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Mission : Les souvenirs de Yuri

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Le Destin
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Message Sujet: Mission : Les souvenirs de Yuri | Ven 8 Sep - 10:59

Personne n’avait jamais vraiment écouté ce que racontait le vieux Yuri. Certains s’arrêtaient un instant, tendaient l’oreille, regardaient ses mains et ses yeux fiévreux s’agiter puis reprenaient leur chemin. Dans les souterrains, la fantaisie n’avait pas réellement sa place. Pourtant quelque chose avait changé dans les élucubrations du vieil homme. Une étincelle s’était allumée dans son regard, conférant plus de poids à son discours qu’aucun mot ne l’aurait pu. Yuri se souvenait. Et, plus important encore, on l’avait écouté.

Une expédition avait été montée, regroupant un groupe pour le moins hétéroclite. Pas vraiment des mercenaires, ni de véritables experts mais il y avait dans ce trinôme un amas de savoir-faire considérable. Quand la rumeur avait couru qu’une expédition en surface serait montée sous les déclarations du vieux Yuri, certains avaient ri, d’autres s’étaient tus et avait écouté attentivement ce qui se racontait. Quant à savoir qui d’eux avait véritablement raison, la probabilité finale de retour de l’expédition en fournirait la réponse.

Deux personnes avaient répondu à l’appel. Originaires de factions différentes, elles semblaient cependant se connaître. Elles étaient allées voir le vieux Yuri, lui avaient soutiré quelques informations supplémentaires, des garanties et d’autres choses du genre avant de conclure finalement un accord. L’expédition partirait avant la fin de la semaine, le temps de réunir le matériel nécessaire et de déterminer un itinéraire en fonction de la situation actuelle. Quant à savoir ce qui les avait poussés à écouter les élucubrations de Yuri, c’était là véritablement un mystère. Etait-ce l’ennui et l’humeur morose des stations de l’alliance qui les poussaient à en surface ou simplement la curiosité et l’appât improbable du gain ?

Toujours étant que Yuri s’était montré plus précis qu’à l’accoutumé. Il avait fourni une ribambelle de détails sur le lieu où il avait grandi et où il avait enterré le coffre avec ses amis. Le vieil homme avait même pris soin de tracer une carte, relevant au passage quelques dangers qu’il connaissait sur l’itinéraire. L’objectif se trouvait à un bloc, tout au plus, de la bouche de métro Baboushkinskaya dans la cour commune d’un petit quartier résidentiel. Par chance, l’activité des mutants dans le coin semblait être plutôt effacée. Du moins, c’était ce que prétendaient les stalkers qui s’y étaient aventurés dernièrement.

Situation RP:
 


Spoiler:
 
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Irina Ivanova
Mécanicienne
Message Sujet: Re: Mission : Les souvenirs de Yuri | Sam 16 Sep - 21:31

Elle ne comptait plus le nombre de fois où elle avait visité l'alliance V.A.R. et plus particulièrement la station VDNKh. Non seulement y possédait-elle une de ses rares amies, mais elle aimait cet endroit rural où l'odeur du thé séché se mêlait à celui de la pousse des champignons ou encore de l'élevage des cochons. Il y avait toujours énormément d'activité dans cette station et y trouver des petites merveilles de mécanique ou de ferronnerie n'était pas une occasion aussi rare qu'on pourrait le croire. Loin de l'appétit capitaliste des marchands de la Hansa ou de la possessivité maladive des Brahmanes, il était possible d'arrondir les prix à des valeurs abordables, voire de troquer ses services ou ses connaissances contre quelques une de ces pièces de rechanges tant convoitées.

Cette station avait donc une place particulière dans le cœur de la jeune femme, aimant à flâner dans la rue encombrée, à écouter les conversations saisies au hasard de ses promenades et parfois s'arrêter en ces occasions afin de se créer de nouveaux contacts. Si le thé lui était toujours aussi imbuvable, cela ne l'empêchait pas d'en offrir à ses alliés et de réchauffer ses doigts autour d'une tasse de fer blanc fumante, même si jamais ses lèvres ne plongeraient dans le liquide trouble. De ces instants passés à la VDNKh, Irina garde un autre souvenir mémorable qui, progressivement, devint presque un rituel distrayant pour la mécanicienne brahmane ; les élucubrations d'un vieil homme. Le regard fiévreux de ce dernier, ses tremblements et ses délires l'avaient d'abord inquiétée alors qu'elle traversait la grande rue.

