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Les amis communs [Benedikt]

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Alexandra Kitsetskaya
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Message Sujet: Les amis communs [Benedikt] | Jeu 7 Déc - 16:33

À quoi reconnaissez-vous vraiment un libraire de Polis ? Un revendeur d'alcool de l'Alliance ? Une tueuse à gages de la Hanse ?

Un étrange raffut résonnait dans un recoin de la station Rizhskaya : bruits de morceaux de métal qu'on entrechoquait, crissement de cordes pincées, raclements de ressorts et grattements de fils tendus. L'ensemble aurait pu échapper à l'étiquette de tapage s'il n'y avait eu ses fausses notes, ses rattrapages maladroits qui, trente ans plus tôt, auraient conduit un vrai mélomane à s'enfuir en courant : mais c'était aujourd'hui ce qui se rapprochait le plus de la musique, celle qu'on oubliait peu à peu.
Il y avait deux jumeaux à peine adultes aux instruments de bric et de broc, une matrone à la bouille d'ordinaire revêche mais qui s'appliquait à faire tenir la mesure à ses cymbales improvisées ; un homme, trentenaire, efflanqué et noir de peau qui tirait de ce qui ressemblait à un petit violon des accords aussi enjoués que grinçants.

Et Alexandra.

Elle ne jouait pas, sinon de sa voix. La Russe avait toujours eu l'amour des chants plutôt que des mélodies : perchée sur un tabouret au milieu du groupe improvisé, les yeux brillants de plaisir - peut-être la bouteille tenue dans sa main avait-elle aidé à renforcer cet éclat - elle accompagnait son orchestre chamarré d'un contralto suave. C'était un vieil air folklorique qui n'aurait pas détonné, naguère, dans les villages épars de la Biélorussie ou d'Ukraine ; son talon ferré frappait le sol carrelé en cadence.

Au début, les passants de la station avaient préféré ignorer ces phénomènes, jugeant que cette Mikhaïlovna était décidément une excentrique, ce dernier terme étant parfois troqué pour autre chose lorsqu'on se jugeait hors de portée d'ouïe de l'intéressée (il fallait dire qu'elle avait un caractère explosif, et le flingue qui allait avec).
Et puis, au fil des minutes, d'une demie-heure, on s'était aperçu qu'un peu de musique ne faisait pas de mal, aussi amateur soit-elle. Quelques chalands moins timides, ou plus désœuvrés que les autres, s'étaient piqués d'un pas de danse ou deux en passant à proximité, avant de poursuivre leur route ; sauf un, qu'Alexandra finit par attraper par la manche en se levant d'un bond pour l'entraîner dans une valse à vous en faire tourner la tête.

À la voir ainsi, les cheveux en bataille, un sourire éperdu plaqué sur les lèvres et les pommettes rouges, on aurait douté qu'il s'agissait de la froide meurtrière qui avait écumé la Hanse plus de dix ans durant.
Mais comment reconnaissait-on vraiment une tueuse à gages...?

« Alexandra Kitsetskaya ! »

L'apostrophe, lancée avec une certaine impolitesse, eu l'effet escompté d'attirer son attention. Pivotant sur un dernier entrechat, la Russe mit son partenaire de danse entre elle et le nouveau venu : le geste paraissait tout à fait naturel tandis qu'elle s'immobilisait dans une pose qu'on aurait pu gratifier d'un huit ou d'un neuf sur dix, à ceci près que son index pressait déjà légèrement la détente de son revolver. Celui-ci frôlait la hanche de son innocent compagnon ; il lui aurait suffi de baisser les yeux pour constater que l'entraînante ballerine n'était peut-être pas tout à fait ce qu'elle paraissait être, mais le mouvement de sa main avait été trop vif et fluide.

« Donne-moi une bonne raison...? »

Elle ne développa pas plus sa question. La musique ambiante, les quelques pas esquissés ici ou là, rendaient encore inaperçu un échange verbal qui pouvait se muer en fusillade publique.
Son interlocuteur, quelques mètres plus loin, était un petit homme dont les joues rondes ne parvenaient pas à donner l'air bonhomme : il avait les traits tracés au couteau, les yeux petits et inquisiteurs, le rictus aussi torve que menaçant. Le canon du Nagant pointé sur sa ceinture ne semblait pas le déranger plus que ça. Il tapota une seconde son menton rasé de frais, avant de lâcher d'un ton laconique :

« C'est pour affaires...? »

L'arme resta braquée encore un instant, avant de disparaître aussi vite qu'elle était apparue. La Russe dédia un sourire d'excuse à son cavalier, un clin d'oeil à l'orchestre, et s'esquiva promptement de la mêlée. Toute ivresse semblait avoir déserté son visage, bien qu'elle prit soin d'emmener avec elle une bouteille déjà bien entamée.

