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Artilleur infiltré
le Lun 22 Jan - 17:57
Artilleur infiltré

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Déambulant dans le tunnel menant à la station nommée: Biblioteka Imeni Lenina. Je marchais d'un pas trainant, quelques blessures sur le corps, rien de bien grave. Mes vêtements couvert en partie de sang et de boue. Je voyais enfin l'entrée, je m'adossais un instant contre un mur, reprenant doucement mon souffle. Je ressassais mes souvenirs, ce qu'il venait de m'arriver. Ne comprenant toujours pas trop comment je m'étais retrouvé dans cette situation plutôt... Étrange. Reste que je n'aimais toujours pas Stepan, certaines choses ne changent jamais.

Après m'être redressé, j'avançais pour arriver devant deux gardes armés qui surveillaient l'entrée de la station. Inutile de dire qu'avec mon look, ils me regardaient de travers. Je sorti mon arme à feu, mon couteau ainsi que mon fusil d'assaut. Déposant également ma sacoche au sol. Me disant que je voyageais rarement léger et que poser tout ça devait pas forcément mettre en confiance pour autant. Enfin c'était quand même prouver ma bonne foie, non ? Je leur expliquais alors que je venais voir la chirurgienne: Anna Nikitovna Volkovar. Je senti comme une bouffée de chaleur en prononçant son nom, ce qui me désorientais un peu. Pourquoi ? Reste qu'ils me fixaient toujours de travers. Allaient-ils me laisser passer ?

Une demi-heure plus tard, j'avançais accompagné d'un garde pour me rendre au seul endroit que je connaissais de Polis. Mes armes laissées à l'entrée, le garde lui l'était de quoi me faire comprendre de pas jouer l'idiot. Je n'avais pas pensé que le nom Volkovar me permette d'entrer si facilement. Ou était-ce juste car je connaissais quelqu'un ici ? J'ignorais trop de choses sur cette faction... Elle m'avait parlé de tatouage en fonction de la caste, mais c'était quoi exactement ? Enfin j'aurai tout le loisir de la questionner. Peut-être.

On arriva finalement devant une porte, le garde y frappa puis se tourna vers moi. Me fixant avec insistance. Cela voulait-il dire que si jamais j'avais menti sur le fait de la connaitre, qu'il allait me tuer ? Ou juste qu'il m'aimait pas ? Il prit finalement la parole dés que la porte s'ouvrit. Mon regard croisa un instant le regard bleu de la chirurgienne. Me contenant d'afficher un masque, celui avec un sourire pour faire bonne figure. Même si ça faisait surtout sourire gêné.

"Cet individu dit vous connaitre ! Vous confirmez ou on le jette dehors ?"

Sympa le mec. Cet individu... Il me considérait comme de la merde ou...? Je soupirai, me laissant glisser contre le mur. J'avais quand même quelques douleurs ici et là. J'allais donc être blessé à chaque fois que je la verrais ? Je lui lançais un regard, affichant là un véritable sourire sincère.

"Salut..."




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le Mer 24 Jan - 18:05
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Allongée dans l’obscurité, Anna suivait du regard les fissures qui serpentaient sur le crépit du plafond. Seul le clignement de ses yeux à intervalle régulier indiquait son attention. Alors que des bruits de pas lui parvenait du couloir adjacent, elle poussa un profond soupir avant de se redresser. Appuyée sur ses mains, elle plissait les yeux et rassemblait ses esprits. Combien de temps était-elle restée ainsi, perdue dans ses souvenirs ? Un son rauque, presque inaudible, prit naissance dans sa gorge tandis qu’elle se levait complètement. Elle passa une main dans ses cheveux, les ébouriffa légèrement puis fit rouler les muscles de ses épaules. Elle se sentait lasse, fatiguée tant physiquement que mentalement. Disons que ces derniers jours, son travail ne lui avait pas laissé beaucoup de répit ; ses pensées non plus. Même en cet instant, alors qu’elle bénéficiait d’une accalmie, son esprit ne semblait pas vouloir la laisser en paix.

Ce fut donc avec un soupir d’infinie lassitude que la chirurgienne quitta sa table de consultation et raviva la flamme de la lanterne posée sur son bureau. Elle en ajusta la luminosité puis prit le premier dossier qui trônait sur son bureau. Les pas qu’elle avait entendu un peu plus tôt s’étaient éloigné depuis un moment.

- Au moins, ce n’est pas moi qu’on vient déranger, grommela-t-elle sans aucune pitié pour le collègue moins chanceux.

Quelques bribes de conversation lui parvenaient, morcelés, incompréhensibles. Elle les rangea dans un coin de son esprit et, très vite, n’y fit plus attention. Penchée sur son dossier, elle rédigeait les conclusions d’une précédente intervention. Anna avait en horreur ces formalités administratives mais, à son grand regret, étaient devenues indispensables pour le bon fonctionnement du centre de soin.

La jeune femme s’était remise à divaguer, la pointe de son stylo suspendu en l’air lorsque de nouveaux bruits de pas la tirèrent de ses pensées. Cette fois-ci, ils semblaient bien s’approcher de son bureau et, pour ce qu’elle pouvait en juger, comptait plus d’un individu. Anna fut parcourue d’un frisson comme elle rompait son immobilité et chassait les derrières traces de léthargie. Elle tendit son bras vers la droite et mit en fonctionnement le petit réchaud à gaz qui trainait là. Un récipient avec du thé y était déjà installé. A peine revenait-elle à son étude, faisant mine d’être perdue dans sa lecture, que les visiteurs firent irruption dans la pièce mal éclairée. Avec une lenteur calculée, la jeune femme leva les yeux de son dossier et se redressa. Son regard passa alors de la sentinelle qui lui était familière à un visage qui lui était tout aussi familier. Et si elle avait eu bien moins d’occasions de l’étudier, il restait gravé dans sa mémoire avec une précision spectaculaire. A ces souvenirs s’alliaient également un tas d’impressions et d’émotions dont la jeune femme n’avait pas su tirer de conclusion.

- Yvan Dimitrievitch Nekrasov.

Elle avait prononcé son nom avec lenteur, détachant chaque syllabe. Son regard n’avait pas quitté celui de l’artilleur. Ce dernier lui souriait, vraisemblablement content de la revoir et peu intimidé, apparemment, de l’escorte qui se tenait à ses côtés. Anna s’était retenue de justesse de froncer les sourcils et de laisser la perplexité gagner ses traits. Elle reporta son regard sur le garde de Polis et acquiesça.

- Et bien je ne pensais pas le revoir de sitôt mais je l’attendais, en effet.

Le ton était formel, sinon détaché. La chirurgienne s’était levée souplement, oubliant l’engourdissement qui la gagnait quelques minutes auparavant. Dans le mouvement, elle avait refermé le dossier sur lequel elle travaillait et était passée devant son bureau, s’y appuyant avec nonchalance. Comme elle croisait les bras sur sa poitrine, elle regarda tour à tour Yvan et le garde qui l’accompagnait. Au bout d’une seconde, elle finit par reprendre la parole.

- Je vous remercie, puis-je vous demander d’attendre à l’entrée du centre, au niveau du hall ? Il doit y avoir quelques formalités à terminer puis je le relèverai de votre service. J’en prend la responsabilité.

Comme le soldat semblait hésiter, elle n’esquissa pas le moindre geste. Les sourcils légèrement froncés, elle essayait de se montrer agacée, sinon pressée. La sentinelle finit par obtempérer, s’écartant d’Yvan puis la saluant avant de prendre congé. Comme la porte se refermait derrière lui, Anna attendit quelques secondes avant de pousser un soupir. Elle secouait légèrement la tête, l’air véritablement abasourdie.

- Bon sang, je ne m’attendais vraiment pas à te revoir ici et maintenant.

La jeune femme avait accentué les derniers mots, y ajoutant plus de méfiance qu’elle ne l’aurait voulu. Comme elle relevait la tête et croisait de nouveau le regard d’Yvan, elle finit par se fendre d’un sourire. La jeune femme s’esclaffa, décroisant les bras et les écartant dans un geste d’impuissance.

- Je peux savoir au juste comment et pourquoi tu viens rôder de nouveau dans mon secteur ?

Elle marquait une légère pause avant de reprendre avec sarcasme :

- Que je sache tu ne m’as pas l’air blessé, pas assez pour nécessiter mes compétences en tout cas.

Elle s’était redressée puis approchée jusqu’à se planter devant lui. Levant légèrement la tête, elle soutenait toujours son regard.

- Ou peut-être es-tu revenu pour un autre type de soin ?

Cette fois-ci, le sous-entendu était explicite. Penchant légèrement la tête de côté, Anna l’observait non sans amusement. Une lueur malicieuse dansait dans son regard tandis qu’elle se remémorait leur dernière entrevue.