Cependant, il parlait de la surface, d'histoires fabuleuses nées d'un esprit rongé par la folie, la dépression et les traumatismes. Un esprit brisé par la Guerre, la perte de la surface, de proches et de repères. Pour la jeune femme qui n'avait connu que le métro et ses couloirs obscures, elle ne pouvait imaginer l'intensité d'une perte aussi merveilleuse qu'un monde nimbé de soleil, de végétation et de luxe. Combien d'hommes et de femmes n'avaient pu supporter une vie forcée sous terre, cachés et dépouillés de tout ? Cet homme était l'image d'un temps révolu, accroché avec désespoir à des illusions. Et il faisait peur car il rappelait combien ils avaient tous oublié, perdus et abandonnés. Mais progressivement, Irina en était venue à lui porter un peu de thé et des rations. Elle avait compris qu'il était important de ne pas détourner les yeux et de ne pas ignorer ce qu'ils pouvaient devenir, ce qui les menaçait.

Puis un jour, alors que l'alliance V.A.R. était en quarantaine à cause d'une épidémie de grippe, alors que tous étaient malades et fiévreux : Yuri, quant à lui, retrouvait un sursaut de lucidité et par chance la jeune femme se trouvait non loin. Comme tant d'autres, elle prêta l'oreille à ses paroles et tenta de trier le vrai potentiel du faux démentiel. Sourcils froncés, elle regarda ses compatriotes tantôt repartir à leurs occupations, tantôt rester et jauger de l'intérêt à monter une expédition. Il y eut des discussions, on passa le pauvre homme au crible afin de lui extirper la plus infime information quant à la localisation de la fameuse boite. On jaugea la distance, le danger... Puis l'expédition fut accordée officiellement et Irina se porta aussitôt volontaire.

Malheureusement, avec aucune expérience de l'extérieur jamais on ne l'aurait laissé y aller sans escorte et si personne d'autre acceptait de jouer ses chaperons alors aucune expédition ne se lancerait. Heureusement pour elle, la blondinette connaissait quelqu'un qui se morfondait au fond de son bar ! Un vétéran qui connaissait la surface comme personne, du moins c'est ainsi qu'elle vanta les mérites de son compatriote auprès des organisateurs et qui à n'en pas douter accepterait de l'accompagner. C'est sur cette certitude que le pauvre Wladyslaw Sokolovski se retrouva tiré hors de sa chaise, éloigné de son verre et de sa bouteille pour être traîné au travers de la station et ce, jusqu'au bureau de recrutement.

"- Allez vieux boiteux ! Montre moi que t'es pas que d'la gueule et que tu sais effectivement naviguer à la surface ! Prouve moi que t'es bien un putain de Stalker de sa race. On a une chasse au trésor, toute simple et sans danger, j'te l'promet ! On sort, on ramasse le pactole et on r'vient dans la même journée... ou nuit... ou qu'importe !"

Ce furent les arguments que la petite puce surexcitée, accrochée au bras massif du Stalker de la Hansa alors qu'elle patinait des bottines sur le plancher de la grande rue, roucoula avec entrain. Tentant de le pousser plus en avant malgré la différence de taille et de carrure, il lui aura fallu de plus amples explications sur l'expédition en question pour que l'homme ne finisse par accepter, et ne bouge enfin. Sans que jamais Irina ne sache si ce fut à l'usure de ses suppliques ou par réel intérêt, ils arrivèrent finalement à destination. Il n'y avait finalement qu'eux deux pour tenter l'expérience et alors que la jeune femme vérifiait son équipement à la sortie de la Station, elle vit venir à eux Yuri.

Le vieil homme semblait encore une fois fiévreux, il maronnait dans sa barbe des paroles incompréhensibles tout en se tordant les doigts avec angoisse. Les yeux pâles d'Irina se plissèrent de tendresse alors qu'elle venait poser ses mains gantées par dessus celles du vieillard. Elle lui fit l'ombre d'un sourire assuré et prit la parole d'une voix ferme.

"- Hey, ça va aller, d'accord ? On va trouver votre boite temporelle et revenir avec en un seul morceau. Votre carte est super et j'suis sûr que mon Wladyk n'aura aucun soucis à la suivre... Alors on r'prend ensemble les détails : vous souvenez-vous de ce que contient la capsule ou au moins d'son poids et d'sa taille ?"