« Tu ne peux pas savoir comme je suis heureuse de te revoir, souka sine... »
« Tu accueilles une vieille connaissance avec tellement de vulgarité... »
« Tais-toi, tu me donnes de l'urticaire. »

*

Les deux criminels (si on pouvait toutefois parler de criminels à une époque sans justice) s'étaient dégoté un abri de fortune en tôle récupérée et en avaient profité pour allumer un petit feu malodorant afin de s'éclairer. Alexandra, la mine fermée, ne quittait pas l'autre du regard. Elle attaqua sèchement, après un long moment d'un épais silence.

« Je ne fais plus affaires. Encore moins avec les vieilles connaissances. »
« C'est évident que tu n'en as pas besoin. Tu roules visiblement sur les poulettes. »

L'ancienne assassin leva les yeux au ciel.

« Tu sais que tu me dois une faveur, Alexandra Mikhaïlovna. »
« Rien à foutre. Et n'essaie même pas de me menacer, ça finirait mal. »

L'homme éclata d'un rire aigre.

« Ouais, je sais. Je vais plutôt t'appâter : cent cinquante de ton calibre préféré et je passe l'éponge, si tu fais ta part. Et écoute parce que pour une fois, tu n'aurais pas à te salir les mains. »
« Ce serait nouveau, ça ! » répliqua-t-elle avec une expression goguenarde.
« Un récupérateur de la Hanse : Benedikt Fiodorovitch Zadorojny. »
« Ça me dit quelque chose. »
« La Pince. »

Remisant le nom, la Russe claqua des doigts pour approuver.

« Un bon fournisseur. Sauf qu'il s'est mis en tête de descendre quelqu'un. Un type qui s'appelle Prokhov. »
« Et tu négocies à sa place ? T'es encore plus con que je le croyais. »
« Je ne négocie pas, et d'ailleurs, il en a rien à foutre de tes services : il veut faire ça tout seul, à sa manière. »
« Parfait » s'exclama Alexandra en levant les mains, « il veut pas, je veux pas, tout le monde veut pas, je n'ai plus qu'à rentrer chez moi. »
« C'est moi qui veux. Hors de question que je prenne le risque que ça tourne mal pour lui. Alors tu vas aller dans la Hanse, tu vas le retrouver, et tu vas t'assurer qu'il vive encore très longtemps. »

Quelques secondes s'écoulèrent sans qu'aucun des deux ne pipe mot. Puis, lentement, un sourire mauvais étira les lèvres sanguines de la tueuse.

« C'est précieux les fournisseurs, hein ? »
« Plus que les clientes pénibles, en tous cas. On a un accord ? »

Une petite voix dans sa tête chuchotait à la brune qu'elle allait accord se fourrer dans les ennuis : mais c'était précisément cette voix-là qu'elle n'écoutait jamais.

« Plus de dettes et cent cinquante de mon calibre favori. On a un accord. »

*

C'était bien lui. Elle l'avait déjà aperçu traîner dans les parages de certains des marchands chez lesquels elle se fournissait, à une époque pas si lointaine. C'était même étonnant qu'elle ai pu oublier sa figure de casse-trogne : quelque chose dans la rudesse de son visage  et la façon dont ses os saillaient était assez frappant, comme si l'homme n'était pas tant que ça fait de chair. Son surnom, outre qu'il était bien trouvé pour un récupérateur de son acabit - certains disaient qu'il frayait même avec les Stalkers si le butin était assez prometteur, mais peut-être n'était-ce qu'une rumeur - lui venait de la façon dont les doigts d'une de ses mains se rejoignaient.

Il se tenait dans un recoin de la station du Park Kultury, adossé l'air de rien à l'un des murs lézardés.

« Benedikt Fiodorovitch ? »

Elle s'était portée à sa hauteur d'une démarche vive, ce qui n'avait guère laissé de doute quant à l'objet de son attention. Celle-ci, pourtant, était assez partagée : Alexandra n'avait pas eu que des amis dans la Hanse, et c'était encore plus vrai depuis sa défection. Ses yeux au gris moucheté de vert allaient de-ci de-là avec une désinvolture qui n'était qu'apparente.

« On a un... ami commun. Prokhov, je crois. Peut-être qu'on pourrait s'entendre ? »

C'était un peut-être plus certain qu'hypothétique. Qu'il abonde ou non dans son sens, elle remplirait sa part du marché.