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le Mer 24 Jan - 21:25
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Le regard de la chirurgienne passa de moi au garde plusieurs fois. Elle avait écarquillé les yeux, se demandant surement ce que je foutais là. Je baissais les yeux, respirant difficilement. Vu la sensation, je devais avoir plusieurs cotes fêlées, voir cassées. Mais surtout, je cogitais sur ce que j'allais bien pouvoir lui dire. Pourquoi être revenu, ce que je voulais ou pouvais attendre d'elle ? Ce nœud à l'estomac ne voulait décidément pas partir. Je repensais à la discussion avec l'autre enfoiré, me souvenant du pourquoi j'étais ici et comprenant que je ne pouvais pas en parler. Encore un truc à cacher, encore des mensonges à prononcer. Passerais-je donc ma vie à mentir ? Reste que Stepan avait tout de même trouvé la bonne poire à utiliser: moi. On m'avait dit être atteint de alexithymie quand j'étais jeune, soit la difficulté à identifier, exprimer ou différencier les émotions. J'ai donc appris à les singer, à copier mon environnement pour faire comme tout le monde. Mon père disait que c'était la meilleure chose à faire. Ce qu'il ne me disait pas à l'époque en tout cas. J'étais doué pour faire semblant, mais cela ne m'amusait pas, reste que j'avais compris rapidement l'importance d'être comme tout le monde...

Anya prononça mon nom, sa voix résonna à mes oreilles comme une chanson. Cela me fit sortir de ma réflexion sur ce que j'allais lui dire, me focalisant sur elle, ses yeux, ses lèvres... Elle remercia rapidement le garde pour qu'il nous laisse seul. Je décroisais mes bras, me redressant lentement du mur en grimaçant. Pas besoin de singer la douleur, ça venait naturellement. M'annonçant qu'elle s'attendait vraiment pas à me revoir ici. Donc, j'en déduisais que je tombais mal. Déjà, ça commençait mal... Quoiqu'elle se mit à sourire, décrispa les bras dans un signe d'abandon. Devais-je la remercier pour me faire confiance ou me moquer de sa naïveté ? Je n'en savais rien, mais je me sentais bizarre, j'avais envie de sourire. Surement car je la voyais de nouveau, mais surtout car elle semblait vraiment avoir confiance en moi. Pouvais-je vraiment nouer des liens ?

J'étais donc pas suffisamment blessé pour elle. Enfin pour ses compétences. S'avançant vers moi, se rapprochant beaucoup, me mettant quelque peu mal à l'aise. La dernière personne que j'ai autant approché... Du sang giclait. Le mien. Je donnais un coup de poing en guise de réponse. J'avais envie de la prendre dans mes bras. Un coup de barre à mine me coupa le souffle, m'écrasant sur le sol. Elle me demanda si je voulait un autre type de soin, petit sous entendu qui l'était presque trop pour moi... J'enfonçais ma lame dans le torse de l'autre... Je grimaçais, passant ma main sur mes cotes meurtries. Faisant alors le rapprochement avec son sous entendu.

"Vu mon état... Je dois pas être bien beau à voir. Quoique tu veux me revoir sur un lit juste couvert par un drap peut-être ?"

Je levais la main, passant mes doigts sur sa joue. J'avais envie de la toucher, le contact fut chaud, agréable. Sans la moindre douleur, sans aucune violence. Ma main retomba mollement. Je lui fis un timide sourire avant de glisser contre le mur encore une fois avant de soupirer.

"Ma vie vient de se compliquer... On m'a accusé de trahison sans raison. Enfin je crois que l'autre abruti espérait me faire chanter ou m'utiliser mais je n'ai pas voulu. Du coup, il a joué de son influence pour me foutre dans la merde. Pas de nouvelle chambre. Pu d'atelier pour mes explosifs. Retrait d'armes... Puis accusation de trahison. Dire que je brodais ça sans le moindre souci. Mentir... C'était plus simple que de comprendre les autres ou me comprendre moi-même. C'était triste, non ? J'ai tué un des gardes. Me suis battu avec l'autre ce qui explique mon état. Puis j'ai foutu le camp en emportant ce que je pouvais. Devenant, j'imagine, officiellement traitre à la Ligne Rouge... Je t'avoue ne pas connaitre grand monde hormis mes camarades communistes. Je crachais les derniers mots. Donc je suis venu à toi... Espérant que..."

Tu veuilles de moi. Mais ces mots ne sortirent jamais de ma bouche. Dire la vérité, dire ce que je ressentais, ce que je désirais, ça restait juste bloqué en moi. C'était frustrant. Pourquoi ne pouvais-je le dire ? J'arrivais à mentir à n'importe qui, même à elle. Mais je ne pouvais pas dire ce que je pensais. Enfin, j'avais été élevé ainsi. Mon père voulait que je cache ce que je pense, ce que je ressens. Laissé croire que je suis atteint de alexithymie et donc, qu'on ignore que je suis juste un psychopathe. Que je ne ressens rien, que j'ai juste envie de tuer pour me sentir vivant. Mais voulais-je juste tuer ? Elle par exemple, je ne sentais pas le désire incontrôlable de vouloir lui arracher la vie. Me rendait-elle plus faible ou plus humain ? Ou n'était-ce là qu'un caprice passager, un mensonge de plus ? Oui... Peut-être que je me mentais à moi-même. Je me redressais alors, plongeant mes yeux dans les siens. J'ignorais si j'arriverai à faire ce pourquoi j'étais là par obligation, mais je comptais au moins faire ce qui m'avait poussé par envie à revenir.

J'attrapais doucement son visage entre mes mains, la tirant à moi pour l'embrasser. Profitant de l'instant pour me vider la tête, pour oublier ma douleur. Ne ressentant que le contact de ses lèvres. Je reculais la tête, mes yeux toujours dans les siens.

"Désolé de passer à l'improviste du coup... Ou de venir ici alors que je suis potentiellement recherché ou suivis..."

Je regardais alors autour de moi. Un bureau... C'était donc ici qu'elle m'aurait emmené si l'autre n'était pas venu ? Ou elle avait prévu autre chose? Ce souvenir me fit cependant sourire. Me souvenant qu'à cette époque, j'avais ressenti des choses nouvelles, je m'étais senti... Différent. Et oui, je dis "cette époque", cela me semble si loin à présent. Pourtant j'ignorais exactement combien de jours s'étaient passés. J'avais trouvé une montre sur l'homme que j'avais tué, mais je n'avais pas prit le temps de la remonter pour la faire fonctionner.

"Sympa le bureau sinon. J'aurai bien voulu le voir plus tôt."



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le Mer 24 Jan - 22:10
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La réponse d’Yvan était tombée. Le jeu avait repris.

Elle restait là, le regard rivé dans le sien tout en lui décochant ce sourire laconique. Intérieurement, elle oscillait sur un fil, envoûtée par le vide qui s’ouvrait sous elle. Un instant, elle était tentée d’y plonger, de succomber à l’attrais de l’abime. Et puis sa conscience revenait à la charge, rétablissait l’équilibre et la poussait à franchir le gouffre. Le souffle suspendu aux lèvres d’Yvan, elle quêtait une réponse. Un élément qui puisse la rapprocher de la vérité, soulever le voile des émotions qu’il provoquait. Anna n’était pas femme de raison. En d’autres situations, sans doute, aurait-elle déjà succombé à ses pulsions. Elle aurait alors réduit la distance entre leurs corps, renoué avec ses désirs et, surtout, sans se soucier du reste. Il y avait pourtant cette part de conscience qui éveillait ce qu’on pouvait appeler sans doute chez elle sa raison. Quelque chose dans le tréfonds de l’âme qui lui dictait la circonspection, sinon la méfiance. Et le doute, aussi : n’avait-elle pas rêvé tout cela ?

Au moment même où la question effleurait son esprit, Yvan balayait l’incertitude d’un revers de la main, d’une caresse volatile, presque un frôlement. Et ce regard qui soutenait toujours le sien, indescriptible. Anna ne s’était jamais targuée de savoir lire dans l’esprit des gens, c’était un fait. En présence de l’artilleur, elle n’en était que plus troublée. Si ses mimiques ou ses paroles exprimaient une chose, il lui semblait que ses yeux et ses attitudes en entendaient une autre. Parfois, il lui semblait qu’ils jouaient, se tournaient autour et tentaient de l’emporter sur l’autre. Et puis, à d’autres moments, elle avait l’impression de percevoir une fissure dans le voile, un semblant de vérité. Troublée, la chirurgienne n’esquissa pas un geste, tout juste un sourire. Elle ne quittait toujours pas des yeux le déserteur de la Ligne Rouge, assimilant chaque parole, gravant chaque information dans sa formidable mémoire. Cette fois-ci, pourtant, il n’était pas question de les analyser ou de les décortiquer. Son esprit bouillonnait, incapable de se focaliser sur pareille tâche.

