loin! À l'autre bout de la ville même! La respiration dans mon masque était toujours aussi difficile, mais au moins mon cœur avait repris pratiquement un rythme normal. Mes épaules s'affaissaient légèrement alors que j'observais un camion non loin de nous. Il était rouillé et renversé sur le côté, bloquant le chemin. Pour passer, il faudrait se faire tout petit et glisser contre le mur. Ceci dans le peu d'espace que nous offrait le camion avec le mur en question. Je jurais alors,

-Bordel de merde... Les choses ne peuvent pas empirer...

Si... J'aurais dû la fermer... Les frottements de griffe sur le sol parviennent alors à mes oreilles sur notre droite. Je bondis immédiatement vers la gauche et pointe mon arme vers l'obscurité. Quatre ombres marchent vers nous dans une ruelle transversale, le groupe d'hurleur de plus tôt qui semblait avoir échappé au Démon. Ou l'avait attiré à nous de cette façon...

-Tu n’aurais pas pu la fermer!

Les seuls mots de Grisha, avant que nos deux rafales de balles n'atteignent les créatures. Celles-ci tombèrent au sol en râlant et grognant, bonne chose qu'on les ait éliminés avant qu'elles ne soient trop près. À la fin de ma rafale, mon arme faisait un '' Clic '' Que je connaissais trop bien. Je profitais de ce petit moment de tranquillité pour recharger. Nous avions encore la moitié de la route à faire pour atteindre notre objectif, il était mieux d'être préparé à tout. Le cri du Démon semblait maintenant déjà plus fort... Plus près de nous... Grisha me poussait alors vers le camion,

-Putain grouille-toi! Cet enfoiré se rapproche!

Je ne me faisais pas prier. Prudemment toutefois, je longeais le mur et le camion qui offrait un mince espace pour bouger une fois entre les deux. Arrivée de l'autre côté, je me penchais rapidement pour avoir une couverture derrière une voiture et toujours l'arme levée devant moi. Il n'y avait aucun danger à signaler pour le moment.

-Dégagé... Viens vite...

J'attendais ensuite qu'il me rejoigne, surveillant attentivement autour de moi pendant ce temps, prête à tout sauf cette putain de créature ailée... Dès qu'il m'eut rejointe, nous courrions sans arrêt jusqu'à l'entrée du Metro. Haletant et terrifié, alors qu'un nouveau cri de démon résonnait derrière nous. Courir sans se retourner, oui... Toujours courir plus longtemps et plus rapidement puis fuir ce montre des enfers. Lorsque nous pénétrions finalement dans l'obscurité humide du Métro. Nous tombions au sol sur les fesses, dos contre le mur ses escaliers, épuisés de notre course folle. Plus qu'à rejoindre la Ligne Rouge et nous étions tirés d'affaire, mais bien franchement, cela serait une balade de santé en comparaison à la surface.

RP Terminé
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