« J'aimerais vraiment le revoir, mais je connais franchement mal la Hanse. » En matière de gros mensonge, cette dernière déclaration se posait là. « 'Pouvez m'aider ? »




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Benedikt Zadorojny
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Message Sujet: Re: Les amis communs [Benedikt] | Ven 8 Déc - 11:14


La perception du temps, une de ces formidables vacheries de l’univers, une des nombreuses souffrances du genre humain. Làklêsi était là, lancé dans une petite introspection métaphysique, il refaisait le monde, parce qu’il n’avait pas grand chose d’autre à faire depuis … Justement, il ne le savait plus. C’était bien le point de départ, du cheminement de sa pensée et il peinait à rester sur les rails. Il combattait simplement l’inactivité en s’engageant dans un dédale de réflexions. La plupart du temps il parvenait à en sortir, mais il s’extirpait de là plus perdu et dépouillé encore, qu’à son immersion. Chez lui, les questions en appelaient tout simplement d’autres. Il savait pourquoi il était venu lambiner du côté de Park Kultury, mais toujours pas pourquoi il y restait en dépit l’apathie ambiante. Revenir là après tout ce temps, c’était comme plonger son crâne dans une bassine d’eau glacée, l’éveil se faisait avec violence, il vivifiait les sens mais laissait dans son sillage, une désagréable sensation d’engourdissement. Retour à la réalité, fini la douce transition, la convalescence et toutes ces petites douceurs. Il avait trouvé la force et l’audace de retourner sur ses pas, maintenant il devait régler le problème, une bonne fois pour toutes.  

Il charriait avec lui, son lot de souffrances, de poids et il avait les épaules pour le supporter, il le savait. La colère cependant, était un fard dont-il devait se débarrasser. Comme un cancer, versatile, elle faisait se succéder les périodes d’expansion, puis de sommeil ; Le bouffait lentement et par à-coups, comme un serpent gobe sa proie. Il faisait donc, ce pour quoi il excellait - Défier cette fatalité, lui rester en travers de la gorge. Cette station, c’était la halte salutaire, le « poste frontalier » où il convenait de poser une œillade sur la maigre distance parcourue. Où se préparaient les discours, où se clarifiaient certains détails … Où l’on faisait une dernière mise au point. Il n’avait pas essayé de se cacher, car c’était très certainement le meilleur moyen d’attirer l’attention, il s’était contenté de gagner l’un des murs et de s’y adosser pour casser la graine.

Ses dents en action sur la bidoche, faisaient rouler les muscles de sa large mâchoire alors qu’il consommait son bâton de cochonnaille séchée. Trop salé à son goût et puis, il n’avait pas vraiment d’appétit. Il se contentait de recharger les batteries. Il trouva cela triste, car d’ordinaire, il était de ceux qui aimaient la bouffe, qui savaient savourer un repas autour d’une boisson tolérable. Tant pour les tripes que pour le palais.
Une voix l’arracha à ses doléances, ses yeux se braquèrent vers la responsable de cette salutaire ou agaçante interruption. Il ne savait trop quoi en penser. Il se contenta d’un indolent -« Présent. » lorsque son nom et son patronyme fusèrent.

Il suivit du regard les deux billes instables, qui dansaient furieusement dans les orbites du joli petit lot, il voyait bien ses lèvres bouger, mais les sons qui en sortaient lui semblaient lointains … Du moins jusqu’à ce qu’un nom ne fasse écho. Celui de Prokhov. Là il lui accorda toute son attention. Son propre visage venait probablement trahir une certaine défiance, voire de l’hostilité. Lui fut-elle directement adressée ou simplement exhortée par l’évocation de l’autre mange-merde.

-« Le hasard fait ‘drôlement’ bien les choses. » - Inutile de préciser que certaines intonations trahissaient son scepticisme.- « Je brûle aussi d’envie de le retrouver. »

Il eut un sourire, mais un sourire absent. Inquiétant. Ses yeux d’un bleu intense semblaient perdus dans le vague, mais luisaient comme des pièces de métal braquées vers une lumière vive. Elle qui avait probablement du en voir, qui ne s’en laissait pas conter, devait avoir appréhendé la teneur de cette expression. Elle ne présageait rien de bon. Pour personne.