Un instant, la jeune femme fut tentée de répliquer, de se réfugier dans le réconfort du cynisme. Yvan ne lui en laissa pas le temps. Saisissant son visage entre ses mains, délicatement, ses lèvres vinrent clore les siennes. Il y avait comme un goût de sel et de sang, quelque chose d’âcre et d’ensorcelant. Alors seulement, avec une violence inouïe, elle fut ramenée à l’instant présent. Au moment même où une partie de l’incertitude volait en éclat, une multitude de doutes reprenaient le relais. Les paroles d’Yvan résonnaient encore dans son esprit, lourdes de sens. Comme il reculait puis jetait un regard aux alentours, elle se détacha de lui en secouant légèrement la tête. Après l’avoir embrassé, voilà qu’il se réfugiait derrière ses tentatives d’humour. Le jeu reprenait. La chirurgienne avait détourné le regard pour le fixer vers le bureau. Un sourire désabusé étirait ses lèvres. D’un mouvement du bras, elle lui désigna la table de soin sur laquelle elle était allongé quelques minutes plus tôt.

- Contente-toi de t’asseoir là pour le moment, veux-tu.

Le ton était péremptoire, ne laissant aucune place à la protestation. La jeune femme se détournait déjà, occupée à régler la lampe pour qu’elle puisse éclairer davantage. Elle la rapprocha et la posa sur une desserte près de la table où s’était assis l’artilleur. Sans plus de manière, elle apposa ses mains au niveau des côtes. Outre les grimaces du jeune homme, elle n’avait pu manquer son souffle erratique, ni ses bizarres corrosions. Avec une légèreté empreinte de précaution, elle palpa la zone qui semblait endommagée puis recula. Pendant toute la durée de l’examen, elle ne ressentit rien de la tension qui l’animait lorsqu’elle se trouvait aussi près de lui. Anna avait rendossé son rôle de médecin.

- T’es salement amoché mais je n’ai pas l’impression que tu aies besoin de soins immédiats. Tu as besoin de repos et d’un bon repas avant tout.

Alors qu’elle prononçait son diagnostic, tout aussi foireux soit-il, elle se sentit envahi d’un profond sentiment de détresse. Rien ne l’avait préparé à pareille situation. Comme elle sentait une nouvelle fois l’abîme s’ouvrir sous elle, elle se ressaisit et serra les bras sur sa poitrine. Le mouvement eu au moins pour effet de dissimuler le tremblement de ses mains. Son esprit tournait désormais à plein régime, analysant toutes les alternatives qui s’offraient à elle. Comme elle jetait un regard en biais à Yvan, devinant son inquiétude, elle finit par se redresser. Les yeux plissés, la lèvre supérieure retroussée en une moue décidée, elle finit par reprendre la parole.

- Je vais voir ce que je peux faire, parler aux Brahmanes de ton cas.

Il ne devait pas être le premier transfuge que Polis accueillait non ? Aussi loin qu’elle puisse s’en souvenir, Anna avait bien entendu parler de cas similaires. Elle n’avait jamais su cependant tous les tenants de tels histoires et ignorait véritablement comment s’y prendre.

- D’ici-là, je me porte garante de toi. Je dois encore te faire rentrer dans la boucle, ça devrait pouvoir nous faire gagner du temps.

Son regard furetait dans tous les recoins, évitant soigneusement celui d’Yvan. Elle se dirigea vers son bureau, ouvrit un tiroir et en tira le dossier de l’artilleur. Ce dernier ne s’était pas véritablement rempli depuis la dernière fois. Elle y ajouta une feuille de soin dont elle remplit les principales informations puis le referma d’un coup. Elle se redressa alors et jeta enfin un coup d’œil à Yvan. Comme elle réalisait l’étrangeté de son propre comportement, elle secoua la tête en signe d’excuse.

- Reste-là, je transmets le dossier et congédie le soldat qui t’a emmené ici. Allonge-toi si tu veux. Ne bouge pas d'ici s’il te plait.

Elle avait lancé ses instructions contradictoires tout en quittant la pièce, lui jetant à peine un regard. D’un pas pressé, elle rejoignit le hall où elle trouva le soldat. Elle lui présenta alors le dossier et lui transmit les instructions concernant l’entrée en soin d’Yvan. Ce dernier acquiesça puis la salua sans lui demander plus d’informations. Elle repartit aussitôt en direction de son bureau, priant pour ne croiser aucun collègue en chemin.

L’avantage avec les soldats, songea-t-elle, c’est que si l’on emploie le bon ton, ils obéissent sans poser de question.

Comme la pensée étirait un sourire sur ses lèvres, elle songeait à Yvan en espérant que celui-ci obéissait également à la règle.



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le Sam 3 Fév - 20:37
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Elle avait accepté mes lèvres et y avait répondu. Comme la dernière fois. Je ne comprenais toujours pas trop ce qui m'intriguais et me plaisais chez elle. Mais je savais que c'était là, pas besoin de le comprendre. C'était nouveau, désagréable car inconnu et déroutant mais malgré tout: plaisant. Anya m'indiqua le bureau et m'ordonna presque de m'y assoir. Ce que je fis donc dans un soupire, affichant un sourire. Mon regard lui détailla la pièce, cherchant des choses en particuliers: des armes, des appareils pouvant enregistrer ce qu'on dit ou nous voir. Ce n'était pas de la parano, juste... Une analyse approfondie des lieux. Connaitre son environnement. En prime elle bougeait la lampe pour mieux y voir, ce qui m'arrangeait également. Enfin, ce qu'elle éclaira me permit de voir de la paperasse, rien de bien incroyable. Mais rien de dangereux. Pourquoi étais-je méfiant d'ailleurs ? L'habitude, probablement. Reste que la luminosité ainsi mise sur moi, je distinguais moins bien Anna, ce qui était un peu dommage. Mais bon, elle faisait son boulot, je n'allais pas lui en vouloir de vouloir prendre soin de moi.

Elle appuya sur mes cotes, me faisant grimacer. Anya n'y allait pas doucement. Sûr qu'elle y prenait un malin plaisir. Elle conclu l'examen en disant que j'avais surtout besoin de repos et d'un repas. Hochant la tête pour confirmer, j'avais la dalle, comme après chaque blessure... Je la regardais alors serrer ses bras sur sa poitrine, quelque chose dans son regard me disait qu'elle avait un problème ou que quelque chose la perturbait. Mais... Quoi ? Elle se redressa, apparemment décidée. Me disant alors qu'elle allait voir ce qu'elle pouvait faire et parler de moi aux Brahmanes. C'était qui ou quoi ? Aucune idée. Enchainant en disant qu'elle se portait garante pour moi et qu'entrer dans la boucle nous ferait gagner du temps. Alors... Du temps pour quoi ? Entrer dans quelle boucle ? Tout me semblait compliqué d'un coup. Elle regardait ici et là, évitant semble-t-il de me regarder. Elle fouilla dans son bureau pour en sortir un dossier. Me demandant bien ce qu'elle comptait faire et si j'allais avoir des explications.

Anya comptait transmettre le dossier et congédier le garde. Me demandant, enfin c'était plutôt un ordre: d'attendre ici. M'avait même proposé de m'allonger. Elle sortait déjà de la pièce, refermant la porte. Je l'avais regardé faire ses aller-retours sans rien dire.

"D'accord, faisons ça. Je vais donc... M'allonger et attendre. C'pas comme si j'avais le choix hein ?"

Je soupirais et me dirigeais vers ce qui semblait être une petite table, soit pour les opérations rapides ou ce qui semblait être un lit pour les patients lors des consultations. Je me laissais tomber en arrière pour me coucher. Fixant le plafond. Ma main glissant sur mes cotes meurtries, putain elle m'avait fait mal en m'examinant en fait. Le processus de cicatrisation ne s'était pas encore déclenché sinon, je ne sentais pas mon cerveau en ébullition. Pas encore. Si je faisais une sieste, à mon réveil ça allait encore être un beau bordel. Je roulais sur le coté en grimaçant, repensant à ce qui m'avait amené ici... J'étais dans une situation de merde, avouons le. Pouvais-je doubler Stepan ? Qu'avais-je à y gagner de bosser pour lui ? La reconnaissance du communisme ? Une belle situation ? Juste pour le moment, aller dans son sens m'éviterai les problèmes, enfin: pas de tueurs à mes trousses. Et comment j'allais contacter ce connard ?