Bien qu'elle paraisse confiante, la jeune femme était à deux doigts de se pisser dessus. Derrière elle, il y avait encore trois cordons de sécurité composés des gardes qui veillaient face à la gueule béante et obscure du tunnel. Des feux de camps placés tous les cent mètres et qui représentaient les ultimes présences de vie et de sécurité au dehors de la VDNKh. Au nord, il n'y avait ensuite que les ténèbres, des stations inexplorées ou détruites. Si les Stalkers de la V.A.R. assuraient n'avoir croisé que très peu de mutants au cour de leur dernière expédition, Irina ne pouvait s'empêcher de crever de trouille sous ses airs assurés. Elle ne s'était jamais aventurée au delà des réseaux sécurisés des différentes alliances, n'avait jamais réellement connu le noir total et étouffant des tunnels abandonnés.

Ainsi, pour ne pas se laisser envahir par la peur, elle préférait se concentrer sur le vieux Yuri. Elle l'écoutait, s'assurait de ne rien oublier. Et puis, bien malgré elle ses yeux glissaient régulièrement sur la haute stature de son ami. Elle sentait à la vue de son équipement et de son impassibilité une bouffée de courage et de réconfort. Toutefois, elle savait aussi qu'une fois isolée avec lui dans les ténèbres, elle n'hésiterait surement pas à lui prendre la main comme une enfant terrifiée.
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Wladyslaw Sokolovski
Stalker
Message Sujet: Re: Mission : Les souvenirs de Yuri | Dim 17 Sep - 1:11

Wladyk n'avait pas eu le temps d'ouvrir la bouche qu'une jeune femme de sa connaissance lui avait saisi le bras et éloigné d'un bon siège et de son verre. En temps normal, il aurait pesté et traîné le pied. Mais quelque chose dans le regard presque fiévreux de la jeune fille l'avait intrigué.
Il se contenta de souffler alors qu'il était convoyé d'un bout à l'autre de VDNKh: "un verre gratuit, merde !".

Il connaissait le vieux Yuri. Tout le monde le connaît parmi les habitués de la station. Son histoire, Wladyslaw l'avait entendu deux ou trois fois déjà et pouvait presque la réciter par cœur. Du moins, il le pensait. Le vieux fou lui rappelait un peu son père. La barbe sans doute. Ou bien ce quelque chose dans la voix. Le vieux stalker avait de la sympathie pour le personnage.

Enfin bref. Il avait suivi Irina. Il n'avait pas grand chose de mieux à faire de toute façon, coincé comme il l'était par cette fichue quarantaine.
Qu'une aussi simple mission d'escorte finisse aussi lamentablement, ça ne le surprenait même plus. Lui qui devait rentrer après avoir accompagné quelques marchands de la Hanse était maintenant coincé dans une station bien trop agitée à son goût.
Oh, du haut de ses nombreux hivers, il n'avait pas peur d'une bonne grippe. On doit tous tirer sa révérence un jour de toute manière. Il n'était pas non plus pressé de partir, cela va sans dire. M'enfin, de là à s'agiter comme le faisaient les nombreux voyageurs et habitants inquiets... Se faire autant de mauvais sang, c'était bien un coup à attraper la mort !

Étrangement, cette cohue impromptue semblait avoir "réveillé" le vieux Yuri. Le quinquagénaire avait été étonné par la lucidité retrouvé, pour un temps du moins, par le vieillard. Les propos tenus semblaient bien plus cohérents qu'à l'habitude. Suffisamment pour piquer la curiosité du stalker.
Et puis, y avait aussi la jeune fille. Personne d'autre ne semblait vraiment désireux de l'accompagner. Il était hors de question de la laisser partir seule. La surface ne pardonne pas le manque d'expérience.

Il était là. Il n'avait rien de mieux à faire et perdre la petite lui ferait mal au cœur. Elle semblait décidée à vouloir sortir. Merde alors... Pourquoi pas ? Et puis, l'entendre répéter "s'teuplait" avec un air de chaton battu était très mauvais pour sa tension.