-« Je suis quand même préoccupé ma petite gueule d’amour. On dit que le monde est petit, mais j’aime pas cette expression ; Le fait que tu connaisses mal la hanse appuie d’ailleurs ce sentiment d’aversion. C’est grand, plus qu’il n’y parait. Je ne peux donc laisser aucune place au hasard sur ce coup-là … Il serait préférable qu’il n’y ait pas de secret entre nous, si nous devons cheminer ensemble pour « apporter des fleurs » à notre ami. Alors dis moi, qui t’envoie ? »

Ça ne ressemble pas à une menace, pourtant la tension visible sur son corps; véhicule nombre de messages contradictoires.
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Alexandra Kitsetskaya
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Message Sujet: Re: Les amis communs [Benedikt] | Sam 9 Déc - 0:21

Un moment un peu trop long s'écoula, au terme duquel un sourire vint finalement ourler les lèvres carmines d'Alexandra. L'expression n'était guère chaleureuse, pas vraiment amusée non plus ; on y devinait un genre d'excitation mal retenue, le genre de risette que pouvait avoir involontairement un gamin auquel on venait d'annoncer qu'on l'emmènerait bientôt à sa fête d'anniversaire.

« Petit curieux. Tu ne pouvais pas simplement te contenter de dire oui, je le veux ? » persifla-t-elle. « Enfin, il faudra faire avec j'imagine. Tout se perd dans notre milieu, même les bonnes manières ! »

La Russe vint s'adosser à son tour, le poids réparti sur une seule épaule - la gauche. Le pan de son manteau en cuir sombre s'écarta juste ce qu'il fallait pour laisser deviner la crosse de son revolver, suspendu dans l'étui contre son flanc.

« Je m'appelle Alexandra. Mikhaïlovna Kitsetskaya, s'il te faut un nom. Peut-être qu'un certain Aliev, ça te parle ? Un petit bonhomme, chafouin, aussi agréable qu'un commissaire politique avec de l'humour.  » Elle marqua une pause, le regard perdu dans quelque souvenir, et réprima un frisson. « Quelle horreur. Bref ! Comment Aliev a été au courant de tes projets, je m'en fiche pas mal - entre nous, tu as quand même une tête à vouloir tuer quelqu'un, ce serait bien de faire quelque chose pour y remédier un de ces quatre. Toujours est-il qu'il préfère que tu ne fasses pas ça sans parachute. C'est moi, le parachute : t'en as de la chance ! »

Elle lui décocha un second sourire, cette fois-ci éclatant, se désignant crânement du pouce.

« Pour le reste, il faudra en discuter ailleurs. Allez, la Pince, en avant marche !  »

*

C'est ainsi que la tueuse à gages avait quelque peu pris les devants, s'aventurant dans la Hanse avec Benedikt sur les talons. Quel coup de chance, ne manqua-t-elle pas de signaler, qu'ils soient justement tombés sur ce bistrot rencogné dans un coin de la station. Quel coup de chance encore, qu'il fut composé d'une clientèle aussi rare qu'inquiétante.
Pas tant dans l'aspect : il faisait presque noir à l'intérieur, aussi discernait-on mal les figures des uns et des autres, et c'était à se demander si cette pénombre, anormale même pour le métro, n'était pas souhaitée par le patron. Mais c'était surtout les bruits qui y régnaient qui pouvaient mettre le nouveau client mal à l'aise.

Le raclement sourd des armes sur les tables, le cliquetis des cartouches qui s'échangeaient en grandes quantités. Les discussions, menées à voix basses, prenaient parfois des allures de concours d'aboiements. Les hommes et les femmes qui s'entretenaient ici, dans ce caveau aménagé de matériaux de récupération, n'avaient clairement pas envie qu'on se mêle de leurs affaires : c'était même la seule chose claire qu'on pouvait y trouver.

« Ici, on va être tranquille. »

Alexandra souligna l'évidence en se laissant nonchalamment tomber sur une petite caisse faisant office de chaise. La minuscule lampe posée au milieu de la table qu'elle avait choisie renvoyait juste assez de lumière pour étaler un parfait mélange d'ombres sur son visage anguleux. La tête posée contre le mur, les mains jointes sous la nuque et les jambes croisées, elle paraissait aussi à son aise que si elle s'était retrouvée chez elle.

« Bon, mettons-nous d'accord : je ne veux pas priver de vieux amis de mener leurs retrouvailles comme ils l'entendent. Je suis là pour t'accompagner, mais je ne compte pas essayer de te voler la vedette. »

De toute manière, la meurtrière n'avait jamais beaucoup apprécié travailler en binôme. Ça s'était rarement bien fini, ou du moins, rarement comme ça l'avait été prévu. Elle se posait dans un rôle de guide et d'alliée, et ce serait déjà suffisant. Benedikt n'avait pas l'air d'être du genre à rechigner de retrousser ses manches.