Je me laissais glisser du meuble pour me mettre debout. Décidé à fouiller un peu l'endroit pour m'occuper. J'ouvrais le tiroir du bureau pour voir pas mal de paperasses... Rien d'intéressant. Par contre, il y avait la bouteille que j'avais trouvé et qu'elle avait donc gardé. J'esquissais un sourire en la prenant. La levant pour l'observer à la lumière avant de l'ouvrir.

"A nos retrouvailles. Aussi bordéliques soient-elles."

Je buvais alors une longue gorgée pour reposer enfin la bouteille. C'était fort, ça réveillait mes papilles et ma gorge. Me brulant les entrailles pour me réchauffer, me rendre une certaine constance. Bon. Je devais me rapprocher d'elle, obtenir la confiance de Polis, collecter des informations. J'imagine que Stepan ne serait pas contre quelques trucs technologiques. Je devais donc commencer par ça. Il y avait une horloge dans la pièce, je l'observais, regardant les aiguilles danser jusqu'à être hypnotisé. Par chance, j'avais tué récemment, j'avais les idées claires, j'étais incroyablement calme. La situation aussi merdique soit-elle ne m'inquiétait pas. Je ressentais mieux les choses, comme si mon instinct savait quoi faire. Machinalement, je sorti la montre à gousset de ma poche, poussant le remontoir pour régler l'heure et la relancer. On disait bien qu'il ni avait que Polis pour être à l'heure non ? Et bien autant l'être aussi.

"Voilà bien un truc rare: j'aime pas l'idée d'être seul, là tout de suite..."

C'était vrai. Autant d'habitude je n'aimais pas la compagnie autant là... Elle me manquait déjà. J'avais pas mal de trucs en tête et en parler aurait été bien. Sauf que je ne le pouvais pas. J'entrepris donc d'ouvrir une armoire, de fouiller à la recherche d'un truc intéressant, une anecdote sur les gouts de Anna. Quelque chose qui m'en apprendrait plus sur elle et sa vie. C'est alors que la porte de la pièce s'ouvrit, me laissant dans une situation... Forte inconfortable, après tout, j'étais en train de fouiller le bureau.

"Tu noteras que j'suis pas parti. Mais... Je suis curieux de nature. Un peu calmée toi sinon ?"




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le Dim 4 Fév - 23:00
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Anna n’avait pas vraiment su à quoi s’attendre en débouchant dans son bureau. A dire vrai, elle n’avait absolument aucune idée de ce qu’elle devrait faire une fois de nouveau auprès d’Yvan. Elle sentait la situation lui échapper, filant entre ses mains. C’était une situation particulièrement désagréable. Et plutôt rare en soit, devait-elle admettre. Fermant la porte de son office derrière elle, elle se plaqua contre celle-ci tandis qu’elle observait Yvan fouiller dans ses affaires. Ce dernier avait même réussi à dénicher la bouteille de vodka qu’il lui avait offert lors de leur dernière rencontre. Elle ne put s’empêcher de sourire, effaçant la contrariété qui tirait ses traits quelques instants plus tôt.

- Tu cherchais quoi au juste ? lança-t-elle avec un sourire.

Elle haussait alors les épaules, modérément intéressée par la réponse. Yvan ne trouverait rien de véritablement compromettant dans cet office. D’une part, les mesures de confidentialité et de sécurité de Polis y veillaient scrupuleusement et d’autre part parce que la chirurgienne avait jusqu’ici soigneusement évité de rentrer dans les affaires trop délicates des Brahmanes. Passant une main sur son visage, l’air véritablement épuisé, elle laissa sa tête retomber en arrière et s’appuyer contre la porte.

- Calmée hein ?

De la colère sourdait dans sa voix.

- Bon sang, Yvan, j’ai pas vraiment besoin de te rappeler la catastrophe qu’on a réussi à éviter la dernière fois que t'es reparti de Polis ?

Elle inspira longuement, refoulant la frustration qui s’emparait d’elle.

- Anciens camarades, rajouta-t-elle à mi-voix.

La jeune femme passa une nouvelle fois la main devant ses yeux, saisissant ses tempes entre ses doigts. Avec un soupir, elle finit par passer la main dans ses cheveux et les rejeter en arrière. Elle ne se souvenait plus vraiment de la dernière fois qu’elle les avait coiffés. Ces derniers formaient une masse sauvage qui descendait jusqu’à la naissance de sa nuque.

- J’suis sensée faire quoi moi ? lâcha-t-elle d’une voix éraillée, les yeux fermés.

Anna ne se souvenait pas de la dernière fois qu’elle s’était sentie ainsi prise au dépourvu. La situation lui échappait complètement et elle n’appréciait pas spécialement l’ironie de celle-ci. Avec un soupir, elle rouvrit les yeux et fit un effort pour refouler la tension qui l’avait gagnée.

- Manger, ça m’a l’air d’une bonne idée. T’as faim non ?

Elle jeta un coup d’œil circulaire, à la recherche de quelque chose. La chirurgienne se décolla alors de la porte et saisit le sac posé dans le coin le plus proche de la pièce. Elle se mit à fouiller dedans, sortant divers objets.

- T’as déjà trouvé de quoi boire et j’ai toujours de quoi grignoter là-dedans…ah !

Elle brandissait, non sans une certaine fierté, une boite de conserve tirée d’une vieille ration de combat ainsi qu’un paquet soigneusement enveloppé de tissu. Ce dernier contenait de vieux biscuits rassis qu’elle avait acheté à V.A.R avant de revenir ici. Elle jeta un regard critique à la ration de combat dont le titre n’était pas très alléchant.

- J’espère que t’es pas trop difficile en matière de nourriture, lança-t-elle tandis qu’elle s’approchait de son bureau et de lui.

Elle lui jeta un rapide coup d’œil et passa de l’autre côté du bureau, l’évitant soigneusement. Elle ouvrit un tiroir et en sortit un réchaud à gaz, véritable pépite dans ce coin du métro. La jeune femme le posa sur le bureau non sans fierté et l’alluma avant d’y déposer la ration de combat. Elle se redressa alors et croisa véritablement le regard d’Yvan pour la première fois qu’elle était revenue. Marquant une légère pause, elle finit par sourire. Lentement, elle se pencha en avant sans le quitter des yeux puis, d’un mouvement rapide, saisit la bouteille qui se trouvait près de lui. Elle la déboucha d’un coup sec et porta aussitôt le goulot à ses lèvres. Elle y but deux longues gorgées puis tendit la bouteille à l’artilleur.

- A ta santé, que cette nouvelle vie à Polis s’avère fructueuse et prometteuse !



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le Dim 4 Fév - 23:44
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Petit, je me souviens que mon père aimait dire que les femmes pouvaient être incroyablement douces... Mais par exemple, on donnait des noms de femmes aux tornades et aux tempêtes. Pourquoi avais-je demandé ? Mon père m'avait dit: quand tu verras une femme irritée ou en colère, tu comprendras. C'est ce qui m'étais revenu à l'esprit en voyant Anna me parler sèchement et posant pas mal de questions. Apparemment, avoir demandé si elle s'était calmée, n'avait eut comme résultat que de l'énervée encore plus. Me disant qu'il était inutile de me rappeler de la catastrophe qu'on avait évité à mon départ de Polis. J'étais pas trop de cet avis. Si je l'avais vraiment voulu, j'aurai été capable de récupérer l'arme d'un des gardes, les tuer puis m'occuper de cet enfoiré de Stepan. D'accord, ça aurait foutu le bordel, on m'aurait enfermé et surement fait disparaitre les corps. Mais ça en serait resté là. Sauf si Polis se serait senti obligé d'en avertir la Ligne Rouge, ce qui aurait été... Stupide.

Oui, tout régler par le meurtre, c'était ma façon de faire. Et jusqu'à maintenant, ça semblait plutôt bien fonctionner. Bon, j'assouvissais mes pulsions ainsi, attendant, espérant une fusillade pour pouvoir tuer en toute impunité. Même si ce que je voulais, c'était attraper ma cible, la séquestrer... La torturer... Et enfin lui ôter la vie avec ma lame. Pouvoir sentir son cœur qui s'arrête, entendre son dernier souffle. Mes yeux dans les siens.

Anya me sorti de mon fantasme en me demandant ce qu'elle était censée faire. Rester calme pour commencer ? Enfin, c'est fait, on en est là. Inutile de stresser. Autant relativiser: on était de nouveau ensemble et pour un temps au moins, personne ne viendrait me chercher. Profiter de l'instant, non ? Elle proposa de manger, me demandant si j'avais faim. Je lui répondis d'un signe de tête, sentant bien que mon estomac me démangeait.

Alors qu'elle brandissait une ration et un paquet de biscuit, je m'adossais au mur pour l'observer. Essayer de la comprendre... En étais-je seulement capable ?