Le quartier ne lui était pas inconnu. Avant guerre, des copains de classe vivaient dans ses grandes tours d'habitations qui bordaient cet axe majeur de la banlieue moscovite. Mais depuis les bombes, il n'y était pas retourné. Les stalkers de l'alliance VAR n'étaient pas plus territoriaux que ceux d'une autre faction. Non, on apprécie toujours de croiser un masque familier en surface. Le problème était bien plus simple : la distance vis-à-vis de l'anneau.
Sa mémoire lui brossait une image d'un quartier coupé par de larges artères. Bordé par de grandes boutiques, surtout au niveau de la sortie de Métro. Il était étrangement presque certain d'y retrouver aussi un restaurant d'une chaîne américaine pour une raison obscure...

Le plan dessiné par le vieil homme semblait conforme à ces souvenirs. Ça le rassura un peu.
Convaincre les gardes n'avait pas posé de grands problèmes. L'ordre était de ne laisser sortir personne en direction des autres stations habitées. Aucune consigne ne barrait la route au duo improvisé. Et puis, cet acte de charité envers un symbole de la station, tout comme la petite notoriété du stalker avaient fini par convaincre les quelques gardes dubitatifs de se taire.

Le vieil homme n'avait voulu partir sans voir les deux fous qui avaient choisi de l'écouter. Tordu par le doute, la peur et l'âge, il offrait un spectacle pitoyable.
Wladyslaw posa une main amicale sur l'épaule de Yuri et lui déclara d'une voix pleine d'assurance et de compassion :

"Ne t'inquiète pas grand-père. Les jeunes d'aujourd'hui sont robustes. Je veillerai à ce qu'elle ne fasse pas de folie."

Il l'écouta évoquer ce que devait contenir la boite en réponse à la question d'Irina. C'était, en effet, intéressant. Très intéressant même.

Il jeta un regard inquisiteur sur son amie en songeant à l'itinéraire le plus rapide. Un détail le perturba suffisamment pour qu'un "kurwa!" à moitié étouffé se fraye un chemin à travers sa mâchoire crispée et sa barbe épaisse .
Wladyslaw se dirigea vers l'un des gardes de faction et glissa dans sa main une poignée de cartouches qu'il sortit de sa poche de poitrine.

"Un masque pour la damoiselle et deux filtres. Elle rendra le masque au retour, ça te vas ?" Demanda-t-il de sa voix caverneuse.

L'homme hocha la tête et décrocha une sacoche en coton du mur avant de la tendre à la jeune fille. Sur le dessus avait été poché avec de l'encre noire: "MC-1". Wladyk s'interposa et insista pour vérifier le contenu avant que le marché soit entendu. De la pochette verte et sale, il sorti un masque classique de la défense civile. Il inspecta les deux cylindres glissés dans des pochettes latérales et en vissa sur l'indispensable objet un avant de donner le tout à la jeune fille.

"Ne change pas le filtre de ton masque. T'auras jamais le temps de le faire sans te flinguer les poumons à l'extérieur ou dans une zone contaminée. Tu visses ton nouveau filtre en dessous du premier. Ça a été conçu pour fonctionner comme ça. " Déclara le stalker à la jeune fille sur un ton presque paternel avant d'ajouter: "Détends-toi, on a bien 6 ou 7 km de tunnels à parcourir."

Il vérifia sa lampe torche, tira sur le levier d'armement de son fusil et écouta attentivement le son familier du mécanisme de l'engin. Une balle se glissa dans la chambre en émettant un doux couinement.
Satisfait, il pointa l'arme en direction de la porte et fit signe à Irina de s'approcher de lui.

"Quoi qu'il y ait de l'autre coté de cette porte, tu restes près de moi. Pas plus de deux mètres entre nous. Prête fillette ?"


Un sourire espiègle se dessina sur son visage alors qu'il posait cette ultime question.

"Tu donnes le feu vert à ces messieurs dès que tu es prêtes."
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Irina Ivanova
Mécanicienne
Message Sujet: Re: Mission : Les souvenirs de Yuri | Lun 18 Sep - 9:31

L'approche de Wladik lui fit relever le nez du visage visage fripé et angoissé du vieil homme tandis qu'un rire bref et amer, presque un aboiement, échappait de sa gorge pâle pour mourir aussitôt à ses lèvres. Les paroles du Stalker se voulaient rassurantes, mais ô combien étaient-elles loin de la vérité ! Jamais elle ne ferait de folies à la surface. Avoir grandi avec un autre Stalker, même aussi peu loquace qu'Andreï, avait suffit à distiller dans son sang la peur farouche des dangers qui l'attendaient une fois hors des sous-sols du Métro. Sa propre mère, Militaire de Polis, avait connu la mort aux alentours de la Bibliothèque Lénine à l'époque où ils redécouvraient le bâtiment et apprenaient avec fracas la présence des nouveaux "Bibliothécaires" installés là.