« Ainsi, si tu le permets, quelques conseils : mets-toi dans la tête de Prokhov. »

La brune s'apprêtait à développer, mais l'arrivée du propriétaire l'en empêcha. Sans un mot, il déposa une unique bouteille que la Russe paya de quelques munitions. L'échange ne dura qu'une poignée de secondes avant que leur hôte ne retourne disparaître dans l'opacité du fond de l'abri.
Elle approcha de ses lèvres le goulot déjà dépouillé de son bouchon et s'autorisa une rasade qui lui arracha une grimace, avant de le tendre à son interlocuteur. Il dégageait une forte odeur d'alcool agrémenté d'un arôme proche de la menthe.

« Colle-lui au train, pose les bonnes questions. Prêche le faux pour avoir le vrai ou utilise tes yeux, on s'en fiche, chacun sa manière : mais dans une semaine, dans dix jours, quand on te demande ce que Prokhov est en train de faire, s'il se lave les dents au réveil ou tripote sa nana avant de s'endormir, tu dois avoir la réponse. Mets un peu ta vie de côté pour t'imprégner de la sienne. »

Ses yeux anthracite s'abaissèrent vers la boisson, comme si elle regrettait déjà de lui avoir offert sa tournée.

« L'ennui c'est qu'il y a peut-être quelque chose de personnel entre vous, et que tu ne lui sois donc pas inconnu - je ne sais pas. Si c'est le cas, je pourrais plus facilement que toi faire cette partie du boulot. C'est toi qui vois. »

La façon qu'avait Alexandra de passer de l'espiègle en public, au froid en privé, pouvait paraître déconcertante les premiers instants.

« Vu que tu préfères qu'on joue carte sur tables... tu pourrais peut-être me raconter l'histoire qu'il y a entre toi et notre ami commun ? »




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Benedikt Zadorojny
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Message Sujet: Re: Les amis communs [Benedikt] | Mar 12 Déc - 9:00


Un peu de fiel, un peu de sucre, un petit goût acidulé sur la langue ; Il eut bien l’impression de lécher une de ces vieilles piles alcalines. Mademoiselle était une véritable reine de l’introduction. Une expertise comme celle-là, soit pour l’insertion, ne promettait qu’une chose : Une forte possibilité de se la faire mettre une fois dans le noir, et autant dire qu’il n’était pas de ceux qui appréciaient la chose. Maître de ce que pouvaient révéler ses gestes, plus qu’aucun autre, il ne manqua pas de faire comprendre à dame bonbon au vitriol, qu’il n’était pas très emballé. Il croisa les bras sur son torse, fichant le petit bâtonnet de porc séché entre ses lèvres ; Écrin où il aurait volontiers glissé une petite cigarette. Alexandra Mikhaïlovna Kitsetskaya … Un nom pas tout à fait inconnu, qui continua cependant de le laisser dans l’expectative. Une de ces choses en immersion, qui se laissait entrevoir à quelques centimètres d’une surface agitée ; On la devinait oui, mais sans pouvoir la lire. Grand bien en ferait à « Petite gueule d’amour », parce qu’il la nommerait de toute façon, à sa guise.
Aliev, ce nom là par contre, il ne le reconnaissait que trop bien ; Il n’en trouva pas moins le portrait croqué par PGdA, tout à fait réaliste.

-« Bien sûr. Il a trouvé un dictionnaire où ne restait que la seule définition du mot charité ; Il en a fait son crédo et porte la vieille reliure comme un missel. Je vais me faire tatouer « merci » dans les deux paumes et j’irais lui adresser toute ma gratitude quand je me serais débarrassé de toi … Sans compter que … »

Mais l’autre entamait déjà sa marche, non sans l’appeler à joindre les rangs. A se demander qui devait mener l’expédition punitive. Et elle continuait la bougresse, le laissant là, à en rester comme deux ronds de flan. Sans doute lui faudrait-il l’intervention d’entités supérieures pour ne pas faire un tarif groupé, ou bien se mettre à pousser une beuglante dans les couloirs obscurs et suintants. D’un geste rageur, il balança sa maigre pitance par terre, non sans bougonner. Il le ferait d’ailleurs sur une bonne partie du trajet. Quel que fut l’endroit où elle le trainerait, il ne se priverait pas de l’immense plaisir de râler. Il adorait ça.