"Je cherchais rien de spécial. Juste... Des trucs m'en disant plus sur toi. T'as vu mon dossier médical, tu sais des trucs sur moi. Moi... Qu'est-ce que je sais sur toi ?"

C'était vrai. Avait-elle une famille ? Un frère ? Des enfants ? Moi, je n'avais plus rien. Mon père était mort... Depuis, je n'avais réussi à tisser aucun lien. Une fois, un truc ressemblant à de l'amitié, une femme: Sasha. Enfin on s'était surtout allié pour survivre. De là à dire qu'on avait tisser des liens. N'abusons pas. Anya disait qu'elle espérait que je n'étais pas difficile, ce qui m'arracha un rictus.

"J'ai mangé des rats durant toute mon enfance... Même un mutant une fois."

Il y avait du vrai mais pas entièrement. J'avais gouté un mutant que j'avais tué, par curiosité. Mais de là à le manger... Quand même. Par contre du rat grillé ou en ragout, ça oui, c'était arrivé souvent. Et n'allez pas croire: c'est pas si mauvais que ça. Un truc bon aussi, c'était les vers de terre grillés, mais je ne me voyais pas trop lui parler de ça là tout de suite. Elle évita soigneusement de m'approcher, de me regarder. J'avais refermé l'armoire, l'observant en silence. Elle sortait un réchaud, pleine de surprise dis donc. L'allumant pour y poser la ration. Elle prit la bouteille et bu longuement, surement pour se redonner contenance. Elle me semblait à fleur de peau... Que pouvais-je faire pour l'aider ? En temps normal, un coup de couteau ou une balle dans la tête résolvait mes soucis, mais là... Non j'en avais pas spécialement envie. Elle me tendit la bouteille, disant à ma santé et ma nouvelle vie à Polis. Je lui pris des mains en souriant, buvant une longue gorgée. Soupirant de satisfaction.

"Comme je l'ai déjà dis... Mais tu n'étais pas là. A nos retrouvailles. Aussi bordéliques soient-elles."

Je reposais la bouteille, m’asseyant à coté du bureau pour regarder la ration chauffer. Fouillant machinalement dans les poches de ma veste à la recherche d'un truc utile. Veste appartenant au type que j'avais tué. Du coup, j'avais aucune idée de son contenu. Un paquet de clopes, un briquet et des champignons dans un sachet... Rien d'intéressant. Je balançais ça sur la table, plutôt déçu.

"Ce que tu es censée faire donc ? Te calmer. Si jamais on veut pas de moi ici, je disparaitrais. Tuer quelques gaillards, faire exploser des trucs, c'est mon domaine. Je pourrai toujours devenir mercenaire ici ou là. Y a pas de raison de t'en faire... Relativise. On est les deux, devant un bon repas. Je pense que la situation pourrait être pire."

Ma voix était calme, presque monotone. Mes yeux obnubilés par la flamme du réchaud. Je les portais alors sur elle, voir comment elle allait. Il parait qu'un contact physique pouvait apaiser les gens, ce qu'on appelait... Un câlin ? Devais-je la prendre dans mes bras ? Lui tapoter l'épaule ? Elle pouvait pas simplement inspirer un bon coup et se détendre ? Est-ce que j'étais dans tous mes états, moi ? On m'avait jeté de chez moi, accusé de trahison. J'avais tué des gardes, été blessé et revenu ici. Et quoi ? Je paniquais ? Bon d'accord, la vérité était un peu différente, mais le résultat était pire en fait... Je devais collecter des informations sous peine de me faire rechercher et tuer. Pire encore, Stepan avait la clé mon local d'explosif... S'il fouillait là bas, trouvait des cadavres de rats et de mutants... Qu'allait-il faire de telles informations ? Penserait-il que je suis barge et qu'il vaut mieux annuler le plan et m'éliminer ?

En vrai, n'importe qui pouvait être ici dans le seul but de s'assurer de ma fidélité à la Ligne Rouge. Et les autres voulaient savoir si j'étais bien un traitre qu'ils pouvaient accepter chez eux. C'était plutôt moi qui devrait dire: je suis supposé faire quoi, putain ? Je posais alors ma main sur l'épaule de la chirurgienne. Lui faisant un léger sourire, lui tendant la bouteille au passage. Me disant qu'elle voulait surement un peu d'attention ou de réconfort. Ou pas, mais comment le deviner ?

"T'en fais pas, tout va bien se passer... Je crois."




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le Lun 5 Fév - 20:09
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Quelque part, au fond d’elle-même, quelque chose se fissurait. Avec un maigre sourire, la jeune femme releva la tête et plongea son regard dans celui d’Yvan. Sa main vint se placer sur la sienne, doucement. Les paroles se voulaient réconfortantes, apaisantes pourtant elle n’en ressentait qu’une profonde amertume. Anna n’avait plus la naïveté de croire que les choses se passeraient bien. Dans son sillage, rien ne se passait véritablement bien. Au mieux, elle pouvait faire en sorte qu’elles se passent comme elle le souhaitait, comme elle le prévoyait. Mais de cela, évidemment, elle n’en dit rien. Et si son sourire n’exprimait aucun espoir, son regard n’acceptait pas la défaite pour autant. D’un signe de la tête, elle acquiesça tandis qu’elle laissait retomber la main d’Yvan de son épaule. Elle la saisit ensuite entre ses deux mains et la serra doucement, soutenant toujours le regard du déserteur.

- J’suis contente que tu sois là en tout cas...

Sa voix mourut dans un soupir, simulacre d’un rire. Les mots résonnaient étrangement à son oreille, comme dénués de sens. Le regard qu’elle lui adressait, pourtant, exprimait toutes les émotions qui l’avaient traversée depuis qu’il avait débarqué dans son bureau. La surprise se confondait à la perplexité, la colère à la joie. Anna ne savait plus vraiment où elle en était. Les lèvres entrouvertes, les sourcils légèrement froncés, elle s’apprêtait à dire quelque chose lorsqu’un léger sifflement se fit entendre. Elle détourna alors le regard et lâcha la main d’Yvan. Comme elle se penchait sur le bureau, elle éteignit le réchaud puis attrapa la ration après s’être protégée les mains d’un morceau de tissu. Elle la posa directement sur le bureau et l’ouvrit complètement.

- Assied-toi. Mange, lâcha-t-elle par-dessus son épaule tandis qu’elle déposait une fourchette de fortune qu’elle venait de tirer d’un tiroir.

Les dents de celle-ci étaient complètement tordues. La chirurgienne ignorait d’où elle la tenait. Elle se souvenait juste qu’elle avait toujours été dans ce tiroir. Elle tira la chaise du bureau et, d’un mouvement de la main, invita Yvan à s’y asseoir. Comme celui-ci s’exécutait, elle battit en retraite, prenant au passage la bouteille de vodka en lançant un vague "je garde ça pour moi". Elle s’assit ensuite la table de soin, à l’endroit où c’était trouvé Yvan quelques minutes plus tôt. Elle porta la bouteille à ses lèvres et but de nouvelles gorgées, balançant ses pieds dans le vide.

- Ton dossier disait pas grand-chose sur toi, tu sais, lança-t-elle en termes de préambule, mais si tu veux savoir des trucs sur moi tu peux me demander aussi.

Elle reposait la bouteille à ses côtés et haussait les épaules, un sourire dansant sur les lèvres. Elle leva un doigt et pencha la tête légèrement de côté.

- Et avant que tu commences à baliser, ne t’inquiète pas je ne cache pas de fiancé ou de mari dans un placard, elle marqua une pause et fit une moue amusée, à la rigueur, la seule personne que tu pourrais craindre c’est mon frère. Il est du genre assez protecteur et pas très commode quand on s’en prend à sa sœur.



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le Dim 4 Mar - 14:13
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Je piochais dans la ration avec ma fourchette qui devait en avoir vu des choses défilées dans sa vie. Les dents tordues, elle était peut-être plus vieille que moi, quoique, c'était surement le cas. On ne fabriquait plus grand chose, on récupérait et remettait en état surtout. Soufflant sur la bouffe chaude, j'observais du coin de l’œil Anna qui était assise sur la table de soin, balançant ses pieds dans le vide. Elle avait dit être contente de me voir, ce que j'estimais être vrai même si elle en était un peu stressée. Ce qui devait être normal, je suppose. Avalant une portion de nourriture, je me demandais machinalement ce qu'on pouvait lire dans mon dossier médical... Plusieurs blessures, une cicatrisation anormalement rapide mais quoi d'autre? Quelqu'un avait-il prit le temps de dresser un portrait psychologique? J'espérais que non. Enfin si c'était le cas et que Anna l'avait lu, elle n'agirait surement pas ainsi avec moi.