Peu désireuse cependant d'arguer sur le sujet, consciente que cela desservirait son image et rendrait ses contestations aussi immatures qu'elles pourraient l'être au regard du quinquagénaire, Irina ravala donc une remarque acide et se contenta de hausser des épaules tout en passant une main dans sa tignasse pour en discipliner quelques mèches. Seul ses actes prouveraient au vétéran de quoi elle était faite. Achevant de rassurer le vieux Yuri de quelques mots supplémentaires, elle s'en détourna finalement pour rejoindre son escorteur et comprendre ce qui avait bien pu lui causer autant d'émois. A la vue de l'échange, elle comprit que le masque lui était destiné et ne pu s'empêcher de hausser un sourcil circonspect alors qu'elle n'osait encore en venir aux conclusions pourtant évidentes : Wladick la prenait vraiment pour une bleue.

Ses lèvres pâles se pincèrent d'une désapprobation silencieuse et ses yeux déjà parés d'un bleu glacial se refroidirent de quelques degrés supplémentaires alors qu'elle tendait une main pour saisir le sac et en extraire le masque. Elle n'eut cependant pas le temps de pousser plus loin son observation que les grosses paluches de son ami lui retirèrent sac et contenant pour s'en faire sa propre idée. Cette fois, Irina ne pu s'empêcher de lever les yeux en l'air tout en poussant un soupir exaspéré. Poings sur les hanches, elle grinça des dents pour ne pas simplement rabrouer ce gros ours et lui rappeler qui elle était. Nom de Dieu, elle était Brahmane quand même ! Seul le profond respect qu'elle vouait à cet homme lui cloua la langue et l'empêcha de créer une scène, même si le nez lui en piquait de colère.

Heureusement, elle savait combien Wladyk s’inquiétait pour elle et comprenait que le poids de sa sécurité devait énormément peser sur les larges épaules du russe. Soupirant avec plus de douceur, elle força l'ombre d'un sourire quand il se tourna vers elle et l'écouta lui expliquer comment fonctionnait le masque à gaz. Prenant ce dernier en main, elle se mit distraitement à en ajuster les sangles tout en hochant la tête pour signifier qu'elle avait tout compris. C'est qu'il avait des airs de papa poule comme ça ! Pfuhuhu... le "grand père Castor" lui revint en mémoire et la fit pouffer intérieurement de rire. Au dehors cependant, Irina affichait une expression sérieuse, uniquement démentie par le pétillement qui sourdait au fond de ses prunelles gelées. La démonstration terminée, elle remit le masque dans sa poche et vint en attacher les cordons à l'une des boucles de sa ceinture d'ouvrier.

Il était inutile de préciser à son aîné qu'elle avait déjà un masque artisanale dans son sac à dos. Elle ne voulait ni le vexer, ni rendre la dépense de ses balles obsolètes et encore moins l'embarrasser devant les autres gardes à portée de vue ou d'oreilles. De plus, c'était définitivement trop mignon de le voir la prendre à ce point en charge ! Se faire chouchouter de temps en temps pouvait avoir du bon. Au pire, son masque supplémentaire assurerait une sécurité s'il arrivait quoi que ce soit à la surface. Il valait mieux prévenir que guérir, comme disait l'autre ! Une fois la sacoche sécurisée sur sa hanche, à portée de mains, Irina tourna son attention sur la gueule béante et sombre du tunnel au delà des cordons de sécurité.

"- On va devoir traverser deux stations abandonnées, c'est ça ? Au retour, si notre état le permet, est-ce que tu veux qu'on fouille un peu ces deux endroits pour que j'vois si on peut pas récupérer des trucs en plus ?"

Hey, l'occasion était trop belle pour passer à côté. Même si la mécanicienne ne doutait pas que ces stations avaient déjà été fouillées de fond en comble et probablement désossées par les stalkers au fil des années, l'appât du gain facile pouvait être difficilement ignoré. Sortant une fine lanière de cuir tressé, la jeune femme noua ses cheveux blancs en un chignon serré qui dégagea son visage de toute nuisance. Sortant son propre flingue de type magnum .44 à la crosse d'os magnifiquement gravée, elle s'assura d'avoir le barillet chargé puis fit jouer le chien pour vérifier l'état du mécanisme rien qu'à la pression et au bruit. Un sourire plus franc et satisfait ourla ses lèvres et elle remit l'arme au chaud avant de venir sortir son long couteau de chasse customisé.