*

Pas mal pour un premier rencard. La douceur d’un vieux comptoir branlant, où contrebandiers et porte-flingues s’enlaçaient tendrement, sous les caresses blafardes des lampes à pétrole. Piaule où la lie de la société, stagnait comme une strate d’ordures sur des eaux refoulantes ; Autant de détritus piégés au fond de ce vieux regard qui en avait trop bu, pour ne pas tout régurgiter. Pour sûr, petite pilule de cyanure enrobée de sucre, connaissait les bons coins pour appâter ses conquêtes. Et comme promis, il avait grogné sur une bonne partie du trajet, peinant à ne pas laisser échapper d’aboiements … Discrétion oblige. Il tira un des vieux bancs de la station, une assise vide aux abords d’un étal sur tréteaux, à moitié occupé et se l’appropria, non sans essuyer des tentatives de doléances - Ou peut-être était-ce de l’intimidation ? Jamais il ne le saurait, puisqu’il fit comprendre à la magistrature des pisse-froid, qu’il n’avait aucune envie de négocier, si ce n’était avec ses poings. Le « parachute d’Aliev » avait passablement éprouvé ses nerfs, passant ses écorchures au gros sel, en un temps record. Chapeau bas petite gueule d’amour.

S’accoudant sur l’ersatz de table, l’air maussade, il la regardait d’un œil mauvais. S’il avait une tête à vouloir tuer quelqu’un, le règne du clair-obscur scindant son visage massif en arêtes tranchantes, ne fit probablement rien pour arranger les choses. A l’usure probablement, elle commença à le dérider. A lui plaire d’une certaine manière. Outre sa désinvolture, son besoin maladif de meubler le silence, il y avait cet investissement qu’elle mettait à la tâche. Il lui sembla même, qu’elle fut plus enhardie que lui. Plus personnellement investie. Il laissa transparaitre l’éclat fugace d’un sourire amusé avant de hocher la tête. Elle avait décidément cette saveur acidulée - De prime abord, amère et dégueulasse, avant que ne se manifeste un arrière goût plus doux et tolérable. Voire même appréciable. C’était certainement ça la définition du masochisme. Il ne l’écouta pas moins livrer ses conseils, non sans s’offusquer du fait qu’elle semblait lui accorder bien peu de crédit. Il resta suspendu à ses lèvres de bout en bout, mais … Quand verrait-il, le dit bout ?
Il leva enfin la main, probablement pour arrêter le moulin, de ceux qui servaient à moudre plus de poivre que de blé.

-« Écoute ma jolie, je te sens t’emballer … Je vais calmer tes ardeurs tout de suite. Prokhov a probablement ses premières cartes en main. Il sait non seulement qu’est revenue la menace d’outre tombe, qu’elle est accompagnée et plus encore, il pourra repérer les échos tremblants de la faucheuse dans les galeries. A une centaine de mètres près. S’il n’est pas stupide, et il ne l’est pas, il utilisera le réseau que j’ai mis en place à l’époque … »

« A l’époque », cela lui aurait presque donné l’envie d’en rire. Il parlait de cette affaire comme si elle avait de la bouteille, alors qu’il était à des lieues d’avoir atteint de délai de prescription nécessaire, pour pouvoir s’en taper les cuisses. Il continua cependant, soucieux de voir Miss fulguration verbale se trouver un créneau nécessaire pour s’enfiévrer à nouveau.

-«  Je ne sais pas si je vais me mettre dans la tête de Prokhov ou si ce sera dans cet endroit qui ne voit jamais le jour, mais je connais suffisamment le personnage pour ne pas rêver de nos réjouissances. Comme tu sembles vouloir un palpitant récit des « aventures de la Pince », en voilà un avant-goût. On pourrait appeler ça, le prologue … »

Il adressa une série de gestes au taulier, bien visibles pour le concerné en dépit de l’obscurité. Une main levée tout d’abord, suivi du V de la victoire appelant à la beuverie pour deux, avant de conclure avec un balayage du pouce sur l’aile de son tarin ; Il voulait du qui-pique ou pire, du déboucheur. Tout à fait adapté pour les conduits.