Elle disait donc ne pas cacher de fiancé ni de mari dans un placard, ce qui me fit sourire alors que ma fourchette plongeait de nouveau pour chercher de quoi me sustenter. J'avoue que je m'étais posé la question: une chirurgienne, une personne importante, plutôt jolie et avec un corps agréable à voir, cela m'avait intrigué... Je pensais qu'on lui aurait trouvé un mari, s'assurer qu'elle reste ici à Polis, qu'on lui donne une raison de plus pour s'investir. Ou qu'un mec lui aurait déjà mit le grappin dessus comme on dit. Travaillait-elle trop ou avait-elle un caractère difficile? Mais elle ajouta une réponse: un frère un peu trop protecteur. Peu commode quand on s'en prend à elle. Je fis tourner la fourchette entre mes doigts, observant le petit bout de viande planté au bout.

"Et on s'en prend souvent à toi ? Il vérifie sous les draps ou sous le lit ou encore dans le placard tous les jours que personne ne t'a... Agressé ?"

J'avais employé un ton faussement ironique, appuyant bien sur le dernier mot. Espérant que cela aurait un effet comique. De ce que je connaissais de Polis, ou ce qu'on m'en avait dit: c'étaient tous des poltrons tournés vers l'intellect, les sciences et la soif de connaissance. J'avais du mal à imaginer des vrais soldats ici et encore moins des tensions comme des crimes ou des violes. Même si bon, je m'en doutais un peu: ici ou la Ligne Rouge, l'humanité fout toujours un peu le bordel. C'est dans notre nature... On en serait pas à vivre sous terre, la surface couverte de radiation sinon.

"Tu compte manger uniquement liquide ? J'espère t'as pas une opération de prévu après... Je voudrais pas être le pauvre bougre qui va se faire charcuter par une nana à moitié ivre..."

J'avalais un autre morceau, mâchant tranquillement pour ne pas me bruler ni m'étouffer. A quoi allait ressembler ma vie à présent ? Jouer les agents doubles... Me trouver une utilité à Polis pour me fondre dans la masse... Préparer une attaque en douce sur les rouges, pour en tuer un maximum et me venger de n'être qu'un pion, qu'une merde à leurs yeux. Tant de projets et rien de concret à faire dans l'immédiat... Je poussais un soupire. Je devrais déjà m'intégrer dans cet endroit, apprendre à connaitre les gens, la mentalité, me rendre utile ou du moins, qu'on me fasse un minimum confiance. Ce qui, avouons le, était loin d'être gagné. Lançant un regard à Anna, me demandant bien à quoi elle pouvait penser en me regardant manger.

"A quoi tu penses ?"

Une question que mon paternel m'avait posé si souvent... Il avait fait tellement d'effort pour essayer de me comprendre, de m'aider. Y était-il arrivé ? Surement un peu: je n'avais pas tué en masse, cachant au monde mes pulsions. Il m'avait enseigné les bases: me faire discret, gagner la confiance d'une ou deux personnes, rester calme et envisager toutes les possibilités afin de rester en vie. De ne pas se faire prendre.

"Si tu me sors à ton frère en train de me casser la gueule car je suis trop proche de toi... Saches juste que c'est marrant, mais un peu sadique voir bizarre. J'avais levé le doigt en disant ça, affichant un sourire. Plus sérieusement, comment ça marche à Polis ? Y a des trucs que je dois éviter de dire ou faire ?"



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le Dim 18 Mar - 11:36
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Un sourire flottait sur ses lèvres. Le regard perdu devant elle, elle finit par incliner légèrement la tête de côté.

- J’suis du genre pas facile à vivre alors j’imagine que plus d’un ait déjà rêvé de m’en coller une, avançant légèrement la mâchoire, elle prit un air de défi, mais disons que j’me défends bien quand il s’agit de remettre quelqu’un à sa place à coup de mandales.

Anna n’avait rien d’une combattante. Elle savait tout juste utiliser et entretenir son pistolet automatique, présent de son père. La jeune femme n’avait jamais été une excellente tireuse. En revanche, depuis que son frère l’avait pris sous sa protection, elle avait appris une de redoutables techniques dès lors qu’il s’agissait de combat rapprochait. Anna compensait son manque de force par une agilité surprenante et, surtout, une agressivité remarquable. Si l’on ajoutait à cela une bonne connaissance de l’anatomie humaine et une bonne dose de roublardise, la jeune femme constituait un adversaire auquel il ne valait mieux pas se frotter.


- Non j’ai mangé ya pas longtemps en fait, ajouta-t-elle avec une moue.

Levant une main, elle l’observa une seconde puis lui désigna la bouteille avant de poursuivre avec sarcasme :

- J’men sers autant pour désinfecter les plaies et les outils que pour empêcher mes mains de trembler.

Elle lui glissa un sourire puis se tût. La suite des questions d’Yvan la laissa dubitative, trahissant les hésitations qui l’assaillaient depuis qu’il avait débarqué dans son bureau. Les yeux plissés, le visage fermé, elle continuait d’observer le mur décrépi face à elle. Par moments, les muscles de sa mâchoire jouaient sous la peau et lui conféraient des airs tragiques. A d’autres, elle semblait simplement épuisée, les ombres creusant davantage ses traits. Au bout d’un moment, elle poussa un lourd soupir et rompit son immobilité. Lentement, elle se laissa glisser de la table de soin. Ses pieds effleurèrent le sol sans un bruit. Elle se redressa, s’étirant légèrement puis se mit à parcourir le peu d’espace qu’offrait la pièce. Si ses airs ombres ne suffisaient pas à retranscrire ses émotions, sa démarche suffisait à elle seule pour trahir sa tension.

- Je sais pas justement Yvan. J’ai toujours grandi au sein de Polis, quoiqu’en dise, je ne l’ai quitté que rarement. J’ignore ce qu’on a pu te dire de « la cité des lumières », ce que tu connais de notre fonctionnement. J’ai vu pas mal de choses en 30 ans d’existence mais je n’ai jamais eu à prendre en charge un transfuge en recherche d’exil.

Sur les derniers mots, elle s’était tournée vers lui avec un sourire bancal puis avait haussé les épaules. Un soupir effaça les dernières traces d’humour de son expression. La jeune femme passa une main dans ses cheveux avant de poursuivre.

- Nous sommes divisés en caste. Quatre en tout mais les deux plus puissantes sont les Brahmanes, hommes de sciences, et les Militaires regroupant toutes les forces combattantes au service de Polis. La fonction que nous jouons dans la faction définit notre caste et nous en portons la marque. Je suis Brahmane, elle lui désigna le tatouage à la naissance de son cou, et techniquement tu devrais être un Militaire. Actuellement ce sont les deux castes qui se disputent activement le pouvoir, autant dire que les relations ne sont pas forcément des plus cordiales…ce qui ne simplifie clairement pas la situation actuelle.

Nouveau soupir. Elle ferma les yeux une seconde.

- Une Brahmane qui accueille et prend sous sa protection un potentiel Militaire, ça ne va pas forcément créer des émules…

Comme elle énonçait tout haut la source de ses doutes, elle entrevit une alternative. Elle grimaça. L’idée lui laissait un goût amer.

- A moins que mon frère puisse appuyer ton cas, il est Stalker et relativement respecté parmi les Militaires.

Cette fois-ci elle se tourna complètement vers l’artilleur. Pendant ses explications, elle n’avait cessé de déambuler dans la pièce. Ses pas venaient de l’arrêter devant le bureau, face à Yvan. Elle l’observa un moment, un sourire en coin. Posant ses mains sur le bureau, elle s’y appuya de manière à se pencher en avant.

- Et c’est là où la situation devient clairement moins plaisante pour toi mais…

Levant une main, elle l’approcha de son visage puis effleura, du bout des doigts, l’angle de sa mâchoire. Le contact, aussi léger fut-il, lui semblait à la fois violent et insuffisant. Il réinstaurait cette électricité qui n’avait cessé de les troubler tous deux.

- On aura bien le temps d’y penser plus tard, murmura-t-elle sans le quitter des yeux.



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le Lun 2 Avr - 13:42
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Terminant de manger la ration, y allant doucement car c'était chaud et la fourchette tordue n'aidait pas forcément, j'écoutais attentivement Anna, même si celle-ci racontait des âneries pour détendre l'atmosphère. Ou peut-être que c'était sérieux ? Elle disait avoir un sale caractère et que plus d'un avait surement voulu la faire taire. Mais qu'elle savait se défendre. Pour moi, tout survivant du métro se devait de savoir se défendre, s'il espérait rester en vie. Savoir manier une arme, savoir se cacher et si on est trop poltron pour ça, savoir manipuler ceux qui pourront se charger de notre sécurité. On ne pouvait pas se permettre de ne rien savoir faire, on devait survivre: être capable de se nourrir, de nous défendre. Ou alors cette vision était propre à la Ligne Rouge ? Ou à mon éducation ?

