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Song of the Volga Boatman

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Date d'inscription : 27/08/2017
Messages : 6



Passeport
Age :: 54 ans
Patronyme :: Arkadievitch
Surnom :: Ilioucha


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Ilya Voronov
Ambassadeur & Espion
Message Sujet: Song of the Volga Boatman | Mar 29 Aoû - 23:49


Le souvenir du rire gras d’Igor Pietrovich Zolovenka résonnait encore aux oreilles d’Ilya Arkadievitch Voronov, et l’avait accompagné durant tout son périple depuis Prospect Mira jusqu’à VDNKh. Le cumul de malchance dont il avait joué était la raison de l’hilarité de son vieux camarade. D’un simple mauvais choix lors d’un simple lancé de pièce, il se retrouvait désormais investi d’une des missions les moins enviées au sein du cercle restreint des « missionnaires » de la Ligne Rouge. Bien que composé de vétérans endurcis, ayant eu son lot d’épreuves à affronter et d’histoires à raconter, aucun n’aspirait particulièrement à embrasser la quête de braver le blocus de la Hanse en proie à une virulente épidémie de grippe, pour aller se perdre dans les fins fond du Métro et se frotter à une race inconnue de mutants. Les informations de à ce sujet étaient aussi éparses que contradictoires, et c’était pour cette raison que le Politburo, dans son infinie sagesse, avait décidé d’envoyer un émissaire sur place. En bon camarades prêt à braver le feu et la mort pour servir les judicieux objectifs stratégiques des estimés membres directeurs du Parti, Ilya et ses camarades avaient décidé que le plus malchanceux partirait. Il s’était prêté au jeu sans se douter bien entendu que Mère Destinée lui foutrait son pied au cul en le désignant.

Pour un homme qui pouvait se targuer d’entrevoir l’écheveau complexe des futurs possibles, Ilya venait de subir un coup du sort particulièrement malheureux. Le comique tragique de la situation n’avait pas échappé à son vieux compagnon d’arme, qui s’était fait fort de lui faire comprendre, à grand coups d’éclats de rires bruyants et de tapes vigoureuses dans le dos à lui faire trembler la carcasse. Le vieil homme avait donc apprêté son barda : son faux passeport le désignant comme un inoffensif bourlingueur vendeur de peaux de rats, bourré sa pipe, et s’était mis en chemin. Cependant si Ilya arpentait de nouveau les souterrains lugubres vers les confins du Métro ce n’était pas par amour du devoir, mais davantage par souci d’éviter que ce genre de mission finisse entre les mains d’un jeune crétin enflammé. Le genre de gamin davantage guidé par l’envie de mourir pour la Cause, que de survivre suffisamment longtemps pour mettre à profit sa courte vie à fonder une famille pour vieillir auprès de marmots braillards et ingrats.

Quitte à confier une mission suicide, autant choisir quelqu’un qui était proche de la mort, ou peu impressionné par la perspective. Ilya n’aurait pas dit que sa longue vie l’avait guéri de la crainte de mourir, mais il avait appris à accepter cette dernière comme un autre des nombreux désagréments de la vie dans le Métro. Il lui semblait qu’un vieux dicton disait quelque chose comme « un vieillard qui meurt c’est une bibliothèque qui brûle ». Mais il n’y avait plus guère de bibliothèque dans le monde d’aujourd’hui, et encore moins de personnes vivantes capables d’imaginer ce que pouvait signifier ou se représenter le sens de ce mot. Ilya rompit le silence intolérable des lieux d’un rire sardonique sec à cette pensée, alors que son sens de l’orientation infaillible lui appris qu’il venait de franchir les derniers mètres le séparant de la station VDNKh. Et comme pour lui confirmer cette impression un faisceau de lumière éclatant balaya les lieux pour s’arrêter sur sa silhouette.

Avec une habitude ancrée par des années de pratique, le vieil homme répéta la gestuelle habituelle que l’on attendait de tout voyageur à l’approche d’une autre station. Les mains levées et son passeport, contrefait, dans la main droite il s’approcha du barrage. Plus occupés à garder le passage nord que la voie descendante vers Prospect Mira, surtout depuis le tarissement de voyageurs, l'escorte du barrage le laissa passer après un bref coup d’œil à son passeport. Dans des endroits aussi reculés du Métro, et surtout depuis les récents événements dont il avait pris connaissance, Ilya comprenait que ces hommes attachaient plus d’importance au fait qu’il soit un être humain qu’à sa quelconque appartenance de faction. Lorsque les ténèbres vous vomissent au visage des horreurs mutantes rampantes ou volantes, à quatre ou six pattes, l’homme est prompt à voir comme un ami quiconque se présente à lui sur ses deux pieds avec de bons vieux vêtements crasseux sur le dos.

Une troisième cartouche glissée au garde de faction, s’ajoutant à sa taxe d’entrée, lui apprit que la situation des lieux était plutôt calme et qu’ils n’avaient eu aucun écho d’attaques sur les autres stations de la V.A.R depuis que l'explosion à la surface avait eu lieu entre Rijskaya et Prospect Mira. Bien qu’attentif à ses paroles, Ilya était davantage concentré sur le langage corporel de son interlocuteur. La traduction de cette « seconde langue » lui permit de goûter la tension, qu’il jugeait inhabituelle, qui sous-tendait chacun de ses mots, comme s’il essayait de se convaincre lui-même. Le vieux guerrier ne pouvait pas lui en vouloir, il avait eu l’occasion lui-même de juger de l’atmosphère qui régnait dans les souterrains environnants. Les traditionnelles et familières ténèbres des lieux semblaient s’être parées d’un parfum supplémentaire de danger, comme si le voyageur devait à présent nager dans une mélasse épaisse.

Certains auraient rejetés cette sensation comme un autre symptôme de l’isolement et de la claustrophobie que pouvait entraîner une vie sous terre, mais Ilya savait mieux pour ne pas prêter attention à son instinct. Néanmoins, le Politburo attendait de son rapport davantage que de simples impressions de vieux fou. L’esprit limité et l’imagination pauvre du Directoire du Parti se nourrissait de faits et de preuves tangibles. A cet égard, il devait donc retrouver son contact sur place : un certain camarade Morochkine. Et pour parfaire complètement leur amour du complot et de l’espionnage, dont leurs connaissances semblaient être tirées droit de vieux polars américains, on lui avait donné un signe de reconnaissance. Cédant tout à fait au ridicule, Ilya se noua donc un ruban rouge autour du bras gauche, et après avoir dépassé quelques tentes se plaça prêt d’un des feux communs de la station comme pour se réchauffer. Dans une dernière pensée comique aigre, Ilya songea à se présenter à son futur contact comme James Bond…mais l’un des nombreux défauts de la fin du monde était que ce genre de référence faisait désormais rarement mouche.
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