-« … La tournée est pour toi bien entendu. C’est le tarif pour ceux qui s’invitent à la fête. Donc, pour ne pas digresser d’avantage. Notre ami sait que nous sommes là pour la simple et bonne raison qu’il doit encore employer des guetteurs et des jalonneurs … Pour que tu puisses appréhender tout cela. Commençons par le début … »

Comme un vieux conteur, il se pencha sur le ballon strié de la lampe, où la flamme presque rougeoyante, annonçait l’inéluctable approche, de sa fin de ronde. Le tenancier du débit, plus prompt qu’il ne le laissait croire, posa un vieux bidon d’un litre sur leur tablée. Les vapeurs s’échappant du goulot auraient suffit, à elles seules, à faire s’effondrer les piliers les plus robustes. Il y ajouta deux godets en ferraille, atrocement bosselés et travaillés - Attention aux lèvres, aux gencives ainsi qu’au tétanos. Benedikt entamait son récit, évoquant son « affaire » de transport illégal, l’emploi de passages dérobés pour accéder à certaines zones plus ou moins sécurisées. Le fonctionnement de sa vieille équipée dysfonctionnelle, ainsi que les accords établis avec certains enfants et vagabonds, pour épier les mouvements des Stalkers. Les dits Jalonneurs, qui marquaient les zones à risques et les guetteurs qui relayaient les informations, par un système de bouche à oreille. Il ne jugea pas nécessaire à cette évocation, de préciser que c’était grâce à ce système d’information, que son petit favori, serait sous peu, au courant de leur venue. Un profil comme le sien ne passait pas inaperçu et il avait clairement reconnu un des guetteurs à Kultury. La fin du « prologue », se laissait entrevoir quand il aborda le système de partage des acquisitions, plus ou moins honnête. Il était tout de même question de rendre l’affaire rentable. Il se garda cependant de parler des cartes marquées qu’il possédait.

-« … Les plus pauvres gagnaient leur croûte. On respectait un certain code d’honneur. Je précise que j’ai engagé Prokhov pour ses talents de chien de garde, pas pour sa matière spongieuse … J’ai cependant sous-estimé son avidité. Ma première et dernière expédition avec lui, nous avions trouvé un parking souterrain. En partie préservé des ravages et je ne vais pas te faire un dessin, au nombre de voiture, le siphonnage nous promettait monts et merveilles. Rien qu’à notre premier voyage, nous sommes revenus avec pas moins d’un jerrican de vingt litres par personne. »

Il se rend compte bien assez vite que personne ne boit et il tâche de remédier au problème. Non sans avoir la tremblote.

-« 80 litres d’essence petite gueule d’amour. Même sans être calé sur la valeur marchande actuelle du produit, je pense que tu sais fort bien ce que cela représente. Seulement j’ai pas achevé le trajet du retour, j’ai pris un premier coup à l’arrière du crâne et quand je me suis retourné, j’ai vu un talon de crosse grandissant, non sans avoir le temps d’apercevoir notre bon vieux camarade. Le sourire aux lèvres. Je ne sais pas combien de fois il a cogné mais il n’a pas tiré en tous cas. Il aurait du, parce que sa radinerie va lui coûter cher. »

Voilà un bout d’histoire, un témoignage qui n’a rien de poignant, du moins, pas dans un monde comme celui-ci. Ici bas, ce genre d’exaction en valait d’autres, considérées comme mineures. Du moins si l’on ne comptait pas la tentative de meurtre. Benedikt attrapa son godet et descendit son contenu d’un trait. Vu la virulence du produit, c’était préférable. Non sans souffler et grimacer avant la reprise, il ajouta :

-« Pour ce qui est du plan, j’ai déjà lancé la machine. Nous n’allons pas vraiment à Prokhov, c’est lui qui va venir à nous. Il ne va pas être le seul à partir en marche pour me cueillir … »

Il n’acheva tout simplement pas sa phrase, probablement fut-ce volontaire. Il attendait les bonnes questions.
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Alexandra Kitsetskaya
Ex-nettoyeuse en reconversion
Message Sujet: Re: Les amis communs [Benedikt] | Ven 22 Déc - 9:50

Il frémit un peu. Lui déballe l'histoire.

Une histoire qu'on n'osera pas qualifier de commune, mais qui ne surprend pas la nettoyeuse outre-mesure. C'est dans l'air du temps : les alliances de circonstance, les accords qui ne tiennent que par un fil qu'on tranche aisément, elle connaît ça. Et elle l'accepte. Pourquoi les choses en iraient-elles autrement, hein ? C'est aussi bien ainsi.
Renversée sur son siège improvisé, une botte posée sur leur table de fortune, elle l'écoute en enroulant une mèche de jais autour de son index. De son autre main elle boude son verre pour boire plutôt au goulot, avec cette ombre de sourire narquois au coin des lèvres dont elle a parfaitement conscience du caractère irritant.

Alexandra aime bien provoquer les autres, agir comme si le monde lui appartenait. Que son associé malgré lui lui affirme avoir déjà ébauché un plan arrange bien ses affaires.