Elle avait donc déjà mangé, ça expliquait sa préférence pour la bouteille. Haussant les épaules, j'avalais une autre portion de nourriture, sentant la chaleur couler en moi, me faisant frissonner de plaisir et jubiler mon estomac. L'alcool lui servait autant à nettoyer ses ustensiles qu'à éviter que ses mais ne tremblent, pourquoi pas. Elle sembla ensuite perdu dans ses pensées, réfléchissant surement à quoi faire de moi. Je me doutais que rien de tout ceci ne serait simple. Rien ne l'était jamais de toute façon. Elle semblait de nouveau tendue et fatiguée. Moi, je me contentais de finir mon repas, c'était le dernier coup de fourchette. C'était bien, jusque là j'avais tourné mon attention sur la bouffe, m'évitant ainsi de cogiter, de me demander ce qu'il se passerait. Je devais me faire accepter ici, à Polis, sans oublier que je devrais rendre des comptes à l'autre salopard. J'étais pieds et poings liés. Mais je comptais bien trouver une échappatoire pour m'en sortir. Pensant machinalement à des stations de la LR, me souvenant de points stratégiques... Tout faire exploser ? Quoique, c'était peut-être un peu extrême, non ?

Anna me ramena à la réalité en disant qu'elle ignorait comment tout ceci allait évoluer, qu'elle avait toujours vécut ici et n'avait jamais trop vu d'exiler venir et être accepté. Me demandant aussi ce que je savais de Polis: pas grand chose... Elle me parla ensuite des différentes castes, surtout des deux principales: les militaires et les brahmanes. Qu'elle faisait partie des brahmanes et que techniquement moi, je serai chez les militaires hors les tensions entre les deux castes n'aideraient pas. Une brahmane qui veut intégrer un inconnu à Polis et chez les militaires... Oui, ça risquait surement de faire grincer pas mal de dents. Soulignant alors que son frère, étant un stalker et apprécié des militaires, pourrait s'avérer utile.

Sa main effleura mon visage, le contact était doux mais presque distant. N'osait-elle pas ou voulait-elle prendre un peu de recul ? Elle termina en disant qu'on aurait le temps d'y penser plus tard. J'avais en effet quelques idées sur le sujet. Je pourrais peut-être postuler comme brahmane, après tout, j'avais des compétences et connaissances en mécanique et en explosif. Je pourrai donc me proposer pour travailler comme mécanicien à Polis, mettre de coté ma formation militaire. J'avais un peu peur que ce manque d'action risquerait de m'apporter plus de frustration, plus d'envie de meurtre. Mais, j'arriverai bien à combler ça, non ?

J'attrapais la main de Anna, la collant à ma joue. Lui faisant un sourire tout en la regardant dans les yeux. Je tirais lentement sur son bras, l'invitant à s'approcher de moi, à se baisser. Quand elle fut à bonne distance, mon bras passa autour de sa taille pour l'attirer d'avantage. Collant alors mes lèvres aux siennes, sentant le gout de l'alcool mêlé à son haleine, l'embrassant avec une passion que je n'avais pas encore montré jusque là. Ma main remontait doucement de ses hanches à son dos, glissant sous le tissus, parcourant du bout des doigts sa peau. Reculant ma chaise du bureau pour avoir plus de place, je voulais l'inviter à s'assoir sur moi, profiter de l'instant, partager un moment rien que tous les deux, sans le stresse ou l’inquiétude. Juste... Être deux personnes qui se découvrent et s'en amusent. Je décollais mes lèvres des siennes, lui faisant un timide sourire amusé.

"Et comme ça, tes mains tremblent moins ou ça n'aide pas ?"

J'avais murmuré ses mots proches de son oreille, soufflant dans son cou avant d'y poser mes lèvres. Je ne savais pas trop comment m'y prendre, sentant juste que j'étais un peu stressé face à quelques choses de nouveau. Mais je n'appréhendais pas: bien au contraire, je me sentais plutôt bien. Presque impatient. Ma main libéra son bras alors que l'autre glissait du milieu de son dos pour revenir sur ses hanches, me découvrant une douceur que je ne connaissais pas. D'un geste plus brusque mais sans violence, je l'a fis avancer vers moi, l'invitant presque sous la forme d'un ordre à s'assoir sur moi. Faisant ainsi contracte avec mes gestes un peu plus tôt.



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le Mer 4 Avr - 14:19
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Le contact avait déclenché une foule de réaction inattendues. Evidemment, si l’on prenait en compte la tension qui s’était progressivement installée entre eux, Anna aurait pu prévoir la suite des événements. Seulement, pour cela, il aurait fallu mettre de côté les insomnies prolongées et la confusion dans laquelle Yvan parvenait à la plonger. En dehors de son arrivée chaotique, sa présence même dans ce bureau constituait un bouleversement en soi. Un Rouge dans son bureau ! Une pensée qui en aurait fait grimacer plus d’un. Pourtant il s’agissait ici plutôt d’un frisson, langoureux au demeurant, qu’un frémissement indigné. L’attrait du danger ? Avec le rythme de vie qu’elle menait, l’illusion pouvait prendre. Une brahmane bien éduquée et relativement utile pouvait passer le plus clair de son existence entre les murs de Polis. Anna avait choisi d’embrasser une carrière bien différente, voyageant autant que son statut pouvait lui permettre. Il suffisait ensuite d’associer à cela l’audace avec laquelle elle se fourrait dans les situations périlleuses et l’on obtenait en somme une tête-brulée à l’espérance de vie relativement courte. Pourtant, elle avait toujours été raisonnable. La voix vrillait son esprit et malmenait ses repères. Tout cela n’avait rien de très raisonnable, rajouterait le sarcastique narrateur tout en observant la jeune femme se glisser auprès du banni.

D’une légère traction sur la main, elle avait été attirée près de lui. Puis, un mouvement en entraînant un autre, elle se retrouva presque au-dessus de l’artilleur sans même réaliser ce qui se déroulait véritablement. Une main dans son dos s’enroula autour de ses hanches et, d’une légère pression, l’invita à se rapprocher davantage. Sans chercher à résister, elle se glissa d’abord au-dessus de lui. Le dos courbé, les mains posées sur le dossier du fauteuil, elle lui rendit son baiser. Les pensées, confuses, s’envolaient en un tumulte chaotique tandis qu’elle cédait à l’ensemble des pulsions qui la submergeaient. Dans un mouvement fluide, presque animal, ses jambes ployèrent et son buste se redressa. Dos cambré, poitrine frôlant la sienne, elle le dominait de quelques centimètres, les yeux rivés dans les siens. Bouche entrouverte, comme une invite, un sourire en relevait les commissures. Une seconde fila, laissant le doute s’immiscer puis elle céda, prenant d’assaut les lèvres du Rouge. Ancien Rouge, corrigea-t-elle avec humeur. Une part de raison ou de conscience, elle ne savait plus vraiment faire la différence, continuait d’éperonner ses pensées.

- Ca dépend, t’as besoin que je t’opère ? glissa-t-elle tout près de ses lèvres avant de les mordiller.

Ses mains descendaient le long des épaules du jeune homme. L’une s’aventura le long du biceps tandis que l’autre, plus aventureuse, frôla un pectoral. D’une pression du bout des doigts, elle désigna le cœur puis descendit jusqu’à la naissance des cotes flottantes. Ces dernières souffrant de fêlures, un simple frôlement suffirait à éveiller une aiguillon de douleur. Son geste se fit plus léger, frôlement presque imperceptible tandis qu’elle dévisageait Yvan. Un sourire dansait toujours sur ses lèvres, malicieux.

- Pas sûre que tout ceci aide à ton rétablissement cependant. Tes capacités de régénération consomment beaucoup de ressources non ?

Dans sa voix perçait le dogme du médecin soucieux de son patient. Son regard, en revanche, trahissait des intentions bien différentes. Sa main remonta puis vint dessiner le contour anguleux de sa mâchoire avant de glisser vers sa nuque. Prolongeant le contact encore quelques secondes, elle fut tentée de lui voler un baiser. Elle pencha la tête de côté puis d’un mouvement de hanche, se dégagea de l’emprise d’Yvan et recula d’un pas. Elle l’observait toujours, un sourire aux lèvres tandis qu’elle se redressait pour lui faire face.

- La pièce à côté de mon bureau contient un lit et un point d’eau et elle ferme de l'intérieur. Tu devrais pouvoir t’y reposer pendant que je vais voir pour défendre ton cas et demander une audience auprès du conseil.