L'arme blanche avait non seulement le dos de la lame crantée sur sa base pour en faire une scie à bois, mais la poignée était customisée d'un point américain qui renforçait la prise sur le manche autant qu'il permettait d'assener de redoutables droites lors d'une mêlée. Avec un geste né de l'habitude, elle fit courir un pouce sur le fil de la lame pour en vérifier l'affutage et quand elle fut rassurée, elle glissa le couteau dans son fourreau avant de venir serrer les sangles de son sac à ses épaules. Il était temps de partir ! Face aux portes, Irina prit une longue inspiration, bloqua son souffle quelques secondes puis expira lentement et se contenta d'un signe de tête bref en direction des gardes. Ces derniers ouvrirent l'accès au tunnel et les deux explorateurs quittèrent la VDNKh pour approcher du premier cordon de cent mètres.

Les gardes stationnés leur souhaitèrent bonne chance alors qu'ils les dépassaient pour approcher du second cordon à deux cents mètres. Là aussi les hommes leur offrir des adieux chaleureux bien que mitigés : après tout, qui serait assez fou pour suivre les indications du vieux Yuri ? Quand ils furent au dernier cordon de trois cents mètres, on leur offrit une ultime tasse de thé puisque s'en suivrait uniquement le froid et les ténèbres du tunnel. Irina refusa poliment, incapable de s'habituer au goût particulier de l'infusion mais ne fit aucun commentaire si jamais le Stalker s'arrêtait pour en boire quelques gorgées. Silencieuse et attentive, la jeune brahmane contrôlait son souffle pour ne pas céder à un petit élan de panique. Elle avait le ventre compressé et la gorge nouée, pupilles dilatées alors que l'appel de ce gouffre insondable lui donnait froid dans le dos.

Quand ils quittèrent les derniers mètres nimbés par la lumières du feu de camp, la jeune fille commença aussitôt à faire tourner la manivelle de sa dynamo. Au bout de quelques tours, sa lampe clignota puis stabilisa son cône de lumière jaunasse pour éclairer au moins là où elle mettait les pieds. Tenant l'objet d'une main, elle gardait son pistolet de l'autre. Marchant aux côtés de Wladyk, son épaule frôlait par instant le bras du stalker et elle en frissonnait d'aise à chaque fois. Le chemin était une immense ligne droite, à peine agrémenté de quelques courbes. D'abord silencieuse, Irina réalisa que le silence était pire encore que ce qu'elle croyait : le moindre échos, même celui de leurs pas, venait alimenter une paranoïa grandissante. Ce fut donc d'une voix basse, à peine audible, qu'elle tenta l'ébauche d'une conversation.

"- Hé, Wladyk... Tu sais ce qui est arrivé aux stations que l'on va traverser ? Pourquoi on ne les réaménage pas en élevage de cochons ou en plantations de champignons ? Une plus grosse production ne ferait de mal à personne..."

Parler de quelque chose d'aussi macabre n'était peut-être pas une bonne idée, après coup et elle se mordit la lèvre inférieure en essayant de rebondir sur un sujet bien plus banal : l'urbanisme.
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Mikhaïl Zinoviev
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Message Sujet: Re: Mission : Les souvenirs de Yuri | Mar 19 Sep - 21:22

Sacré Andreï, des oreilles qui trainaient partout et des yeux qui portaient sur chaque recoin de l'alliance. Une mine d'information, d'opportunité et par chance, un excellent ami d'enfance. Dès lors que le jeune trentenaire entendit parler d'une expédition avec Yuri, il fila extirper Mikhaïl de sa tente.

-"Micha ! Sors ton gros cul de là !" Amabilités habituelles "C'est diedouchka ! Deda Yuri !" Grand-père, le terme suffisait à estimer la place du vieillard dans le cœur de ces deux jeunes. L'esprit de Yuri s'était indéniablement étiolé durant toutes ces années d'errance, perdu dans les artères du métropolitain moscovite. Mais ses anecdotes, oh ses anecdotes... un véritable collier d'espoir qui s'enroulait autour de votre cœur d'une bienveillance chaleureuse. D'aucuns le pointaient du doigt et l'identifiaient comme sénile, mais pas les deux trentenaires. Non, ils voyaient en lui toute la nostalgie douloureuse d'une mémoire qui s'effritait chaque jour un peu plus. Et cet état renvoyait à Mikhaïl l'image douloureuse de son propre père.