« Parfait alors ! T'es le cerveau, je fais les muscles. »

Son rictus s'agrandit. Elle le détaille ouvertement, un peu comme le ferait un acheteur potentiel devant une pièce de viande prometteuse : la faible luminosité de l'endroit n'aide pas franchement, mais elle sait quoi chercher.

« Travailler en équipe, ça finit toujours mal. » Elle inspecte le contenu d'une bouteille déjà honnêtement entamée, marquant une pause qui semble amusée. « On en sait tous les deux quelque chose. Va falloir être l'exception qui confirme la règle sur ce coup, la Pince. »

Oh bien sûr, la brune sait que l'union fait la force. La façon dont Benedikt avait travaillé par le passé, rouage d'une machinerie bien huilée, avait été efficace. Mais un temps seulement : un château de cartes qui avait fini par s'écrouler. Il en restait peut-être quelque chose, mais mieux valait ne pas avoir été le joker ou le bouffon de l'histoire. Le récupérateur avait fini par manquer de vigilance et le jeu l'avait enseveli, laissé pour mort.

« T'es quand même pas très futé. »

L'accusation jaillit sans prévenir. La botte piquante d'une chieuse aux motivations pas toujours très claires.

« Tu aurais pu te contenter d'être content d'avoir survécu, refaire ta vie là où... » Elle fait un geste vague dans les airs. « Là où tu t'es terré depuis ta mésaventure, et passer à autre chose. Mais non ; tu t'es fait avoir une fois, et maintenant tu reviens tête baissée te fourrer dans les ennuis. »

Elle lève ses doigts, longs et fins, jusque devant son nez pour en inspecter les ongles avec une mine faussement dégagée. Le long usage de son calibre à la détente récalcitrante lui a légèrement musclé la main, tache pâle dans la pénombre du métro.

« Bon, tête baissée c'est peut-être exagéré. Après tout, c'est toi le cerveau. Et, parlant de ça, peut-on savoir ce que... »

Elle n'a pas l'occasion de finir sa phrase. Un bruit mat résonne lorsqu'une épaisse lame de couteau vient se planter entre eux à la manière d'un drapeau conquérant sur une terre inconnue. L'objet est grossier, mal aiguisé, mais projeté avec une telle force qu'il vibre de courtes secondes dans la table.

« Ça alors, j'en aurais bouffé mes chaussures ! Alexandra ! »

Si Benedikt a des allures de croisement entre une mule de somme et un taureau, le type qui vient poser son tabouret de fortune à côté des deux compères se présente comme un dandy, ou du moins la représentation qu'on pouvait en avoir après l'apocalypse nucléaire : ses fringues sont exclusivement de tissu, sans trace aucune de cuir ou d'une quelconque doublure de fourrure. Ses souliers claquent sèchement sur le sol, qu'il soit de bitume ou de carrelage. Un pantalon un peu trop court à la teinte buffle, un veston beige sur chemise noire, et un chapeau crânement fiché de côté déclinent l'attirail du nouveau venu. Mince, le visage d'un beau gosse qu'encadrent des cheveux frisés et mi-longs ayant mérité un bon savon, il leur décoche un éclatant sourire débordant d'hypocrisie.

« Bien bien bien, ça me fait très plaisir de te revoir. Ça fait quoi, quatre ans ? Cinq ? Je ne sais plus. Et puis, tu portes bien trop de vêtements cette fois. »

L'intéressée jette un coup d’œil à Benedikt.

« J'avais trop bu. »
« C'est ce que tu dis toujours. Et ton... gorille de compagnie ? Tes goûts ont bien changé. »

L'élégant désigne la Pince d'un geste précieux qui écarte les pans de sa veste. Le mouvement révèle une bandoulière bardée de couteaux, du même acabit que celui encore fiché devant eux.

« Tu m'as manqué. »
« Je manque à tout le monde, ce n'est pas un drame. Tu t'y feras. Allez, va voir ailleurs Lukas » lève-t-elle les yeux au ciel, mimant une fuite avec les doigts. « Je parle business avec quelqu'un d'autre. »

Aussitôt, l'expression de l'autre passe d'aimable à mauvaise. D'un geste vif comme l'éclair il se saisit d'une autre lame et l'enfonce sauvagement à un pouce du bord de table de Benedikt. Sans même le regarder - ses yeux sombres sont rivés à la tueuse - il crache entre ses dents :

« Tire-toi, le singe. C'est chasse gardée ici. »

Un mince sourire étire les lèvres de la brune. Regardant son acolyte, elle se contente de montrer les paumes au ciel.

« Lukas n'a jamais compris les vertus de la politesse. »




« Kagda my byli na vaynye... ♪ »
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Les amis communs [Benedikt]

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