Instinctivement, son regard s’était porté sur l’unique porte du bureau. Un léger spasme avait agité le coin de ses lèvres à l’idée d’avoir été surprise quelques secondes plus tôt. Certains de ses visiteurs ne prenaient pas toujours la peine de s’annoncer avant d’entrer. Reportant son regard sur Yvan, elle fronça légèrement les sourcils, en proie à des pensées contradictoires. Le devoir se disputait à ses envies, la confusion l’emportant toujours sur ses capacités d’analyse. Désagréable sensation quand on en prend conscience, pensa-t-elle avec une clarté surprenante en comparaison du trouble qui embrumait son esprit.



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Artilleur infiltré
le Mar 12 Juin - 15:14
Artilleur infiltré

Passeport
Age :: 29
Patronyme :: Dimitrievitch
Surnom ::


La toubib répondit à ma petite boutade par une autre, me demandant si j'avais besoin d'être opéré. Là de suite, pas trop et j'en avais pas vraiment envie non plus. Mais du coup avoir les mains qui tremblent était juste perturbant pour opérer? J'aurai pensé cela était chiant pour signer et écrire ces tonnes de documents et de paperasse en tout genre. C'était pour ça que j'avais tant aimé mon métier: de l'action, du bricolage et très rarement de papiers à remplir ou à rendre. On me disait d'aller à tel endroit pour tuer ou faire exploser ceci ou cela, fin. Je me demandais vaguement si on allait me refiler un boulot similaire ici. Quoique, offrir armes, munitions et explosifs à un ancien rouge tout fraichement débarqué... Ouais, aucune chance. Ou alors Polis faisait confiance facilement. Trop facilement. Et je ne pensais pas qu'ils puissent être si niais. Et même si Anna appuis mon intégration, elle n'est pas dieu ou la dirigeante absolue des lieux. Le temps d'adaptation et d'intégration sera surement long, chiant et ennuyeux...

Les doigts de la chirurgienne glissant sur mon torse m'arrachèrent une petite grimace quand elle frôla mes cotes fêlées. Me sortant par la même occasion de ma réflexion, oubliant l'ennui de ne plus avoir d'armes ni de pouvoir tuer. Reste qu'elle me taquinait et s'en délectait. Disant que cela n'aiderait pas mon rétablissement et que ma capacité à cicatriser devait consommer pas mal de mes ressources. Oui et non. C'est plutôt que j'ai besoin de m’empiffrer ou d'hiberner pour récupérer. Mais là ce n'est qu'une ou deux cotes fêlées, c'est douloureux et chiant, mais pas grave ni alarmant. Une histoire de quelques jours tout au plus. Pas de quoi taper dans mes ressources... Ok, je venais de comprendre le sous entendu. Économiser mes forces et donc pas de câlins ou autre rapprochements pouvant entrainer un effort physique. Elle était toubib et soucieuse de mon état, ou encore intriguée par ma capacité à guérir, allez savoir: je n'étais pas dans sa tête, la mienne étant déjà suffisamment compliqué à décrypter d'ailleurs.

"Une histoire de deux ou trois jours et ça sera déjà oublié."

Elle glissait ses doigts sur ma mâchoire. Les miens passaient lentement dans son dos, passant sur son omoplate plus remontant vers sa nuque. Elle me repoussa d'un coup de hanche pour reculer et se défaire de mes bras. Je la laissais faire, la retenant à peine du bout des doigts. Elle m'indiqua alors la pièce voisine pour m'y reposer pendant qu'elle allait défendre mon cas à ses supérieurs. D'un hochement de tête, je me tournais vers la porte qu'elle m'avait désigné afin de m'y diriger. Je m'arrêtais alors, la main sur la poignée.

"Bon et bien à plus tard. Encore merci de m'aider... Je sais que ce n'est pas évident pour toi voir même compliqué de m'aider. Mais aux vues de ma situation, je n'avais pas trop d'autres options... Je tâcherais de te remercier correctement plus tard, avec du matériel médical de bonne qualité ou des informations sur la Ligne Rouge si tu en veux. J'espère qu'on aura encore un peu de temps à passer ensemble, j'imagine que si tu parviens à m'intégrer aux militaires, on se verra que rarement, non ? Enfin si j'ai bien suivis cette histoire de tension entre vos factions."

D'un mouvement de la main pour la saluer, j'ouvris la porte pour sortir. Désireux de m'allonger, j'avais mal aux cotes et j'en avais plein les bottes d'avoir marché durant tout ce temps pour arriver ici... J'entrais dans l'autre pièce, refermant la porte avant de m'adosser à celle-ci. Le regard porté sur le plafond, me demandant ce que je foutais ici. Pourquoi être venu, pourquoi avoir écouté ce Stepan ? J'aurai du le tuer, m'échapper et disparaitre quelque part. Les tunnels sombres remplit de brigands sont nombreux, j'avais l'embarras du choix. Ou devenir un simple garde du corps en m’installant à la Hanse aurait été envisageable également. Ici, il y avait cette femme qui me faisait perdre mes moyens, ce que je ressentais en la voyant me dérangeais, m'agaçais. Je me sentais bizarre et je n'aimais pas ça. De plus je savais qu'il y avait des espions rouges ici et qu'ils me surveilleraient... Un point faible, trop de paires d'yeux sur moi, trop de personnes à leurrer, à gagner la confiance. Depuis quand de tels challenges m'intéressaient-ils autant ?

J'allais juste me faire démasquer et crever ici comme un vulgaire chien. Ce fut sur cette conclusion fort positive, si j'ose dire, que je me mis dans le lit de camps pour me reposer. Jetant mes bottes au sol puis ma veste et mon pull. Je fermis les yeux en espérant que le jour suivant soit plus réconfortant que celui-ci et les précédents...



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Date d'inscription : 27/03/2017
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Médecin-chirurgien
le Jeu 14 Juin - 20:51
Médecin-chirurgien

Passeport
Age :: 28 ans
Patronyme :: Nikitovna
Surnom :: Anya
Les paroles d’Yvan dispersèrent les derniers vestiges de brume. La jeune femme cligna des yeux à plusieurs reprises, dansant d’un pied sur l’autre puis elle finit par secouer doucement la tête. Quelques mèches rebelles vinrent barrer son regard et elle les repoussa machinalement. Il faudrait tout couper sous peu, nota-t-elle mentalement à l’adresse de son indomptable chevelure avant de pousser un long soupir.

- Non pas vraiment, avait-elle fini par répondre les sourcils froncés puis elle avait enchaîné sur un ton vif, j’suis médecin, chirurgien qui plus est, et les hommes que je vois le plus passer sous mes bistouris sont essentiellement des militaires. Va savoir pourquoi mais ils ont une proportion plus grande à se blesser gravement que le reste de la population de Polis !

Elle avait accompagné sa dernière phrase d’un haussement d’épaules, ponctuant le tout d’un sourire sarcastique. Les sourcils toujours froncés, elle observait Yvan d’un air désormais perplexe. Puis, sans un mot supplémentaire, elle pivota sur les talons et se mit à déambuler dans son office encombré. A force de gestes agacés, elle tria une partie des dossiers qui trônaient sur son bureau et y fit un peu d’ordre. Puis reprenant où s’était arrêté Yvan, elle l’interpela avant que celui-ci ne quitte son bureau.

- Yvan, je n’ai pas besoin de compensation pour ce que je fais, tu sais.

Jusqu’ici penchée au-dessus de son bureau, elle s’était redressée et tournée à demi pour saisir le regard de l’artilleur. Les traits tirés, elle semblait nerveuse.

- J’suis désolée pour ce qui t’arrive et la façon dont je t’accueille.

Ses épaules s’étaient affaissées d’un cran. La jeune femme avait secoué doucement la tête puis reprit d’un ton trainant, l’acier de son regard perçant à travers le voile de ses cils épais.

- J’ai besoin de repos. J’ai besoin de penser à tout ça et de voir comment je vais présenter la situation et à qui. J’arrive pas à réfléchir correctement, elle grimaça, se retenant de justesse d’en donner les raisons principales puis poursuivit d’un ton égal, toi aussi t’as besoin de repos de toute façon. D’ici demain j’devrais avoir démêlé un peu la situation et tiré les bonnes ficelles pour agir dans ton intérêt…

Anna posa la main sur le bureau et pivota de manière à faire face complètement au transfuge. La main toujours sur la poignée de la porte, il avait suspendu son geste au moment où elle l’avait interpelé et n’avait plus bougé depuis. Il la contemplait d’un air interdit. Un tic agita la lèvre supérieure de la jeune femme.

- La première porte sur la droite. Je l’utilise parfois quand je n’ai pas le temps de rentrer chez moi pour me reposer, personne ne viendra te déranger, lança-t-elle en guise de conclusion avant de pivoter et de retourner de nouveau au rangement de son bureau. Derrière elle la porte se referma dans un bruit feutré.



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