-"Quoi Yuri !? Il a une nouvelle histoire ?"À la question, Andreï se figea d'étonnement, comme pris par le doute. Il était vrai que le vieillard bouclait sensiblement sur les mêmes propos confus.

-"Pas que je sache, non. Mais il va... à... la..." Un sourire vissé aux lèvres, Andreï désignait le plafond de ses deux index, comme seul indice de la bonne nouvelle.

-"La... surface ?" Son visage s'éclaira subitement. "Ooooh, tu déconnes !?" "Ex-pé-di-tiooon" braillèrent-ils à l'unisson, hilares. Deux jeunes que la noirceur du métro n'avait pas totalement digérés, deux amis dont l'optimisme s'était vu renforcé par les années passées côte à côte.

Il ne fallut pas longtemps à Mikhaïl pour rassembler ses affaires et se rendre au poste de commandement pour y demander son affectation à cette excursion. Fils de stalker, adepte des explorations souterraines, exercé à la survie en surface, soldat de l'alliance, les arguments ne manquèrent pas pour appuyer sa demande. Seul bémol ? Le groupe était parti depuis quinze minutes... . Jeune, frais, il quitta la pièce -bâtie à partir de morceaux de rame- en petites foulées.

Passés les trois-cents mètres, il ralentit le pas et se contenta d'une marche soutenue. Le faisceau de sa lampe torche dissipait l'obscurité pour ses prochains pas. Accroché entre deux chargeurs à sa ceinture, un masque battait la mesure d'un rythme constant, révélant sa détermination à rattraper le groupe. Mikhaïl progressa ainsi plusieurs minutes, en toute solitude, le canon de son GSh-18 orienté vers le bas, où pointait la lumière tenue de l'autre main.

La grande ligne droite fuyant vers le nord de VDNKH lui offrit finalement la vue d'un faible halo lumineux, détourant deux silhouettes hasardeuses et chancelantes. Le battement du masque sur sa cuisse accéléra, autant que sa vigilance, le soldat restait attentif à ce que tentait de masquer les frottements et les martèlements de son équipement. Le silence se fragmentait en des dizaines de petits bruits, le cliquetis d'un goutte à goutte perpétuel, les couinements de quelques rats isolés, il n'y en avait pas à V.A.R., mais leur présence à l'extérieur de l'alliance n'en restait pas moins rassurante pour Mikhaïl. "Tant qu'il y a des rats, c'est qu'il n'y a rien de pire" lui répétait son père, lors de leurs expéditions.

Et lorsque la distance le séparant du duo fut suffisamment courte pour que ces derniers le détectent et se retournent, Mikhaïl leva l'arme à hauteur de tête, signe de ses intentions pacifiques.

-"Mikhaïl Sergueïevitch Zinoviev, soldat de V.A.R." S'annonça-t-il à eux, pivotant par la même occasion sa lumière sur les traits de son visage. "L'alliance m'envoie compléter votre groupe." Vrai. Mais les histoires de deda Yuri étaient empreintes d'un mystère difficile à ignorer, là résidait l'origine de sa demande. Le trentenaire progressa dans cette même posture inoffensive, à pas feutré pour s'éviter une chute malheureuse.

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Wladyslaw Sokolovski
Stalker
Message Sujet: Re: Mission : Les souvenirs de Yuri | Mer 20 Sep - 16:27

Wladyslaw refusa le thé si gracieusement offert pour une toute autre raison qu'Irina. Toujours être à jeun avant de se battre. On ne sait jamais si ses tripes ne vont pas être mises à l'air par la surface. C'est déjà bien assez emmerdant sans septicémie alors avec...

Bref. Il se contenta de donner une tape amicale sur le dos du garde et d'en saluer un autre d'un vague geste de la main. Des connaissances lointaines. Certain de ces quelques vétérans gardant ce tunnel couvraient parfois les sorties vers l'extérieur. Le monde est petit, surtout après une apocalypse nucléaire.

Arrivé au dernier checkpoint, il fit une courte halte. Il se signa discrètement et murmura "délivre nous du mal, amen". Sans jeter un œil en arrière, il se mit en route d'un pas lent et régulier en direction des ténèbres. Il se contenta de hausser les épaules quand son amie lui demanda si visiter les stations abandonnées était possible. Il était trop tôt pour seulement songer à cela.
Le vieux stalker était concentré sur le présent. Le reste, on y songerait en temps voulu. Tellement de choses pouvaient arriver d'ici là...

Son regard se balançait de gauche à droite, balayant en même temps que sa lampe l'étroit tunnel qu'ils parcouraient. Ses pas, étrangement silencieux, ne produisaient qu'un son étouffé faisant passer la jeune fille pour éléphant dans un magasin de porcelaine. Une question d'habitudes. Tout est dans la façon de poser le pied. Oh, et sans doute aussi également une question de prévisions. Un sapeur se devait de regarder où il allait poser ses pieds sous risque de les perdre...

Le silence relatif des tunnels n'était pas pour lui déplaire. Bien au contraire. Il n'avait jamais trop aimé les foules et être bousculé. Presque inconsciemment, un petit sourire d'aisance se dessina sur son visage. Dans un sens, il trouvait presque grisante cette "solitude".
La présence de la jeune fille ne le dérangeait pas vraiment. Il se doutait bien qu'elle n'en fût pas à son premier voyage sous terre. Mais la surface... Aucune histoire ne peut vraiment préparer une âme à un spectacle aussi morbide. Un si bel exemple de la folie de l'Homme. Sa manière de la paterner devait être un peu risible si ce n'est pénible. Mais c'était là sa manière de faire. Entre stalkers, on veille les uns sur autres. Qu'elle le veuille ou non, avoir une bravoure ou une folie suffisante pour accepter cette mission faisait d'elle un membre de cette fratrie assez réduite.

Sa lampe s'arrêta sur une marque inscrite à la craie sur la paroi du tunnel : "Katyusha est passée par ici". Son sourire disparu. Elles pouvaient être des centaines à avoir porter ce nom. Le manque de créativité flagrant en matière de surnoms était parfois décourageant songea Wladyk en se pinçant les lèvres.

Il reprit son rythme de marche habituel. Un pas après l'autre, on peut arriver au bout du monde.

"Hé, Wladyk... Tu sais ce qui est arrivé aux stations que l'on va traverser ? Pourquoi on ne les réaménage pas en élevage de cochons ou en plantations de champignons ? Une plus grosse production ne ferait de mal à personne..."

Il tourna un instant son regard vers la frêle jeune fille. Sur un ton bas, il répondit :

"Tout ça, c'est une vieille histoire sordide. J'ai entendu que des rats avaient envahi les lieux." Il se frotta le nez du revers de la main. "Mon major avait une théorie sur le sujet. Après la chute des bombes, les rats de cadavres se sont multipliés. Ils avaient de la nourriture à profusion et plus personne pour les chasser. Seulement, après des années de festins, les boutiques étaient vides, les morts rongés jusqu'aux os. Alors quand un tunnel s'est effondré ou après qu'un idiot ait ouvert une porte, ces rats gros comme des nouveaux nés et affamés se sont engouffrés par milliers dans les tunnels. Je suppose que la brèche par laquelle ils se sont infiltrés n'a toujours pas été fermée. Donc bonjour radiations et bestioles de l'extérieur..." La mine défaite de son amie le poussa à ajouter : "On a pas revu ce genre de bestioles depuis des années. Trop grosses pour la vie sous terre. Dieu merci... On ne retrouve que nos habituels rongeurs favoris. Surtout en brochettes... Dimitry Ivanovich en avait un de compagnie avant la guerre. Il avait nommé la bestiole "Nato"! De vrais fous ces VDV..."

En entendant des pas au loin dans leurs dos, il plaça un doigt devant sa bouche en direction d'Irina et se mit en position de tir. Les ténèbres du métro permettaient bien plus souvent d'entendre les menaces bien avant de les voir. Il pointa son fusil vers la lumière solitaire qui se présenta à eux.
En entendant les paroles du jeune homme, il éloignât son doigt de la queue de détente.

D'une voix assez sarcastique, Wladyk argua au nouvel arrivant:

"En retard pour ton premier jour de travail ? Eh bah, c'est pas très sérieux ça la jeunesse ! La prochaine station n'est pas très loin. On se concentre et on y retourne ?"
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Mission : Les souvenirs de Yuri

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